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Revue de presse sanitaire · 24 octobre 2026

Tabagisme chez les jeunes scolaires au Congo : État des lieux, déterminants et proposition d'un score d'identification précoce

Une étude récente menée par des chercheurs de la Faculté des Sciences de la Santé de l'Université Marien Ngouabi et du Centre Hospitalier Universitaire de Brazzaville analyse en profondeur les données de l'enquête nationale Global Youth Tobacco Survey (GYTS) menée en 2019 auprès des élèves du secondaire en République du Congo. Alors que le pays s'est doté d'une loi antitabac en 2012 et de décrets d'application en 2018 interdisant la publicité et l'usage du tabac dans les lieux publics, cette recherche vise à faire le point sur la réalité du tabagisme chez les adolescents.

Par Africa Medical Data

Les résultats montrent que 13,5 % des collégiens interrogés déclarent consommer des produits du tabac. Dans la tranche d'âge de référence (13 à 15 ans), la prévalence s'établit à 14,1 %. L'étude met en évidence la nécessité de ne pas se focaliser uniquement sur la cigarette classique (consommée par 4,3 % des élèves), car d'autres produits occupent une place importante, notamment les produits du tabac fumé autres que la cigarette (tels que la chicha), qui atteignent 7,1 %, et le tabac sans fumée, qui touche 7,0 % des jeunes.

Sur le plan des facteurs associés, l'analyse multivariée démontre que le tabagisme chez les jeunes est fortement stimulé par l'environnement social et les stratégies de l'industrie. Le fait de s'être vu proposer gratuitement du tabac par un représentant d'une compagnie multiplie par trois la probabilité d'être consommateur. De même, l'exposition au tabagisme passif à la maison ou dans les lieux publics fermés, ainsi que le fait de voir des enseignants fumer au sein de l'école, sont des facteurs de risque majeurs. La possession d'objets promotionnels aux couleurs de marques de tabac, l'appartenance au sexe masculin et l'âge de 15 ans ou plus augmentent également la probabilité de consommation.

Pour aider les équipes de santé à identifier les profils d'élèves les plus exposés, les auteurs ont développé un score de points simple allant de 0 à 18, basé sur huit critères environnementaux et comportementaux. Ce score présente une bonne capacité de discrimination statistique lors de sa validation interne. Il permet de classifier les élèves en différentes catégories de risque, allant d'une prévalence de consommation de 5 % pour les scores faibles à plus de 53 % pour les scores les plus élevés. Toutefois, les chercheurs rappellent qu'il s'agit d'un outil exploratoire conçu pour identifier des situations d'exposition et non pour prédire l'avenir, soulignant qu'une validation externe sur le terrain est indispensable avant toute utilisation pratique en milieu scolaire.

Discussions

Tandis que les analyses d'actualité soulignent souvent le risque d'une curiosité précoce et l'influence de l'environnement immédiat des enfants, les données de l'enquête GYTS objectivent concrètement ce phénomène au Congo en révélant qu'13,5 % des collégiens (et 14,1 % des 13-15 ans) consomment activement des produits du tabac. Cette prévalence démontre que l'expérimentation ne relève pas de cas isolés, mais d'un phénomène de masse ancré dans le quotidien des adolescents scolarisés, englobant à la fois la cigarette, la chicha et le tabac sans fumée.

2. L'exemplarité des adultes : entre foyer familial et enceinte scolaire

L'article de l'ADIAC insiste fortement sur le rôle de l'imitation des adultes et des comportements parentaux (comme le fait d'envoyer un enfant acheter des cigarettes) dans l'accoutumance. Les résultats de l'étude épidémiologique renforcent ce constat en mesurant scientifiquement ces impacts :

  • Le tabagisme à la maison : Il multiplie par près de trois le risque d'usage chez l'adolescent ($aOR = 2,71$), confirmant l'effet délétère du tabagisme passif et de la normalisation de la cigarette au sein du foyer.

  • Le rôle paradoxal de l'école : L'étude met en lumière un facteur critique souvent sous-estimé dans les discours de prévention générale : le fait de voir des enseignants fumer dans l'établissement scolaire augmente considérablement la probabilité de consommation des élèves ($aOR = 2,60$). Lorsque l'institution éducative, censée incarner un sanctuaire de santé, abrite des comportements addictifs en public, elle fragilise le message préventif.

3. L'efficacité des lois face aux stratégies de l'industrie

Si les tribunes publiques rappellent l'importance de faire respecter l'interdiction de vente aux mineurs, l'analyse multivariée du travail de recherche montre que le danger provient également de stratégies marketing directes. Le fait de se voir proposer gratuitement du tabac par un représentant d'une compagnie constitue l'association la plus forte mesurée ($aOR = 3,05$). Cela souligne les failles dans l'application effective de la législation nationale (notamment la loi de 2012 et les décrets de 2018 interdisant la promotion, le parrainage et la publicité). L'accessibilité des produits et la persistance de tactiques promotionnelles auprès des jeunes persistent malgré l'existence d'un cadre réglementaire formel.

Sources

  1. medRxiv (23 octobre 2026)
  2. ADIAC