Myélogramme
Examen biologique : Hématologie. Examen cytologique réalisé sur un aspirat de moelle osseuse, habituellement prélevé à la crête iliaque postérieure. Il documente l’adéquation du prélèvement, la morphologie et la différentielle des cellules médullaires, les blastes, la maturation, la dysplasie et certains éléments anormaux; il peut être complété par la cytométrie en flux, la cytogénétique, la FISH ou la biologie moléculaire. L’aspirat et la biopsie ostéo-médullaire apportent des informations complémentaires, et l’interprétation doit être corrélée à la NFS, au frottis sanguin, au contexte clinique et aux examens auxiliaires; un myélogramme isolé ne constitue donc pas à lui seul un diagnostic étiologique.
À quoi sert cet examen
- **Indications**: Cytopénie, cytose inexpliquée ou cellules atypiques au frottis sanguin. [s1]
- Suspicion, classification ou suivi d’une leucémie, d’une néoplasie myéloïde, d’un syndrome myélodysplasique ou d’une autre néoplasie hématologique; la biopsie et les examens auxiliaires peuvent être indispensables. [s1,s2]
- Évaluation d’une plasmocytose ou d’une suspicion de néoplasie plasmocytaire, avec recherche de clonalité et d’événements définissant la maladie si pertinent. [s1]
- Stadification de certains lymphomes, évaluation d’une hépatosplénomégalie inexpliquée, fièvre d’origine indéterminée avec suspicion hématologique ou infectieuse, et recherche de certaines maladies de surcharge selon le contexte. [s1]
- Évaluation de réponse, rechute ou maladie résiduelle après traitement lorsque le clinicien le justifie. [s1,s3]
- **Méthode**: **Composantes**: Évaluation de l’adéquation et des spicules, cellularité appréciable sur l’aspirat, maturation des lignées granulocytaire et érythroïde, mégacaryocytes, lymphocytes, plasmocytes, blastes, dysplasie, éléments anormaux et, selon la demande, coloration du fer. La cytométrie en flux, la cytogénétique, la FISH, la PCR ou le séquençage sont des examens complémentaires et non des résultats automatiquement inclus. [s1]
- **Distinction**: La biopsie ostéo-médullaire utilise une carotte tissulaire pour l’architecture, la cellularité, la fibrose et les infiltrats focaux; elle complète le myélogramme mais ne doit pas être confondue avec l’examen cytologique de l’aspirat. [s1,s2]
- **Principe**: Aspiration d’une petite quantité de moelle liquide, étalement immédiat des particules et examen cytologique après coloration de type Wright-Giemsa ou Romanowsky. La différentielle porte habituellement sur plusieurs centaines de cellules; le CAP est cité comme recommandant 500 cellules, selon le contexte et la qualité du prélèvement. [s1]
- **Prélèvement**: **Biopsie associée**: Si une biopsie est demandée, la carotte doit être recueillie séparément et fixée selon les instructions du laboratoire; une longueur de 1,5–2 cm est généralement visée pour une biopsie représentative, mais cela concerne la biopsie, pas le volume du myélogramme. [s2]
- **Recueil**: L’aspiration initiale courante est de l’ordre de 0,5–1 mL, mais le volume, le nombre de frottis et les tubes dépendent des examens demandés et des exigences locales. Préparer immédiatement les frottis à partir de l’aspirat particulaire; vérifier les spicules. [s2]
- **Tubes**: Prélever séparément selon les analyses: aspirat pour morphologie sur lames immédiates; tube EDTA ou héparine pour les études moléculaires selon le laboratoire; héparine sodique pour la cytométrie en flux dans le protocole décrit par NCBI. [s1,s2]
- **Type**: Aspirat de moelle osseuse, généralement obtenu à la crête iliaque postérieure chez l’adulte; l’aspiration sternale est limitée à des circonstances particulières et à un opérateur expérimenté. [s2,s3]
- **Préparation**: **Apres**: Compression jusqu’à l’hémostase, pansement et consignes de surveillance du saignement, de la douleur, de la fièvre ou de signes d’infection selon le protocole local. [s2]
- **Avant**: Informer le patient du but, du déroulement, de la douleur possible et des risques; vérifier allergies aux anesthésiques, anticoagulants/antiagrégants et facteurs hémorragiques, et déterminer le besoin d’analgésie ou de sédation selon le protocole local. [s2]
- **Pendant**: Asepsie, anesthésie locale et position adaptée; la crête iliaque postérieure est le site de référence chez l’adulte. La sédation éventuelle impose les précautions et la surveillance de l’établissement. [s2,s3]
Le myélogramme permet d’évaluer directement la cytomorphologie, la maturation et la proportion des lignées hématopoïétiques, notamment les blastes, et de préparer des examens auxiliaires sur l’aspirat. La biopsie ostéo-médullaire, qui n’est pas l’aspirat lui-même, est souvent associée lorsqu’il faut apprécier l’architecture, la cellularité globale, la fibrose ou une lésion focale. [s1,s2]
Seuils de décision et gravité
- **Lecture du résultat**: **Association et diagnostic**: Cytopénie, hypercellularité, dysplasie, excès de blastes ou plasmocytose sont des constatations ou associations qui orientent la démarche. Ils ne constituent pas isolément une preuve de leucémie, de syndrome myélodysplasique, de myélome, d’infection ou d’aplasie; la conclusion diagnostique relève de l’hématopathologiste avec le dossier complet. [s1,s2]
- **Compte rendu**: Le compte rendu devrait préciser la qualité et la dilution du prélèvement, la présence de particules/spicules, la différentielle, la maturation, les blastes, la dysplasie, les mégacaryocytes, les plasmocytes, le fer si réalisé et les éventuels éléments anormaux, puis indiquer les examens auxiliaires effectués ou recommandés. [s1,s2]
- **Corrélation**: Un résultat doit être corrélé à la NFS, au frottis sanguin, à l’âge, aux traitements, aux symptômes, aux examens d’imagerie et aux tests auxiliaires. L’aspirat décrit mieux la morphologie et les pourcentages cellulaires; la biopsie peut révéler une fibrose, une infiltration ou une lésion focale sous-représentée dans l’aspirat. [s1,s2]
Interprétation
- **Caution**: La diminution d’une lignée ou de la cellularité est une association possible avec plusieurs situations; elle ne permet pas de poser seule une étiologie. [s1]
- **Description**: Une cellularité faible, une réduction d’une lignée ou une faible représentation de précurseurs doit être rapportée comme constat morphologique et interprétée avec la NFS, le frottis, l’âge, les traitements et, si nécessaire, la biopsie. Un dry tap peut être lié à une fibrose ou à une infiltration et n’est pas synonyme, à lui seul, d’aplasie. [s1]
- **Blastes**: Une augmentation des blastes est un signal d’alerte nécessitant corrélation morphologique, immunophénotypique, cytogénétique et moléculaire. En l’absence d’anomalie génétique définissant la maladie, le seuil de plus de 20 % de blastes médullaires est utilisé pour les leucémies aiguës dans le cadre cité; certaines anomalies génétiques définissantes peuvent modifier la classification. Ce seuil n’est pas un diagnostic isolé sans qualité de prélèvement et contexte. [s1]
- **Dysplasie**: Une dysplasie érythroïde, granulocytaire ou mégacaryocytaire peut orienter vers une néoplasie myéloïde, mais des causes non néoplasiques, des carences, des infections, des médicaments et des artefacts doivent être recherchés avant de conclure. [s1]
- **Plasmocytes**: La présence d’au moins 10 % de plasmocytes clonaux médullaires ne suffit pas à elle seule à diagnostiquer un myélome multiple: elle doit être associée à un événement définissant le myélome et à la démonstration de la clonalité selon les critères applicables. [s1]
Facteurs qui faussent le résultat
- **Cliniques**: L’âge influence la cellularité et les proportions médullaires; la cellularité diminue physiologiquement avec l’âge, avec des valeurs de 90–100 % chez le nouveau-né, environ 50 % vers 30 ans et environ 30 % vers 70 ans rapportées pour la biopsie médullaire, et non comme plage du myélogramme. [s1]; Une chimiothérapie, un traitement par facteur de croissance, une transplantation, une infection, une carence ou une maladie inflammatoire peuvent modifier la morphologie et la composition médullaires; l’histoire thérapeutique doit accompagner la demande. [s1,s2]
- **Préanalytiques**: Un aspirat hémodilué par du sang périphérique peut sous-estimer les anomalies et rendre la différentielle peu représentative; la présence de spicules doit être vérifiée immédiatement. [s1,s2]; Les frottis doivent être préparés immédiatement; un aspirat conservé trop longtemps peut perdre sa qualité morphologique. Les aspirats EDTA au-delà d’environ deux heures sont moins adaptés à l’évaluation de la dysplasie. [s1]; Le site prélevé, la profondeur et une éventuelle fibrose ou infiltration modifient la représentativité; un dry tap nécessite souvent des empreintes ou une biopsie. [s1,s2]
- **Techniques**: La coloration, le nombre de cellules comptées, la dilution, la qualité des particules et les tests auxiliaires demandés influencent le résultat; la méthode et les limites du laboratoire doivent être indiquées. [s1]
- **Limites**: Un aspirat hémodilué ou sans particules peut être non représentatif; l’absence d’anomalie dans cet échantillon n’exclut pas une maladie focale ou une atteinte de la biopsie. [s1,s2]
- Le dry tap peut empêcher la différentielle et nécessite une biopsie, des empreintes ou une autre stratégie validée. [s1,s2]
- Les artefacts de séchage, le délai avant étalement et l’EDTA prolongé altèrent la morphologie; la dysplasie ne doit pas être surinterprétée sur un échantillon de mauvaise qualité. [s1]
- Le myélogramme est une procédure invasive, douloureuse pour de nombreux patients; hémorragie, douleur persistante, infection et lésion locale sont rares mais doivent être anticipées, notamment en cas de thrombopénie ou d’anticoagulation. [s2,s3]
Sources
- Swachi Jain; Rashi Sharma. Laboratory Evaluation of Bone Marrow (2024)
- Jean A. Ridgeway; Sara Tinsley; Sandra E. Kurtin. Practical Guide to Bone Marrow Sampling for Suspected Myelodysplastic Syndromes (2017)
- Katrina Jackson; Andrew Guinigundo; David Waterhouse. Bone Marrow Aspiration and Biopsy: A Guideline for Procedural Training and Competency Assessment (2012)