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Maladie à virus O’nyong-nyong

Maladie virale aiguë d’Afrique, transmise par des moustiques Anopheles, qui associe fièvre, éruption et fortes douleurs articulaires, avec des ganglions du cou augmentés de volume. Elle ressemble au chikungunya, guérit en général spontanément et n’a pas été rapportée comme mortelle ; il n’existe ni traitement antiviral ni vaccin.

Autres noms : Fièvre O’nyong-nyong, Fièvre due au virus O’nyong-nyong, ONN. En anglais : O'nyong-nyong fever, O'nyong-nyong virus disease. CIM-10 : A92.1. Système : Maladies infectieuses et parasitaires.

Définition

Une arbovirose africaine. La fièvre O’nyong-nyong est une maladie aiguë due à un alphavirus transmis par des moustiques ; elle associe fièvre, éruption cutanée et fortes douleurs articulaires (arthralgies) [2,4,5].

Une maladie proche du chikungunya. Les deux maladies se ressemblent, mais l’atteinte des ganglions du cou (adénite cervicale) est particulière à la fièvre O’nyong-nyong [2].

Classification. La CIM-10 de l’OMS la code A92.1 : « fièvre due au virus O’nyong-nyong » [1].

Causes et mécanisme

Le virus. Le virus O’nyong-nyong (ONNV) est un alphavirus de la famille des Togaviridae, étroitement apparenté au virus du chikungunya et classé dans le complexe antigénique de la forêt Semliki [3].

Le nom. « O’nyong-nyong » vient du peuple acholi d’Afrique de l’Est et signifie « affaiblissement très douloureux des articulations » [3].

Première description. Le virus a été isolé pour la première fois en Ouganda en 1959 [2]. Son réservoir entre les épidémies est inconnu [2,9].

Transmission et facteurs de risque

Les moustiques. Le virus se transmet par la piqûre de moustiques Anopheles, surtout Anopheles funestus et Anopheles gambiae, qui sont aussi les moustiques du paludisme [2,9]. Le chikungunya, lui, est transmis par des moustiques Aedes [3].

Où vivent leurs larves. Les larves d’Anopheles se développent dans de grandes étendues d’eau claire et permanente : bords de lacs, berges de rivières, marais [2].

Pas de contagion directe. Aucune transmission de personne à personne n’a été mise en évidence [9].

Incubation. Elle est estimée à environ 8 jours [2,3] ; la fiche canadienne indique « plus de 8 jours » [9].

Épidémiologie

Épidémie de 1959-1962. Partie du nord de l’Ouganda, elle a touché l’Afrique de l’Est (Ouganda, Kenya, Tanzanie, Malawi, Mozambique) et, plus à l’ouest, la République démocratique du Congo, la République centrafricaine, le Cameroun et le Sénégal ; elle a fait plus de 2 millions de cas en Afrique de l’Est seulement [2].

Répartition. Les virus O’nyong-nyong et du chikungunya circulent dans les mêmes régions d’Afrique, dans au moins 14 pays confirmés, de la Somalie au Sénégal ; comme les tests sanguins réagissent entre eux, le nombre réel de cas est probablement sous-estimé [3].

Retour en 1996-1997. Après 35 ans d’absence, la maladie est réapparue en juin 1996 dans le district de Rakai (sud-ouest de l’Ouganda), puis a gagné les districts voisins de Masaka et de Mbarara et le district tanzanien de Bukoba ; tous les âges et les deux sexes étaient touchés de la même façon [5]. Les taux d’attaque estimés allaient de 3 à 29 % selon les sites [2].

Étude ougandaise. Parmi 391 personnes interrogées et prélevées, 40 cas confirmés et 21 cas présomptifs ont été identifiés [4].

Afrique centrale. Un premier cas humain confirmé en laboratoire a été décrit au Tchad en 2006 [6]. Chez des singes du Cameroun et de la République démocratique du Congo, des anticorps contre le virus ont été trouvés chez 3,95 % (Cameroun) et 6,63 % (République démocratique du Congo) des animaux testés ; cette faible fréquence ne permet pas d’affirmer que les primates sont un réservoir [10].

Hors d’Afrique. Des cas importés isolés ont été rapportés en Allemagne et au Canada, sans transmission locale [3].

Entre deux épidémies. Aucun cas n’a été retrouvé chez 385 enfants kényans ayant consulté pour une fièvre aiguë, ni dans 120 lots de moustiques collectés au Kenya [7].

Signes cliniques

Le tableau typique. Il associe une forte fièvre, une éruption sur la peau faite de petites taches et boutons (maculopapuleuse) et une arthrite très invalidante touchant surtout les grosses articulations, sans gonflement par épanchement [5]. Les genoux et les chevilles sont les plus souvent atteints [4] ; les petites articulations des extrémités peuvent l’être aussi [9].

  • des ganglions augmentés de volume, surtout au niveau du cou : près de la moitié des cas dans l’étude ougandaise [4] ;
  • une éruption, présente chez la majorité des malades de cette étude [4] ; la fiche canadienne l’indique dans 60 à 70 % des cas [9] ;
  • des yeux rouges et douloureux sans écoulement, une douleur dans la poitrine, un malaise général [5] ;
  • parfois des lésions de la bouche et du palais (énanthème) [9].

Un cas décrit au Tchad. Le malade avait 38 °C de fièvre, une éruption, une rougeur autour des yeux et une inflammation de la gorge [6].

Durée. Dans l’étude ougandaise, les douleurs articulaires duraient en médiane 6 jours (de 2 à 21 jours) et l’immobilisation 4 jours (de 1 à 14 jours) [4].

Formes sans symptômes. Les infections sans symptômes sont fréquentes [9].

Signes de gravité

Maladie rarement grave. La maladie est décrite comme non mortelle [4] ; aucun décès n’a été rapporté [5,2,3]. Deux fausses couches ont été associées à l’infection pendant l’épidémie de 1996-1997, sans que le lien soit établi [5].

Diagnostic

Diagnostic clinique

Une association évocatrice. La combinaison fièvre, douleurs articulaires et ganglions a une spécificité de 83 % et une sensibilité de 61 % pour repérer les cas ; elle est utile pour la surveillance mais manque donc des cas et ne remplace pas les examens de laboratoire [4].

Pour distinguer du chikungunya. Les ganglions du cou sont particuliers à la fièvre O’nyong-nyong [2], et l’œdème aigu des articulations, fréquent dans le chikungunya, n’est pas observé [3].

Examens biologiques

Recherche du virus dans le sang (RT-PCR). Elle détecte l’ARN du virus ; la présence du virus dans le sang est fréquente pendant la première semaine, surtout les 3 premiers jours [2,4]. Une RT-PCR spécifique publiée détecte à 95 % jusqu’à 22,4 copies par microlitre dans les conditions de l’étude [7].

Culture et séquençage du virus. Réalisés en laboratoire spécialisé, ils ont permis de confirmer le cas du Tchad [6].

Recherche d’anticorps (sérologie). Les anticorps IgM apparaissent en général durant la deuxième semaine et persistent environ 2 mois [2]. Les réactions croisées avec le chikungunya et d’autres alphavirus rendent le diagnostic difficile : il faut une épreuve de neutralisation (PRNT) réciproque pour les distinguer [2].

Test d’amplification isotherme (RT-LAMP). Méthode encore expérimentale, de sensibilité annoncée de 10 pfu par réaction, proposée pour les régions à ressources limitées, où la PCR en temps réel est coûteuse et exige un équipement spécifique [8].

Diagnostic différentiel

Plusieurs fièvres d’Afrique ressemblent à la fièvre O’nyong-nyong et circulent dans les mêmes régions [3].

Maladie à évoquerÉléments à connaître
ChikungunyaFièvre, éruption et douleurs articulaires ; mêmes régions d’Afrique ; réactions croisées des tests sanguins ; ganglions du cou plus particuliers à la fièvre O’nyong-nyong [2,3].
PaludismeMêmes moustiques vecteurs et mêmes régions [2] ; il a été écarté par des examens chez le malade du Tchad [6].
Autres infections fébrilesChez le malade du Tchad, des rickettsioses, une légionellose, la coqueluche, le VIH et des infections à herpèsvirus ont été écartées par des examens [6].

Évolution, complications et pronostic

Une guérison spontanée. La maladie est décrite comme non mortelle, avec une incapacité temporaire parfois importante [4].

Douleurs prolongées. Des douleurs articulaires persistent chez une minorité de malades [2]. Les études de suivi à long terme manquent pour évaluer les séquelles [3].

Traitement

Soins de soutien. Il n’existe pas de traitement antiviral spécifique ; la prise en charge repose principalement sur des soins de soutien [2,9].

Pas de vaccin. Aucun vaccin n’est disponible ; des vaccins candidats contre le chikungunya pourraient protéger contre le virus d’après des modèles animaux, mais ce n’est pas démontré chez l’homme [2,9].

Prévention

Éviter les piqûres. Les mesures sont celles de la lutte contre le paludisme, de la moustiquaire à la protection personnelle contre les piqûres de moustiques [2].

Pas de vaccin ni de médicament préventif. Aucun vaccin n’est disponible [9].

Quand consulter en urgence

Une fièvre accompagnée de douleurs articulaires, d’une éruption ou de ganglions du cou, dans une région d’Afrique où le virus circule, justifie une consultation [2,4].

Le paludisme se transmet par les mêmes moustiques et doit être recherché devant toute fièvre dans ces régions [2,6].

Maladies associées

Sources et mise à jour

  1. OMS · Organisation mondiale de la Santé. CIM-10, version 2008 : A92.1 Fièvre due au virus O'nyong-nyong. 2008. Classification internationale ; sert au code de la fiche.
  2. Revue à comité de lecture · Rezza G, Chen R, Weaver SC. O'nyong-nyong fever: a neglected mosquito-borne viral disease. Pathogens and Global Health. 2017. Revue narrative. PMID 28829253, DOI 10.1080/20477724.2017.1355431.
  3. Revue à comité de lecture · Tong Jia Ming S, Tan Yi Jun K, Carissimo G. Pathogenicity and virulence of O'nyong-nyong virus: a less studied Togaviridae with pandemic potential. Virulence. 2024. Revue. PMID 38797948, DOI 10.1080/21505594.2024.2355201.
  4. Revue à comité de lecture · Kiwanuka N, Sanders EJ, Rwaguma EB, et al. O'nyong-nyong fever in south-central Uganda, 1996-1997: clinical features and validation of a clinical case definition for surveillance purposes. Clinical Infectious Diseases. 1999. Étude clinique et épidémiologique. PMID 10524970, DOI 10.1086/313462.
  5. Revue à comité de lecture · Rwaguma EB, Lutwama JJ, Sempala SDK, et al. Emergence of epidemic O'nyong-nyong fever in southwestern Uganda, after an absence of 35 years. Emerging Infectious Diseases. 1997. Rapport d'épidémie. DOI 10.3201/eid0301.970112.
  6. Revue à comité de lecture · Bessaud M, Peyrefitte CN, Pastorino BAM, et al. O'nyong-nyong virus, Chad. Emerging Infectious Diseases. 2006. Premier cas humain confirmé au Tchad. PMID 16965706, DOI 10.3201/eid1208.060199.
  7. Revue à comité de lecture · Waggoner J, Heath CJ, Ndenga B, et al. Development of a real-time reverse transcription polymerase chain reaction for O'nyong-nyong virus and evaluation with clinical and mosquito specimens from Kenya. American Journal of Tropical Medicine and Hygiene. 2017. PMID 28719301, DOI 10.4269/ajtmh.17-0027.
  8. Revue à comité de lecture · Faísca-Silva D, Seixas G, Nunes M, Parreira R. High-sensitivity RT-LAMP for molecular detection of O'nyong-nyong (Alphavirus onyong). Pathogens. 2024. Méthode expérimentale. PMID 39452763, DOI 10.3390/pathogens13100892.
  9. Référence professionnelle · Agence de la santé publique du Canada. Fiches techniques santé-sécurité : agents pathogènes - virus O'nyong-nyong (Pathogen Safety Data Sheets: Infectious Substances - O'Nyong-Nyong virus). 2018. Fiche institutionnelle de biosécurité, modifiée le 8 mai 2018.
  10. Revue à comité de lecture · Raulino R, Thaurignac G, Butel C, et al. Multiplex detection of antibodies to Chikungunya, O'nyong-nyong, Zika, Dengue, West Nile and Usutu viruses in diverse non-human primate species from Cameroon and the Democratic Republic of Congo. PLoS Neglected Tropical Diseases. 2021. Étude sérologique chez les primates non humains. PMID 33476338, DOI 10.1371/journal.pntd.0009028.

Fiche mise à jour le 11 octobre 2026. Prochaine révision au plus tard le 11 octobre 2028.