Pian
Infection chronique due à la bactérie Treponema pallidum sous-espèce pertenue, qui touche surtout la peau, les os et les cartilages des enfants vivant dans des régions tropicales rurales pauvres. Elle se transmet par contact direct avec une lésion cutanée et se guérit en général par une seule prise d'antibiotique ; non traitée, elle peut devenir chronique et destructrice.
Autres noms : Frambœsia tropica, Tréponématose endémique non vénérienne. En anglais : Yaws. CIM-10 : A66. Système : Maladies infectieuses et parasitaires, Maladies de la peau.
Définition
Le pian est une maladie tropicale négligée qui atteint la peau, les os et les cartilages et touche principalement les enfants [1].
C'est une tréponématose endémique non vénérienne : une infection chronique, à rechutes, qui évolue en plusieurs stades cliniques et qui, sans traitement, peut devenir chronique et destructrice pour la peau, les muqueuses et les os [2].
Causes et mécanisme
Le pian est dû à la bactérie spiralée Treponema pallidum sous-espèce pertenue [1]. Elle est très proche de Treponema pallidum sous-espèce pallidum, l'agent de la syphilis vénérienne, et comme elle extrêmement sensible à la pénicilline [2].
Les infections par le pian et par la syphilis rendent toutes deux positives les sérologies tréponémiques, et aucun test largement disponible ne permet de distinguer les deux maladies [2].
Transmission et facteurs de risque
Le pian se transmet de personne à personne, par contact cutané direct avec une lésion, même sans gravité apparente [1,2].
Il touche surtout les enfants vivant dans des communautés pauvres, rurales et à faibles revenus des zones tropicales humides d'Afrique, d'Asie du Sud-Est et des îles du Pacifique [3]. Les lésions cutanées multiples du stade secondaire sont contagieuses [8].
L'infection peut rester sans symptôme (latente) pendant plusieurs années [8] ; ces porteurs sans signes peuvent entretenir la transmission, ce qui complique l'élimination [10].
Épidémiologie
Monde. Le pian est actuellement endémique dans 15 pays [1]. Les cas déclarés à l'OMS étaient de 87 877 cas suspects dans 11 pays (dont 346 confirmés dans 7 pays) en 2020, puis de 123 866 cas suspects dans 13 pays (dont 1 102 confirmés dans 9 pays) en 2021 [1].
Afrique. Une revue de 2025 recense des études dans 11 pays africains, avec des prévalences rapportées de 0,50 % à 43,0 % selon les zones ; les données de surveillance restent insuffisantes [3].
Congo. En 2012, un dépistage mené par Épicentre dans deux districts du pays (Bétou et Enyellé) chez des enfants Aka a retrouvé des lésions suspectes chez 485 des 6 215 enfants examinés (7,8 %) ; parmi les 480 testés par test rapide tréponémique, 183 (38,1 %) étaient positifs [7]. Un cas de pian confirmé en laboratoire a aussi été décrit chez un garçon de 10 ans originaire de la République du Congo [11].
Le pian avait été presque éradiqué il y a cinquante ans avant de réapparaître dans plusieurs pays ; en Inde, un programme fondé sur l'information des populations, le dépistage et le traitement l'a éliminé avec succès [5,8].
Signes cliniques
La maladie évolue en stades, comme la syphilis [2].
- Stade primaire. Une lésion unique, d'abord un papillome (grosseur semblable à une verrue) riche en bactéries, qui s'ulcère ensuite ; la plupart des lésions siègent aux bras et aux jambes [1,8].
- Stade secondaire. Il survient des semaines ou des mois après l'infection primaire : lésions multiples surélevées jaunâtres, ou douleurs et gonflement des os longs et des doigts (dactylite) [1].
- Atteintes tardives. Dans environ 10 % des cas, une réactivation tardive entraîne des lésions osseuses, des déformations et un handicap [8]. Les lésions du pian peuvent toucher la peau, les muqueuses et les os, et deviennent chroniques et destructrices sans traitement [2].
Signes de gravité
Le pian peut laisser des séquelles : certaines atteintes osseuses laissent des malformations permanentes qui pèsent durablement sur la vie des personnes vivant dans les communautés touchées [9,8].
Un enfant porteur d'un ulcère cutané persistant ou de lésions multiples à croûtes jaunâtres, surtout s'il vit dans une zone d'endémie ou a été en contact avec un malade, doit être examiné dans un centre de santé : le traitement est simple et évite les séquelles [1,8].
Diagnostic
Diagnostic clinique
Le diagnostic repose sur le contexte clinique et épidémiologique : lésions cutanées caractéristiques chez un enfant vivant en zone d'endémie ou en contact avec un cas [8].
Cliniquement, les ulcères cutanés tropicaux peuvent avoir plusieurs causes : le pian, Haemophilus ducreyi et des ulcères polymicrobiens ; la recherche de tests de diagnostic mieux adaptés et d'une prise en charge syndromique est encouragée [9].
Examens biologiques
Sérologie de laboratoire : le test d'agglutination passive de T. pallidum (TPPA) et le test rapide de mise en évidence de la réagine plasmatique (RPR) sont les examens sérologiques utilisés [1]. Ils ne distinguent pas le pian de la syphilis [2].
PCR : elle confirme sans ambiguïté le pian en détectant l'ADN de la bactérie dans les lésions cutanées ; elle sert aussi à surveiller la résistance à l'azithromycine [1].
Le suivi de l'efficacité d'un traitement s'appuie sur la baisse du titre du RPR et la guérison des lésions [4,5].
Tests de diagnostic rapide
Des tests de diagnostic rapide des tréponématoses, bon marché et largement disponibles, sont utilisables sur le terrain, mais la plupart ne distinguent pas une infection actuelle d'une infection passée [1].
Les tests « Dual Path Platform » (DPP Syphilis Screen and Confirm) permettent de diagnostiquer les infections passées et actuelles [1]. Une revue de 2025 note l'existence de tests de diagnostic au lieu de soins validés et de nouveaux tests moléculaires [3].
Diagnostic différentiel
Plusieurs maladies donnent des ulcères ou des lésions cutanées chez l'enfant en zone tropicale. [1,9]
| Maladie à évoquer | Éléments à connaître |
|---|---|
| Syphilis vénérienne | Même sérologie tréponémique positive que le pian ; aucun test largement disponible ne permet de les distinguer, d'où l'importance du contexte (enfant, zone d'endémie, mode de transmission non sexuel) [2,8]. |
| Autres ulcères cutanés tropicaux | Des ulcères dus à Haemophilus ducreyi ou polymicrobiens existent dans les mêmes régions et peuvent être confondus avec le pian ; la PCR sur les lésions confirme le pian [9,1]. |
Évolution, complications et pronostic
Sans traitement, le pian reste une infection chronique et à rechutes ; elle peut s'aggraver en lésions destructrices de la peau, des muqueuses et des os [2].
L'infection peut rester latente pendant des années, puis se réactiver ; dans environ 10 % des cas, la réactivation tardive entraîne lésions osseuses, déformations et handicap [8].
Après un traitement adapté, l'évolution est favorable : dans un essai chez l'enfant, 96 % des enfants traités par azithromycine et 93 % de ceux traités par benzathine pénicilline étaient guéris à 6 mois [4]. Au Ghana, la guérison clinique a été de 98,2 % avec l'azithromycine et de 96,9 % avec la benzathine pénicilline [5].
Résistance. Après un traitement de masse à Lihir (Papouasie-Nouvelle-Guinée), cinq cas d'échec clinique de l'azithromycine, tous dans un même village, ont montré des mutations des gènes de l'ARN ribosomal 23S conférant une résistance à ce médicament : première description de T. pallidum sous-espèce pertenue résistant à l'azithromycine [6].
Traitement
Le traitement de référence est une dose unique orale d'[[m:azithromycine|azithromycine]] ; une dose unique de benzathine pénicilline par voie intramusculaire est réservée aux cas où l'on suspecte un échec de l'azithromycine ou aux patients qui ne peuvent pas la recevoir [1].
Des essais randomisés chez l'enfant en Papouasie-Nouvelle-Guinée et au Ghana ont montré qu'une dose unique d'azithromycine par voie orale n'est pas moins efficace que la benzathine pénicilline, sans nécessiter de matériel d'injection ni de personnel médical formé [4,5].
Les personnes qui ont été en contact avec un malade doivent recevoir un traitement empirique [1]. Un échec thérapeutique doit faire évoquer une résistance à l'azithromycine, à confirmer par PCR [1,6].
Médicaments de la base cités dans cette fiche
Prévention
Il n'existe pas de vaccin contre le pian [1]. L'éducation sanitaire et l'amélioration de l'hygiène personnelle sont des mesures essentielles pour réduire la transmission [1].
Stratégie mondiale d'éradication. Elle repose sur le traitement de masse (de toute la communauté) à l'azithromycine dans les régions touchées, avec une couverture d'au moins 90 % de la population, puis un traitement ciblé des cas et de leurs contacts [1,10]. L'éradication est considérée comme atteinte en l'absence de nouveaux cas autochtones confirmés par sérologie pendant trois années consécutives, de cas confirmés par PCR et de signes de transmission (enquête sérologique chez les enfants de 1 à 5 ans) [1].
Limites. À Lihir, un traitement de masse (couverture de 84 %) suivi d'un traitement ciblé a fait passer la prévalence du pian actif de 1,8 % à 0,1 % à 18 mois, mais l'infection est réapparue (0,4 % à 42 mois), surtout chez des personnes absentes lors du traitement : des traitements de masse répétés peuvent être nécessaires [6]. Une modélisation conclut que le seul traitement ciblé n'éliminerait pas le pian dans un délai raisonnable à cause des cas latents asymptomatiques, et que le traitement de masse est préférable pour atteindre l'objectif d'éradication de 2030 [10].
Des pistes d'avenir comprennent une lutte intégrée avec les autres maladies tropicales négligées, un traitement oral simple et bien toléré, des tests de terrain validés et de nouveaux tests moléculaires [3].
Quand consulter en urgence
Consultez un centre de santé si un enfant a une plaie cutanée qui ne cicatrise pas, des lésions croûteuses jaunâtres multiples, ou des douleurs et un gonflement des os ou des doigts, surtout dans un village où d'autres cas ont été signalés [1,8].
Ne traitez pas seul : le diagnostic doit être confirmé et le traitement antibiotique, simple et en général en une seule prise, doit être donné par un professionnel de santé. Les proches de la personne malade doivent aussi être examinés [1].
Maladies associées
Sources et mise à jour
- OMS · Organisation mondiale de la Santé. Pian (aide-mémoire). 2022. Version du 10 janvier 2022.
- Revue à comité de lecture · Marks M, Lebari D, Solomon AW, Higgins SP. Yaws. Int J STD AIDS. 2015;26(10):696-703. 2014. Résumé.
- Revue à comité de lecture · Vicar EK, Simpson SV, Mensah GI, Addo KK, Donkor ES. Yaws in Africa: Past, Present and Future. Diseases. 2025;13(1):14. 2025. Résumé.
- Revue à comité de lecture · Mitjà O, Hays R, Ipai A, et al. Single-dose azithromycin versus benzathine benzylpenicillin for treatment of yaws in children in Papua New Guinea: an open-label, non-inferiority, randomised trial. Lancet. 2012;379(9813):342-347. 2012. Résumé.
- Revue à comité de lecture · Kwakye-Maclean C, Agana N, Gyapong J, et al. A Single Dose Oral Azithromycin versus Intramuscular Benzathine Penicillin for the Treatment of Yaws - A Randomized Non Inferiority Trial in Ghana. PLoS Negl Trop Dis. 2017;11(1):e0005154. 2017. Résumé.
- Revue à comité de lecture · Mitjà O, Godornes C, Houinei W, et al. Re-emergence of yaws after single mass azithromycin treatment followed by targeted treatment: a longitudinal study. Lancet. 2018;391(10130):1599-1607. 2018. Résumé.
- Revue à comité de lecture · Coldiron M, Obvala D, Mouniaman-Nara I, et al. Prévalence du pian chez les Aka du Congo. Med Sante Trop. 2013;23(2):231-232. 2013. Résumé.
- Référence professionnelle · Prescrire. Yaws, a non-venereal treponemal infection. Still endemic in some parts of the world. Prescrire Int. 2012;21(130):217-219. 2012. Résumé.
- Revue à comité de lecture · G-Beiras C, Ubals M, Corbacho-Monné M, Vall-Mayans M, Mitjà O. Yaws, Haemophilus ducreyi, and Other Bacterial Causes of Cutaneous Ulcer Disease in the South Pacific Islands. Dermatol Clin. 2021;39(1):15-22. 2020. Résumé.
- Revue à comité de lecture · Kimball P, Levenson J, Moore A, Rychtar J, Taylor D. An ODE model of yaws elimination in Lihir Island, Papua New Guinea. PeerJ. 2022;10:e13018. 2022. Résumé ; étude de modélisation.
- Revue à comité de lecture · Pillay A, Chen CY, Reynolds MG, et al. Laboratory-confirmed case of yaws in a 10-year-old boy from the Republic of the Congo. J Clin Microbiol. 2011;49(11):4013-4015. 2011. Titre ; source de la bibliothèque.
Fiche mise à jour le 13 octobre 2026. Prochaine révision au plus tard le 13 octobre 2028.