Immunofixation urinaire
Examen biologique : Biochimie générale et métabolisme. Examen de détection et de typage des immunoglobulines ou chaînes légères monoclonales dans l’urine, généralement après séparation électrophorétique et concentration de l’échantillon. Il recherche notamment une protéine monoclonale de type Bence-Jones et précise sa restriction de chaîne légère (kappa ou lambda) et, lorsqu’elle est exprimée, sa chaîne lourde. Un résultat positif établit la présence d’une protéine monoclonale urinaire, mais n’établit pas à lui seul un myélome, une macroglobulinémie de Waldenström, une amylose AL ou une autre gammopathie; l’interprétation doit intégrer électrophorèse et immunofixation sériques, chaînes légères libres sériques, fonction rénale et contexte clinique.
À quoi sert cet examen
- **Indications**: Suspicion de gammopathie monoclonale avec électrophorèse sérique ou urinaire anormale, protéinurie inexpliquée, insuffisance rénale évocatrice ou signes compatibles avec une maladie plasmocytaire [s1,s2].
- Évaluation ciblée d’une amylose AL ou d’une maladie à chaînes légères, notamment lorsqu’une atteinte rénale est possible [s1,s2].
- Complément du bilan d’un myélome multiple, d’une macroglobulinémie de Waldenström, d’une gammopathie monoclonale de signification rénale ou d’une autre lymphoprolifération lorsque le clinicien doit caractériser la protéine urinaire [s1,s2].
- Suivi d’une gammopathie connue ou évaluation de réponse/rechute selon le protocole spécialisé; la pertinence de l’IFE urinaire varie avec le type de maladie, en particulier la maladie à chaînes légères [s1].
- **Méthode**: La méthode comporte une séparation électrophorétique puis une fixation par antisérums dirigés contre les immunoglobulines et les chaînes légères; la précipitation localisée permet de typer la bande monoclonale [s1].
- **Prélèvement**: Le prélèvement de référence est généralement une urine de 24 heures, sans conservateur, conservée au réfrigérateur pendant la collecte; les heures de début et de fin et le volume total doivent être consignés [s1].
- Une collecte de 24 heures commence habituellement après élimination de la première miction du matin et inclut la première miction du matin suivant; chaque miction doit être récupérée. Une collecte incomplète compromet l’interprétation [s1].
- Utiliser un récipient propre adapté, sans conservateur sauf instruction contraire, recueillir la totalité des urines pendant l’intervalle prescrit, réfrigérer pendant la collecte, noter les heures de début et de fin ainsi que le volume total, puis mélanger avant aliquotage selon le laboratoire [s1].
- Signaler au laboratoire les traitements par anticorps monoclonaux, une maladie plasmocytaire connue, une dialyse ou une insuffisance rénale; ces éléments conditionnent l’interprétation et le choix d’examens complémentaires [s1].
- L’IFE urinaire est une méthode sensible de confirmation et de caractérisation d’une bande monoclonale repérée par électrophorèse des protéines urinaires; elle peut identifier une immunoglobuline intacte ou une chaîne légère monoclonale [s1].
- Elle est surtout utile lorsque l’on suspecte une gammopathie monoclonale, une maladie à chaînes légères, une amylose AL ou une atteinte rénale liée à une immunoglobuline monoclonale, et pour certains suivis de gammopathies déjà connues [s1,s2].
- Le dépistage populationnel systématique par examens urinaires n’est pas recommandé; les stratégies initiales privilégient habituellement électrophorèse sérique avec immunotypage réflexe et chaînes légères libres sériques, avec étude urinaire ciblée selon le contexte [s1,s2].
Valeurs de référence
- L’IFE urinaire isolée est essentiellement qualitative ou interprétative: résultat attendu, absence de protéine monoclonale détectable; résultat anormal, présence d’une bande monoclonale avec restriction de chaîne légère et éventuellement typage de chaîne lourde. Une plage numérique générique n’est donc pas applicable à l’IFE elle-même [s1].
- Il n’existe pas de seuil diagnostique universel, de cible thérapeutique numérique ni de seuil décisionnel universel pour l’IFE qualitative. L’absence ou la persistance d’un composant monoclonal s’interprète dans le cadre clinique et du protocole de suivi, et non comme une concentration isolée [s1,s2].
- Pour l’IFE urinaire qualitative, aucune plage pédiatrique numérique publiée et spécifique n’a été identifiée dans les sources consultées. La plage numérique n’est pas applicable à l’IFE isolée; le laboratoire exécutant doit préciser son interprétation pour l’âge, la méthode et le prélèvement [s1].
Seuils de décision et gravité
- **Lecture du résultat**: « Absence de protéine monoclonale » est le résultat attendu pour l’IFE; « présence » doit préciser le type de chaîne légère et, si possible, l’isotype. Une restriction monoclonale est un résultat analytique, pas un diagnostic nosologique [s1].
- Un résultat positif doit être rapproché de l’électrophorèse et de l’immunofixation sériques, des chaînes légères libres sériques, de la créatinine/du DFGe, de la protéinurie et des données cliniques; rechercher notamment myélome, macroglobulinémie de Waldenström, amylose AL ou gammopathie monoclonale de signification rénale selon le tableau [s1,s2].
- Les recommandations récentes ne retiennent pas l’urine comme dépistage systématique initial chez la plupart des patients; elle garde un intérêt ciblé lorsque l’amylose AL, une maladie à chaînes légères ou une atteinte rénale liée à une protéine monoclonale est suspectée [s2].
- Une négativité urinaire n’annule pas une forte suspicion clinique. Inversement, la détection d’une protéine monoclonale n’établit pas à elle seule la malignité, car une MGUS et d’autres états peuvent être associés à un composant monoclonal [s1,s3].
Interprétation
- Un résultat négatif signifie qu’aucune protéine monoclonale détectable n’a été mise en évidence dans les conditions analytiques du prélèvement; ce n’est pas une exclusion absolue d’une gammopathie [s1].
- Un faux négatif ou une sensibilité insuffisante peut survenir en cas de maladie non sécrétante ou oligosécrétante, de faible charge monoclonale, de collecte inadéquate ou de composant sérique ne se déversant pas en quantité détectable dans l’urine. Si la suspicion persiste, compléter par chaînes légères libres sériques et immunofixation sérique [s1].
- Une bande étroite et nette reproduite dans une voie d’immunoglobuline et dans une voie kappa ou lambda est compatible avec une protéine monoclonale; une bande isolée kappa ou lambda peut correspondre à une gammopathie à chaînes légères [s1].
- La présence urinaire d’une protéine monoclonale est associée aux gammopathies plasmocytaires ou lymphoplasmocytaires, à l’amylose AL et à certaines gammopathies monoclonales de signification rénale, mais elle ne suffit pas à poser l’un de ces diagnostics [s1,s2].
- Un motif polyclonal large et diffus est non spécifique et peut accompagner inflammation, infection, maladie hépatique ou autres situations réactives; il ne doit pas être assimilé à une bande monoclonale [s1].
Facteurs qui faussent le résultat
- La collecte urinaire incomplète, une durée de collecte mal chronométrée, une dilution importante et l’absence de concentration peuvent diminuer la détection d’une faible excrétion monoclonale; le recueil de 24 heures est particulièrement exigeant [s1,s2].
- La fonction rénale, le débit d’excrétion des protéines et la quantité de protéine monoclonale sérique influencent la probabilité de retrouver une protéine monoclonale dans l’urine; dans une étude rétrospective de patients avec nouveau composant sérique, la probabilité urinaire augmentait avec la protéine monoclonale sérique et les protéines urinaires et diminuait avec le DFGe [s3].
- **Limites**: L’IFE urinaire ne fournit pas, à elle seule, une concentration fiable de protéine monoclonale; la plage de référence numérique, le seuil diagnostique et la cible thérapeutique ne sont donc pas applicables à l’examen qualitatif isolé [s1].
- La collecte de 24 heures est contraignante et peut être incomplète. Les études montrant une faible probabilité de protéine urinaire sous certains seuils sériques concernent une population et une méthode particulières, excluent notamment certaines maladies à chaînes légères et l’amylose, et ne constituent pas un seuil universel de l’IFE [s3].
- Des anticorps monoclonaux thérapeutiques peuvent créer une interférence dans l’électrophorèse ou l’immunofixation, surtout sérique; le traitement en cours doit être communiqué au laboratoire et tout profil inattendu doit être discuté [s1].
Sources
- Abimbola Farinde; éditrice scientifique Sridevi Devaraj. Immunofixation: Reference Range, Interpretation, Collection and Panels (2026)
- Mark A. Zaydman; Ann Gronowski; Carly Maucione; revue par Catherine Omosule et Patrick F. Morse. Immunofixation Electrophoresis, Urine with Interpretation (LAB6532) (2026)
- Mònica Vidal-Pla; Elisa Nuez-Zaragoza; Indira Bhambi; Vicente Aguadero. Urine analysis in monoclonal gammopathies at diagnosis: settling cut-off values (2024)