Gale
Infestation de la peau par un acarien microscopique, Sarcoptes scabiei var. hominis, qui creuse des sillons dans la peau et provoque de fortes démangeaisons, surtout la nuit. Elle se transmet par contact étroit de peau à peau, touche des centaines de millions de personnes dans le monde et peut se compliquer d'infections bactériennes de la peau. Elle se soigne par des antiparasitaires, avec traitement simultané de l'entourage.
Autres noms : Scabiose, Gale humaine, Infestation par Sarcoptes scabiei. En anglais : Scabies. CIM-10 : B86. Système : Maladies infectieuses et parasitaires, Maladies de la peau.
Définition
La gale humaine est une infestation parasitaire de la peau due à l'acarien microscopique Sarcoptes scabiei var. hominis. L'acarien creuse la peau et y pond ses œufs ; la réaction immunitaire de l'hôte provoque ensuite de fortes démangeaisons et une éruption [1].
C'est un problème de santé publique dans tous les pays, quel que soit leur niveau de revenu [2]. En 2017, la gale et les autres ectoparasitoses ont été incluses dans la liste des maladies tropicales négligées de l'OMS [1].
Causes et mécanisme
L'agent de la maladie est l'acarien Sarcoptes scabiei var. hominis, qui vit dans la peau de l'être humain [1].
Les démangeaisons et l'éruption résultent de la réaction immunitaire de la personne infestée à la présence de l'acarien et de ses œufs dans la peau [1].
Une infection bactérienne peut se greffer sur les lésions de grattage et provoquer des plaies cutanées, qui peuvent à leur tour conduire à des complications plus graves [1].
Transmission et facteurs de risque
La gale se transmet par contact de peau à peau avec une personne infestée, surtout si elle présente une éruption qui démange [1].
Les membres du foyer d'une personne atteinte sont exposés : c'est pourquoi l'OMS recommande de traiter tous les membres du foyer en même temps, pour éviter que les acariens se propagent à d'autres personnes [1].
La literie et les vêtements en contact avec la personne infestée doivent être lavés et séchés selon les conseils de l'OMS (voir Prévention) [1].
Dans les pays à revenu élevé, un retard de diagnostic peut conduire à des épidémies dans les institutions ; dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, le manque d'accès aux soins contribue à ce que la maladie soit insuffisamment traitée et à des séquelles à long terme [2].
Épidémiologie
Monde. Selon l'OMS (aide-mémoire du 31 mai 2023), au moins 200 millions de personnes sont atteintes de gale à un moment donné, et plus de 400 millions de personnes cumulées chaque année. On estime que 5 à 50 % des enfants des zones à faibles ressources sont touchés [1].
Tous les pays. La gale est un problème de santé publique quel que soit le niveau de revenu des pays [2].
Afrique. Au Ghana, des épidémies de gale surviennent fréquemment, surtout chez les enfants d'âge scolaire [9]. Dans une étude menée dans un district du Ghana (octobre 2022 à octobre 2023, 341 participants), la gale était souvent méconnue dans les structures de santé : avant la formation des agents, la gale clinique et la gale suspecte n'étaient correctement diagnostiquées que chez 43,8 % et 14,7 % des participants [9].
Signes cliniques
Les signes de la gale non compliquée sont les suivants [1] :
- des démangeaisons intenses, souvent plus fortes la nuit [1] ;
- des lignes qui démangent (sillons linéaires) et des petits boutons (papules) sur les doigts, les poignets, les bras, les jambes et la ceinture [1] ;
- des boutons enflammés sur les organes génitaux de l'homme et sur les seins de la femme [1] ;
- chez le nourrisson et le jeune enfant, une éruption plus étendue, y compris sur les paumes, les plantes des pieds, les chevilles et le cuir chevelu [1].
Dans une étude de dermatologues au Liberia, les papules étaient les lésions les plus fréquentes (97,8 % des patients) ; des sillons étaient retrouvés chez un peu moins de la moitié des patients (46,7 %) ; les lésions siégeaient dans toutes les régions du corps, et l'intensité des démangeaisons augmentait avec le nombre de lésions [7].
Les manifestations atypiques sont fréquentes, ce qui rend le diagnostic clinique moins sûr [8].
Signes de gravité
Gale croûteuse. Cette forme de la maladie peut mettre la vie en danger [1]. On parle de gale sévère (profuse ou croûteuse) lorsque les acariens sont très abondants dans la peau [6].
Complications. La gale peut se compliquer d'impétigo, d'abcès et de plaies cutanées infectées, puis de complications plus graves : septicémie (infection du sang), glomérulonéphrite aiguë post-streptococcique, rhumatisme articulaire aigu, cardiopathie rhumatismale et atteinte rénale définitive [1].
Des plaies cutanées qui s'infectent chez une personne atteinte de gale, ou une gale croûteuse, justifient une consultation rapide : la maladie peut se compliquer d'infections graves du sang, du rein et du cœur [1].
Diagnostic
Diagnostic clinique
Selon l'OMS, le diagnostic repose sur la reconnaissance clinique des signes typiques de l'infestation : démangeaisons surtout nocturnes, sillons et papules aux localisations caractéristiques [1].
Les critères de consensus 2020 de l'Alliance internationale pour la lutte contre la gale (IACS) distinguent trois niveaux de certitude et huit sous-catégories : gale confirmée (niveau A, qui exige de voir directement l'acarien ou ses produits), gale clinique (niveau B) et gale suspecte (niveau C), ces deux derniers niveaux reposant sur l'examen des signes et symptômes [3].
Une étude de validation de ces critères à Monrovia (Liberia) a conclu qu'ils constituaient un outil valable ; elle a montré que les papules et les sillons sont les lésions vraiment « typiques », que plus de 90 % des patients auraient pu être diagnostiqués par le seul examen des membres, et que des examinateurs non spécialistes peuvent poser le diagnostic avec une bonne précision (sensibilité de 69 à 83 % pour la gale typique, spécificité de 70 à 96 %) [7].
Le diagnostic clinique reste difficile : au Ghana, avant formation des agents de santé, la gale clinique et la gale suspecte étaient souvent manquées [9].
Examens biologiques
Selon l'OMS, la dermoscopie ou l'examen au microscope de raclages de sillons peuvent appuyer le diagnostic, mais ils ne sont généralement pas nécessaires, en particulier dans les zones de forte endémie [1].
Examen au microscope d'un raclage de peau : il permet de confirmer le diagnostic, mais il est peu sensible, invasif et souvent difficilement réalisable en pratique [3].
PCR sur raclage cutané (recherche de l'ADN de l'acarien) : dans une petite étude coréenne (47 participants), sa sensibilité était de 80 % pour l'ensemble des gales confirmées, cliniques et suspectes, contre 73 % pour la microscopie, avec une spécificité de 100 % ; les auteurs concluent qu'elle pourrait aider à améliorer la sensibilité du diagnostic clinique [8].
Imagerie
Dermoscopie : cet examen, qui permet de voir l'acarien et ses sillons sans prélèvement, est de plus en plus utilisé [3]. Dans l'étude de validation menée au Liberia, la dermoscopie n'était positive que chez une minorité de patients (13,3 %) [7]. Elle sert aussi à confirmer la gale sévère dans les essais cliniques [6].
Diagnostic différentiel
La gale peut ressembler à d'autres maladies de la peau qui démangent et être confondue avec elles ; les manifestations atypiques sont fréquentes [8]. Elle est souvent méconnue dans les structures de santé, ce qui retarde le traitement [9].
Les revues spécialisées détaillent le diagnostic différentiel de la gale, qui relève du médecin ou du dermatologue [2].
Devant des démangeaisons intenses, surtout nocturnes, avec des sillons ou des boutons aux localisations typiques, ou lorsque plusieurs personnes du foyer se grattent, il faut évoquer la gale et demander un avis médical [1,3].
Évolution, complications et pronostic
Sans traitement, la gale persiste et peut se compliquer d'infections bactériennes de la peau (impétigo, abcès) et de complications plus graves touchant le sang, le cœur et les reins [1].
Échecs de traitement. Une revue systématique (147 études) a trouvé une proportion globale d'échecs de traitement de 15,2 %, avec des différences entre régions de l'OMS (la plus élevée dans le Pacifique occidental, 26,9 %). Les échecs étaient moins fréquents avec l'ivermectine orale (11,8 %), l'ivermectine en application locale (9,3 %) et la perméthrine (10,8 %) ; ils étaient aussi moins fréquents après deux doses d'ivermectine orale (7,1 %) qu'après une seule (15,2 %) [4].
La proportion d'échecs a augmenté au fil du temps (études de 1983 à 2021), ce qui laisse penser que la sensibilité des acariens à plusieurs produits diminue ; aucune des études analysées n'avait évalué la résistance [4].
Gale sévère. Dans un essai randomisé français (132 adultes atteints de gale profuse ou croûteuse), l'association d'ivermectine orale à la dose habituelle, de crème de perméthrine à 5 % et d'une crème émolliente a guéri 82 % des patients ; une dose d'ivermectine plus élevée n'a pas été supérieure (75 % de guérison) et aucun problème de sécurité n'a été relevé [6].
Traitement
Le traitement repose sur des antiparasitaires (scabicides). L'OMS cite la crème de perméthrine, le malathion en base aqueuse, l'émulsion de benzoate de benzyle, la pommade soufrée et l'ivermectine ; des antiseptiques et des antibiotiques sont utilisés en cas de surinfection [1].
- Produits locaux (à appliquer sur la peau) : l'OMS cite la perméthrine, le malathion, le benzoate de benzyle et le soufre ; la perméthrine, la crotamiton et le benzoate de benzyle figurent aussi parmi les scabicides analysés dans les études d'échec thérapeutique [1,4].
- Ivermectine par voie orale : elle est utilisée en une ou deux prises ; dans une revue systématique, une seconde dose faisait baisser la proportion d'échecs par rapport à une dose unique, et les auteurs recommandent de la prévoir dans toutes les recommandations [4].
- Traiter l'entourage : tous les membres du foyer doivent être traités en même temps que la personne atteinte [1].
- Gale sévère (profuse ou croûteuse) : dans l'essai français, l'ivermectine orale était associée à la perméthrine à 5 % en crème et à une crème émolliente [6].
- Surinfection : les lésions surinfectées peuvent nécessiter des antiseptiques ou des antibiotiques [1].
Traitement de masse. Pour la gale, l'OMS recommande, dans les stratégies d'administration de masse, deux doses d'ivermectine, avec un produit local comme la perméthrine à 5 % lorsque l'ivermectine est contre-indiquée ou indisponible [1]. Une méta-analyse de 11 études a montré une réduction relative de 79 % de la prévalence de la gale après administration de masse (comparable avec l'ivermectine et la perméthrine) et de 66 % de celle de l'impétigo, avec des études surtout de petite taille et des résultats très variables [5].
Au Ghana, les personnes ayant reçu au moins trois tournées d'ivermectine contre l'onchocercose avaient moins de risque de présenter une gale clinique ou suspecte [9].
Les produits à utiliser, les doses et les durées d'application dépendent de l'âge, de la grossesse et de la forme de la maladie : ils figurent dans la fiche de chaque médicament et dans le protocole national, et doivent être décidés par un professionnel de santé. [1]
Médicaments de la base cités dans cette fiche
Prévention
Selon l'OMS, les mesures de prévention sont les suivantes [1] :
- éviter le contact de peau à peau avec une personne infestée, en particulier si elle a une éruption qui démange [1] ;
- traiter tous les membres du foyer si l'un d'eux a la gale, pour éviter que les acariens se propagent [1] ;
- laver et sécher la literie et les vêtements ayant été en contact avec la personne infestée, à l'eau chaude puis en séchant au soleil direct, au sèche-linge chaud ou par nettoyage à sec [1] ;
- enfermer dans un sac plastique pendant une semaine les objets qui ne peuvent pas être lavés [1] ;
- nettoyer et passer l'aspirateur ou le balai dans les pièces après le traitement de la personne infestée, en particulier en cas de gale croûteuse [1].
Dans les communautés très touchées, le traitement de toute la population (administration de masse) réduit la prévalence de la gale et de l'impétigo [5].
Quand consulter en urgence
Consultez un médecin ou un agent de santé devant des démangeaisons intenses surtout la nuit, des lignes ou des boutons sur les doigts, les poignets, la ceinture ou les organes génitaux, ou lorsque plusieurs personnes du foyer se grattent [1].
Chez un nourrisson ou un jeune enfant, une éruption étendue qui démange, y compris sur les paumes, les plantes des pieds et le cuir chevelu, doit faire consulter [1].
Consultez rapidement en cas de plaies cutanées infectées, de fièvre ou de croûtes étendues sur la peau : ce sont des signes possibles de complications ou de gale croûteuse, qui peut mettre la vie en danger [1].
Maladies associées
Sources et mise à jour
- OMS · Organisation mondiale de la Santé. Scabies (aide-mémoire). 2023. Version du 31 mai 2023.
- Revue à comité de lecture · Thomas C, Coates SJ, Engelman D, Chosidow O, Chang AY. Ectoparasites: Scabies. J Am Acad Dermatol. 2020;82(3):533-548. 2020. Résumé.
- Référence professionnelle · Engelman D, Yoshizumi J, Hay RJ, et al. The 2020 International Alliance for the Control of Scabies Consensus Criteria for the Diagnosis of Scabies. Br J Dermatol. 2020;183(5):808-820. 2020. Résumé.
- Revue à comité de lecture · Mbuagbaw L, Sadeghirad B, Morgan RL, et al. Failure of scabies treatment: a systematic review and meta-analysis. Br J Dermatol. 2024;190(2):163-173. 2024. Résumé.
- Revue à comité de lecture · Lake SJ, Kaldor JM, Hardy M, et al. Mass Drug Administration for the Control of Scabies: A Systematic Review and Meta-analysis. Clin Infect Dis. 2022;75(6):959-967. 2022. Résumé.
- Revue à comité de lecture · Bernigaud C, Do-Pham G, Guichard E, et al. Combined Oral Ivermectin and 5% Permethrin Cream to Treat Severe Scabies. N Engl J Med. 2026;394(18):1814-1823. 2026. Résumé.
- Revue à comité de lecture · Walker SL, Collinson S, Timothy J, et al. A community-based validation of the International Alliance for the Control of Scabies Consensus Criteria by expert and non-expert examiners in Liberia. PLoS Negl Trop Dis. 2020;14(10):e0008717. 2020. Résumé.
- Revue à comité de lecture · Bae M, Kim JY, Jung J, et al. Diagnostic value of the molecular detection of Sarcoptes scabiei from a skin scraping in patients with suspected scabies. PLoS Negl Trop Dis. 2020;14(4):e0008229. 2020. Résumé.
- Revue à comité de lecture · Osei-Mensah J, Appiah-Kwarteng C, Sabtiu ARM, et al. Assessment of scabies diagnosis and the impact of MDA for onchocerciasis on the burden of scabies in an endemic community in Ghana. BMC Infect Dis. 2026;26(1). 2026. Résumé.
Fiche mise à jour le 13 octobre 2026. Prochaine révision au plus tard le 13 octobre 2028.