Albuminurie pour stratification cardiovasculaire
Examen biologique : Lipides et risque cardiovasculaire. L’albuminurie est évaluée de préférence par le rapport albumine/créatinine urinaire (ACR ou UACR) sur un échantillon ponctuel; les catégories A1 à A3 sont utilisées pour graduer l’albuminurie. L’ACR apporte une information pronostique cardiovasculaire au-delà des facteurs de risque traditionnels dans des cohortes générales.
À quoi sert cet examen
Pour l’évaluation de l’albuminurie chez les adultes et les enfants, NICE recommande l’ACR plutôt que le rapport protéines/créatinine en raison de sa plus grande sensibilité aux faibles concentrations de protéinurie. [s2]
Le groupe de consensus australien recommande, chez les personnes diabétiques et non diabétiques, un UACR sur urine ponctuelle du premier jet; si ce prélèvement n’est pas possible ou pratique, une urine ponctuelle recueillie à un moment quelconque est acceptable. [s6]
Chez les personnes diabétiques, le consensus ADA-KDIGO recommande un dépistage annuel de la maladie rénale chronique; l’UACR sur urine ponctuelle est la mesure la plus pratique, l’urine du matin étant idéale, mais un prélèvement à un autre moment de la journée pouvant être utilisé. [s3]
Dans une méta-analyse de 24 cohortes de population générale, l’ajout de l’ACR et du débit de filtration glomérulaire estimé a amélioré la discrimination des événements cardiovasculaires au-delà des facteurs de risque traditionnels; l’amélioration était plus importante avec l’ACR qu’avec le débit de filtration glomérulaire estimé pour la mortalité cardiovasculaire, l’insuffisance cardiaque, la maladie coronaire et l’AVC. [s5]
Dans une méta-analyse de 14 études comprenant 105 872 participants et 730 577 personnes-années avec mesure de l’ACR, des valeurs d’ACR plus élevées étaient associées à une mortalité globale plus élevée; des résultats similaires étaient observés pour la mortalité cardiovasculaire. [s4]
Valeurs de référence
Les catégories ci-dessous sont des catégories d’albuminurie utilisées dans le consensus ADA-KDIGO; elles ne constituent pas un intervalle biologique universel indépendant de la méthode. [s3,s6]
| Catégorie | Description | UACR urinaire |
|---|---|---|
| A1 [s3] | Normale à légèrement augmentée [s3] | <30 mg/g (<3 mg/mmol) [s3] |
| A2 [s3] | Modérément augmentée [s3] | 30–299 mg/g (3–29 mg/mmol) [s3] |
| A3 [s3] | Sévèrement augmentée [s3] | ≥300 mg/g (≥30 mg/mmol) [s3] |
La standardisation de la demande, du recueil, du compte-rendu et de l’interprétation de l’albuminurie est importante pour comparer les résultats. [s6]
Seuils de décision et gravité
Après la découverte incidente d’un ACR urinaire élevé, la guideline KDIGO recommande de répéter les tests pour confirmer la présence d’une maladie rénale chronique; un ACR ≥30 mg/g (≥3 mg/mmol) sur urine ponctuelle doit être confirmé sur un prélèvement ultérieur du premier matin, en milieu de jet. [s1]
Pour la détection initiale d’une protéinurie chez les adultes, les enfants et les jeunes, NICE recommande de confirmer sur un prélèvement matinal ultérieur tout ACR compris entre 3 mg/mmol et 70 mg/mmol; aucun prélèvement répété n’est nécessaire si l’ACR initial est ≥70 mg/mmol. [s2]
Chez les personnes diabétiques, l’ADA et KDIGO indiquent qu’un échantillon de confirmation est recommandé dans les 3 à 6 mois en raison de la variabilité marquée de l’ACR; une valeur persistante d’ACR ≥30 mg/g (≥3 mg/mmol) est mentionnée dans ce contexte. [s3]
Interprétation
Dans la méta-analyse de population générale, l’ACR de 5 mg/g était le comparateur; les rapports de risque ajustés de mortalité globale aux ACR de 10, 30 et 300 mg/g étaient respectivement de 1,20 (IC 95 % 1,15–1,26), 1,63 (1,50–1,77) et 2,22 (1,97–2,51). Des résultats similaires étaient observés pour la mortalité cardiovasculaire. [s4]
| eGFR (mL/min/1,73 m²) | ACR | HR ajusté de mortalité cardiovasculaire (IC 95 %) |
|---|---|---|
| 90–104 [s4] | <10 mg/g, référence [s4] | Référence [s4] |
| 90–104 [s4] | 10–29 mg/g [s4] | 1,63 (1,20–2,19) [s4] |
| 90–104 [s4] | 30–299 mg/g [s4] | 1,82 (1,36–2,45) [s4] |
| 90–104 [s4] | ≥300 mg/g [s4] | 4,77 (3,16–7,22) [s4] |
Facteurs qui faussent le résultat
Une hématurie peut augmenter l’albumine et les protéines urinaires mesurées. [s1]
Les menstruations peuvent augmenter l’albumine et les protéines urinaires mesurées. [s1]
L’exercice peut augmenter l’albumine et les protéines urinaires mesurées. [s1]
Une infection urinaire symptomatique peut produire des protéines d’origine microbienne et modifier le résultat. [s1]
Le sexe biologique influence le rapport: une excrétion urinaire de créatinine plus faible chez les femmes peut donner un ACR plus élevé, tandis qu’une excrétion plus élevée chez les hommes peut donner un ACR plus faible. [s1]
Un faible poids avec une faible excrétion urinaire de créatinine peut donner un ACR élevé par rapport à une excrétion mesurée sur une durée; un poids élevé avec une excrétion urinaire de créatinine élevée peut donner un ACR plus faible. [s1]
Une baisse de l’excrétion de créatinine urinaire lors d’une lésion rénale aiguë ou d’un apport protidique faible, ainsi qu’une hausse lors d’un apport protidique élevé ou de l’exercice, peuvent modifier l’ACR. [s1]
L’ACR présente une variabilité marquée; chez les personnes diabétiques, le consensus ADA-KDIGO recommande donc un prélèvement de confirmation dans les 3 à 6 mois. [s3]
Sources
- Kidney Disease: Improving Global Outcomes (KDIGO). KDIGO 2024 Clinical Practice Guideline for the Evaluation and Management of Chronic Kidney Disease (2024)
- National Institute for Health and Care Excellence (NICE). Chronic kidney disease: assessment and management — Recommendations (2021)
- Ian H. de Boer, Kamlesh Khunti, Tami Sadusky, Katherine R. Tuttle, Joshua J. Neumiller, Connie M. Rhee, Sylvia E. Rosas, Peter Rossing, George Bakris. Diabetes management in chronic kidney disease: a consensus report by the American Diabetes Association (ADA) and Kidney Disease: Improving Global Outcomes (KDIGO) (2022)
- Kunihiro Matsushita, Marije van der Velde, Brad C. Astor, Mark Woodward, Andrew S. Levey, Paul E. de Jong, Josef Coresh, Ron T. Gansevoort. Association of estimated glomerular filtration rate and albuminuria with all-cause and cardiovascular mortality: a collaborative meta-analysis of general population cohorts (2010)
- Kunihiro Matsushita, Josef Coresh, Yingying Sang, John Chalmers, Caroline Fox, Eliseo Guallar, Tazeen Jafar, et al.; CKD Prognosis Consortium. Kidney measures beyond traditional risk factors for cardiovascular prediction: A collaborative meta-analysis (2015)
- David W. Johnson, Graham R. Jones, Thomas H. Mathew, Michael J. Ludlow, Sean J. Chadban, Tim Usherwood, Kevan Polkinghorne, Stephen Colagiuri, George Jerums, Richard MacIsaac, Helen Martin; Australasian Proteinuria Consensus Working Group. Chronic kidney disease and measurement of albuminuria or proteinuria: a position statement (2012)