Babésiose
Infection due à des parasites microscopiques du genre Babesia, qui pénètrent dans les globules rouges. Elle est transmise surtout par des piqûres de tiques, plus rarement par transfusion sanguine ou de la mère à l'enfant. Elle va de l'absence de symptômes à une anémie hémolytique grave, surtout chez les personnes sans rate ou à immunité affaiblie ; elle peut être confondue avec le paludisme.
Autres noms : Babésiose humaine, Infection à Babesia. En anglais : Babesiosis. CIM-10 : B60.0. Système : Maladies infectieuses et parasitaires, Maladies du sang et du système immunitaire.
Définition
La babésiose est une maladie causée par des parasites du genre Babesia, qui vivent à l'intérieur des globules rouges. Ces parasites sont transmis principalement par des tiques dures (tiques « ixodidés »), et plus rarement par transfusion sanguine, greffe d'organe ou de la mère à l'enfant [6].
L'infection est très variable : elle peut passer inaperçue, ou provoquer une maladie fébrile avec anémie hémolytique (destruction des globules rouges), parfois mortelle [1,6].
Causes et mécanisme
Plus d'une centaine d'espèces de Babesia existent chez les animaux, mais quelques-unes seulement infectent l'être humain [6]. Les principales sont B. microti (la plus répandue dans le monde, et la plus souvent identifiée aux États-Unis), B. divergens (prédominante en Europe), B. venatorum (Europe et Chine) et B. duncani (côte ouest des États-Unis) [3,6].
Une méta-analyse mondiale a recensé huit espèces de Babesia chez l'être humain, dont B. microti est celle qui a la distribution géographique la plus large [7].
Après leur entrée dans les globules rouges, les parasites s'y multiplient par bourgeonnement ; c'est cette multiplication qui est responsable des signes de la maladie [3].
Transmission et facteurs de risque
Par les tiques. Les parasites passent d'un animal-réservoir (par exemple la souris à pattes blanches pour B. microti) à l'être humain par la piqûre d'une tique infectée du genre Ixodes ; l'être humain est un hôte « cul-de-sac » : il ne retransmet pratiquement pas le parasite aux tiques [3]. Selon l'espèce, les tiques en cause sont Ixodes scapularis, Ixodes ricinus, Ixodes persulcatus ou Dermacentor albipictus [6].
Par transfusion. La transmission d'une personne à une autre par transfusion de sang est bien établie [3]. Aux États-Unis, la babésiose est la première cause d'infection transmise par transfusion, avec plus de 250 cas rapportés, dont environ 20 % mortels ; le dépistage des donneurs par PCR dans les États d'endémie a fait baisser ces transmissions [6].
Autres voies. La transmission de la mère à l'enfant (voie transplacentaire) et par greffe d'organe est possible [1,6].
Les symptômes, s'il y en a, apparaissent en général quelques semaines ou quelques mois après l'exposition, et peuvent aussi apparaître ou réapparaître de nombreux mois plus tard [1].
Épidémiologie
Monde. La babésiose est présente dans le monde entier, mais elle est surtout documentée dans les zones tempérées. Aux États-Unis, plus de 2 000 cas sont déclarés chaque année (le nombre réel est supérieur) ; B. microti y est endémique, de même qu'en Chine [6]. En Europe, plus de 60 cas ont été rapportés, dont plus de 50 cas autochtones (35 à B. divergens, 11 à B. microti, 5 à B. venatorum) [8].
Une méta-analyse de 69 études dans 22 pays estime la prévalence mondiale de l'infection à Babesia à 2,23 % (intervalle de confiance à 95 % : 1,46 à 3,39 %), avec 4,17 % pour l'Europe et 1,54 % pour l'Amérique du Nord ; la valeur pour l'Afrique (1,34 %) ne repose que sur une seule étude [7].
Afrique et pays où sévit le paludisme. En Afrique, seuls des cas sporadiques ou suspects ont été rapportés (Égypte, Mozambique, Afrique du Sud, Tanzanie) [6]. On sait peu de chose sur la fréquence de la babésiose dans les pays d'endémie palustre, où la confusion avec Plasmodium est probable [3]. Un cas à B. microti a ainsi été identifié chez une missionnaire revenue de Guinée équatoriale, initialement prise pour un paludisme [9].
Signes cliniques
Beaucoup d'infections restent sans symptôme. Quand la maladie se déclare, elle ressemble à une grippe avec une anémie hémolytique [1] :
- fièvre (jusqu'à 40 °C), frissons, sueurs, maux de tête, grande fatigue, douleurs musculaires et articulaires [1,6] ;
- nausées et vomissements [6] ;
- pâleur liée à l'anémie, urines foncées par la destruction des globules rouges (hémoglobinurie) [1,6] ;
- parfois une jaunisse (ictère), ainsi qu'une augmentation de volume de la rate (splénomégalie) ou du foie (hépatomégalie) [1].
Les examens de sang montrent souvent une anémie hémolytique, un manque de plaquettes (thrombopénie), de la protéine et de l'hémoglobine dans les urines, ainsi qu'une élévation des enzymes du foie, de l'urée et de la créatinine [1].
Signes de gravité
Les formes graves peuvent associer un manque important de plaquettes, des troubles de la coagulation (coagulation intravasculaire disséminée), une instabilité de la tension artérielle, une détresse respiratoire aiguë, un infarctus du myocarde, une insuffisance rénale, une atteinte du foie, des troubles de la conscience, et conduire au décès [1].
Les facteurs de risque de forme grave sont [1,6] :
- l'absence de rate (splénectomie) ou une rate peu fonctionnelle [1,6] ;
- l'âge avancé [1] ;
- l'infection par le VIH, un cancer (en particulier un lymphome B), un traitement immunosuppresseur (notamment le rituximab), une corticothérapie ou une maladie auto-immune [1] ;
- une maladie chronique du cœur, du poumon, du foie ou du rein, ou une hémoglobinopathie [1,6] ;
- les nouveau-nés, qu'ils soient infectés par transfusion, par voie transplacentaire ou par une tique [1].
Une fièvre avec pâleur, urines foncées, difficultés à respirer, confusion ou très forte fatigue chez une personne sans rate, immunodéprimée ou âgée, après une piqûre de tique ou une transfusion, est une urgence médicale [1,6].
Diagnostic
Diagnostic clinique
La babésiose doit être évoquée devant un syndrome fébrile avec signes d'hémolyse chez une personne exposée aux tiques, ayant reçu une transfusion, ou ayant voyagé dans une région où la maladie est connue [1,3]. Les signes sont peu spécifiques : seule la mise en évidence du parasite ou de son ADN permet de l'affirmer [1,6].
En Europe, la babésiose a été fréquemment confondue avec un paludisme ou avec une anémie hémolytique auto-immune (test de Coombs positif), faute d'y penser [8].
Examens biologiques
Frottis sanguin : l'examen de référence est la lecture manuelle, au microscope, d'un frottis mince et d'une goutte épaisse colorés au Giemsa ; des frottis répétés peuvent être nécessaires [1,3]. Les parasites apparaissent à l'intérieur des globules rouges, parfois sous forme de « tétrades » (croix de Malte), caractéristiques de Babesia [3,9].
PCR (détection de l'ADN du parasite) : elle est utile quand le frottis est négatif, quand les parasites sont très peu nombreux (par exemple chez un donneur de sang sans symptôme), ou quand la morphologie ne permet pas de distinguer Babesia de Plasmodium [3,6]. Dans le cas de Guinée équatoriale, le diagnostic a été établi par PCR et séquençage du gène 18S [9].
Sérologie (recherche d'anticorps) : l'immunofluorescence détecte des anticorps chez 88 à 96 % des patients infectés par B. microti ; les anticorps baissent en quelques mois mais peuvent rester détectables un an ou plus, et un résultat négatif avec B. microti peut être faux si l'exposition a eu lieu avec une autre espèce [3]. Elle ne suffit donc pas, seule, à prouver une infection en cours ; elle est utile pour des infections à très faible charge parasitaire ou quand le frottis n'est pas concluant [3].
Autres examens : numération des globules rouges et des plaquettes, bilan du foie et du rein, analyse d'urine, pour évaluer l'hémolyse et la gravité [1].
Diagnostic différentiel
Le principal piège est la confusion avec le paludisme, car les parasites des deux maladies se ressemblent sur un frottis [1,3]. Elle peut retarder le bon traitement : dans le cas rapporté de Guinée équatoriale, la guérison n'est survenue qu'après un traitement adapté à la babésiose [9].
| Maladie à évoquer | Éléments à connaître |
|---|---|
| Paludisme (Plasmodium falciparum) | Sur le frottis, Babesia varie en forme et en taille, peut présenter des vacuoles, ne produit pas de pigment et peut former des tétrades (croix de Malte) ; on n'y voit pas de schizontes [3]. En cas de doute, la PCR ou la sérologie permet de trancher [3]. |
| Anémie hémolytique auto-immune | Une anémie hémolytique avec test de Coombs positif peut faire écarter à tort la babésiose ; la recherche du parasite reste nécessaire en cas de contexte compatible [8]. |
| Autres maladies transmises par les tiques (borréliose de Lyme, anaplasmose) | Elles partagent le même vecteur et peuvent coexister avec la babésiose ; leur diagnostic et leur traitement relèvent de recommandations distinctes [5]. |
| Artefacts de coloration, plaquettes sur le frottis | Peuvent être pris à tort pour des parasites ; la confirmation par PCR évite l'erreur [8]. |
Évolution, complications et pronostic
Chez la personne en bonne santé, l'infection est souvent bénigne ou sans symptôme ; la plupart des personnes sans symptôme n'ont pas besoin de traitement [2,6].
Chez les personnes à risque, l'évolution peut être sévère. En Europe, les cas à B. divergens chez des personnes sans rate ont eu une mortalité d'environ 42 % ces dernières décennies, plus élevée encore avant 1998 ; les infections à B. venatorum et à B. microti européennes ont en général été de bon pronostic [8].
Chez les personnes immunodéprimées, l'infection peut persister ou rechuter, et demande un traitement plus long et un suivi rapproché par examens de sang [2].
Traitement
Le traitement repose sur une association d'antiparasitaires. Le traitement préféré est l'association atovaquone et [[m:azithromycine|azithromycine]], et l'alternative est l'association [[m:clindamycine|clindamycine]] et [[m:quinine|quinine]] [2,6]. Pour une forme non compliquée, le traitement dure habituellement 7 à 10 jours [1,2]. Les doses et les précautions d'emploi figurent dans les fiches des médicaments et les recommandations en vigueur.
- Personnes sans symptôme : la plupart n'ont pas besoin de traitement [2].
- Personnes immunodéprimées : le traitement dure au moins 6 semaines consécutives, voire plus, et se poursuit jusqu'à ce que les parasites ne soient plus détectés sur les frottis pendant 2 semaines consécutives ; des frottis sont faits chaque jour jusqu'à ce que la proportion de globules rouges parasités passe sous 4 %, puis au moins chaque semaine [2].
- Formes graves : l'échange transfusionnel (remplacement d'une partie du sang du malade) est utilisé en cas de forte parasitémie (plus de 10 % des globules rouges parasités), ou de parasitémie modérée à forte associée à une anémie hémolytique sévère ou à une atteinte du poumon, du rein ou du foie [2]. Les formes graves relèvent de l'hôpital et de mesures de soins intensifs [8].
Des associations de médicaments plus larges sont parfois proposées par des experts chez les personnes immunodéprimées [2].
Médicaments de la base cités dans cette fiche
Prévention
Il n'existe pas de vaccin contre la babésiose [4]. La prévention consiste à éviter les piqûres de tiques [4] :
- éviter les zones à tiques, ou utiliser un répulsif à base de DEET sur la peau et les vêtements, et des vêtements traités à la perméthrine, dans les bois, les broussailles ou les zones à cerfs [4] ;
- rester sur les sentiers dégagés et au centre du chemin, loin de la litière de feuilles et des broussailles [4] ;
- porter des chaussettes, un pantalon long et une chemise à manches longues, rentrer le pantalon dans les chaussettes ; les vêtements clairs permettent de repérer les tiques [4] ;
- après une sortie, retirer les tiques des vêtements et des animaux, puis faire un examen complet du corps (derrière les genoux, aux aines, sous les bras, sur le cuir chevelu) [4] ;
- retirer rapidement toute tique fixée à l'aide d'une pince fine, en tirant droit et régulièrement [4].
Sécurité transfusionnelle. Dans les régions d'endémie, le dépistage des donneurs de sang par PCR a diminué les cas de babésiose transmis par transfusion [6].
Quand consulter en urgence
Consultez rapidement un médecin si vous avez de la fièvre, des frissons, une grande fatigue ou des douleurs musculaires après une piqûre de tique, une transfusion sanguine ou un séjour dans une région où la maladie existe. Les signes peuvent apparaître plusieurs semaines, voire plusieurs mois après l'exposition [1].
Dites au médecin que vous avez été piqué par une tique, que vous avez reçu une transfusion ou que vous avez voyagé : ces informations aident à penser à la babésiose et à ne pas la confondre avec le paludisme [3,9].
Urgence : fièvre avec pâleur, urines foncées, jaunisse, difficultés à respirer, confusion ou grande faiblesse. Rendez-vous immédiatement à l'hôpital, surtout si vous n'avez pas de rate, si votre immunité est affaiblie ou si vous êtes âgé [1].
Les personnes sans rate ou immunodéprimées doivent consulter dès les premiers signes et redoubler de précautions contre les tiques [1,4].
Maladies associées
Sources et mise à jour
- OMS · Centers for Disease Control and Prevention (CDC). Clinical Overview of Babesiosis. 2024. Dernière relecture : 13 février 2024.
- OMS · Centers for Disease Control and Prevention (CDC). Clinical Care of Babesiosis. 2024. Dernière relecture : 13 février 2024 ; s'appuie sur les recommandations IDSA 2020.
- OMS · Centers for Disease Control and Prevention (CDC). DPDx : Babesiosis. 2024. Dernière mise à jour : 3 juin 2024.
- OMS · Centers for Disease Control and Prevention (CDC). Preventing Babesiosis. 2024. Dernière mise à jour : 24 juin 2024.
- Référence professionnelle · Krause PJ, Auwaerter PG, Bannuru RR, et al. Clinical Practice Guidelines by the Infectious Diseases Society of America (IDSA): 2020 Guideline on Diagnosis and Management of Babesiosis. Clin Infect Dis. 2021;72(2):e49-e64. 2021. Seul le résumé a été lu ; le texte intégral n'était pas accessible.
- Revue à comité de lecture · Kumar A, O'Bryan J, Krause PJ. The Global Emergence of Human Babesiosis. Pathogens. 2021;10(11):1447. 2021.
- Revue à comité de lecture · Karshima SN, Karshima MN, Ahmed MI. Global meta-analysis on Babesia infections in human population: prevalence, distribution and species diversity. Pathog Glob Health. 2021;116(4):220. 2021. Publié en ligne le 17 novembre 2021.
- Revue à comité de lecture · Hildebrandt A, Zintl A, Montero E, Hunfeld KP, Gray J. Human Babesiosis in Europe. Pathogens. 2021;10(9):1165. 2021.
- Revue à comité de lecture · Arsuaga M, González LM, Padial ES, et al. Misdiagnosis of Babesiosis as Malaria, Equatorial Guinea, 2014. Emerg Infect Dis. 2018;24(8):1588-1589. 2018.
Fiche mise à jour le 10 octobre 2026. Prochaine révision au plus tard le 10 octobre 2028.