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Revue de presse sanitaire · 27 octobre 2026

CONGO-BRAZZAVILLE: Affaire Propharma, l'Ordre des Pharmaciens monte au front pour sauver la santé publique et dénonce les failles systémiques de notre administration sanitaire

Dans un contexte sanitaire national déjà fragilisé par des approximations administratives récurrentes, l'Ordre National des Pharmaciens du Congo (ONPC) s'impose plus que jamais comme le rempart incontournable de l'éthique et de la sécurité des citoyens

Par Africa Medical Data

Dans un contexte sanitaire national déjà fragilisé par des approximations administratives récurrentes, l'Ordre National des Pharmaciens du Congo (ONPC) s'impose plus que jamais comme le rempart incontournable de l'éthique et de la sécurité des citoyens. En s'exprimant publiquement dans les colonnes des médias nationaux, notamment à travers les publications de Tieleka, l'institution met en lumière un véritable dysfonctionnement structurel de notre système de santé à travers l'affaire de la société d'importation « Propharma ». Retour sur une chronologie explosive.

Une autorisation floue et un contournement des règles institutionnelles

La crise qui secoue actuellement le paysage pharmaceutique congolais trouve sa source dans un procédé administratif pour le moins troublant. Comme l'a rappelé avec force la présidence de l'Ordre,

« le ministère de la Santé et de la Population a accordé à cette société une autorisation d’ouverture, curieusement sans ampliation à notre institution ».

Pourtant, les textes fondateurs de la profession sont d'une clarté absolue. En s'affranchissant de la procédure légale d'agrément, cette démarche viole ouvertement les prérogatives du Conseil National de l'Ordre ainsi que les dispositions du Code de la santé publique. Face à ce passage en force, l'Ordre assume pleinement sa mission régalienne : « Nous estimons qu’il est de notre responsabilité de nous s'exprimer publiquement lorsque des actes administratifs mettent en péril la santé des populations et soulèvent des interrogations sérieuses quant au respect du cadre juridique ».

L'article 26 de la loi n° 012/92 : Le socle juridique bafoué[1][2]

Pour mesurer l'ampleur de l'illégalité dénoncée par l'Ordre, il convient de revenir au texte exact de la Loi n° 012/92 du 29 avril 1992 portant création et organisation de l'Ordre National des Pharmaciens. L'Article 26 fixe de façon explicite le rôle et les attributions du Conseil National :

ARTICLE 26 : « Le Conseil National de l'Ordre des Pharmaciens est le défenseur de la légalité et de la moralité professionnelles. Il coordonne l'action des Conseils Centraux des sections de l'Ordre National et joue un rôle d'arbitre entre les différentes branches de la profession. Il se réunit au moins quatre fois par an. Il délibère sur les affaires soumises à son examen par le Ministère de la Santé Publique et par les Conseils Centraux. Il accueille toutes les communications et suggestions des Conseils Centraux et leur donne les suites qui concilient au mieux les intérêts normaux de la profession et les intérêts supérieurs de la Santé Publique. Il représente dans son domaine d'activités la Pharmacie auprès des autorités publiques et auprès des organismes d'assistance. Il élabore le code de déontologie pharmaceutique. Il agrée les demandes de création d'établissement pharmaceutique après traitement et études par la Direction des Pharmacies, du Médicament et des Laboratoires. Un arrêté du Ministre de la Santé Publique sanctionne cet agrément. Il s'occupe sur le plan national de toutes les questions d'entraide et de solidarité professionnelle. Il exerce devant toutes les juridictions tous les droits réservés à la partie civile relativement aux faits portant un préjudice direct ou indirect à l'intérêt collectif de la profession. Il statue en appel sur les décisions des Conseils Centraux [...] en matière d'inscriptions et des sanctions disciplinaires... »[1][2][5]

L'analyse combinée des dispositions de l'article 26 de la loi n° 012/92 met en évidence une ossature juridique irréfutable reposant sur trois piliers fondamentaux qui invalident la procédure suivie dans le dossier Propharma[3] : premièrement, l'exigence d'une séquence procédurale stricte où l'examen préalable de la Direction des Pharmacies et l'agrément impératif du Conseil National de l'Ordre doivent nécessairement précéder tout arrêté ministériel, ce qui rend caduque et entachée d'un vice substantiel toute autorisation délivrée en marge de ce circuit légal ; deuxièmement, la mission régalienne conférant à l'Ordre le statut de « défenseur de la légalité », l'obligeant à intervenir face à des décisions administratives irrégulières qui menacent directement la sécurité sanitaire des populations ; et troisièmement, la capacité d'action en justice explicite qui habilite l'institution à ester en défense des intérêts collectifs de la profession et de l'intérêt public, fondant ainsi en droit le recours introduit devant la Cour suprême.

Chronologie d'un bras de fer institutionnel

Face à cette menace directe pesant sur la chaîne d'approvisionnement du médicament et la santé des populations, l'ONPC a structuré sa riposte avec une rigueur implacable à travers une chronologie précise :

  1. Le 30 mars 2026 : Constatant l'irrégularité de la procédure suivie et le non-respect des dispositions de l'article 26, l'Ordre prend l'initiative de saisir l'Inspection générale de la santé pour obtenir des éclaircissements administratifs. Malheureusement, cette démarche institutionnelle légitime reste lettre morte : « Cette démarche est restée sans réponse », marquant une rupture caractérisée dans le dialogue administratif.

  2. Le 04 juin 2026 : Devant l'opacité persistante et l'urgence de protéger le marché national contre des produits de provenance incertaine, le Conseil national signe la Note Circulaire N°010/CN-26. Par cet acte fort signé par le président de l'Ordre, le Dr Mpandzo, l'institution enjoint formellement à l'ensemble des pharmaciens de

ne nouer aucun partenariat commercial ou de travail avec la société Propharma sous peine d'engager leur responsabilité déontologique, civile et pénale[3].

  1. L'escalade judiciaire : Ne comptant pas s'arrêter à une simple mise en garde interne, l'institution passe à la vitesse supérieure. Comme l'a confirmé la présidence, « l’Ordre a déjà saisi ses avocats pour intenter une action auprès de la Cour suprême de justice », exigeant le retrait pur et simple de l'autorisation accordée à Propharma[4].

Les trois exigences fondamentales de l'Ordre

Dans son combat, l'Ordre National des Pharmaciens articule sa position autour de principes non négociables. Le président l'a martelé publiquement :

Notre démarche est guidée par trois exigences fondamentales : le respect de la loi, la responsabilité institutionnelle et la protection de la santé publique. La sécurité du médicament est un enjeu qui dépasse les intérêts particuliers. C’est pourquoi les règles prévues par la loi doivent être appliquées avec rigueur, impartialité et transparence

Le miroir d'un système de santé en mal de gouvernance

Au-delà du cas spécifique de Propharma, cette affaire met à nu les dysfonctionnements profonds et chroniques qui gangrènent le système de santé au Congo. Comment une société pharmaceutique peut-elle obtenir une autorisation d'exercer en marge de l'institution ordinale, dont la mission régalienne — rappelée par l'article 2 et l'article 26 de la loi n°012/92 — est précisément d'assurer la défense de l'honneur de la profession et de « contrôler l'accès à l'exercice de la profession » ?

Ce dysfonctionnement traduit une faille inquiétante dans la gouvernance sanitaire : opacité dans la délivrance des agréments, cloisonnement des administrations publiques et mise à l'écart des organismes de régulation technique. En laissant prospérer des structures hors-la-loi, c'est toute la chaîne du médicament qui est exposée, ouvrant la porte à des risques majeurs pour la population (contrefaçons, mauvaise conservation, absence de traçabilité).

Conclusion : La ligne rouge tracée par l'Ordre

La position de l'Ordre est limpide :

Nous demandons que la légalité de cette autorisation soit examinée et que les autorités compétentes tirent toutes les conséquences de droit qui s’imposent devant de telles irrégularités .

Il est urgent que les autorités de tutelle prennent la pleine mesure de cette situation. Le laxisme administratif ne peut plus tenir lieu de politique de santé. À la rédaction de Medicare Congo, nous soutenons sans réserve l'action de l'Ordre : la rigueur, l'intégrité et la légalité doivent rester les uniques boussoles de notre système de santé.


Sources

  1. extrait ariticle 26 de la loi 0
  2. extrait ariticle 26 de la loi 0
  3. Note-circulaire-010-CN-26-du-26-mai-2026
  4. Reportage de TIELEKA (27 octobre 2026)
  5. TEXTE INTEGRAL DE LA LOI 012/92