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Molybdène (spécialisé)

Examen biologique : Vitamines, nutrition et oligoéléments. Le dosage du molybdène peut être réalisé dans le plasma, le sang total ou l’urine, principalement pour documenter une exposition ou étudier la relation entre apport récent et excrétion. Les concentrations dépendent fortement de la matrice, du moment du prélèvement, de la population et de la méthode; aucun biomarqueur biochimique unique ne permet d’établir un statut nutritionnel fiable, et les repères publiés ne sont pas des seuils diagnostiques universels.

À quoi sert cet examen

Le dosage spécialisé du molybdène sert surtout au biomonitoring d’une exposition environnementale ou professionnelle et à l’étude de l’exposition alimentaire; le molybdène absorbé est principalement régulé et éliminé par le rein. [s1,s3,s4]

Le plasma est décrit comme reflétant une consommation à plus long terme, tandis que l’excrétion urinaire sur 24 heures est liée à une consommation récente; ces mesures ne sont pas interchangeables avec un dosage de statut nutritionnel. [s1]

Le dosage peut être discuté après une exposition professionnelle ou environnementale suspectée, notamment aux composés de molybdate, mais l’interprétation doit rester liée à la matrice, au délai d’exposition et au contexte clinique. [s4,s7,s8]

La carence alimentaire en molybdène est exceptionnelle et le statut n’est généralement pas évalué en pratique clinique; les concentrations mesurées décrivent plutôt une exposition ou une excrétion qu’une réserve fonctionnelle. [s1,s2,s3]

Valeurs de référence

Le laboratoire fait foi pour la limite de référence applicable à sa méthode, sa matrice et sa population. Les repères ci-dessous sont des distributions ou des valeurs d’études et ne sont pas interchangeables. [s1,s2,s3,s5,s6]

Population et type de valeur [s1,s2]Molybdène rapporté [s1,s2]Matrice, méthode et portée [s1,s2]
Adultes sains; sérum, étude de 30 personnes [s2]0,28–1,17 ng/mL; moyenne 0,58 ng/mL [s2]Repère issu d’une petite étude historique; il ne constitue pas un intervalle universel. [s2]
Adultes de 20–91 ans en Trøndelag, Norvège; distribution géométrique du sang total, n=1 011 [s1]Moyenne géométrique 0,83 µg/L; 5e–95e percentiles 0,44–1,78 µg/L [s1]Valeurs de population pour le sang total; elles ne remplacent pas une limite locale de laboratoire. [s1]
Adultes sains non-fumeurs en Suède; excrétion urinaire sur 24 heures, n=60 [s1]Moyenne géométrique 54 µg/24 h; 35 µg/g de créatinine [s1]Valeur d’étude sans différence entre hommes et femmes; la collecte sur 24 heures est déterminante. [s1]
Hommes de 18–55 ans de l’enquête NHANES 2011–2012, n=484; distribution urinaire [s6]Moyenne géométrique 41,54 µg/L; 10e percentile 11,80; médiane 46,05; 90e percentile 108; 95e percentile 141; maximum 541 µg/L [s6]Urine analysée par ICP-MS à plasma induit avec réaction dynamique; valeurs de population et non intervalle clinique. [s6]
Population danoise, n=128; intervalle de référence paramétrique à 95 % dans l’urine [s5]9,6–122,6 µg/L; 0,84–11,47 µg Mo/mmol de créatinine [s5]ICP-MS; résultats fondés sur l’isotope 98Mo, limite de détection 0,2 µg/L; l’étude rapporte aussi 9,6–122,6 µg/L après correction par la créatinine. [s5]
Repères de biomonitoring équivalents associés à l’EAR de l’IOM, pas un intervalle de référence [s4]0,5 µg/L dans le plasma; 0,45 µg/L dans le sang total; 22 µg/L dans l’urine [s4]Valeurs modélisées à partir d’études pharmacocinétiques contrôlées pour l’apport nutritionnel estimé; elles ne mesurent pas une carence individuelle. [s4]

Les valeurs divergent selon la matrice et la population: le sérum historique est rapporté en ng/mL, le sang total norvégien en µg/L, et l’urine danoise sur une plage de 9,6–122,6 µg/L; ces résultats ne doivent pas être fusionnés en une seule référence. [s1,s2,s5,s6]

Seuils de décision et gravité

Les biomonitoring equivalents de Hays et al. associés à des repères de toxicité sont estimés à 0,9–31 µg/L dans le plasma, 0,8–28 µg/L dans le sang total et 200–7 500 µg/L dans l’urine; ce sont des repères d’exposition modélisés, non des seuils diagnostiques ou des limites critiques universelles. [s4]

Les mêmes auteurs rapportent des valeurs de 0,5 µg/L dans le plasma, 0,45 µg/L dans le sang total et 22 µg/L dans l’urine pour le niveau associé à l’EAR nutritionnel; ces valeurs ne permettent pas d’inférer un statut individuel, car aucun biomarqueur biochimique de statut n’est établi. [s1,s4]

Après ingestion accidentelle de molybdate de sodium, un cas a présenté à 2 heures 50 µg/L dans le sang, avec une référence de 0,43–1,8 µg/L, et 630 µg/L dans l’urine, avec une référence jusqu’à 116 µg/L; il s’agit d’une observation clinique isolée et non d’un seuil de toxicité. [s7]

Interprétation

Une concentration faible peut être compatible avec une faible exposition récente ou avec un prélèvement effectué hors du moment pertinent, mais elle ne démontre pas une carence; la revue nordique conclut à l’absence de biomarqueur biochimique validé du statut du molybdène. [s1]

Dans les études nutritionnelles, le plasma et l’urine répondent à l’apport avec des cinétiques différentes; une valeur basse dans une matrice ne peut donc pas être interprétée en la remplaçant par une valeur de l’autre matrice. [s1,s3]

Les déficits de cofacteur du molybdène sont des maladies héréditaires rares et ne doivent pas être assimilés à une valeur basse isolée de molybdène mesuré. [s1,s3]

Une concentration augmentée est compatible avec une exposition récente ou professionnelle; dans l’étude de travailleurs exposés à la poussière de molybdène, l’absorption était accompagnée d’une augmentation du molybdène plasmatique et urinaire. [s8]

Après une ingestion aiguë de molybdate de sodium, les concentrations sanguine et urinaire mesurées 2 heures après l’exposition étaient supérieures aux références du laboratoire dans le cas rapporté; ce résultat ne permet pas de déduire à lui seul un effet clinique ni un seuil de toxicité. [s7]

Des apports alimentaires élevés ont été associés à une excrétion urinaire rapide; une concentration urinaire augmentée peut donc refléter l’apport récent plutôt qu’une accumulation tissulaire. [s1,s2,s3]

L’exposition professionnelle ancienne a aussi été associée à des élévations de la céruloplasmine sérique et plus modestement de l’acide urique moyen, mais ces observations ne sont pas des seuils de décision pour le dosage du molybdène. [s8]

Facteurs qui faussent le résultat

La matrice est un facteur déterminant: plasma, sérum, sang total, urine ponctuelle et urine de 24 heures ont des significations et des distributions différentes; le résultat doit conserver la matrice et l’unité. [s1,s2,s3,s5,s6]

Le moment du prélèvement modifie fortement le résultat: le plasma augmente après l’ingestion puis revient vers sa valeur basale, tandis que l’excrétion urinaire est liée à l’apport récent. [s1,s3]

La collecte urinaire et la dilution influencent la concentration; les études ont utilisé une collecte de 24 heures, une concentration en µg/L ou une correction par la créatinine. [s1,s5,s6]

La méthode analytique et les limites de détection doivent être documentées: l’étude danoise a utilisé l’ICP-MS avec une limite de détection de 0,2 µg/L, l’étude NHANES un ICP-MS à plasma induit avec réaction dynamique, et l’étude italienne un ICP-MS après dilution acide. [s5,s6]

L’alimentation, les compléments contenant du molybdène, l’eau et les expositions professionnelles peuvent modifier la concentration; l’absorption et l’excrétion dépendent aussi de la dose ingérée. [s1,s2,s3,s4]

Les données humaines sur les effets toxiques sont limitées et les estimations d’excrétion divergent selon les protocoles: la revue nutritionnelle rapporte environ 60 % d’excrétion urinaire à 22 µg/jour et plus de 90 % à 467 µg/jour, tandis qu’une revue toxicologique ancienne rapporte une excrétion de 17–80 % de la dose totale; ces chiffres ne sont pas directement comparables. [s1,s8]

L’article sur les biomonitoring equivalents comporte un erratum publié en 2022; les valeurs doivent être considérées avec cette réserve éditoriale et comme des estimations de biomonitoring, non comme des références cliniques universelles. [s4]

Sources

  1. Agneta Oskarsson; Maria Kippler. Molybdenum – a scoping review for Nordic Nutrition Recommendations 2023 (2023)
  2. National Institutes of Health, Office of Dietary Supplements. Molybdenum: Health Professional Fact Sheet (2021)
  3. Institute of Medicine (US) Panel on Micronutrients. Dietary Reference Intakes for Molybdenum: Physiology of Absorption, Metabolism, and Excretion; Indicators of Molybdenum Status (2001)
  4. Sean M. Hays; Kristin Macey; Devika Poddalgoda; Ming Lu; Andy Nong; Lesa L. Aylward. Biomonitoring Equivalents for molybdenum (2016)
  5. B. S. Iversen; C. Menné; M. A. White; J. Kristiansen; J. M. Christensen; E. Sabbioni. Inductively coupled plasma mass spectrometric determination of molybdenum in urine from a Danish population (1998)
  6. Ryan C. Lewis; John D. Meeker. Biomarkers of Exposure to Molybdenum and Other Metals in Relation to Testosterone among Men from NHANES 2011–2012 (2015)
  7. Lucia Bernasconi; Benedetta Brolli; Aurelio Negro; et al.. Accidental ingestion of sodium molybdate at the workplace followed by short-term biomonitoring (2022)
  8. A. Vyskocil; C. Viau. Assessment of molybdenum toxicity in humans (1999)