Chromogranine A
Examen biologique : Endocrinologie et hormones. La chromogranine A est une protéine des granules denses des cellules endocrines et neuroendocrines; son dosage sanguin est utilisé comme biomarqueur associé à l’évaluation des tumeurs neuroendocrines, mais sa spécificité et sa sensibilité dépendent du contexte et de la méthode. Une méta-analyse de 13 études a estimé une sensibilité groupée de 0,73 et une spécificité de 0,95 chez 1 260 patients avec tumeur neuroendocrine et 967 témoins, tandis qu’une étude rétrospective de suivi a trouvé une sensibilité de 28 % pour la progression radiologique concordante, ce qui justifie une interprétation prudente.
À quoi sert cet examen
La chromogranine A est stockée dans les granules sécrétoires denses des cellules endocrines et neuroendocrines et peut être libérée en quantité anormale par des cellules tumorales neuroendocrines; le dosage sanguin apporte donc un marqueur biologique associé à l’évaluation de ces tumeurs [s1,s2].
Dans la méta-analyse de Yang et al., 13 études comprenant 1 260 patients avec tumeur neuroendocrine et 967 témoins ont donné une sensibilité groupée de 0,73, une spécificité de 0,95 et une aire sous la courbe de 0,8962; ces estimations concernent les populations et seuils des études incluses [s1].
Les données ne sont pas uniformes selon l’objectif clinique: dans une étude rétrospective de 102 patients avec tumeur neuroendocrine, 50 dosages ont été demandés pendant le bilan diagnostique et 33 étaient élevés, soit une sensibilité de 66 %; parmi 129 résultats réalisés avec une imagerie concordante, la sensibilité pour détecter une progression était de 28 % [s8].
Le dosage plasmatique a été étudié comme complément des métanéphrines dans le phéochromocytome et le paragangliome; dans cette indication, la chromogranine A ne doit pas être interprétée comme un marqueur isolé car elle peut aussi augmenter dans d’autres néoplasies et situations cliniques [s5].
Valeurs de référence
| Population, matrice et méthode | Valeur ou seuil publié | Portée |
|---|---|---|
| Patients évalués dans un centre britannique de tumeurs neuroendocrines; plasma à jeun; radio-immunodosage SAS [s6] | >60 pmol/L considéré anormal dans ce laboratoire [s6] | Seuil de la méthode et du laboratoire de l’étude, non intervalle universel [s6] |
| Patients avec phéochromocytome/paragangliome; plasma; immunodosage radio-immunologique [s5] | 150 µg/L comme valeur seuil; n=71 patients PPGL [s5] | Seuil étudié pour cette population et cette méthode; sensibilité 90 % dans cette cohorte [s5] |
| Témoins sains versus patients avec tumeur neuroendocrine; plasma; étude Campana et al. [s9] | 18–19 U/L, sensibilité 85,3 % et spécificité 95,8 % pour la comparaison témoins sains–tumeur neuroendocrine [s9] | Plage de coupure issue d’une cohorte et d’un dosage donnés, pas intervalle biologique général [s9] |
| Participants sans néoplasie versus tumeurs endocrines; plasma; étude Campana et al. [s9] | 31–32 U/L, sensibilité 75,3 % et spécificité 84,2 % [s9] | Coupure de la comparaison d’étude, avec recouvrement entre groupes [s9] |
| Spécificité fixée à 95 % dans la cohorte Campana; plasma [s9] | 84–87 U/L; sensibilité 55 % [s9] | Coupure obtenue pour une spécificité fixée dans cette étude, non seuil diagnostique autonome [s9] |
Les valeurs adultes publiées divergent fortement selon la matrice, l’immunodosage, l’unité, la population et le but du seuil; l’intervalle de référence et les seuils de la méthode et du laboratoire qui réalisent l’examen prévalent [s5,s6,s7,s9].
Seuils de décision et gravité
Les seuils ci-dessus sont des seuils de méthodes ou des coupures de cohortes; ils ne permettent pas, seuls, de poser un diagnostic et ne doivent pas être transposés à une autre méthode sans validation [s1,s5,s8,s9].
Interprétation
Une concentration augmentée est compatible avec plusieurs tumeurs neuroendocrines, notamment des tumeurs gastro-entéro-pancréatiques et des phéochromocytomes/paragangliomes, mais l’augmentation n’est pas spécifique d’une seule localisation ni d’un seul type tumoral [s1,s2,s5].
Dans l’étude PPGL, la chromogranine A avait une sensibilité clinique de 90 % chez 71 patients; la spécificité était de 99 % pour 98 valeurs post-opératoires et de 92 % dans un groupe contrôle de 85 personnes, avec une augmentation également décrite dans des néoplasies neuroendocrines ou non neuroendocrines et lors d’une activité adrénergique accrue [s5].
Une insuffisance rénale ou hépatique, une gastrite atrophique, une maladie inflammatoire intestinale et des maladies cardiovasculaires, dont l’insuffisance cardiaque, sont rapportées parmi les contextes d’élévation non tumorale; le centre étudié par Butler et al. a identifié 8 résultats de chromogranine A faussement positifs parmi 231 profils hormonaux à jeun [s6].
Les inhibiteurs de la pompe à protons peuvent augmenter la chromogranine A; dans une étude de 17 sujets sains recevant du lansoprazole pendant 7 jours, l’augmentation était d’environ 2,5 fois avec une variation interindividuelle, et la demi-vie de décroissance sérique après arrêt était de 4 à 5 jours [s3].
Facteurs qui faussent le résultat
Méthode et matrice: les concentrations peuvent varier d’environ 25 % selon le dosage utilisé, les résultats plasmatiques et sériques pouvant être concordants dans certaines études mais n’étant pas interchangeables entre immunodosages; une étude comparant trois essais a conclu que la chromogranine A était significativement dépendante de la méthode [s2,s7].
Inhibiteurs de la pompe à protons: chez 19 des 196 patients suivis pour tumeur neuroendocrine, une élévation inattendue était associée à la prise d’un inhibiteur de la pompe à protons; après 2 semaines sans inhibition acide ou avec remplacement par un antagoniste H2 dans le protocole de l’étude, la médiane est passée de 390 à 56 µg/L chez 11 patients sans preuve de maladie et de 618 à 318 µg/L chez 8 patients avec maladie stable [s4].
Dans la même étude, la diminution était de 82 % chez 12 patients ayant cessé toute inhibition acide et de 77 % chez 7 patients ayant reçu un antagoniste H2 à la place; ces résultats décrivent l’effet observé dans cette cohorte et ne constituent pas une consigne thérapeutique [s4].
Fonction rénale: dans l’étude de Bilek et al., la chromogranine A augmentait en présence d’une insuffisance rénale; la fonction rénale doit donc être documentée lors de l’interprétation d’un résultat élevé [s5].
Préparation et contexte: le centre spécialisé ayant étudié les faux positifs utilisait des prélèvements plasmatiques à jeun et considérait comme anormale une chromogranine A supérieure à 60 pmol/L avec son radio-immunodosage SAS; le jeûne, le laboratoire et le seuil rapporté doivent être distingués d’une règle universelle [s6].
Sources
- Xin Yang; Yuan Yang; Zhilu Li et al.. Diagnostic Value of Circulating Chromogranin A for Neuroendocrine Tumors: A Systematic Review and Meta-Analysis (2015)
- Irvin Mark Modlin; Björn Inge Gustafsson; Steven F. Moss et al.. Chromogranin A—Biological Function and Clinical Utility in Neuro Endocrine Tumor Disease (2010)
- Hala H. Mosli; Alan Dennis; Walter Kocha et al.. Effect of Short-Term Proton Pump Inhibitor Treatment and Its Discontinuation on Chromogranin A in Healthy Subjects (2012)
- Catharina M. Korse; Mirte Muller; Babs G. Taal et al.. Discontinuation of Proton Pump Inhibitors during Assessment of Chromogranin A Levels in Patients with Neuroendocrine Tumours (2011)
- Radovan Bílek; Petr Vlček; Libor Šafařík et al.. Chromogranin A in the Laboratory Diagnosis of Pheochromocytoma and Paraganglioma (2019)
- Olivia Butler; Monica M. Mekhael; Arslan Ahmed et al.. Frequency and Causes of False-Positive Elevated Plasma Concentrations of Fasting Gut Hormones in a Specialist Neuroendocrine Tumor Center (2020)
- Lise Brehm Hoej; Tina Parkner; Cindy Soendersoe Knudsen et al.. A Comparison of Three Chromogranin A Assays in Patients with Neuroendocrine Tumours (2014)
- Mike Nguyen; Michelle B. Li; Avraham Travers et al.. Role of Chromogranin A in the Diagnosis and Follow-up of Neuroendocrine Tumors (2022)
- Davide Campana; Francesca Nori; Lidya Piscitelli et al.. Chromogranin A: Is It a Useful Marker of Neuroendocrine Tumors? (2007)