Revue de presse sanitaire · 12 octobre 2026
Révolution thérapeutique : Une injection unique de CRISPR-Cas9 (CTX310) pour reprogrammer durablement le cholestérol
Publiée dans le New England Journal of Medicine, une étude de phase 1 évalue pour la première fois chez l'humain le CTX310, un traitement d'édition génomique in vivo par CRISPR-Cas9 ciblant le gène ANGPTL3. En une seule administration intraveineuse, cette thérapie génique offre l'espoir d'une baisse spectaculaire et permanente du LDL-cholestérol et des triglycérides, s'affranchissant ainsi de la contrainte des traitements quotidiens.
Par Africa Medical Data
1. La cible : neutraliser l'ANGPTL3 pour protéger le système cardiovasculaire
Rôle biologique de l'ANGPTL3 : Produite presque exclusivement par le foie, l'angiopoïétine-like 3 (ANGPTL3) inhibe les lipoprotéines lipases et les lipases endothéliales.
Le rationnel génétique : Les personnes porteuses de variants naturels de perte de fonction de ce gène présentent tout au long de leur vie des taux réduits de LDL-cholestérol, de triglycérides et un risque diminué de maladie cardiovasculaire athérogène.
L'innovation CTX310 : Il s'agit d'un traitement composé d'un ARNm codant pour la Cas9 (Streptococcus pyogenes) et d'un guide ARN, encapsulés dans des nanoparticules lipidiques pour modifier spécifiquement les hépatocytes.

2. Méthodologie de l'essai clinique de Phase 1
Population ciblée : 15 adultes présentant une hypercholestérolémie, une hypertriglycéridémie ou une dyslipidémie mixte non contrôlée malgré des thérapies lipidiques maximales tolérées.
Escalade de doses : Les participants ont reçu une perfusion intraveineuse unique de CTX310 à des doses croissantes (0,1 ; 0,3 ; 0,6 ; 0,7 ou 0,8 mg par kilogramme de poids corporel estimé).
Suivi rigoureux : Évaluation de la sécurité, des critères secondaires lipidiques et de la concentration plasmatique d'ANGPTL3 sur une période initiale d'au moins 60 à 90 jours.
3. Résultats d'efficacité : Des baisses spectaculaires des lipides athérogènes
Réduction de la protéine cible : Le traitement a entraîné des baisses prononcées et dose-dépendantes des concentrations d'ANGPTL3.
À la dose maximale de 0,8 mg/kg : Les réductions moyennes enregistrées à 60 jours atteignent 48,9 % pour le LDL-cholestérol et 55,2 % pour les triglycérides.
Impact global sur le profil lipidique : Des baisses significatives ont également été observées pour l'apolipoprotéine B et le non-HDL-cholestérol.
4. Sécurité et tolérance : Un profil initialement rassurant
Effets indésirables liés à la perfusion : Des réactions de grade 2 (nausées, douleurs dorsales) sont survenues chez 3 participants (20 %), résolues rapidement par une interruption temporaire et des soins de support.
Tolérance hépatique : Un seul patient présentant une élévation basale des aminotransférases a connu une augmentation transitoire (entre 3 et 5 fois la normale), revenue à la normale au quatorzième jour sans séquelle clinique.
Toxicité limitante : Aucun effet toxique limitant la dose ni aucun effet indésirable grave imputable directement au CTX310 n'ont été rapportés au cours de l'essai.
5. Vers un changement de paradigme dans la gestion des dyslipidémies
Briser le mur de l'observance : Jusqu'à la moitié des patients sous statines ou inhibiteurs de PCSK9 abandonnent leur traitement au cours des douze premiers mois, une observance qui s'effrite encore avec les années.
L'alternative d'une thérapie unique : En visant une mutation permanente de perte de fonction, le CTX310 offre la perspective d'une intervention unique s'affranchissant du fardeau des prises médicamenteuses au long cours, particulièrement pour les formes sévères ou réfractaires.
Perspectives et exigences réglementaires : Bien que ces résultats préliminaires soient très prometteurs, les autorités de santé exigent un suivi à long terme (pouvant aller jusqu'à 15 ans) pour s'assurer de l'innocuité de l'édition génomique à l'échelle d'une vie.