Immunofixation sérique
Examen biologique : Biochimie générale et métabolisme. Examen qualitatif d’immunofixation électrophorétique du sérum qui confirme la présence d’une immunoglobuline monoclonale et en caractérise la chaîne lourde (habituellement IgG, IgA ou IgM) et la chaîne légère (κ ou λ). Il complète l’électrophorèse des protéines sériques et doit être interprété avec les immunoglobulines quantitatives, les chaînes légères libres, les données cliniques et, si nécessaire, les examens urinaires et médullaires; une bande monoclonale est une constatation associée à une dyscrasie possible, pas un diagnostic autonome de myélome.
À quoi sert cet examen
**Indications**: Indications principales: pic ou bande suspecte à l’électrophorèse sérique; suspicion clinique de myélome, macroglobulinémie de Waldenström, amylose AL ou autre gammapathie; neuropathie inexpliquée; anémie associée à insuffisance rénale et douleurs osseuses; hypercalcémie suspecte; lésions lytiques ou fractures pathologiques; élévation inexpliquée des protéines; rouleaux érythrocytaires; protéinurie de type Bence-Jones. [s1] Elle est également utilisée pour le suivi d’une gammapathie ou d’un myélome connu et peut être demandée malgré une électrophorèse non concluante si la suspicion reste forte. [s2]
**Préparation**: Aucune préparation particulière, notamment aucun jeûne systématique, n’est généralement requise pour la prise de sang. [s3] Vérifier toutefois les consignes du laboratoire exécutant, signaler les traitements par anticorps monoclonaux et fournir les résultats antérieurs afin de distinguer une interférence médicamenteuse d’une nouvelle bande monoclonale. [s4]
L’IFE sérique est utilisée pour confirmer et typer une protéine monoclonale, notamment dans l’évaluation d’un myélome multiple, d’une macroglobulinémie de Waldenström, d’une amylose AL, d’un plasmocytome ou d’une autre gammapathie monoclonale. Elle est plus sensible que l’électrophorèse seule pour caractériser de petites protéines M, y compris lorsque le profil électrophorétique est peu contributif. [s1] Elle peut aussi documenter la réponse ou une rechute chez un patient déjà connu, mais ne quantifie pas à elle seule la masse de protéine M. [s2]
Valeurs de référence
- **Cible thérapeutique**: Il n’y a pas de cible thérapeutique quantitative pour l’IFE. Dans les critères de réponse du myélome rapportés par l’IMWG, la négativité de l’IFE sérique et urinaire participe à la définition de la réponse complète; il s’agit d’un critère de réponse, non d’un intervalle de référence ni d’un diagnostic isolé. [s2]
- **Seuil décisionnel**: Le seuil décisionnel pratique est la présence ou l’absence d’une bande monoclonale identifiable et typable par la méthode du laboratoire. La sensibilité dépend de la plateforme, des antisérums, de l’isotype et de la concentration; l’intervalle et les commentaires du laboratoire exécutant prévalent. [s2]
- **Seuil diagnostique**: Il n’existe pas de concentration seuil universelle propre à l’IFE: la détection d’une bande monoclonale est un résultat analytique qui doit être corrélé à l’électrophorèse, aux chaînes légères libres, aux immunoglobulines quantitatives, à la clinique et, si indiqué, à la moelle. Une IFE positive n’établit donc pas à elle seule un myélome ou une autre hémopathie. [s1]
Seuils de décision et gravité
**Lecture du résultat**: Compte rendu habituel: IFE normale, bande monoclonale typée (par exemple IgG-κ, IgG-λ, IgA-κ, IgM-λ ou chaîne légère isolée), profil polyclonal, ou résultat non interprétable. Une bande monoclonale doit être confrontée au tracé d’électrophorèse, à la concentration des immunoglobulines, au rapport et aux concentrations des chaînes légères libres, à la fonction rénale, à l’hémogramme, au calcium et au contexte clinique; elle ne permet pas seule de conclure à un cancer. [s1] Les seuils de maladie et la classification entre MGUS, myélome indolent, myélome actif, macroglobulinémie ou amylose nécessitent des critères cliniques, biologiques, radiologiques et/ou médullaires complémentaires. [s1,s2] Une IFE négative ne doit pas être utilisée seule pour exclure une maladie résiduelle ou une dyscrasie lorsque la suspicion demeure élevée. [s2]
Interprétation
Pour cet examen qualitatif, «diminuée» n’est pas une catégorie numérique applicable. Une IFE négative signifie qu’aucune bande monoclonale n’a été détectée dans les conditions analytiques utilisées; elle n’exclut pas absolument une dyscrasie oligosecrétante, non sécrétante ou une maladie à faible concentration. Une discordance avec les chaînes légères libres est possible; dans une cohorte indienne de 450 observations de myélome, 28,7 % étaient discordantes entre IFE sérique et rapport κ/λ, ce chiffre étant spécifique à cette cohorte et à ses méthodes. [s1,s2]
Pour cet examen qualitatif, «augmentée» n’est pas une catégorie numérique applicable. Une bande étroite et nette correspondant à une même chaîne lourde et à κ ou λ suggère une immunoglobuline monoclonale; des bandes larges et diffuses avec plusieurs chaînes lourdes et les deux chaînes légères évoquent plutôt une réponse polyclonale. [s1] La présence d’une protéine monoclonale peut s’observer dans une gammapathie monoclonale de signification indéterminée, un myélome, une macroglobulinémie, une amylose AL, un lymphome ou d’autres situations; elle ne suffit pas à distinguer ces diagnostics. [s1,s3]
Facteurs qui faussent le résultat
L’interprétation est influencée par la méthode (gel ou autre séparation électrophorétique), la résolution, les antisérums utilisés, la concentration et l’isotype de la protéine M, ainsi que par la comparaison avec les résultats antérieurs. Les infections, maladies inflammatoires, auto-immunes, hépatiques ou neurologiques peuvent augmenter les immunoglobulines de manière polyclonale et compliquer l’identification d’une monoclonalité. [s1,s2] Les anticorps monoclonaux thérapeutiques, notamment certains traitements anti-CD38 ou autres immunothérapies, peuvent migrer comme une bande monoclonale et produire une interférence; la liste médicamenteuse et la position de bande doivent être vérifiées. [s4]
**Limites**: L’IFE est qualitative et ne fournit pas une plage chiffrée ni une mesure fiable de la quantité de protéine M; un résultat positif doit être complété par une méthode quantitative et un bilan de dyscrasie. La sensibilité n’est pas absolue et les résultats de l’IFE et des chaînes légères libres peuvent être discordants, particulièrement en suivi ou dans les maladies à faible sécrétion. [s2] Les anticorps monoclonaux thérapeutiques peuvent créer une bande transitoire ou persistante faussement attribuable à une gammapathie; la comparaison aux prélèvements antérieurs, la date des traitements et une discussion avec le biologiste sont essentielles avant une investigation invasive. [s4] Les profils polyclonaux liés à une inflammation ou à une maladie hépatique, auto-immune ou infectieuse indiquent une activation immunitaire mais n’établissent pas une monoclonalité. [s1]
Sources
- Theodore X. O’Connell; Timothy J. Horita; Barsam Kasravi. Understanding and Interpreting Serum Protein Electrophoresis (2005)
- Malvika Shastri; Pankaj Malhotra; Harvinder Kaur; Ritu Aggarwal. Understanding the Constraints and Optimization of Serum Immunofixation Electrophoresis and Serum Free Light Chains for Detecting Monoclonal Proteins: A Single-Center Experience (2023)
- U.S. National Library of Medicine, MedlinePlus. Protein Electrophoresis by Immunofixation Blood Test (2026)
- Ashley Rose Scholl; Dimitrios Korentzelos; Taylor E. Forns; et al.. Characterization of Casirivimab Plus Imdevimab, Sotrovimab, and Bamlanivimab Plus Etesevimab-Derived Interference in Serum Protein Electrophoresis and Immunofixation Electrophoresis (2022)