Fraction d'excrétion du sodium calculée
Examen biologique : Fonction rénale et urines. La fraction d'excrétion du sodium (FENa) est un indice calculé à partir du sodium et de la créatinine urinaires et plasmatiques pour apprécier la manipulation tubulaire du sodium; elle est surtout étudiée comme aide à la différenciation de certaines formes d'insuffisance rénale aiguë oligurique. Le repère de 1 % ne constitue pas un intervalle de référence universel et son interprétation est limitée notamment par les diurétiques, la maladie rénale chronique, le débit urinaire et l'apport sodé.
À quoi sert cet examen
La FENa estime la fraction du sodium filtré qui est excrétée dans les urines et sert d'indice de la réabsorption tubulaire du sodium. Elle se calcule avec des mesures urinaires et plasmatiques simultanées : (sodium urinaire × créatinine plasmatique) / (sodium plasmatique × créatinine urinaire) × 100 [s2,s3].
En contexte d'insuffisance rénale aiguë, elle peut contribuer à distinguer une azotémie dite prérénale d'une atteinte rénale intrinsèque, surtout chez les patients oligurique sans maladie rénale chronique ni traitement diurétique; elle ne s'interprète pas isolément et ne pose pas un diagnostic [s1,s2,s3].
Valeurs de référence
Dans certains contextes d’insuffisance rénale aiguë prérénale, une FENa <1 % est utilisée comme seuil conventionnel [s2]. La cohorte pédiatrique citée rapporte une variation de la FENa avec la filtration glomérulaire et l’apport sodé [s4].
Seuils de décision et gravité
| Population et contexte [s1,s2] | Repère de FENa [s1,s2] | Performance ou portée rapportée [s1] |
|---|---|---|
| Seuil couramment étudié pour différencier une insuffisance rénale aiguë prérénale d'une forme intrinsèque [s1,s2] | 1 % [s1,s2] | Dans 15 études (872 patients), sensibilité groupée 90 % et spécificité 82 % [s1]. |
| Patients avec oligurie, sans antécédent de maladie rénale chronique ni traitement diurétique [s1] | Seuil de 1 % [s1] | Dans 8 études (264 patients), sensibilité groupée 95 % et spécificité 91 % [s1]. |
| Études incluant des patients avec maladie rénale chronique ou sous diurétiques [s1] | Seuil de 1 % [s1] | Dans 6 études (511 patients), sensibilité groupée 83 % et spécificité 66 % [s1]. |
Ces performances proviennent d'une méta-analyse diagnostique chez des adultes avec insuffisance rénale aiguë; elles ne définissent ni une valeur critique ni un intervalle de référence pour une population générale [s1].
Interprétation
Une FENa <1 % a été utilisée comme indice de rétention rénale du sodium et peut appuyer l'hypothèse d'une insuffisance rénale aiguë prérénale dans une population sélectionnée, notamment en présence d'oligurie et sans maladie rénale chronique ni diurétiques; ce résultat ne suffit pas à lui seul pour conclure [s1,s2,s3].
Une valeur basse n'exclut pas une atteinte rénale intrinsèque : elle peut notamment être observée dans certaines atteintes à pigments, et une FENa basse est fréquente au début du sepsis; dans une cohorte de patients septiques, FENa seule discriminait mal l'atteinte transitoire de l'atteinte intrinsèque [s2,s3,s6].
Une FENa >1 % est classiquement considérée comme compatible avec une moindre réabsorption tubulaire du sodium dans certaines formes intrinsèques d'insuffisance rénale aiguë, mais ce repère n'est pas spécifique et ne permet pas à lui seul de distinguer les causes [s2,s3].
Une valeur élevée peut également s'observer sous l'effet de diurétiques ou en maladie rénale chronique, où la conservation du sodium est modifiée; l'interprétation est donc particulièrement limitée dans ces situations [s1,s2,s5].
Facteurs qui faussent le résultat
Les diurétiques augmentent l'excrétion urinaire du sodium et peuvent faire monter la FENa, y compris lorsque l'atteinte est prérénale; la maladie rénale chronique peut également réduire la capacité de conservation du sodium et diminuer la spécificité du seuil conventionnel [s1,s2,s5].
Chez les enfants ambulatoires inclus dans l’étude, la FENa variait avec le débit de filtration glomérulaire et l’apport/excrétion de sodium [s4].
L'oligurie, le stade et le contexte de l'insuffisance rénale aiguë modifient l'utilité du résultat; les études synthétisées rapportent une meilleure performance chez les patients oligurique sans maladie rénale chronique ni diurétiques. Les atteintes glomérulaires, interstitielles ou vasculaires qui peuvent préserver la fonction tubulaire, ainsi que certaines atteintes à pigments, sont aussi des limites d'interprétation [s1,s2,s3].
Dans le sepsis précoce, une FENa basse est fréquente et, dans une cohorte de 107 patients septiques, la FENa seule avait une aire sous la courbe de 0,59 pour distinguer une atteinte rénale aiguë transitoire d'une atteinte intrinsèque; ce résultat est propre à cette cohorte et ne doit pas être généralisé à d'autres populations [s6].
Sources
- Mohammad Abdelhafez et al.. Diagnostic Performance of Fractional Excretion of Sodium for the Differential Diagnosis of Acute Kidney Injury: A Systematic Review and Meta-Analysis (2022)
- Harish Seethapathy ; Andrew Z. Fenves. Fractional Excretion of Sodium (FENa): An Imperfect Tool for a Flawed Question (2022)
- Abdurrahman Hamadah ; Kamel Gharaibeh. Fractional Excretion of Sodium and Urea are Useful Tools in the Evaluation of AKI: PRO (2023)
- Michiel F. Schreuder ; Arend Bökenkamp ; Joanna A. E. van Wijk. Interpretation of the Fractional Excretion of Sodium in the Absence of Acute Kidney Injury: A Cross-Sectional Study (2017)
- Bijan Roshan. Pre-renal or pre-tubular? (2015)
- Jill Vanmassenhove et al.. Urinary output and fractional excretion of sodium and urea as indicators of transient versus intrinsic acute kidney injury during early sepsis (2013)