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Leishmaniose cutanée

Infection de la peau par un parasite du genre Leishmania, transmis par la piqûre de phlébotomes femelles. Elle provoque le plus souvent des ulcères ou des nodules chroniques, en général indolores, sur les parties exposées du corps. Elle guérit souvent seule, mais en laissant des cicatrices parfois très marquées ; le traitement dépend de l'espèce de parasite et de la région d'origine de l'infection.

Autres noms : Infection cutanée à Leishmania, LC. En anglais : Cutaneous leishmaniasis. CIM-10 : B55.1. Système : Maladies infectieuses et parasitaires, Maladies de la peau.

Définition

La leishmaniose cutanée est une infection de la peau causée par un parasite microscopique du genre Leishmania. Le parasite infecte les macrophages (cellules de défense) du derme, la couche profonde de la peau [3].

Elle fait partie des trois grandes formes de leishmaniose, avec la forme viscérale et la forme cutanéo-muqueuse [1]. On la regroupe souvent sous un seul nom, mais ses manifestations vont de petits nodules cutanés à une destruction importante des muqueuses selon l'espèce en cause [8].

Elle est rarement mortelle, ce qui explique en partie qu'elle ait longtemps reçu peu d'attention des financeurs et des autorités de santé : c'est une maladie tropicale négligée [8,6].

Causes et mécanisme

Le genre Leishmania compte plus de 20 espèces qui infectent l'être humain [1]. L'espèce en cause détermine l'aspect des lésions, le risque de complications et le choix du traitement [5,7].

En Afrique subsaharienne, une revue systématique de 2024 retrouve dans les cas de leishmaniose cutanée Leishmania aethiopica, L. tropica, L. major, L. donovani et L. infantum, ainsi que des espèces rares du sous-genre Mundinia, notamment L. chancei au Ghana [9]. Des hybrides entre L. donovani et des espèces strictement cutanées ont été signalés au Soudan [9].

Dans l'hémisphère occidental, les espèces du sous-genre Viannia sont celles qui exposent au risque d'atteinte des muqueuses [5].

Transmission et facteurs de risque

Le parasite se transmet par la piqûre de phlébotomes femelles infectés [1,6]. Les phlébotomes impliqués appartiennent à plusieurs espèces des genres Phlebotomus et Sergentomyia en Afrique subsaharienne [9].

Soixante-dix espèces animales, dont l'être humain, peuvent être des réservoirs naturels du parasite [1]. En Afrique subsaharienne, les réservoirs signalés comprennent des damans, des rongeurs sauvages, des chauves-souris, des primates non humains et des chiens, mais ils restent mal connus pour certaines espèces, notamment L. tropica en Afrique de l'Est [9].

Plus rarement, certaines espèces de Leishmania peuvent aussi se transmettre par des aiguilles partagées, par transfusion sanguine ou de la mère à l'enfant pendant la grossesse ou à l'accouchement [6].

Épidémiologie

Monde. L'OMS estime qu'il survient chaque année entre 600 000 et 1 million de nouveaux cas de leishmaniose cutanée ; environ 95 % des cas se situent dans les Amériques, le bassin méditerranéen, le Moyen-Orient et l'Asie centrale [1].

Cas notifiés en 2024. 211 466 nouveaux cas ont été notifiés à l'OMS (211 333 cas autochtones et 133 cas importés) par 91 pays où la maladie est endémique [2]. Sur les dix dernières années, la moyenne notifiée est de 232 000 cas par an, entre un minimum de 205 653 cas en 2022 et un maximum de 280 674 en 2019 [2]. La Région de la Méditerranée orientale et l'Algérie forment un foyer majeur : elles notifient ensemble 82 % des cas mondiaux (171 314 cas) [2].

Tendances par région. Dans les Amériques, le nombre de cas baisse depuis plusieurs années, de 49 959 en 2017 à 31 616 en 2024 [2]. Dans la Région africaine de l'OMS, les cas notifiés ont doublé entre 2021 et 2024 (de 8 086 à 17 490), une période où la notification est devenue plus complète ; l'Algérie en déclare 78 % [2].

Afrique subsaharienne. Une revue systématique de 2018 a trouvé des cas de leishmaniose cutanée dans 13 des 48 pays de la région, plus de la moitié des données venant d'Afrique de l'Ouest (Sénégal, Burkina Faso, Mali) ; dans les hôpitaux, la proportion de cas parmi les malades suspects allait de 0,1 à 14,2 % selon les études [10]. Les données de population (incidence, facteurs de risque, poids économique) manquaient [10]. Le nombre d'études a augmenté depuis 2010, avec plus de publications sur l'Afrique de l'Est que sur l'Afrique de l'Ouest [9].

Signes cliniques

Les lésions évoluent typiquement d'une papule (petit bouton) vers une plaque nodulaire, puis vers un ulcère [3]. Elles siègent surtout sur les parties exposées du corps [1].

  • un ulcère à bord surélevé et à centre déprimé, parfois recouvert d'une croûte [3] ;
  • ou un nodule qui reste sous cette forme [3] ;
  • des lésions en général indolores, sauf si l'ulcère est surinfecté par des bactéries ou s'il est situé près d'une articulation [3] ;
  • des lésions qui peuvent persister des mois, parfois des années, puis cicatrisent en laissant une cicatrice atrophique (déprimée) [3].

Des formes plus rares existent : leishmaniose cutanée diffuse et leishmaniose cutanée disséminée [3]. Une lymphangite nodulaire (nodules le long des vaisseaux lymphatiques) peut aussi compliquer la maladie [7].

Signes de gravité

La leishmaniose cutanée met rarement la vie en danger, mais elle peut laisser des cicatrices permanentes qui provoquent stigmatisation et handicap [1,8]. La guérison peut être gênée par une surinfection bactérienne et laisser des cicatrices défigurantes irréversibles [7].

Les grandes lésions ou les lésions persistantes, surtout sur le visage, les oreilles ou près des articulations, entraînent une morbidité locale importante [5].

Avec certaines espèces, notamment les espèces Viannia de l'hémisphère occidental, le parasite peut gagner les muqueuses du nez et de la bouche (forme cutanéo-muqueuse), avec une destruction durable des tissus [5,7].

Une plaie de la peau qui ne cicatrise pas pendant des semaines chez une personne ayant vécu ou séjourné en zone d'endémie doit conduire à consulter : seule la recherche du parasite dans la lésion confirme la maladie [1,4].

Diagnostic

Diagnostic clinique

L'OMS fonde le diagnostic sur l'association des signes cliniques et d'un test parasitologique de confirmation [1]. Dans les pays d'endémie, le diagnostic est souvent posé sur la clinique seule et, si possible, sur l'examen au microscope d'un frottis de biopsie de la lésion [8].

L'interrogatoire recherche le lieu de résidence ou de séjour : l'espèce en cause dépend de la zone géographique, et l'identifier est surtout utile lorsque plusieurs espèces aux évolutions différentes y circulent [4,5].

Examens biologiques

Le diagnostic repose sur la mise en évidence du parasite ou de son ADN dans un prélèvement de tissu de la lésion cutanée [4].

  • Examen direct : lames colorées observées au microscope optique [4] ;
  • Culture : techniques de culture spécialisées [4] ;
  • Méthodes moléculaires (PCR) : elles détectent l'ADN du parasite et permettent d'identifier l'espèce [4]. Les techniques d'ADN actuelles rendent cette identification relativement facile, mais elles sont difficiles à mettre en place là où les moyens sont limités [7] ;
  • Identification de l'espèce : par méthodes moléculaires ou, sur parasites cultivés, par analyse des isoenzymes [4]. Elle est importante, car le traitement et l'évolution varient selon l'espèce [7].

Les tests sérologiques (recherche d'anticorps dans le sang) ont un intérêt limité dans la forme cutanée [1].

Diagnostic différentiel

Une lésion cutanée chronique n'est pas spécifique de la leishmaniose : de nombreuses maladies infectieuses, inflammatoires ou tumorales peuvent lui ressembler. Une revue de 2022 en cite plusieurs, que la confirmation parasitologique permet d'écarter [7,4].

Groupe de maladiesExemples cités
Infections bactériennes et mycobactériennesLèpre lépromateuse, ulcère de Buruli, infections à mycobactéries atypiques, rickettsiose [7].
MycosesSporotrichose, mycoses sous-cutanées et profondes [7].
Tumeurs de la peauCarcinome épidermoïde, carcinome basocellulaire, lymphome cutané, pseudolymphome [7].
Maladies inflammatoiresNécrobiose lipoïdique, pyoderma gangrenosum [7].

Une surinfection bactérienne d'un ulcère de leishmaniose est possible et peut modifier l'aspect de la lésion et la rendre douloureuse [3].

Évolution, complications et pronostic

Dans la plupart des cas, la leishmaniose cutanée est une maladie qui guérit d'elle-même ; c'est surtout le cas des infections par les espèces de l'Ancien Monde, qui donnent des ulcères spontanément résolutifs [7]. La guérison peut cependant prendre des mois, voire des années [3,7].

Elle laisse habituellement une cicatrice atrophique [3]. Dans certains cas, la maladie se complique d'une lymphangite nodulaire ou d'une atteinte des muqueuses avec handicap durable [7].

Sous traitement, le premier signe de réponse est la diminution de l'induration de la lésion (elle s'aplatit) ; la cicatrisation des grands ulcères se poursuit souvent après la fin du traitement. Une rechute se remarque d'abord sur le bord de la lésion [5].

Traitement

Toutes les leishmanioses cutanées n'exigent pas un traitement : la décision est individualisée [5]. Le traitement peut être proposé pour réduire le risque d'atteinte des muqueuses, accélérer la cicatrisation, limiter le risque de rechute, réduire les séquelles de grandes lésions ou de lésions persistantes (visage, oreilles, articulations) et, dans certaines régions, diminuer le réservoir humain de l'infection [5].

Le choix dépend de l'espèce de Leishmania, de la région où l'infection a été contractée et de la sensibilité locale du parasite aux médicaments : certains schémas ne sont efficaces que contre certaines espèces ou dans certaines régions [5]. Les données de qualité manquent encore, et la prise en charge repose largement sur l'expérience locale [7].

  • Traitements locaux : thermothérapie (chaleur), cryothérapie (froid), injections dans la lésion (antimoniés, pentamidine) et applications de paromomycine ou d'amphotéricine B sur la peau [5,7]. Leur principal inconvénient est la douleur des injections, particulièrement gênante chez l'enfant [7].
  • Traitements généraux (par voie orale ou injectable) : antimoniés pentavalents (stibogluconate de sodium, antimoniate de méglumine), amphotéricine B (y compris liposomale), pentamidine, miltefosine et antifongiques azolés comme le kétoconazole, l'itraconazole ou le fluconazole [5]. Ils sont réservés aux formes qui s'y prêtent, notamment les formes cutanéo-muqueuses et disséminées [7].
  • Miltefosine : elle est contre-indiquée pendant la grossesse. Les femmes en âge d'avoir des enfants doivent avoir un test de grossesse négatif avant le traitement et utiliser une contraception efficace pendant le traitement et pendant 5 mois après ; l'allaitement est déconseillé pendant la même période [5].
  • Espèces difficiles à traiter : L. tropica est souvent résistante à l'antimoniate de méglumine [9] ; une revue rapporte aussi des échecs de la thermothérapie chez plus de 90 % des malades infectés par cette espèce [7]. En Afrique subsaharienne, l'antimoniate de méglumine est le traitement le plus souvent rapporté ; des méthodes physiques, le kétoconazole et le métronidazole ont aussi été utilisés empiriquement contre L. major [9].

Les doses, la durée et les précautions de chaque médicament figurent dans sa fiche et dans le protocole national : le traitement doit être décidé par un médecin après confirmation du diagnostic [5,7].

Médicaments de la base cités dans cette fiche

Prévention

Il n'existe aucun vaccin homologué contre la leishmaniose cutanée chez l'être humain, ni médicament pour la prévenir ; plusieurs approches vaccinales sont à l'étude [6,7].

Lutte contre les phlébotomes : pulvérisation d'insecticides, moustiquaires imprégnées d'insecticide, gestion de l'environnement et protection individuelle [1]. Les moustiquaires utilisées doivent avoir des mailles plus petites que celles employées contre le paludisme [7].

Protection individuelle : moustiquaires imprégnées de perméthrine et produits répulsifs efficaces contre les insectes [7].

Autres mesures : diagnostic précoce et traitement rapide des malades, surveillance de la maladie, lutte contre les réservoirs animaux (par exemple colliers imprégnés d'insecticide pour les chiens, là où ils sont un réservoir), mobilisation sociale et partenariats [1,7].

Quand consulter en urgence

Consultez un médecin ou un centre de santé si vous avez une plaie ou un bouton sur la peau qui ne guérit pas, qui grossit ou qui s'ulcère, surtout si vous vivez ou avez séjourné dans une région où existe la leishmaniose. Ces lésions sont souvent indolores, ce qui ne veut pas dire qu'elles sont sans gravité [1,3].

Seul un prélèvement de la lésion permet de confirmer la maladie et de la distinguer d'autres affections de la peau [1,4,7].

Consultez rapidement si la lésion devient douloureuse, rouge ou purulente (surinfection), si elle est située sur le visage, l'oreille ou près d'une articulation, si de nouvelles lésions apparaissent, ou s'il y a une gêne ou une plaie dans le nez ou la bouche [3,5].

Si vous êtes enceinte ou si vous pouvez le devenir, dites-le au médecin avant tout traitement : certains médicaments contre la leishmaniose sont contre-indiqués pendant la grossesse [5].

Pour vous protéger : dormez sous une moustiquaire imprégnée d'insecticide et utilisez un répulsif sur la peau découverte dans les zones à phlébotomes [1,7].

Sources et mise à jour

  1. OMS · Organisation mondiale de la Santé. Principaux repères sur la leishmaniose (aide-mémoire). 2022. Version du 8 janvier 2022.
  2. OMS · Organisation mondiale de la Santé. Surveillance mondiale de la leishmaniose, 2024 : consolidation des acquis et nouvelles initiatives. Relevé épidémiologique hebdomadaire. 2025;100(45):535-552. 2025.
  3. Référence professionnelle · Centers for Disease Control and Prevention (CDC). Clinical Overview of Leishmaniasis. 2024. Dernière révision : 7 mars 2024.
  4. Référence professionnelle · Centers for Disease Control and Prevention (CDC). Clinical Testing and Diagnosis for Leishmaniasis. 2024. Dernière révision : 7 mars 2024.
  5. Référence professionnelle · Centers for Disease Control and Prevention (CDC). Clinical Care of Leishmaniasis. 2024. Dernière révision : 7 mars 2024.
  6. Référence professionnelle · Centers for Disease Control and Prevention (CDC). About Leishmaniasis. 2024. Dernière révision : 6 mars 2024.
  7. Revue à comité de lecture · de Vries HJC, Schallig HD. Cutaneous Leishmaniasis: A 2022 Updated Narrative Review into Diagnosis and Management Developments. Am J Clin Dermatol. 2022;23(6):823-840. 2022.
  8. Revue à comité de lecture · Reithinger R, Dujardin JC, Louzir H, Pirmez C, Alexander B, Brooker S. Cutaneous leishmaniasis. Lancet Infect Dis. 2007;7(9):581-596. 2007. Résumé.
  9. Revue à comité de lecture · Blaizot R, Pasquier G, Kone AK, Duvignaud A, Demar M. Cutaneous leishmaniasis in sub-Saharan Africa: a systematic review of Leishmania species, vectors and reservoirs. Parasit Vectors. 2024;17(1):318. 2024.
  10. Revue à comité de lecture · Sunyoto T, Verdonck K, el Safi S, Potet J, Picado A, Boelaert M. Uncharted territory of the epidemiological burden of cutaneous leishmaniasis in sub-Saharan Africa: a systematic review. PLoS Negl Trop Dis. 2018;12(10):e0006914. 2018.

Fiche mise à jour le 10 octobre 2026. Prochaine révision au plus tard le 10 octobre 2028.