Alerte sanitaire · 11 octobre 2026
Épidémie d'Ebola en RDC : Analyse de la dynamique d'expansion et risques régionaux avec 8728 cas confirmés et un premier cas importé au Kenya, selon l'OMS
L'épidémie de maladie à virus Bundibugyo, une forme de maladie à virus Ebola, continue en RDC. Au 6 octobre 2026, elle compte 8728 cas confirmés et 4205 décès, dans 64 zones de santé de sept provinces. Un premier cas importé a été confirmé au Kenya chez un voyageur venu de RDC par l'Ouganda. Il est décédé le 5 octobre. L'OMS déconseille toute restriction des voyages et du commerce.
Par Africa Medical Data
Selon le dernier bilan officiel de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) daté du 8 octobre 2026, l'épidémie causée par le virus Bundibugyo (BVD) en République démocratique du Congo continue de progresser avec une intensité soutenue, enregistrant une hausse de 2,5 % des nouveaux cas hebdomadaires à l'échelle nationale. Avec 8 728 cas confirmés et 4 205 décès (soit un taux de létalité brut de 48,2 %), il s'agit désormais de la plus importante flambée de maladie à virus Ebola jamais répertoriée en RDC.
1. Une dynamique hétérogène mais une transmission toujours active
La progression de l'épidémie sur le territoire congolais montre des réalités régionales contrastées :
Tendance à la hausse : Au cours des trois dernières semaines épidémiologiques complètes, le nombre de nouveaux cas hebdomadaires est passé de 475 à 487 sur l'ensemble du pays. Au cours de la période de 7 jours précédant le rapport, la moyenne quotidienne s'est élevée à 72 nouveaux cas par jour.
Extension géographique : La maladie touche désormais 64 zones de santé réparties dans 7 provinces (Ituri, Nord-Kivu, Haut-Uélé, Tshopo, Bas-Uélé, Sud-Kivu et Sud-Ubangi). La zone de santé d'Alimbongo au Nord-Kivu est la dernière en date à avoir été contaminée.
Épicentre épidémique : L'province de l'Ituri concentre à elle seule la majorité de la charge avec 6 480 cas et 2 989 décès. Le Nord-Kivu suit avec 1 755 cas et affiche le taux de mortalité le plus critique du pays (57,7 %).
2. Pourquoi l'épidémie continue de gagner du terrain : Les failles opérationnelles
Le franchissement continu de nouveaux seuils d'infection s'explique par deux vulnérabilités majeures sur le terrain :
Mortalité communautaire massive : Sur les 372 derniers décès rapportés, 264 se sont produits au sein des communautés et seulement 108 dans des centres de traitement spécialisés. Cela témoigne de retards persistants dans la détection des malades, qui ne rejoignent les structures de soins que trop tardivement, maintenant ainsi une chaîne de transmission intrafamiliale active.
Déficit dans le suivi des contacts : L'objectif opérationnel de suivi des personnes exposées (fixé à 85 %) n'est pas atteint de manière constante. S'établissant à 80,4 % au 4 octobre (avec 23 741 contacts suivis sur 29 535 recensés), ce retard de traçage laisse de nombreuses chaînes de transmission potentielles sans surveillance au cours de la période d'incubation de 21 jours.
3. L'alourdissement du risque de propagation régionale
Outre l'augmentation du nombre de malades en RDC, la dispersion géographique du virus accentue la pression sanitaire sur les pays voisins :
Cas importé au Kenya : Un premier cas importé et confirmé en laboratoire a été notifié à Nairobi chez un patient en provenance de RDC ayant transité par l'Ouganda par voie routière avant de prendre un vol international. Le patient est décédé le 5 octobre, déclenchant des recherches de contacts transfrontalières d'urgence.
Évacuation sanitaire en Europe : Un soignant testé positif par PCR sur le terrain en RDC a fait l'objet d'un rapatriement médicalisé strict vers les Pays-Bas le 1er octobre.
Évaluation OMS : L'OMS classe le niveau de risque épidémique comme très élevé en RDC, élevé pour l'ensemble des pays limitrophes, et faible au niveau mondial.
4. Les spécificités cliniques du virus Bundibugyo à garder à l'esprit
Contrairement à l'espèce Zaire pour laquelle des vaccins et traitements anticorps monoclonaux existent, l'espèce Bundibugyo ne dispose d'aucun vaccin ni traitement antiviral spécifique homologué à ce jour. La prise en charge repose exclusivement sur des soins de support précoces (réhydratation, correction des déséquilibres hydro-électrolytiques, traitement des surinfections) pour faire chuter la mortalité.
Sources
- Organisation mondiale de la Santé (8 octobre 2026)