Cobalt sanguin
Examen biologique : Vitamines, nutrition et oligoéléments. Le cobalt sanguin mesure le cobalt dans le sang total, généralement par spectrométrie de masse à plasma inductif; il sert surtout à documenter une exposition et à contribuer au suivi d’une exposition médicale ou professionnelle. Il n’existe pas d’intervalle biologique universel ni de seuil clinique unique transposable à tous les laboratoires, les populations et les types d’implants; l’interprétation doit rester liée à la méthode, au contexte d’exposition et aux signes cliniques.
À quoi sert cet examen
Le dosage documente une exposition interne au cobalt; la littérature le décrit dans les contextes professionnel, environnemental, alimentaire et médical, notamment chez les personnes porteuses d’implants métal-métal. [s4]
Chez les travailleurs exposés, le cobalt sanguin peut être mis en relation avec l’exposition inhalée et cutanée; dans une étude de 72 travailleurs d’une usine de métal dur, les concentrations sanguines étaient corrélées aux concentrations de cobalt dans l’air inhalable et sur la peau. [s2]
Chez les personnes porteuses d’un implant de hanche métal-métal, le cobalt sanguin peut contribuer à l’évaluation d’une libération d’ions métalliques, mais les autorités indiquent que la réaction individuelle et sa gravité ne peuvent pas être prédites par le seul dosage. [s5,s6]
Le résultat ne permet pas, à lui seul, d’identifier le composé de cobalt ni sa source, et ne constitue pas un diagnostic isolé de toxicité. [s4,s6]
Valeurs de référence
Le laboratoire qui réalise le dosage fait foi pour l’intervalle de référence applicable à sa méthode, sa population et son unité; les données ci-dessous sont des repères de cohortes ou de méthode et ne remplacent pas cet intervalle. [s1,s2,s4,s5]
| Population ou type de donnée [s2,s5] | Résultat de cobalt sanguin [s2,s5] | Portée et limites [s2,s5] |
|---|---|---|
| Travailleurs d’une usine suédoise de métal dur, n=72; cohorte professionnelle et non intervalle de référence [s2] | Moyenne 7,95 nmol/L; médiane 6,39 nmol/L; écart-type 9,43 nmol/L; étendue <3,2 à 110,3 nmol/L [s2] | Mesures réalisées en lien avec des expositions professionnelles; ces valeurs ne sont pas transposables à une population non exposée. [s2] |
| Repère de concentration de fond rapporté dans une revue sur les implants; non intervalle biologique validé [s5] | 0,5 ppb [s5] | Le repère est rapporté dans une revue et ne définit ni la limite du laboratoire ni un seuil de décision universel. [s5] |
Dans la méthode de biomonitoring CDC publiée, la limite de détection du cobalt dans le sang total était de 0,06 µg/L; il s’agit d’une performance analytique et non d’une valeur de référence biologique. [s1]
Seuils de décision et gravité
Aucun seuil clinique universel ne permet de prédire une réaction aux ions d’un implant métal-métal; la FDA indique que les personnes réagissent différemment et qu’il n’est pas possible de prévoir qui réagira, quand, ni avec quelle gravité. [s6]
Une revue toxicologique rapporte un modèle selon lequel des effets seraient peu probables sous 300 µg/L chez des personnes en bonne santé, ou sous 100 µg/L après application d’un facteur de sécurité de 3; elle signale toutefois des réactions à des concentrations plus basses dans certains cas d’implants défaillants. Ces repères de modèle ne sont pas des seuils de laboratoire. [s4]
Pour les implants de hanche, une revue rapporte 7 ppb comme niveau de préoccupation proposé pour le resurfaçage et un seuil plus bas pour certaines prothèses totales; elle cite aussi 4,5 ppb comme seuil ayant amélioré sensibilité et spécificité dans une étude couvrant plusieurs types d’implants. Ces seuils sont spécifiques au contexte des implants et ne constituent pas un seuil général du cobalt sanguin. [s5]
Interprétation
Une concentration augmentée est compatible avec une exposition professionnelle, environnementale, alimentaire ou médicale; les expositions par supplémentation orale et par implant métal-métal peuvent produire les concentrations systémiques les plus élevées dans la revue consultée. [s4]
Chez les travailleurs exposés à des composés solubles de cobalt, le dosage du cobalt dans le sang ou l’urine en fin de semaine de travail a été proposé comme indicateur d’exposition récente; pour les oxydes de cobalt, ces indices reflétaient moins bien l’exposition récente. [s3]
Dans l’étude suédoise, le cobalt sanguin variait de <3,2 à 110,3 nmol/L et était corrélé aux mesures de cobalt dans l’air inhalable et sur la peau; cette observation décrit une cohorte exposée et ne fixe pas un seuil pathologique. [s2]
La corrosion ou l’usure d’un implant métal-métal peut libérer des ions de cobalt qui entrent dans la circulation sanguine; une concentration élevée doit donc être interprétée avec l’histoire de l’implant, les autres expositions et le contexte clinique. [s6]
Facteurs qui faussent le résultat
La forme chimique du cobalt et la voie d’exposition modifient la relation entre exposition et concentration sanguine; les composés solubles, le métal, les sels, les oxydes et les poussières de métal dur ne se comportent pas de façon interchangeable. [s3,s4]
Le moment du prélèvement est important pour une exposition professionnelle: une mesure en fin de semaine de travail a été étudiée pour l’exposition récente aux formes solubles, alors que les oxydes reflétaient moins bien l’exposition récente. [s3]
L’exposition cutanée et l’exposition par inhalation peuvent toutes deux contribuer à l’absorption; chez les travailleurs étudiés le même jour, les corrélations de Spearman entre cobalt sanguin, cobalt cutané et cobalt inhalable étaient comprises entre 0,376 et 0,498. [s2]
Pour la méthode ICP-KED-MS publiée par le CDC, le cobalt était stable dans le sang total jusqu’à 64 heures à température ambiante; le cobalt après dilution a aussi été évalué pendant 48 heures à température ambiante et à 4 °C. [s1]
Le facteur de dilution pendant la préparation a eu un effet significatif sur les résultats de contrôle dans la validation de méthode; l’étude signalait aussi l’absence de matériau de référence certifié de sang total pour le chrome et le cobalt. [s1]
L’exposition à un implant, le type d’implant et la susceptibilité individuelle peuvent modifier la relation entre cobalt sanguin et effets; les seuils proposés pour les implants ne doivent pas être appliqués comme un intervalle général. [s4,s5,s6]
Sources
- Joaudimir Castro Georgi; Yuliya L. Sommer; Cynthia D. Ward; et al.. Biomonitoring method for the analysis of chromium and cobalt in human whole blood using inductively coupled plasma - kinetic energy discrimination - mass spectrometry (ICP-KED-MS) (2017)
- Maria Klasson; Magnus Lindberg; Ing-Liss Bryngelsson; et al.. Biological monitoring of dermal and air exposure to cobalt at a Swedish hard metal production plant: does dermal exposure contribute to uptake? (2017)
- D. Lison; J. P. Buchet; B. Swennen; et al.. Biological monitoring of workers exposed to cobalt metal, salt, oxides, and hard metal dust (1994)
- Laura Leyssens; Bart Vinck; Chris Van Der Straeten; et al.. Cobalt toxicity in humans—A review of the potential sources and systemic health effects (2017)
- Reshid Berber; John A. Skinner; Alister J. Hart. Management of metal-on-metal hip implant patients: Who, when and how to revise? (2016)
- U.S. Food and Drug Administration. Concerns about Metal-on-Metal Hip Implants (2019)