Carmustine
Fiche sourcée à partir du RCP officiel. Classe : Antinéoplasique - agent alkylant (chimiothérapie).
Indications
Seule ou en association : tumeurs cérébrales primitives ou secondaires, myélomes multiples, lymphomes hodgkiniens et non hodgkiniens, mélanomes. Conditionnement préalable à une greffe autologue de cellules souches hématopoïétiques dans les hémopathies malignes (maladie de Hodgkin, lymphome non hodgkinien).
Posologie
Perfusion intraveineuse lente de 1 à 2 heures (une perfusion plus courte provoque douleurs et brûlures au point d'injection, rougeur cutanée intense et suffusion conjonctivale). Délai d'au moins 6 semaines entre deux cures, en monothérapie comme en association. Polychimiothérapie : 150 mg/m² en moyenne toutes les 6 semaines. Monothérapie (tumeurs cérébrales primitives), patient non traité antérieurement : 200 mg/m² toutes les 6 semaines, en une injection ou en deux injections de 100 mg/m² sur 2 jours consécutifs. Conditionnement avant autogreffe : forte dose, en association avec d'autres agents. Ne répéter la cure que lorsque les plaquettes et les granulocytes sont revenus à environ 100 000/mm³ et 4 000/mm³ ; adapter la dose suivante au nadir de la cure précédente (100 % si leucocytes ≥ 3 000/mm³ et plaquettes ≥ 75 000/mm³, 70 % si leucocytes de 2 000 à 2 999/mm³ ou plaquettes de 25 000 à 74 999/mm³, 50 % en dessous). Reconstitution : dissoudre la poudre dans 3 ml de solvant alcoolique, diluer avec 27 ml d'eau stérile (3,3 mg/ml), puis dans du chlorure de sodium à 0,9 % ou du glucose à 5 % ; solution préparée extemporanément ; écarter un flacon présentant une pellicule huileuse (produit liquéfié au-dessus de 30,5 °C). Arrêter immédiatement la perfusion en cas d'extravasation. Préparation par du personnel formé, selon les règles de manipulation des cytotoxiques. Contre-indiqué avant 5 ans, et avant 18 ans pour le conditionnement à forte dose.
Contre-indications
Hypersensibilité à la carmustine ou à l'un des excipients. Antécédent de baisse des plaquettes, des leucocytes ou des globules rouges lors d'une chimiothérapie antérieure ou pour une autre cause. Enfant de moins de 5 ans ; enfant et adolescent de moins de 18 ans pour le conditionnement à forte dose avant autogreffe. Grossesse et allaitement. Vaccins vivants atténués.
Mises en garde et précautions
Toxicité médullaire retardée, dose-dépendante et cumulative (thrombopénie à 4-5 semaines, leucopénie à 5-6 semaines) : numérations fréquentes, pas de nouvelle cure avant 6 semaines ; myélosuppression sévère exposant à des infections opportunistes et à des sepsis parfois mortels. Toxicité pulmonaire jusqu'à 30 % (infiltrats, fibrose, pneumopathie interstitielle, parfois mortelle), précoce ou très tardive (jusqu'à 17 ans après), risque accru au-delà de 1 200 à 1 500 mg/m² cumulés, en cas de tabagisme, de pathologie respiratoire, d'irradiation thoracique ou de capacité vitale ou de diffusion < 70 % ; fibrose pulmonaire mortelle chez les enfants traités avant 5 ans. Leucémies aiguës et dysplasies médullaires secondaires. Surveiller régulièrement les fonctions rénale et hépatique. Risque d'infertilité irréversible chez l'homme (conservation du sperme à envisager) ; contraception pendant le traitement et 6 mois après. Extravasation (nécrose possible) : surveiller le site de perfusion. Contact cutané : rincer abondamment (hyperpigmentation transitoire). Contient de l'éthanol (2,4 g par flacon reconstitué). Associations déconseillées : vaccins vivants, phénytoïne ou fosphénytoïne, cimétidine ≥ 800 mg par jour.
Interactions
Vaccins vivants atténués : contre-indiqués pendant le traitement et 6 mois après (maladie vaccinale généralisée mortelle). Associations déconseillées : phénytoïne et fosphénytoïne (convulsions par baisse d'absorption, ou toxicité accrue ou perte d'efficacité du cytotoxique) ; olaparib (myélosuppression majorée) ; cimétidine ≥ 800 mg par jour (toxicité médullaire accrue par inhibition du métabolisme de la carmustine). Précaution d'emploi : antivitamines K (contrôle plus fréquent de l'INR). À prendre en compte : flucytosine (toxicité hématologique), immunosuppresseurs (immunodépression excessive, syndrome lymphoprolifératif).
Grossesse et allaitement
Grossesse : contre-indiquée (embryotoxique et tératogène chez l'animal) ; contraception efficace chez la femme pendant le traitement et au moins 6 mois après, et chez l'homme pendant le traitement et au moins 6 mois après. Allaitement : à interrompre. Fertilité masculine possiblement altérée de façon irréversible : conseil en fertilité avant traitement.
Effets indésirables
Hématologiques : thrombopénie et leucopénie retardées, dose-dépendantes et cumulatives, anémie moins sévère ; leucémies aiguës et dysplasies médullaires après traitement prolongé. Infections opportunistes, dont pneumonies, parfois mortelles. Nausées et vomissements dans les 2 heures suivant l'injection, durant 4 à 6 heures ; mucites très fréquentes. Toxicité pulmonaire (infiltrats, fibrose, pneumopathie inflammatoire ou interstitielle), précoce ou très tardive. Rares élévations transitoires des transaminases, des phosphatases alcalines et de la bilirubine à forte dose. Atteinte rénale (diminution du volume rénal, azotémie, insuffisance rénale). Hypotension, tachycardie. Brûlures sur le trajet veineux, rougeur cutanée et suffusion conjonctivale en cas de perfusion rapide, réactions au point d'injection et nécrose cutanée exceptionnelle en cas d'extravasation. Aménorrhée, azoospermie. Quelques cas de neurorétinite, douleur thoracique, céphalées, réactions allergiques.
Mécanisme d'action
Agent alkylant de la famille des nitroso-urées (code ATC L01AD01) : alkylation de l'ADN et de l'ARN et carbamylation des protéines ; sa grande liposolubilité lui permet de franchir la barrière hémato-encéphalique.
Pharmacocinétique
Après injection intraveineuse, métabolisme rapide : plus de produit inchangé dans le sang après 15 minutes, l'activité et la toxicité étant vraisemblablement dues aux métabolites, présents longtemps dans le plasma et les tissus. Très liposoluble, non ionisé au pH physiologique : passage de la barrière méningée, concentrations dans le liquide céphalorachidien égales ou supérieures à 50 % des taux plasmatiques. Élimination urinaire de 60 à 70 % de la dose en 96 heures, environ 10 % par voie respiratoire sous forme de CO2.
Conservation
Au réfrigérateur (entre 2 °C et 8 °C), dans l'emballage extérieur, à l'abri de la lumière (durée de conservation de 3 ans). Solution diluée : à utiliser dans les 4 heures à température ambiante à l'abri de la lumière, ou dans les 24 heures au réfrigérateur puis 6 heures à température ambiante ; d'un point de vue microbiologique, utiliser immédiatement.
Source
RCP ANSM/BDPM de BICNU, poudre et solvant pour solution pour perfusion (CIS 61918795), texte mis à jour le 17/09/2026, rubriques 4.1 à 4.9, 5.1, 5.2, 6.3 et 6.4.
Noms commerciaux en France
BICNU, CARMUSTINE ACCORD, CARMUSTINE ACCORDPHARMA, CARMUSTINE MEDAC.