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Revue de presse sanitaire · 4 octobre 2026

Mpox en Afrique : Un an de riposte continentale entre progrès diagnostiques et goulet d'étranglement vaccinal

Un an après la déclaration d'urgence sanitaire continentale, l'évaluation conjointe publiée par Africa CDC et l'OMS dresse un bilan mitigé de la lutte contre le Mpox. Si la décentralisation du diagnostic et la mobilisation financière ont franchi des seuils historiques, la distribution effective des vaccins se heurte à d'importantes défaillances logistiques sur le terrain.

Par Africa Medical Data

Un bilan épidémiologique lourd et une mobilisation financière inédite

Entre janvier 2024 et août 2025, le continent africain a enregistré 49 803 cas confirmés de Mpox et 240 décès à travers 28 États membres, affichant un taux de létalité global de 0,5 %. Face à l'urgence, la réponse sanitaire s'est structurée autour d'une plateforme unifiée d'appui à la gestion des incidents (IMST) basée à Kinshasa.

Cette coordination internationale a permis de mobiliser 977 millions de dollars américains en alignant les partenaires autour du principe stratégique des « 4 UN » (One Plan, One Team, One Budget, One M&E Framework).

Des avancées majeures : Réseau de laboratoires et sécurité des soignants

Sur le plan opérationnel, la riposte continentale a permis de transformer le paysage diagnostique dans plusieurs pays clés :

  • Décentralisation du dépistage : En République démocratique du Congo, le nombre de laboratoires équipés pour la PCR est passé de 2 à 27. Au Burundi, l'accès au dépistage s'est élargi à 56 sites GeneXpert, réduisant le délai de rendu des résultats de 72 heures à moins de 4 heures.

  • Réduction globale des délais : À l'échelle du continent, le délai médian d'obtention des résultats biologiques est tombé de plus de 11 jours à seulement 2 jours, tandis que le taux de confirmation des cas suspects a doublé pour atteindre 66 %.

  • Protection du personnel médical : Le renforcement des protocoles de prévention des infections en milieu hospitalier a permis de réduire de 83 % la contamination du personnel de santé dans les structures ciblées en RDC, au Burundi et en Ouganda.

  • Adhésion des populations : Les campagnes d'engagement communautaire ayant sensibilisé 50 millions de personnes dans 21 pays ont fait passer l'acceptabilité de la vaccination chez les groupes vulnérables de 44 % à 87 %.

Le goulot d'étranglement du « dernier kilomètre » et les limites de la riposte

Malgré ces réussites, le rapport met en lumière de graves défaillances logistiques et thérapeutiques qui ralentissent l'interruption des chaînes de transmission :

  • L'échec de la distribution vaccinale : Sur les 3,1 millions de doses de vaccins livrées aux pays affectés, seules 1 012 614 doses (soit 33 %) ont réellement été administrées, laissant deux tiers des doses inutilisées en raison de contraintes logistiques, de ruptures de la chaîne du froid et de retards dans le déblocage des fonds opérationnels.

  • Rupture de la traçabilité des contacts : Le suivi des personnes exposées est resté très en deçà des normes épidémiologiques avec moins de 5 contacts identifiés par cas, freiné par la stigmatisation sociale liée aux modes de transmission et par le sous-financement des agents communautaires.

  • Absence d'antiviral efficace : Les espoirs placés dans le tecovirimat se sont effondrés à la suite des résultats de l'essai clinique PALM007, qui a démontré l'inefficacité de cette molécule contre le variant clade 1b.

  • Mortalité élevée dans les zones enclavées : Si la mortalité à l'hôpital est demeurée contenue à 2,1 % chez les cas confirmés hospitalisés, le bilan s'alourdit dans les régions reculées et les zones de conflit, en particulier chez les patients souffrant de co-infections avec le VIH.

Vers une refonte de la souveraineté sanitaire continentale ?

Afin de pérenniser les acquis et d'éviter les ruptures lors des futures urgences sanitaires, le bilan formulé par les experts préconise quatre réformes prioritaires :

  1. Financement durable et fabrication locale : Exiger des États membres le respect des engagements de la Déclaration d'Abuja (consacrer 15 % du budget national à la santé) et accélérer la production continentale de vaccins et de réactifs pour atteindre l'objectif de 60 % de production locale d'ici 2040.

  2. Valorisation de la santé communautaire : Formaliser le recrutement et la rémunération de 2 millions d'agents de santé communautaires d'ici 2030 pour consolider la recherche active des cas et le suivi des contacts.

  3. Optimisation des chaînes logistiques : Restructurer les réseaux de distribution du « dernier kilomètre » pour garantir que l'ensemble des doses de vaccins reçues soient acheminées avant leur date de péremption.

  4. Accès sécurisé dans les zones de conflit : Mettre en place des corridors humanitaires et des procédures douanières accélérées pour approvisionner les zones d'instabilité sécuritaire, notamment dans l'Est de la RDC.

Sources

  1. BMJ global health (1 septembre 2026)