Acide delta-aminolévulinique urinaire
Examen biologique : Biochimie générale et métabolisme. Dosage quantitatif de l’acide delta-aminolévulinique (ALA), précurseur hydrosoluble de la biosynthèse de l’hème, principalement dans une urine ponctuelle normalisée à la créatinine. Il contribue au bilan biochimique d’une porphyrie hépatique aiguë et à l’identification d’une porphyrie par déficit en ALAD, mais une élévation d’ALA n’est pas spécifique: intoxication au plomb, tyrosinémie de type I et autres causes secondaires doivent être recherchées. L’interprétation doit intégrer le PBG urinaire, les symptômes, la méthode et l’intervalle du laboratoire exécutant.
À quoi sert cet examen
**Indications**: Indications principales: suspicion de porphyrie hépatique aiguë devant douleur abdominale sévère inexpliquée, signes neurologiques, psychiatriques, autonomiques ou hyponatrémie; bilan conjoint ALA/PBG/créatinine d’une crise; orientation d’un déficit rare en ALAD; évaluation d’une exposition au plomb ou d’une tyrosinémie de type I lorsque le contexte le justifie [s2,s3]. Le dosage isolé d’ALA, les porphyrines urinaires seules ou un résultat sans créatinine ne suffisent pas pour confirmer une porphyrie hépatique aiguë [s2].
L’ALA est un intermédiaire de la voie de synthèse de l’hème; son accumulation urinaire reflète une augmentation de la production en amont d’un bloc enzymatique, mais le dosage seul ne distingue pas une porphyrie d’une inhibition secondaire de l’ALA-déshydratase [s1,s2]. Dans le bilan initial d’une porphyrie hépatique aiguë, l’ALA est à mesurer avec le porphobilinogène (PBG) et la créatinine sur urine ponctuelle [s2,s3].
Valeurs de référence
Il n’existe pas de plage adulte universelle indépendante de la méthode. Valeurs publiées à rapporter séparément: (1) limite supérieure de référence (LSR) de 1,47 µmol/mmol de créatinine dans une population de sujets sains étudiée par LC-MS/MS [s1]; (2) synthèse de recommandations: <5 µmol/mmol de créatinine avec chromatographie d’échange cationique et colorimétrie, et <1,47 ou <2,1 µmol/mmol de créatinine selon les séries LC-MS [s3]; (3) une page clinique UCSF rapporte historiquement 1,0–7,0 mg/24 h chez l’adulte, sans méthode analytique ni population de référence détaillées [s4]. Ces valeurs ne sont pas interchangeables. L’intervalle de référence du laboratoire exécutant, avec sa méthode et sa population, fait foi.
Seuils de décision et gravité
**Lecture du résultat**: Distinguer: (a) intervalle de référence: limite propre à la méthode, au laboratoire et à la population; (b) seuil décisionnel: aucun seuil universel d’ALA seul ne permet de diagnostiquer une porphyrie; (c) seuil diagnostique de crise: dans les recommandations AGA, ALA et PBG urinaires sont typiquement au moins 5 fois la LSR pendant une crise, avec normalisation à la créatinine; l’exception est le déficit en ALAD, où l’ALA est élevé mais le PBG peut ne pas l’être [s2]; (d) cible thérapeutique: aucune cible thérapeutique universelle validée pour l’ALA urinaire isolé n’est établie dans les sources consultées; le suivi repose sur la tendance, le contexte clinique, le traitement et le PBG [s2,s3]. Une ALA élevée avec PBG normal oriente vers déficit en ALAD, plomb ou tyrosinémie de type I, sans les distinguer à elle seule [s1]. Une ALA et un PBG normaux pendant des symptômes fréquents rendent une porphyrie aiguë peu probable si le prélèvement et l’analyse sont appropriés, mais une valeur normale hors crise peut nécessiter un contrôle en crise [s2,s3]. L’intervalle du laboratoire exécutant fait foi.
Interprétation
Une diminution de l’ALA urinaire peut s’observer dans une maladie hépatique chronique selon la source clinique UCSF, mais ce résultat est peu spécifique et ne constitue pas un seuil diagnostique de maladie hépatique [s4]. Une valeur normale peut aussi survenir entre les crises ou en phase latente d’une porphyrie; elle n’exclut donc pas une porphyrie si le prélèvement est hors crise, incomplet ou réalisé après traitement [s2,s3].
L’ALA est augmenté pendant les crises de porphyries hépatiques aiguës (AIP, HCP, VP et déficit en ALAD) et particulièrement dans la porphyrie par déficit en ALAD, où le PBG peut rester normal ou peu augmenté [s2,s3]. Des augmentations secondaires sont décrites dans l’intoxication aiguë au plomb, l’intoxication chronique au plomb, la tyrosinémie héréditaire de type I, l’alcoolisme et la grossesse; le plomb aigu peut produire les élévations les plus importantes parmi ces causes secondaires. Une ALA élevée est donc une association biochimique, pas à elle seule le diagnostic d’une porphyrie [s2,s3].
Facteurs qui faussent le résultat
**Limites**: L’ALA est moins spécifique que le PBG et les élévations secondaires sont plus fréquentes que les porphyries; une association biochimique ne vaut pas confirmation génétique ni diagnostic étiologique [s2,s3]. La dilution, une faible créatininurie, une insuffisance rénale, le prélèvement hors crise et l’hémine peuvent modifier l’interprétation [s2,s3]. Les méthodes colorimétriques peuvent donner des faux négatifs ou positifs; la revue récente signale notamment des interférences par méthénamine hippurate, tienam et pénicilline [s3]. Les résultats légèrement augmentés doivent être vérifiés avec la méthode, l’unité, la créatinine urinaire et le PBG, puis corrélés aux expositions au plomb, à la tyrosinémie et au contexte clinique [s2,s3].
Sources
- Elena Di Pierro, Michele De Canio, Rosa Mercadante et al.. Laboratory Diagnosis of Porphyria (2021)
- Bruce Wang, Herbert L. Bonkovsky, Joseph K. Lim, Manisha Balwani. AGA Clinical Practice Update on Diagnosis and Management of Acute Hepatic Porphyrias: Expert Review (2023)
- Aasne K. Aarsand, Jordi To-Figueras, Sharon Whatley, Sverre Sandberg, Caroline Schmitt. Practical recommendations for biochemical and genetic diagnosis of the porphyrias (2025)
- University of California San Francisco / A.D.A.M.. Delta-ALA urine test (2025)