ALAT (ALT)
Examen biologique : Biochimie générale et métabolisme. L’ALAT/ALT est une enzyme surtout présente dans les hépatocytes; son activité sérique augmente lorsque l’intégrité cellulaire hépatique est altérée, mais l’ALAT n’est pas à elle seule une mesure de la fonction hépatique ni une preuve étiologique de maladie du foie. Elle s’interprète avec l’ASAT, les phosphatases alcalines, la bilirubine, le contexte clinique, la tendance des résultats et l’intervalle de référence du laboratoire exécutant.
À quoi sert cet examen
- **Indications**: Bilan d’un ictère, de douleurs abdominales, d’une fatigue inexpliquée ou d’autres signes évoquant une maladie hépatique [s2].
- Dépistage ou suivi chez une personne exposée à une hépatite virale, prenant des médicaments ou compléments potentiellement hépatotoxiques, ou présentant obésité, diabète de type 2 ou hypercholestérolémie [s2].
- Évaluation et suivi d’une hépatite virale, d’une maladie hépatique liée à l’alcool, d’une MASLD/MASH, d’une cirrhose ou d’une nécrose hépatocytaire, avec les examens complémentaires appropriés [s1,s2].
- Surveillance d’une anomalie antérieure, en comparant autant que possible les résultats réalisés par la même méthode et le même laboratoire [s2].
- **Méthode**: **Cofacteur**: Le phosphate de pyridoxal (P-5-P), forme active de la vitamine B6, est un cofacteur de la réaction et doit être présent pour une activation optimale; sa présence ou son absence doit être connue lors de la comparaison de résultats [s3].
- **Comparabilité**: Les résultats de méthodes différentes ne sont pas automatiquement interchangeables. Rechercher la traçabilité IFCC, la présence de P-5-P, l’analyseur, l’unité et l’intervalle de référence propres au laboratoire [s3].
- **Préparation**: Le jeûne n’est pas universellement requis pour l’ALAT isolée; il peut être demandé si le dosage fait partie d’un bilan nécessitant un jeûne. Suivre les instructions du laboratoire exécutant [s2].
- Éviter si possible un exercice vigoureux juste avant le prélèvement, car il peut augmenter légèrement l’ALAT; signaler un effort intense récent [s2].
- Dans l’étude pédiatrique citée, les enfants avaient une alimentation et un exercice habituels pendant les 3 jours précédents et un jeûne nocturne d’au moins 8 heures: ce protocole est celui de l’étude, pas une consigne universelle [s4].
- L’ALAT est habituellement plus spécifique du foie que l’ASAT, mais elle est aussi présente dans le muscle, le cœur et d’autres tissus; une élévation associe donc un signal de lésion possible à un diagnostic différentiel, et non un diagnostic autonome [s2].
- Les tests ALT, AST, phosphatases alcalines et bilirubine sont mieux appelés tests biochimiques hépatiques que tests de fonction hépatique; ils sont des marqueurs indirects et non des mesures directes de la fonction de synthèse ou d’épuration hépatique [s1].
Valeurs de référence
| Contexte | Intervalle | Limites | Methode | Population |
|---|---|---|---|---|
| Intervalle de reference | Ce repère de santé n’est pas un diagnostic ni un intervalle universel; l’ACG recommande d’évaluer les valeurs au-dessus de ces niveaux et rappelle que les limites varient selon les laboratoires [s1] | Population prospectivement étudiée; la méthode et la population de chaque étude doivent être vérifiées avant transposition | Adultes apparemment sains sans facteurs identifiables de maladie hépatique, recommandation ACG |
- **Conséquence**: Les intervalles adultes et pédiatriques cités sont étrangers à la population congolaise et ne doivent pas être présentés comme des valeurs locales; le laboratoire exécutant doit appliquer ou vérifier son propre intervalle validé [s2,s4].
- **Interprétation**: L’étude pédiatrique définit ses intervalles comme les 2,5e–97,5e percentiles, établit la nécessité de partitions selon l’âge et parfois le sexe, et ne couvre pas les nourrissons de moins de 2 ans [s4]. Pour un enfant, utiliser l’intervalle du laboratoire exécutant, validé pour son analyseur et sa population; une valeur hors de ces exemples n’est pas en elle-même un diagnostic [s4].
| Contexte | Intervalle | Limites | Methode | Population |
|---|---|---|---|---|
| Intervalle de reference | 7–23 U/L | Ne pas extrapoler à tous les enfants ni à un autre système analytique [s4] | Sérum, méthode UV-LDH sur Hitachi 7600-210 | Enfants Han sains de Changchun, Chine, 3 à <6 ans, sexes combinés, n=663 |
| Intervalle de reference | 4–19 U/L | Partition publiée telle quelle; elle ne fournit pas une plage universelle pour chaque âge [s4] | Sérum, méthode UV-LDH sur Hitachi 7600-210 | Enfants Han sains de Changchun, Chine, 7 à <10 ans, sexes combinés, n=275 |
| Intervalle de reference | 5–25 U/L | Intervalle pédiatrique spécifique à l’âge, au sexe, à la population et à la méthode [s4] | Sérum, méthode UV-LDH sur Hitachi 7600-210 | Enfants Han sains de Changchun, Chine, 11 à <14 ans, filles, n=113 |
| Intervalle de reference | 5–35 U/L | Intervalle pédiatrique spécifique à l’âge, au sexe, à la population et à la méthode [s4] | Sérum, méthode UV-LDH sur Hitachi 7600-210 | Enfants Han sains de Changchun, Chine, 11 à <14 ans, garçons, n=147 |
Seuils de décision et gravité
- **Lecture du résultat**: **Catégories acg**: Rapporter la hauteur par rapport à l’ULN du laboratoire: limite <2× ULN, légère 2–5×, modérée 5–15×, sévère >15×; une ALAT >10 000 IU/L est massive dans la recommandation ACG. Ces catégories orientent le bilan mais ne constituent pas des diagnostics [s1].
- **Confirmation**: L’ACG recommande de répéter le panel et/ou de réaliser un test de clarification avant de lancer l’évaluation d’une anomalie, sauf contexte aigu imposant une prise en charge immédiate [s1].
- **Profil**: Pour distinguer un profil hépatocellulaire d’un profil cholestatique, le ratio R = (ALAT/ULN ALAT) ÷ (phosphatases alcalines/ULN phosphatases alcalines) est >5 en faveur d’une atteinte hépatocellulaire, <2 cholestatique et 2–5 mixte selon l’ACG [s1].
- **Règle generale**: Interpréter avec l’ASAT, phosphatases alcalines, bilirubine, albumine, TP/INR, numération plaquettaire, symptômes, exposition aux médicaments/alcool et évolution temporelle; une seule valeur ne résume pas l’état hépatique [s1,s2].
- **Urgence**: Une élévation aiguë associée à un temps de prothrombine prolongé et/ou une encéphalopathie nécessite une orientation immédiate vers un spécialiste du foie, indépendamment du seul chiffre d’ALAT [s1].
Interprétation
- Une ALAT basse est souvent sans conséquence clinique isolée, mais peut s’observer avec déficit en vitamine B6, dénutrition ou maladie rénale chronique [s2].
- Un résultat bas ne justifie pas de conclure à une absence de maladie hépatique; vérifier le contexte, la méthode et les autres tests si la question clinique persiste [s2].
- Une élévation peut refléter une atteinte hépatocellulaire liée aux hépatites virales, à la stéatose hépatique métabolique/MASLD, à l’alcool, à une hépatite auto-immune, à une hémochromatose, à la maladie de Wilson, au déficit en alpha-1-antitrypsine, à une ischémie ou à une obstruction aiguë; les médicaments, toxiques et compléments peuvent provoquer une lésion hépatique médicamenteuse [s1,s2].
- Des causes extra-hépatiques existent, notamment rhabdomyolyse ou lésion musculaire, exercice intense, maladie cardiaque, dystrophie musculaire et maladie thyroïdienne; une ALAT élevée n’identifie donc pas seule l’organe ni l’étiologie [s1,s2].
- Une valeur normale n’exclut pas une maladie hépatique significative; une élévation persistante ou discordante doit conduire à une évaluation clinique plutôt qu’à une simple étiquette de laboratoire [s1].
Facteurs qui faussent le résultat
- L’âge et le sexe influencent les distributions de référence; chez l’enfant, l’âge et le sexe peuvent nécessiter des partitions distinctes [s4].
- L’indice de masse corporelle, le surpoids et la consommation d’alcool peuvent déplacer l’ALAT et modifier les limites observées dans une population de référence [s1,s3].
- La méthode analytique compte: la présence de P-5-P et la traçabilité à la procédure de référence IFCC influencent la comparabilité des résultats; les méthodes sans P-5-P peuvent sous-estimer l’activité en cas de déficit en vitamine B6 [s3].
- Un repas gras, des boissons très sucrées, un exercice récent ou certains médicaments et compléments peuvent augmenter l’ALAT; l’alcool peut l’augmenter même à faible dose avant le prélèvement [s2].
- La grossesse, l’hépatite virale, le syndrome métabolique, le diabète, l’obésité et les traitements hépatotoxiques modifient la probabilité prétest et doivent être intégrés à l’interprétation [s1,s2].
- **Limites**: L’ALAT est un marqueur de lésion ou de fuite enzymatique, pas une mesure directe de la capacité de synthèse hépatique; bilirubine, albumine et TP/INR répondent à d’autres questions cliniques [s1].
- La variabilité interlaboratoires des ULN, des analyseurs, de la calibration, de la traçabilité IFCC et du P-5-P empêche de transposer une plage publiée sans vérifier la méthode [s3].
- L’ALAT peut être normale malgré une maladie hépatique significative, et une élévation peut être extra-hépatique ou liée à l’exercice, à l’alimentation, à l’alcool ou aux médicaments [s1,s2].
- Les intervalles pédiatriques publiés ici proviennent d’enfants Han de Changchun et d’un analyseur/méthode précis; ils ne valident ni une plage congolaise ni celle d’un autre laboratoire [s4].
- Les seuils ACG et les limites décisionnelles proposées par ADLM sont des outils d’évaluation, non des seuils universels de traitement; le résultat du laboratoire exécutant et le jugement clinique priment [s1,s2,s3].
Sources
- Paul Y. Kwo, Stanley M. Cohen, Joseph K. Lim. ACG Clinical Guideline: Evaluation of Abnormal Liver Chemistries (2017)
- Mayo Clinic Staff. Alanine aminotransferase (ALT) blood test (2025)
- Christopher D. Koch, Joe M. El-Khoury. The Quest to Standardize ALT Reference Intervals (2024)
- Xin Li, Di Wang, Chun Yang et al.. Establishment of age- and gender-specific pediatric reference intervals for liver function tests in healthy Han children (2018)