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Vers intestinaux (helminthiases intestinales)

Les vers intestinaux (ascaris, trichocéphales, ankylostomes, anguillules) vivent dans l'intestin et se transmettent par des œufs ou des larves présents dans un sol souillé par les selles. Les infections légères passent souvent inaperçues ; les infections fortes provoquent douleurs du ventre, diarrhée, anémie, malnutrition et retard de croissance chez l'enfant. Au Congo, une cartographie nationale de 2011 a trouvé une prévalence supérieure à 20 % chez les écoliers dans presque tous les départements. Des médicaments simples (albendazole, mébendazole) traitent l'infection et sont donnés lors de campagnes de masse.

Autres noms : Géohelminthiases, Helminthiases transmises par le sol, Parasitoses intestinales à vers. En anglais : Soil-transmitted helminth infections, Intestinal worms. CIM-10 : B76–B79. Système : Maladies infectieuses et parasitaires, Maladies de l'appareil digestif.

Définition

Les vers intestinaux transmis par le sol, ou géohelminthiases, sont dus à différentes espèces de vers parasites : Ascaris lumbricoides, Trichuris trichiura, les ankylostomes (Necator americanus et Ancylostoma duodenale) et Strongyloides stercoralis [1].

Ils sont transmis par les œufs présents dans les excréments humains qui contaminent les sols, là où les moyens d'assainissement sont insuffisants [1]. Parmi les maladies tropicales négligées, ce groupe est celui dont la charge de morbidité est la plus forte [3].

Causes et mécanisme

Quatre groupes de vers sont en cause [1,2] :

ParasiteNom courantParticularités
Ascaris lumbricoidesAscarisTransmission par ingestion d'œufs ; ne se multiplie pas dans l'organisme [1].
Trichuris trichiuraTrichocéphaleTransmission par ingestion d'œufs ; ne se multiplie pas dans l'organisme [1].
Necator americanus, Ancylostoma duodenaleAnkylostomesLes larves traversent la peau (marche pieds nus) ; ne se multiplient pas dans l'organisme [1].
Strongyloides stercoralisAnguillulePeut se reproduire chez l'hôte ; se diagnostique par d'autres méthodes que les autres vers [1].

Plus un sujet porte de vers, plus la maladie est marquée : la morbidité dépend du nombre de vers dont la personne est porteuse [1].

Transmission et facteurs de risque

Les vers adultes vivent dans l'intestin et pondent chaque jour des milliers d'œufs, qui contaminent le sol là où l'assainissement est insuffisant. Les œufs doivent mûrir environ 3 semaines dans le sol avant de devenir infectieux [1].

On s'infecte en avalant des œufs : légumes mal lavés ou mal cuits, eau contaminée, ou enfants qui jouent sur un sol contaminé et portent ensuite les mains à la bouche [1].

Pour les ankylostomes, les œufs éclosent dans le sol et libèrent des larves qui traversent activement la peau, notamment quand on marche pieds nus sur un sol contaminé [1].

Il n'y a pas de transmission directe d'une personne à une autre [1].

Épidémiologie

Monde. Selon l'OMS (version consultée de 2022), plus de 1,5 milliard de personnes sont infestées dans le monde ; la plus forte prévalence se rencontre en Afrique subsaharienne [1]. Plus de 260 millions d'enfants d'âge préscolaire, 654 millions d'enfants d'âge scolaire, 108 millions d'adolescentes et 138,8 millions de femmes enceintes ou allaitantes ont besoin d'un traitement et de mesures de prévention [1]. En 2021, plus de 500 millions d'enfants ont été traités, soit 62 % des enfants à risque [1].

République du Congo. Une cartographie nationale de 2011 a examiné 18 894 écoliers de 5 à 15 ans dans 324 écoles, 103 districts et les 12 départements : la prévalence d'au moins un ver intestinal dépassait 20 % dans tous les départements, sauf Brazzaville (6,6 %), la Cuvette (17,7 %) et Pointe-Noire (14,4 %) [3]. Elle dépassait 70 % dans 13 districts, par exemple Souanké (84,5 %) et Sembé (81,8 %) dans la Sangha, Bambama (84,7 %) dans la Lékoumou, ou Londélakayes (92,5 %) dans le Niari [3].

Entre 2014 et 2018, le Programme national de lutte contre l'onchocercose a distribué de l'albendazole à 1 913 089 enfants d'âge scolaire, avec une couverture moyenne de 80,7 % ; seule l'année 2015 est restée sous le seuil recommandé de 75 % (72,3 %) [3].

Les enquêtes anciennes de Brazzaville (1952-1953) avaient trouvé des ankylostomes chez 61,8 % des personnes examinées et des ascaris chez 44,4 % ; chez 418 enfants de 1 à 6 ans des quartiers est de Brazzaville, les prévalences étaient de 24 % pour l'ascaris et 32 % pour le trichocéphale [3].

Pays voisins. À Kinshasa (RDC), 66,9 % des écoliers examinés en 2009 portaient au moins un ver intestinal [7]. Dans la province du Kwilu (RDC), les ankylostomes touchaient 34,1 % des habitants examinés, y compris les adultes [6]. Dans le nord-est de la RDC, quatre enfants sur cinq portaient au moins un ver (schistosomes compris) [8]. En Angola, en 2021, la prévalence des vers intestinaux chez les écoliers atteignait 16,3 % à Huambo, 65,1 % à Uíge et 28,2 % à Zaïre [9].

Signes cliniques

Infection légère : en général aucun symptôme particulier [1].

Infection de forte intensité : troubles intestinaux (diarrhée, dysenterie, douleurs du ventre), malnutrition, malaise, faiblesse et troubles de la croissance et du développement physique [1].

Ascaris : douleurs et ballonnement du ventre ; complications possibles par obstruction ou perforation de l'intestin [3].

Trichocéphale : douleurs abdominales chroniques, dysenterie et, dans les cas sévères, prolapsus du rectum [3].

Ankylostomes : perte de sang chronique par l'intestin pouvant provoquer une anémie, surtout chez les adolescentes et les femmes en âge d'avoir des enfants [1] ; chez l'enfant, anémie marquée, baisse des protéines du sang et retard de croissance [3].

Anguillule : atteintes de la peau et de l'intestin, malnutrition chronique chez l'enfant, et forme d'« hyperinfestation » disséminée chez les personnes dont les défenses immunitaires sont affaiblies [1].

Signes de gravité

Les infestations de très forte intensité peuvent provoquer une obstruction intestinale nécessitant une intervention chirurgicale [1].

Chez l'enfant, les vers intestinaux entraînent des troubles nutritionnels, physiques et cognitifs [1]. Les ascaris peuvent capter une partie de la vitamine A [1].

Chez une personne dont l'immunité est affaiblie, l'anguillule (Strongyloides stercoralis) peut provoquer une hyperinfestation disséminée [1].

Diagnostic

Diagnostic clinique

Les signes sont peu spécifiques (douleurs du ventre, diarrhée, anémie, retard de croissance) et les infections légères sont souvent silencieuses [1]. Le médecin doit penser à ces infections chez toute personne qui vit dans une région d'endémie ou qui en revient [2].

L'intensité de l'infection (nombre de vers) guide la gravité : les programmes suivent la prévalence des infections et la prévalence des infections d'intensité moyenne ou forte [1].

Examens biologiques

Le diagnostic classique repose sur l'examen microscopique des selles ; la méthode de référence est la technique de Kato-Katz [3].

Dans une étude menée au Kwilu (RDC), des frottis de selles de Kato-Katz en double exemplaire ont permis de mesurer la fréquence des infections et de constater que la plupart étaient d'intensité légère [6].

L'anguillule (S. stercoralis) nécessite des méthodes de diagnostic différentes de celles des autres vers [1]. Des outils de diagnostic plus précis sont nécessaires pour la lutte et pour la détection clinique [2].

Diagnostic différentiel

Situation à évoquer ou à rechercherÉléments à connaître
Anémie par manque de ferLes ankylostomes provoquent une perte de sang intestinale chronique, avec perte de fer et de protéines [1].
Schistosomiase intestinalePeut coexister avec les vers intestinaux : dans le nord-est de la RDC, S. mansoni touchait 57,8 % des écoliers examinés, en plus des autres vers [8].
Diarrhée et dysenterieLe trichocéphale peut donner diarrhée et dysenterie [1,3].
Retard de croissance et malnutritionLes vers intestinaux contribuent à la malnutrition et aux troubles de la croissance de l'enfant [1].
Occlusion ou perforation de l'intestinComplication possible d'une forte charge en ascaris [3] ou d'une infestation de très forte intensité [1].

Évolution, complications et pronostic

Les infections de faible intensité n'entraînent généralement pas de symptômes particuliers, alors que les infections plus fortes entraînent des symptômes durables et des retards de croissance [1].

Les vers ne se multiplient pas dans l'organisme (sauf l'anguillule) : sans nouveau contact avec un sol contaminé, la charge parasitaire ne s'accroît pas [1]. Les réinfections sont toutefois fréquentes là où l'assainissement reste insuffisant, d'où l'intérêt de l'éducation à l'hygiène pour les prévenir [1].

Le traitement des enfants réduit les conséquences graves de ces infections, même si l'effet du déparasitage de masse sur la santé générale a été discuté [2].

Traitement

Les médicaments utilisés sont l'albendazole, le mébendazole et l'ivermectine [1]. L'albendazole ou le mébendazole traitent l'ascaris et les ankylostomes en prise unique, alors que la trichocéphalose demande des cures de plusieurs jours [3].

Une synthèse de 66 études chez les enfants montre que l'albendazole et le mébendazole sont très efficaces contre l'ascaris (réduction du nombre d'œufs de 95,5 % et 98,7 %) ; leur efficacité est plus faible contre le trichocéphale et, pour le mébendazole, contre les ankylostomes ; seul l'albendazole réduit fortement les œufs d'ankylostomes (93,4 %) [4]. Le taux de guérison de l'albendazole était de 91,3 % pour l'ascaris, 78,3 % pour les ankylostomes et 50,8 % pour le trichocéphale [4].

L'ivermectine est utile contre l'anguillule et le trichocéphale : dans une revue de 21 études (15 dans l'analyse chiffrée), la distribution de masse d'ivermectine réduisait la prévalence de l'anguillule d'environ 84 %, et celle du trichocéphale d'environ 89 % lorsqu'elle était associée à l'albendazole [5].

Les posologies ne figurent pas dans cette fiche. Elles sont données dans la fiche de chaque médicament et dans les recommandations de l'OMS et du programme national [1,3].

Médicaments de la base cités dans cette fiche

Prévention

Traitement préventif régulier : la stratégie de l'OMS repose sur l'administration périodique d'un traitement antiparasitaire (déparasitage) aux groupes à risque : enfants d'âge préscolaire et scolaire, adolescentes, femmes en âge d'avoir des enfants, femmes enceintes ou allaitantes [1].

Assainissement et hygiène : l'éducation sanitaire et l'hygiène préviennent les réinfections, et de meilleurs moyens d'assainissement réduisent la contamination des sols [1]. Laver et bien cuire les légumes, et éviter de marcher pieds nus sur un sol souillé, limitent l'infection [1].

Limites : en Angola, six ans de traitement préventif dans les écoles n'ont eu qu'un impact limité sur la fréquence des vers intestinaux, ce qui plaide pour associer l'eau, l'assainissement et l'hygiène (WASH) et envisager une lutte à l'échelle des communautés [9]. Dans le Kwilu, où les adultes étaient aussi infectés par les ankylostomes, les auteurs recommandent un traitement préventif communautaire [6].

Objectifs de l'OMS pour 2030 : maintenir l'élimination de la morbidité due aux géohelminthiases chez les enfants d'âge préscolaire et scolaire, étendre le programme aux adolescentes et aux femmes enceintes ou allaitantes, et garantir un accès universel à l'assainissement et à l'hygiène de base dans les zones d'endémie [1].

Quand consulter en urgence

Consultez un centre de santé en cas de douleurs du ventre répétées, de diarrhée qui dure, de pâleur ou de fatigue inhabituelle (possible anémie), ou si votre enfant grandit mal [1,3].

Urgence : douleur forte du ventre avec ballonnement. Il peut s'agir d'une obstruction de l'intestin, qui nécessite une prise en charge à l'hôpital [1,3].

Participez aux campagnes de déparasitage organisées à l'école ou dans votre communauté, et lavez-vous les mains, les légumes et les fruits [1].

Maladies associées

Sources et mise à jour

  1. OMS · Organisation mondiale de la Santé. Géohelminthiases (aide-mémoire). 2022. Version française consultée, datée du 10 janvier 2022.
  2. Revue à comité de lecture · Jourdan PM, Lamberton PHL, Fenwick A, Addiss DG. Soil-transmitted helminth infections. Lancet. 2017;391(10117):252-265. 2017. Résumé.
  3. Revue à comité de lecture · Ngatse JA, Ndziessi G, Missamou F, et al. Historical overview and geographical distribution of neglected tropical diseases amenable to preventive chemotherapy in the Republic of the Congo: A systematic review. PLoS Negl Trop Dis. 2022;16(7):e0010560. 2022. Texte intégral (partie consacrée aux géohelminthiases).
  4. Revue à comité de lecture · Bekele T, Lachisa L, Tsegaye A, Bacha K, Ketema T. Efficacy of Albendazole and Mebendazole Against Soil Transmitted Infections among Pre-School and School Age Children: A Systematic Review and Meta-Analysis. J Epidemiol Glob Health. 2024;14(3):884-904. 2024. Résumé.
  5. Revue à comité de lecture · Le B, Clarke NE, Legrand N, Nery SV. Effectiveness of ivermectin mass drug administration in the control of soil-transmitted helminth infections in endemic populations: a systematic review and meta-analysis. Infect Dis Poverty. 2024;13(1):16. 2024. Résumé.
  6. Revue à comité de lecture · Inocencio da Luz R, Linsuke S, Roucher C, et al. Community-based survey on helminth infections in Kwilu province, the Democratic Republic of the Congo, and implications for local control strategies. PLoS Negl Trop Dis. 2020;14(10):e0008745. 2020. Résumé.
  7. Revue à comité de lecture · Nundu Sabiti S, Aloni MN, Linsuke SWL, et al. Prévalence des géohelminthiases chez les enfants à Kinshasa. Arch Pediatr. 2014;21(6):579-583. 2014. Résumé.
  8. Revue à comité de lecture · Knoblauch AM, Archer C, Owuor M, et al. Schistosomiasis and soil-transmitted helminth infections in schoolchildren in north-eastern Democratic Republic of the Congo. Trans R Soc Trop Med Hyg. 2016;110(7):424-426. 2016. Résumé.
  9. Revue à comité de lecture · Bartlett AW, Mendes EP, Dahmash L, et al. School-based preventive chemotherapy program for schistosomiasis and soil-transmitted helminth control in Angola: 6-year impact assessment. PLoS Negl Trop Dis. 2023;17(5):e0010849. 2023. Résumé.

Fiche mise à jour le 6 octobre 2026. Prochaine révision au plus tard le 6 octobre 2028.