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Revue de presse sanitaire · 2 octobre 2026

Hépatite B à Kinshasa : des mutations de résistance et d'échappement immunitaire menacent la prise en charge des malades

Une étude scientifique menée à Kinshasa met en lumière la complexité moléculaire du virus de l'hépatite B (VHB) en République Démocratique du Congo. Les analyses génomiques révèlent non seulement la prédominance de génotypes spécifiques, mais surtout une présence préoccupante de mutations associées à la résistance aux antiviraux et à l'échappement au diagnostic et à la vaccination.

Par Africa Medical Data

Un profil génétique dominé par les génotypes E et A

L'infection par le virus de l'hépatite B constitue un problème majeur de santé publique en RDC, où les données sur la diversité génétique du virus et ses mécanismes de résistance restent limitées. Pour combler cette lacune, une équipe de chercheurs a analysé les échantillons sanguins de patients suivis dans des structures médicales de Kinshasa afin de caractériser le profil moléculaire du VHB.

Les résultats du séquençage génétique montrent une distribution marquée des génotypes viraux :

  • Prédominance du génotype E : Ce génotype, caractéristique de l'Afrique de l'Ouest et du Centre, représente la majorité des souches identifiées chez les patients analysés.

  • Présence du génotype A : Le sous-génotype A1 a également été détecté dans une proportion significative de la population d'étude.

  • Variabilité de la charge virale : Une large hétérogénéité des niveaux de réplication virale a été observée parmi les participants, allant de charges virales modérées à de très fortes virémies.

Émergence de mutations de résistance aux traitements antiviraux

L'un des enseignements majeurs de l'étude réside dans l'analyse de la région de la transcriptase inverse (RT) du gène de la polymérase virale, cible des médicaments antiviraux (analogues nucléos(t)idiques).

Les chercheurs ont identifié plusieurs mutations clés associées à la résistance médicamenteuse :

  • Résistance à la Lamivudine (3TC) : Des mutations canoniques telles que rtM204V/I, fréquemment associées à rtL180M et rtV173L, ont été détectées chez des patients subissant un échec thérapeutique ou exposés à ce traitement.

  • Mutations compensatoires : La présence de substitutions d'acides aminés secondaires permet au virus de maintenir sa capacité de réplication malgré les pressions médicamenteuses.

  • Impact sur les traitements de première ligne : L'utilisation prolongée ou historique de la lamivudine en monothérapie ou dans le cadre de trithérapies anti-VIH a favorisé la sélection de ces souches résistantes.

Menace sur le diagnostic et l'efficacité vaccinale

L'étude met également en évidence des mutations critiques dans le gène codant pour l'antigène de surface du VHB (AgHBs), plus particulièrement au niveau de la région hydrophile majeure (MHR), connue sous le nom de déterminant « a ».

Ces altérations structurales, communément appelées mutants d'échappement (escape mutants), entraînent deux conséquences sanitaires majeures :

  1. Échappement au diagnostic sérologique : Les modifications de la protéine de surface empêchent la détection de l'AgHBs par les tests immuno-enzymatiques classiques, risquant d'entraîner de faux résultats négatifs et des infections occultes.

  2. Échappement à la neutralisation vaccinale : Certaines mutations (notamment au niveau des positions 120 à 145 de l'AgHBs) réduisent la capacité des anticorps induits par le vaccin à neutraliser le virus, ce qui pourrait compromettre la protection conférée par les programmes de vaccination néonatale et de masse.

Recommandations pour une révision des directives nationales

Face à ces constatations, les auteurs de l'étude soulignent l'urgence d'adapter les politiques de prise en charge et de prévention de l'hépatite B en République Démocratique du Congo :

  • Mise à jour des protocoles thérapeutiques : Généraliser l'accès au Ténofovir (TDF) ou au Ténofovir Alafenamide (TAF) en première intention, en raison de leur haute barrière génétique contre les résistances, et abandonner progressivement la lamivudine pour le traitement de l'hépatite B.

  • Renforcement de la surveillance moléculaire : Intégrer des tests de génotypage et de détection des résistances pour les patients en échec thérapeutique afin d'orienter les décisions cliniques.

  • Optimisation des outils de dépistage : Recourir à des tests de biologie moléculaire (PCR) pour compléter la recherche sérologique de l'AgHBs, afin de détecter les formes occultes et les variants d'échappement.

Sources

  1. Preprints.org (22 septembre 2026)