Encéphalite équine de l'Ouest
Infection due à un alphavirus transmis par des moustiques, qui touche les oiseaux, les chevaux et l'être humain. La plupart des infections humaines sont sans symptôme ; une minorité évolue vers une méningite ou une encéphalite, avec des séquelles possibles. Il n'existe ni traitement antiviral spécifique ni vaccin humain : la protection contre les piqûres de moustiques est la prévention de base.
Autres noms : Encéphalomyélite équine de l'Ouest, Infection à virus de l'encéphalite équine de l'Ouest. En anglais : Western equine encephalitis, WEE. CIM-10 : A83.1. CIM-11 : 1C83. Système : Maladies infectieuses et parasitaires, Maladies du système nerveux.
Définition
L'encéphalite équine de l'Ouest est une infection aiguë due à un arbovirus du genre Alphavirus (famille des Togaviridae), transmis à l'être humain par un moustique infecté [1]. L'OMS la décrit comme une maladie virale rare transmise par les moustiques, qui touche les équidés et les humains [2].
La plupart des infections humaines ne donnent aucun symptôme ; lorsqu'il y en a, la maladie peut rester une fièvre bénigne ou évoluer vers une méningite, une encéphalite ou une myélite [3,5].
Elle ne doit pas être confondue avec d'autres encéphalites transmises par les moustiques et étudiées avec elle dans les revues cliniques : l'encéphalite équine de l'Est, l'encéphalite équine vénézuélienne et l'infection à virus West Nile, dont les agents sont différents [8].
Causes et mécanisme
Le virus de l'encéphalite équine de l'Ouest (WEEV) est un alphavirus de la famille des Togaviridae [1,9]. Il peut provoquer une encéphalite aussi bien chez l'être humain que chez les équidés [9].
Dans la nature, le virus passe en alternance entre des oiseaux, principalement des passereaux qui sont les principaux hôtes réservoirs, et des moustiques [9]. La plupart des cas humains sont associés à des épidémies chez les oiseaux ou les chevaux [2].
Le cheval et l'être humain sont des culs-de-sac épidémiologiques : ils sont infectés mais ne relancent pas la transmission [9]. Le virus peut se propager à de nouvelles zones par la migration d'oiseaux infectés ou par le déplacement de personnes et d'animaux porteurs du virus [2].
Transmission et facteurs de risque
L'être humain est infecté par la piqûre d'un moustique infecté [1].
En Amérique du Sud, des moustiques des genres Culex et Aedes sont impliqués (notamment Aedes albifasciatus) [7].
Sont exposées les personnes qui vivent, travaillent ou pratiquent des activités de plein air dans les zones où le virus circule ou où des foyers animaux sont actifs [2,3].
La période d'incubation est de 5 à 10 jours [4,5].
Le risque de forme grave est plus élevé chez les enfants de 2 ans et moins (surtout les nourrissons), les adultes âgés de plus de 60 ans et les personnes dont l'immunité est affaiblie ; une forme grave peut cependant survenir à tout âge [4,5].
Épidémiologie
Aire de circulation. Le virus a été signalé aux États-Unis, au Canada et dans le cône sud de l'Amérique du Sud [7].
Grandes flambées historiques. Dans les années 1930-1940, les flambées ont atteint des dizaines de milliers de cas équins et plus de 3 000 cas humains [7].
Réémergence en Amérique du Sud, 2023-2024. Entre novembre 2023 et avril 2024, la flambée d'Argentine et d'Uruguay a causé 217 cas humains, dont 12 mortels, et 2 548 cas équins [7]. En Argentine, 1 182 foyers équins ont été identifiés dans 12 provinces entre le 25 novembre et le 27 décembre 2023, et un premier cas humain a été notifié à l'OMS le 20 décembre, le premier confirmé depuis plus de vingt ans [3]. En Uruguay, 76 cas équins ont été confirmés dans 16 départements entre le 5 décembre 2023 et le 30 janvier 2024 ; un cas humain (42 ans, zone rurale du département de San José) a été notifié, le premier depuis plus de dix ans [2].
Parmi les cas humains de cette flambée, les hommes étaient largement majoritaires (rapport hommes/femmes de 6,6 pour 1) et 71,7 % des patients dont l'âge était connu avaient plus de 50 ans (76 sur 106) [7].
Signes cliniques
La plupart des personnes infectées n'ont aucun symptôme [5]. La maladie touche plus souvent les enfants [1].
Forme fébrile bénigne : fièvre, maux de tête, courbatures, fatigue et vomissements [5] ; frissons, nausées et perte d'appétit sont également décrits [1].
Forme neuro-invasive (méningite, encéphalite ou myélite) [3] :
- forte fièvre, maux de tête, raideur de la nuque, sensibilité à la lumière [5] ;
- vertiges, confusion, agitation, somnolence [5] ;
- crises convulsives et coma [5] ;
- l'encéphalite se manifeste par de la fièvre avec altération de l'état mental, convulsions ou signes neurologiques focaux, dont des troubles du mouvement [3].
Chez le cheval, la maladie débute par de la fièvre, une perte d'appétit et un abattement ; les formes graves évoluent vers l'hyperexcitabilité, la cécité, l'ataxie, une dépression sévère, le décubitus, les convulsions et la mort [9].
Diagnostic
Diagnostic clinique
Le tableau clinique n'est pas spécifique : une confirmation par le laboratoire est nécessaire [2,3].
Le contexte d'exposition oriente le diagnostic : séjour ou travail en zone où le virus circule ou où des foyers équins ou aviaires sont actifs, activités de plein air [2,3].
Dans les zones où des foyers animaux sont actifs, l'OMS recommande de rechercher activement les cas humains présentant un syndrome neurologique compatible sans autre diagnostic, en tenant compte de la période d'incubation, de la zone géographique et des conditions environnementales [3].
Examens biologiques
Sérologie. Le CDC décrit la recherche d'anticorps IgM spécifiques du WEEV dans le sérum ou le liquide cérébrospinal (LCS), confirmée par un test d'anticorps neutralisants [4].
Méthodes directes. L'OMS cite l'amplification des acides nucléiques (PCR) et la culture cellulaire ; les prélèvements sont généralement le sérum et le LCS, ce dernier n'étant recueilli qu'en présence de signes neurologiques et sur indication clinique [2,3].
Une PCR négative sur le sang ne permet pas d'écarter la maladie [2]. Dans le cas humain uruguayen de 2024, la PCR sur le LCS était d'abord négative, et la recherche d'IgM spécifiques sur les ponctions lombaires suivantes était positive [2].
Diagnostic différentiel
Plusieurs virus transmis par les moustiques donnent des encéphalites comparables. Lors des investigations en Argentine, l'encéphalite équine de l'Est, l'encéphalite équine vénézuélienne et d'autres alphavirus (Una, Mayaro, chikungunya) ont été recherchés et étaient négatifs [3].
| Maladie à évoquer | Éléments à connaître |
|---|---|
| Encéphalite équine de l'Est, encéphalite équine vénézuélienne | Autres encéphalites à alphavirus des équidés et de l'être humain ; ne se distinguent pas par la seule clinique, la confirmation repose sur le laboratoire [3,8]. |
| Infection à virus West Nile | Autre virus transmis par les moustiques, étudié avec les encéphalites équines dans les revues cliniques et de santé publique [8]. |
Évolution, complications et pronostic
Après une infection fébrile, la plupart des malades guérissent complètement en quelques jours ; la récupération d'une forme grave peut prendre plusieurs semaines ou plusieurs mois [5].
Environ 3 à 15 personnes sur 100 atteintes de forme grave meurent [4,5].
Certaines atteintes du système nerveux central peuvent être définitives ; elles sont plus fréquentes chez les nourrissons et les jeunes enfants [5]. Les séquelles décrites sont des crises d'épilepsie, une spasticité et des troubles du comportement, surtout chez les nourrissons et les enfants [1].
Chez le cheval, la mortalité est inférieure à 30 % [9].
Traitement
Il n'existe pas de traitement antiviral spécifique : la prise en charge repose sur des mesures de soutien [3,4].
Selon les besoins, elle comprend le contrôle des douleurs et des maux de tête, un traitement contre les nausées et les vomissements, et la réhydratation [4].
En cas d'encéphalite, une surveillance rapprochée recherche une élévation de la pression intracrânienne, des convulsions et l'incapacité à protéger les voies aériennes [4].
Une forme neurologique (confusion, convulsions, somnolence, coma) justifie une prise en charge urgente en milieu hospitalier. Aucun médicament ne guérit la maladie : les soins servent à soutenir le malade [3,4].
Prévention
Il n'existe ni vaccin ni médicament préventif contre l'encéphalite équine de l'Ouest chez l'être humain : la prévention repose sur la protection contre les piqûres de moustiques [6].
Protection individuelle. Utiliser un répulsif sur la peau ou les vêtements (DEET, IR3535 ou icaridine) en respectant la notice du produit, porter des vêtements couvrant bras et jambes, traiter vêtements et équipements à la perméthrine à 0,5 %, installer des moustiquaires aux portes et aux fenêtres et dormir sous moustiquaire en plein air [3,6]. Le CDC conseille aussi de préférer un logement climatisé [6].
En situation de foyer, éviter les activités extérieures aux heures de plus forte activité des moustiques (aube et crépuscule) [3].
Environnement. Combler ou drainer les collections d'eau, mares et zones d'inondation temporaire où les moustiques pondent, éliminer les herbes autour des habitations [2,3]. La lutte antivectorielle s'inscrit dans une gestion intégrée ; la pulvérisation d'insecticides n'est qu'une mesure complémentaire, décidée selon la surveillance entomologique, la résistance aux insecticides et l'écologie des vecteurs locaux [2,3].
Animaux. Des vaccins équins sûrs et immunogènes existent [9] ; l'OMS recommande une couverture élevée des équidés sensibles dans les zones à risque, avec un rappel annuel [2,3]. Abriter les chevaux dans des écuries équipées de moustiquaires protège aussi les animaux [2,3].
Une seule santé. La réponse associe santé humaine, santé animale et environnement [2].
Déclaration obligatoire
Les foyers de 2023-2024 ont été notifiés à l'OMS par les points focaux nationaux du Règlement sanitaire international, d'abord pour un cas humain en Argentine (20 décembre 2023) puis en Uruguay (30 janvier 2024) [2,3].
Dans les zones où des foyers animaux sont actifs, la surveillance humaine active des syndromes neurologiques sans autre cause est recommandée [3].
Quand consulter en urgence
Consultez sans attendre en cas de fièvre accompagnée de maux de tête intenses, de raideur de la nuque, de confusion, de somnolence ou de convulsions, surtout après un séjour en zone rurale ou des piqûres de moustiques [5].
Urgence : altération de la conscience, convulsions ou coma. Les nourrissons, les jeunes enfants, les personnes âgées et les personnes à immunité affaiblie risquent davantage une forme grave [4,5].
Il n'existe pas de vaccin humain : se protéger des piqûres de moustiques reste la meilleure précaution pour les voyageurs et les personnes exposées [6].
Sources et mise à jour
- Référence professionnelle · Orphanet. Encéphalite équine de l'ouest (ORPHA:83593). 2026. Définition, synonyme, CIM-10 A83.1, CIM-11 1C83 ; consulté le 11 octobre 2026.
- OMS · Organisation mondiale de la Santé. Western Equine Encephalitis – Uruguay (Disease Outbreak News). 2024. Publié le 8 février 2024.
- OMS · Organisation mondiale de la Santé. Western equine encephalitis – Argentina (Disease Outbreak News). 2023. Publié le 28 décembre 2023.
- OMS · Centers for Disease Control and Prevention (CDC). Clinical Features, Diagnosis, and Treatment of Western Equine Encephalitis. 2025. Page mise à jour le 19 novembre 2025.
- OMS · Centers for Disease Control and Prevention (CDC). Symptoms of Western Equine Encephalitis. 2026. Page mise à jour le 23 juin 2026.
- OMS · Centers for Disease Control and Prevention (CDC). Preventing Western Equine Encephalitis. 2024. Page du 15 mai 2024.
- Revue à comité de lecture · Campos AS, et al. Molecular Epidemiology of Western Equine Encephalitis Virus, South America, 2023–2024. Emerg Infect Dis. 2024;30(9):1834-1840. 2024.
- Revue à comité de lecture · Luethy D. Eastern, Western, and Venezuelan Equine Encephalitis and West Nile Viruses: Clinical and Public Health Considerations. Vet Clin North Am Equine Pract. 2023;39(1):99-113. 2023. Résumé (PMID 36737290).
- OMS · Organisation mondiale de la santé animale (OMSA). Encéphalomyélite équine (de l'Ouest). 2023. Page maladie (dernière modification 11 janvier 2023).
Fiche mise à jour le 11 octobre 2026. Prochaine révision au plus tard le 11 octobre 2028.