Revue de presse sanitaire · 24 octobre 2026
Dermatologie: Chez les personnes albinos, le cancer de la peau reste une urgence de prévention
Très exposées aux rayons ultraviolets, les personnes atteintes d’albinisme présentent un risque élevé de carcinomes cutanés. La protection solaire, l’examen régulier de la peau et la biopsie au moindre doute peuvent changer le pronostic.
Par Africa Medical Data
Un risque cutané particulièrement marqué
L’albinisme est une condition génétique caractérisée notamment par une production réduite ou absente de mélanine, le pigment qui contribue à protéger la peau contre les rayons ultraviolets. En pratique, cette vulnérabilité transforme l’exposition solaire répétée en un enjeu majeur de santé publique, en particulier dans les régions très ensoleillées et dans les contextes où l’accès aux soins est tardif[1].
Les cancers les plus fréquemment observés sont les carcinomes cutanés non mélanocytaires : le carcinome épidermoïde cutané, ou CEC, et le carcinome basocellulaire, ou CBC. Une revue publiée en 2025, portant sur 1 143 cancers rapportés chez 850 personnes, retrouvait 56,7 % de CEC et 37,4 % de CBC. Ces chiffres décrivent les cas rapportés dans la littérature : ils ne constituent pas un essai thérapeutique et ne permettent pas, à eux seuls, de fixer un traitement pour chaque patient[2].
Le premier réflexe : ne pas banaliser une lésion
Le début d’un carcinome peut ressembler à une plaie persistante, une plaque rugueuse, une croûte, un nodule, une ulcération ou une lésion qui saigne facilement. Une douleur, une induration, une croissance rapide ou une récidive sur une cicatrice doivent également alerter. Sur le visage, les oreilles, les lèvres, le cuir chevelu, le cou, les avant-bras et le dos des mains, une lésion inhabituelle mérite une attention particulière.
Le diagnostic ne repose pas uniquement sur l’apparence. Lorsque la lésion est atypique, épaisse, ulcérée, mal délimitée ou récidivante, une biopsie cutanée — réalisée par prélèvement punch, incisionnel ou exérèse selon le cas — permet l’analyse histopathologique. Cette étape est essentielle avant un traitement non chirurgical et évite de détruire à l’aveugle une tumeur dont la profondeur ou le type n’a pas été établi[3].
La chirurgie reste le traitement de référence
Pour la plupart des CEC et des CBC localisés, le traitement repose d’abord sur une exérèse complète avec contrôle histologique des marges. L’objectif est d’obtenir une résection sans résidu tumoral, dite R0, et non de se contenter d’une cicatrisation qui semblerait satisfaisante à l’œil nu. Dans les tumeurs à haut risque, récidivantes ou situées sur une zone fonctionnelle et esthétique sensible, une chirurgie micrographique de type Mohs peut être privilégiée[4].
Les marges et la technique sont adaptées à l’histologie, à la taille, à la localisation, au stade et à l’état général de la personne. Pour un CEC, une radiothérapie peut être discutée lorsque la chirurgie est impossible, trop mutilante ou refusée, ainsi qu’après l’intervention dans certaines situations à haut risque. En revanche, les méthodes destructrices ou topiques ne doivent pas être utilisées comme solution automatique face à un CEC invasif.
Quand la maladie est avancée, une équipe spécialisée est indispensable
Un CEC localement avancé ou métastatique qui ne peut pas être contrôlé par chirurgie ou radiothérapie peut relever d’une immunothérapie par anticorps anti-PD-1, comme le cemiplimab ou le pembrolizumab, selon les autorisations locales et la décision d’une équipe multidisciplinaire. Pour un CBC localement avancé ou métastatique, des inhibiteurs de la voie Hedgehog, tels que le vismodegib ou le sonidegib, peuvent être envisagés dans les indications appropriées. Le cemiplimab peut intervenir dans certaines situations de recours.
Ces traitements ne sont pas des automédications. Ils nécessitent une évaluation oncologique, une surveillance des effets indésirables et la vérification des contre-indications, des interactions et du risque fœtal. Les posologies ne sont pas détaillées ici : elles doivent être vérifiées dans le résumé des caractéristiques du produit et adaptées au dossier du patient.
Prévenir, surveiller, consulter
La prévention repose sur une photoprotection continue et réaliste : vêtements couvrants, chapeau à larges bords, recherche de l’ombre, réduction de l’exposition aux heures les plus ensoleillées et écran solaire à large spectre, réappliqué conformément à son mode d’emploi. Dans les zones rurales ou à ressources limitées, les vêtements photoprotecteurs peuvent offrir une protection plus durable qu’une distribution intermittente de crème solaire, sans remplacer pour autant le suivi médical.
Le suivi doit couvrir toute la surface cutanée et se poursuivre après le traitement, car le risque de nouveaux carcinomes persiste. Une évaluation tous les quatre à six mois a été proposée dans une étude de terrain au Malawi pour certaines personnes albinos ; cette fréquence ne constitue pas une règle universelle et doit être adaptée au nombre de tumeurs, aux récidives, aux marges, aux dommages actiniques et à l’accessibilité des soins.
Les signes qui justifient un avis rapide
· Une lésion nouvelle qui persiste, grossit, saigne, croûte, devient douloureuse ou ne cicatrise pas.
· Une lésion rapidement croissante, très épaisse, fixée, récidivante ou située près de l’œil, du nez, de l’oreille ou de la bouche.
· Un saignement persistant, une infection, une nécrose, une douleur intense ou une difficulté à voir, respirer, avaler ou ouvrir la bouche.
· Un ganglion qui augmente de volume, devient dur ou fixé, ou l’apparition d’un symptôme neurologique.
· Chez l’enfant albinos, toute lésion suspecte, surtout si elle évolue rapidement, saigne ou présente un aspect inhabituel.
Informer sans inquiéter, agir sans attendre
Le message de santé publique est simple : chez les personnes atteintes d’albinisme, le cancer cutané est largement évitable dans ses formes les plus graves lorsque la photoprotection, la surveillance et l’accès précoce au diagnostic sont réunis. La vigilance ne doit toutefois pas se transformer en automédication. Une lésion suspecte doit être examinée, documentée et, si nécessaire, biopsiée avant de choisir le traitement.