Toxocarose
Infection due aux larves de vers ronds du chien (Toxocara canis) ou du chat (Toxocara cati), que l'être humain avale par accident, le plus souvent avec de la terre ou des aliments souillés par des excréments d'animaux. La plupart des personnes infectées n'ont aucun symptôme ; chez les autres, les larves migrent dans le foie, les poumons, l'œil ou le cerveau et peuvent causer de la fièvre, de la toux, un gros foie ou une baisse de la vision.
Autres noms : Toxocariase, Larva migrans viscérale, Larva migrans oculaire, Syndrome de larva migrans viscérale. En anglais : Toxocariasis, Visceral larva migrans, Ocular larva migrans. CIM-10 : B83.0. Système : Maladies infectieuses et parasitaires.
Définition
La toxocarose est une infection par les larves de Toxocara canis ou, plus rarement, de Toxocara cati, des vers ronds (ascaris) qui vivent normalement chez les chiens et les chats. C'est une zoonose, c'est-à-dire une maladie des animaux qui peut atteindre l'être humain [3,5].
Chez l'humain, le parasite ne termine pas son cycle : les larves ne deviennent pas des vers adultes et se contentent de migrer dans les tissus. On parle de « larva migrans » (larve migrante) : viscérale lorsque les organes sont touchés, oculaire lorsque l'œil l'est [1,4].
On distingue cinq formes cliniques : la larva migrans viscérale classique, la toxocarose oculaire, la toxocarose dite « commune », la toxocarose « cachée » (covert) et la toxocarose cérébrale (neurotoxocarose) [3].
Causes et mécanisme
Seules deux espèces, Toxocara canis (le chien) et Toxocara cati (le chat), sont reconnues comme causes de la maladie humaine [5].
Les chiens et les chats sont les hôtes définitifs du parasite ; les humains sont des hôtes accidentels, dits « paraténiques » [1,6]. Chez eux, l'infection reste le plus souvent silencieuse et la maladie vient des larves qui migrent dans les tissus [4].
Transmission et facteurs de risque
Les chiens et les chats infectés rejettent des œufs dans leurs selles. Dans le milieu extérieur, ces œufs deviennent infectants (embryonnés) en 1 à 4 semaines [1]. Ils contaminent les bacs à sable, les parcs urbains, les plages et les lieux fréquentés par les animaux [4].
L'être humain s'infecte en avalant des œufs infectants, ou en mangeant de la viande ou des abats insuffisamment cuits provenant d'animaux porteurs de larves enkystées (hôtes paraténiques) [1].
Les situations à risque comprennent le contact avec le sol (jeux d'enfants, travaux agricoles), la géophagie (habitude de manger de la terre), le contact avec les chiens et leur pelage, la consommation de viande ou de foie crus ou mal cuits [3,7]. Des fruits et légumes vendus sur des marchés africains se sont aussi révélés contaminés [6].
Après l'ingestion, les œufs éclosent, les larves traversent la paroi de l'intestin et sont emportées par la circulation vers le foie, le cœur, les poumons, le cerveau, les muscles et les yeux [1].
Les humains ne peuvent pas héberger de vers adultes : leurs selles ne contiennent donc jamais d'œufs de Toxocara, et un examen des selles ne permet pas de poser le diagnostic [1].
Épidémiologie
Monde. La toxocarose est répandue dans le monde entier. Selon une revue de 2023, la séroprévalence (proportion de personnes ayant des anticorps) varie de 2 % à 37 % en Europe, en Asie et aux États-Unis, avec une valeur mondiale d'environ 19 %, et peut atteindre 85 % dans certaines zones rurales tropicales [3].
Qui est le plus exposé. Les enfants, à cause des jeux au sol, du portage des doigts à la bouche et de la géophagie ; les populations rurales ayant un approvisionnement en eau insuffisant et un habitat précaire ; les régions tropicales chaudes et humides, où les œufs survivent mieux [3,7].
Afrique. Les anticorps anti-Toxocara sont très fréquents dans la plupart des populations africaines étudiées. Dans une revue de 27 articles publiés entre 1991 et 2017, la proportion la plus élevée était de 92,8 % à La Réunion ; seules deux études, l'une en République démocratique du Congo et l'autre à Djibouti, ont trouvé tous les participants séronégatifs [7]. Une méta-analyse portant sur l'Afrique subsaharienne rapporte des prévalences moyennes de 36 % chez l'humain (sérologie), 19 % chez le chien et 9 % chez le chat, avec une très forte hétérogénéité entre les études [8].
Poids de la maladie. La fréquence des formes graves et l'impact de la toxocarose sur la santé publique restent mal connus en Afrique [6,7] ; les formes sévères y ont surtout été rapportées en Afrique du Nord [6]. Dans le monde, la maladie est classée parmi les infections parasitaires négligées et on lui attribue des milliers de décès et d'années de vie en bonne santé perdues chaque année [3].
Signes cliniques
La grande majorité des personnes infectées n'a aucun symptôme ou une forme légère [3]. Les signes dépendent du nombre de larves, de la durée de leur migration, de leur trajet et de la réaction immunitaire de l'hôte [3].
Larva migrans viscérale. Elle touche surtout les enfants d'âge préscolaire. Les larves envahissent plusieurs organes (foie, poumons, muscles, parfois cœur) et causent des signes peu spécifiques [1] :
- fièvre, douleurs musculaires, perte de poids [1] ;
- toux [1] ;
- éruption cutanée [1] ;
- augmentation du volume du foie et de la rate (hépatosplénomégalie) [1] ;
- hyperéosinophilie à la prise de sang (excès de certains globules blancs, les éosinophiles) [1].
Toxocarose oculaire. Elle survient plutôt chez l'enfant plus grand ou le jeune adulte et atteint en général un seul œil. Elle se manifeste par une baisse de la vision liée à une inflammation de l'œil (uvéite, rétinite, endophtalmie) ; une forme particulière est la neurorétinite subaiguë unilatérale diffuse [1]. Des granulomes (petites masses inflammatoires) sont fréquents, en périphérie de la rétine ou plus rarement au fond de l'œil [9].
Toxocarose cachée et commune. Peu de symptômes, souvent bénins et non spécifiques. La forme cachée est une infection le plus souvent bénigne, dont la majorité des malades ne sont jamais diagnostiqués [5].
Neurotoxocarose. L'atteinte du système nerveux est peu fréquente. Elle peut provoquer une méningo-encéphalite à éosinophiles [1] ou une atteinte de la moelle épinière ressemblant à une myélite transverse [3].
Signes de gravité
Les formes cardiaque et neurologique peuvent être graves, voire mortelles [3].
L'atteinte oculaire peut laisser des séquelles définitives de la vision, jusqu'à la cécité [1]. Dans une série de 10 patients ayant une toxocarose oculaire des deux yeux, l'atteinte était asynchrone et inégale entre les deux yeux ; on a observé entre autres des membranes inflammatoires, des décollements de rétine par traction, des cataractes et une hypertension de l'œil. Les granulomes périphériques étaient associés à une moins bonne récupération visuelle [9].
Diagnostic
Diagnostic clinique
Aucun signe clinique n'est propre à la toxocarose. Le diagnostic repose sur un ensemble d'arguments : une exposition possible (terre, chiots ou chatons, géophagie, viande ou abats crus), des symptômes compatibles et une éosinophilie sanguine, que la sérologie vient confirmer [1,5,7].
Pour la forme cachée, le diagnostic d'une maladie active repose aujourd'hui sur des arguments indirects : des symptômes sans autre explication associés à une éosinophilie sanguine ou à un taux élevé de protéine cationique des éosinophiles [5].
Dans l'œil, une atteinte des deux yeux n'exclut pas le diagnostic : elle débute souvent à des moments différents et avec une gravité inégale, ce qui doit faire demander une sérologie anti-Toxocara canis [9].
Examens biologiques
Sérologie. La détection d'anticorps (technique immuno-enzymatique avec les antigènes de larves, dite TES-ELISA) est le seul moyen de confirmer le diagnostic clinique de larva migrans viscérale ou oculaire [1]. Pour les formes généralisées, on recommande un TES-ELISA puis, en cas de résultat positif, un contrôle par Western blot [5].
Interprétation prudente. Une sérologie positive peut venir d'anticorps résiduels d'une infection ancienne guérie spontanément ; sortie de son contexte clinique et biologique, elle n'a pas de valeur diagnostique. Elle ne doit être retenue qu'après avoir écarté les autres causes des symptômes [5]. Les anticorps IgM ne permettent pas de dater l'infection, car ils persistent tout au long de la maladie [5].
Numération sanguine. Elle recherche une éosinophilie, souvent marquée dans la larva migrans viscérale [1].
Examen de l'œil. L'ophtalmologiste recherche les lésions de l'inflammation (granulomes, uvéite, décollement de rétine) en cas de baisse de vision [1,9].
Examen des selles. Il est inutile : les larves chez l'humain ne produisent pas d'œufs [1].
Diagnostic différentiel
Les symptômes et l'éosinophilie de la toxocarose se retrouvent dans de nombreuses autres maladies. Une revue de 2023 cite les diagnostics à écarter selon la forme [3] :
| Forme | Diagnostics à écarter |
|---|---|
| Larva migrans viscérale | Autres maladies avec excès d'éosinophiles et syndromes hyperéosinophiliques ; devant des lésions du foie, tumeurs et abcès à germes pyogènes [3]. |
| Toxocarose oculaire | Rétinoblastome (tumeur de la rétine de l'enfant) [3]. |
| Neurotoxocarose | Myélopathie non tumorale ressemblant à une myélite transverse [3]. |
Une sérologie positive peut aussi accompagner n'importe quelle autre maladie, infectieuse ou non, chez une personne qui a eu une infection ancienne : elle n'explique pas à elle seule les symptômes [5].
Évolution, complications et pronostic
Dans la grande majorité des cas, l'infection reste sans symptôme ou légère [3]. La forme cachée est souvent spontanément guérissable et laisse seulement des anticorps résiduels dans le sang [5].
L'évolution est plus sévère lorsque les larves atteignent l'œil, le cœur ou le système nerveux : les formes cardiaque et neurologique peuvent être graves ou mortelles [3], et la toxocarose oculaire peut laisser des séquelles visuelles permanentes [1].
Dans une série d'atteintes oculaires des deux yeux, la fréquence des décollements de rétine par traction est passée de 25 % à 60 % entre la première consultation et le dernier suivi, et les granulomes périphériques étaient liés à une récupération visuelle moindre [9].
Traitement
Le traitement dépend de la forme de la maladie et de l'organe touché ; il est décidé par un médecin [2,3]. Les doses et les durées figurent dans la fiche du médicament et dans les recommandations en vigueur.
- Larva migrans viscérale. On utilise un antiparasitaire (anthelminthique) : albendazole ou mébendazole [3].
- Toxocarose oculaire. Un antiparasitaire par voie générale (albendazole ou mébendazole) peut être utile en cas de maladie active ; l'inflammation de l'œil est maîtrisée par des corticoïdes locaux ou généraux, selon l'indication [2]. Selon les antécédents de l'œil et le degré d'inflammation, on associe antiparasitaire et corticoïdes, ou l'on recourt à la chirurgie [3].
- Neurotoxocarose. L'albendazole est associé à des corticoïdes [3].
- Atteinte cardiaque. L'albendazole est utilisé, avec des corticoïdes envisagés en cas de réaction inflammatoire [3].
Médicaments de la base cités dans cette fiche
Prévention
La prévention vise à empêcher les œufs de contaminer le sol et à éviter qu'on les avale [3,4] :
- faire vermifuger régulièrement les chiens et les chats, en particulier les chiots et les chatons, même sans symptômes [3] ;
- ramasser et éliminer de façon hygiénique les excréments des animaux avant que les œufs ne deviennent infectants, et éviter de laisser des déjections là où jouent les enfants [3] ;
- limiter l'accès des chiens aux parcs et aux aires de jeux [3,4] ;
- se laver les mains, laver soigneusement les légumes et éviter la viande et les abats crus ou insuffisamment cuits [3] ;
- éduquer la population, informer les professionnels de santé et renforcer le rôle des vétérinaires [3].
Quand consulter en urgence
Beaucoup de personnes infectées ne ressentent rien. Il faut cependant consulter un médecin en cas de fièvre inexpliquée avec toux, perte de poids, douleurs musculaires chez un enfant, surtout s'il mange de la terre ou joue au contact de chiens ou de chats [1,3].
Consultez rapidement un médecin, de préférence un ophtalmologiste, en cas de baisse de la vision, même d'un seul œil, notamment chez un enfant ou un jeune adulte : une atteinte de l'œil peut laisser des séquelles définitives, voire une cécité [1,9].
Vous pouvez aider à éviter la maladie : faites vermifuger vos animaux, ramassez leurs déjections, lavez-vous les mains après avoir touché la terre ou les animaux et lavez les légumes [3].
Une prise de sang qui montre des anticorps contre Toxocara ne suffit pas pour affirmer que la maladie est active : c'est le médecin qui interprète le résultat avec vos symptômes [5].
Maladies associées
Sources et mise à jour
- OMS · Centers for Disease Control and Prevention (CDC). DPDx - Toxocariasis. 2019. Page mise à jour le 9 juillet 2019.
- OMS · Centers for Disease Control and Prevention (CDC). Clinical Care of Toxocariasis. 2024. Page du 9 février 2024.
- Revue à comité de lecture · Henke K, Ntovas S, Xourgia E, et al. Who Let the Dogs Out? Unmasking the Neglected: A Semi-Systematic Review on the Enduring Impact of Toxocariasis, a Prevalent Zoonotic Infection. Int J Environ Res Public Health. 2023;20(21):6972. 2023.
- Revue à comité de lecture · Despommier D. Toxocariasis: clinical aspects, epidemiology, medical ecology, and molecular aspects. Clin Microbiol Rev. 2003;16(2):265-272. 2003. Résumé.
- Revue à comité de lecture · Fillaux J, Magnaval JF. Laboratory diagnosis of human toxocariasis. Vet Parasitol. 2013;193(4):327-336. 2013. Résumé.
- Revue à comité de lecture · Lötsch F, Vingerling R, Spijker R, Grobusch MP. Toxocariasis in humans in Africa - A systematic review. Travel Med Infect Dis. 2017;20:15-25. 2017. Résumé.
- Revue à comité de lecture · Lötsch F, Grobusch MP. Seroprevalence of Toxocara spp. antibodies in humans in Africa: A review. Adv Parasitol. 2020;109:483-499. 2020. Résumé.
- Revue à comité de lecture · Omonijo AO, Kalinda C, Mukaratirwa S. A systematic review and meta-analysis of canine, feline and human Toxocara infections in sub-Saharan Africa. J Helminthol. 2019;94:e96. 2019. Résumé.
- Revue à comité de lecture · Gu J, Wang Z, Zhou M, Xu G, Chen Q, Chang Q. Ophthalmic manifestation of bilateral ocular toxocariasis: a case-series. J Ophthalmic Inflamm Infect. 2026;16(1). 2026. Résumé ; série de 10 patients.
Fiche mise à jour le 11 octobre 2026. Prochaine révision au plus tard le 11 octobre 2028.