Vitamine K1
Examen biologique : Vitamines, nutrition et oligoéléments. Le dosage de la vitamine K1 (phylloquinone) dans le sérum ou le plasma renseigne sur l'abondance circulante de cette forme de vitamine K. Il complète, selon la question clinique, l'évaluation de l'utilisation fonctionnelle de la vitamine K par des protéines dépendantes de la vitamine K; les valeurs publiées varient selon la population, le type d'échantillon, la méthode, les triglycérides et le délai par rapport à l'alimentation.
À quoi sert cet examen
La phylloquinone (vitamine K1) est la forme de vitamine K prédominante dans le sang et sa concentration est utilisée comme indicateur du statut en vitamine K, avec une interprétation dépendante de la méthode et du contexte. [s1,s5]
La vitamine K est nécessaire à la gamma-carboxylation de protéines dépendantes de la vitamine K impliquées notamment dans la coagulation; le dosage de K1 reflète surtout l'abondance de la vitamine, tandis que des protéines sous-carboxylées peuvent renseigner sur son utilisation cellulaire. [s5]
Le dosage peut être demandé lorsqu'une évaluation biologique du statut en vitamine K est nécessaire, notamment dans des contextes de restriction alimentaire ou de malnutrition, malabsorption lipidique, cancer, maladie rénale, période néonatale ou âge avancé; cette liste décrit des situations de risque rapportées et ne constitue pas un diagnostic. [s5]
Les tests de coagulation usuels, notamment le temps de prothrombine, ont été décrits comme insuffisamment sensibles et spécifiques pour servir seuls d'indicateur du statut en vitamine K. [s5]
Valeurs de référence
Le laboratoire fait foi: les intervalles dépendent de la méthode analytique, de la matrice, de la population et des conditions pré-analytiques. Les repères ci-dessous proviennent de populations adultes précises et ne sont pas interchangeables. [s1,s2,s3,s4]
| Population et type de valeur | Vitamine K1 | Matrice et méthode |
|---|---|---|
| Adultes de 26 à 44 ans; intervalle de référence de la population danoise étudiée [s1] | 0,22–3,95 nmol/L [s1] | Sérum; méthode SPE-LC-MS/MS en ligne validée dans l'étude. [s1] |
| Adultes de 45 à 78 ans; intervalle de référence de la population danoise étudiée [s1] | 0,35–3,70 nmol/L [s1] | Sérum; méthode SPE-LC-MS/MS en ligne validée dans l'étude. [s1] |
| Adultes britanniques de 19 à 64 ans; 95 % des valeurs observées dans une enquête nationale, prélèvement non à jeun [s3] | 0,10–8,72 nmol/L; moyenne géométrique 0,94 nmol/L [s3] | Plasma; la valeur est une distribution d'étude et non un intervalle universel de laboratoire. [s3] |
| Adultes caucasiens d'Europe centrale en bonne santé; femmes [s2] | 0,044–1,357 ng/mL [s2] | Sérum; LC-MS/MS; 191 volontaires au total dans l'étude. [s2] |
| Adultes caucasiens d'Europe centrale en bonne santé; hommes [s2] | 0,030–1,214 ng/mL [s2] | Sérum; LC-MS/MS; 191 volontaires au total dans l'étude. [s2] |
Une étude danoise de 3 808 adultes n'a pas trouvé de différence significative entre les sexes, mais a établi des intervalles selon l'âge; les différences avec les distributions britannique et d'Europe centrale illustrent la variabilité de population et de méthode. [s1,s2,s3]
Seuils de décision et gravité
Une revue de biologie clinique indique qu'une concentration sérique de vitamine K1 inférieure à 0,15 µg/L est indicative d'une carence; ce seuil provient de cette revue et ne remplace pas la limite validée par le laboratoire ni l'interprétation du contexte clinique. [s5]
Interprétation
Une concentration sérique plus basse a été observée chez des personnes présentant une comorbidité connue dans la population danoise étudiée; cette association ne permet pas à elle seule d'identifier une cause chez un patient donné. [s1]
Les situations rapportées comme augmentant le risque de statut insuffisant comprennent la restriction alimentaire ou la malnutrition, la malabsorption lipidique, le cancer, la maladie rénale, la période néonatale et l'âge avancé. [s5]
Une concentration de K1 basse peut refléter une abondance circulante réduite, mais le résultat doit être interprété avec les facteurs pré-analytiques et analytiques connus, en particulier l'état inflammatoire et les triglycérides plasmatiques. [s4,s5]
La revue de biologie clinique signale que l'ingestion alimentaire récente peut interférer avec l'interprétation de la concentration de K1; une valeur élevée ou variable ne doit donc pas être interprétée sans connaître le contexte du prélèvement. [s5]
Facteurs qui faussent le résultat
La prise alimentaire récente influence la concentration sérique de K1; les prélèvements des études étaient soit non à jeun, soit à jeun, et ces conditions ne doivent pas être comparées sans précaution. [s3,s4,s5]
La concentration plasmatique de K1 est corrélée aux triglycérides; dans une étude HPLC, l'intervalle de référence du ratio K1:triglycérides était de 0,20 à 2,20 nmol/mmol. [s4]
Dans cette même étude, la K1 plasmatique et les triglycérides ont diminué transitoirement de plus de 50 % après chirurgie dans le contexte d'une réponse inflammatoire, alors que le ratio K1:triglycérides ne diminuait pas de la même manière; l'inflammation aiguë peut donc fausser une interprétation fondée sur la K1 seule. [s4]
L'âge, la population et la méthode modifient les valeurs observées: les intervalles danois étaient partitionnés par âge, l'étude d'Europe centrale rapportait des plages distinctes chez les femmes et les hommes, et les méthodes allaient de HPLC à SPE-LC-MS/MS ou LC-MS/MS. [s1,s2,s4]
La méthode analytique et la qualité du dosage sont déterminantes: une étude LC-MS/MS rapportait une variabilité inter-essais de 7,4 à 12,8 % selon le niveau de contrôle pour la K1, tandis qu'une étude HPLC rapportait une imprécision inter-séries de 8,7 à 9,0 %. [s2,s4]
Les matériaux de référence KEQAS SRM-001 et SRM-002 contenaient respectivement des concentrations assignées de K1 de 0,25 et 0,36 µg/L; ces matériaux servent à la traçabilité et à la comparabilité analytique, et ne constituent pas un intervalle biologique. [s6]
Dans les matériaux de référence conservés en aliquotes à −80 °C et à l'obscurité, la K1 est restée stable pendant au moins 12 ans; cette donnée concerne ces matériaux et ces conditions, pas la conservation de tout échantillon clinique. [s6]
Sources
- Ida Boegh Andersen; Claus Lohman Brasen; Anne Schmedes; Ivan Brandslund; Jonna Skov Madsen. In Search of Normality for Vitamin K1: Establishing Age-Dependent Reference Intervals in the Danish Population (2020)
- Katerina Dunovska; Eva Klapkova; Bruno Sopko; Jana Cepova; Richard Prusa. LC-MS/MS quantitative analysis of phylloquinone, menaquinone-4 and menaquinone-7 in the human serum of a healthy population (2019)
- Christopher W. Thane; Laura Y. Wang; W. Andy Coward. Plasma phylloquinone (vitamin K1) concentration and its relationship to intake in British adults aged 19-64 years (2006)
- Mohammed K. Azharuddin; Denis St J. O'Reilly; Andrew Gray; Dinesh Talwar. HPLC method for plasma vitamin K1: effect of plasma triglyceride and acute-phase response on circulating concentrations (2007)
- David John Card; Renata Gorska; Dominic Jon Harrington. Laboratory assessment of vitamin K status (2020)
- David Card; Ella Freke; Dominic Harrington. Characterization and traceability of two generations of standard reference material for the measurement of vitamin K1 (phylloquinone) at endogenous concentrations in human plasma and serum (2022)