Diarrhée aiguë de l'enfant
Émission d'au moins trois selles liquides ou molles par jour, d'origine infectieuse, qui expose surtout le jeune enfant à la déshydratation. Le traitement repose sur la réhydratation par sels de réhydratation orale (SRO), la poursuite de l'alimentation et de l'allaitement, et le zinc chez l'enfant à partir de 6 mois ; les antibiotiques sont réservés à la diarrhée sanglante.
Autres noms : Gastro-entérite aiguë de l'enfant, Diarrhée infectieuse de l'enfant, Maladie diarrhéique de l'enfant. En anglais : Acute diarrhoea in children, Acute gastroenteritis in children. CIM-10 : A09. Système : Maladies infectieuses et parasitaires, Maladies de l'appareil digestif.
Définition
La diarrhée se définit par l'émission de 3 selles liquides ou molles ou plus par jour (ou d'un nombre de selles plus élevé que la normale pour l'enfant). Des selles formées émises fréquemment ne constituent pas une diarrhée, pas plus que les selles molles et pâteuses d'un nourrisson allaité [1].
La diarrhée est le symptôme d'une infection de l'intestin, due à des bactéries, des virus ou des parasites. Chez le jeune enfant, le danger vient surtout de la perte d'eau et de sels minéraux, c'est-à-dire de la déshydratation [1,3].
On parle de diarrhée persistante lorsqu'elle dure 14 jours ou plus, ce qui expose davantage l'enfant à la malnutrition qu'une diarrhée aiguë [11].
Causes et mécanisme
Les agents en cause sont des virus (rotavirus, norovirus, adénovirus, astrovirus), des bactéries (Escherichia coli, Salmonella, Shigella, Campylobacter) et des parasites (Cryptosporidium, Giardia, Entamoeba) [1]. La malnutrition sous-jacente est un facteur favorisant [1].
Dans l'analyse mondiale du fardeau de la maladie pour 2021, la part de décès par diarrhée attribuable aux différents agents chez les enfants de moins de 5 ans était de 35,2 % pour le rotavirus, 24,0 % pour Shigella et 23,8 % pour l'adénovirus ; Cryptosporidium, E. coli entéropathogène typique et E. coli entérotoxinogène thermostable dépassaient aussi 10 % [4].
Les facteurs de risque dominants varient avec l'âge : faible poids de naissance et naissance avant terme chez le nouveau-né, retard de croissance chez le nourrisson et le jeune enfant, eau non potable et mauvais assainissement chez les enfants plus âgés et les adultes [4].
Le rotavirus est l'agent infectieux le plus sévère et le plus souvent associé à la déshydratation ; la gravité d'une gastro-entérite est liée à son agent [3].
Transmission et facteurs de risque
L'infection se propage par les aliments ou l'eau de boisson contaminés, ou d'une personne à l'autre lorsque l'hygiène est insuffisante [1].
Les situations en cause sont notamment l'eau contaminée par des matières fécales, le stockage et la manipulation de l'eau à domicile dans de mauvaises conditions, la préparation ou la conservation non hygiénique des aliments, et les poissons et fruits de mer issus d'eaux polluées [1].
Épidémiologie
Monde. La diarrhée tue environ 443 832 enfants de moins de 5 ans par an et on compte près de 1,7 milliard de cas de diarrhée de l'enfant chaque année, selon l'aide-mémoire de l'OMS de mars 2024 [1]. En 2021, toutes tranches d'âge confondues, la diarrhée a causé environ 1,17 million de décès dans le monde, soit 60,3 % de moins qu'en 1990 ; la baisse a été la plus marquée chez les moins de 5 ans (-79,2 %) [4]. Les auteurs l'attribuent notamment à la réhydratation orale, à l'amélioration de l'eau, de l'assainissement et de l'hygiène, et à la vaccination contre le rotavirus [4].
République du Congo. Dans une étude transversale menée en 2022-2023 auprès de 227 enfants de 5 ans ou moins hospitalisés pour gastro-entérite aiguë à Brazzaville, 75 % avaient au moins un virus dans les selles : rotavirus A 58 %, norovirus 34 %, adénovirus 11 %, astrovirus 7 % ; 32 % des enfants avaient plusieurs virus, et 25 % étaient négatifs pour les quatre virus recherchés [5]. Le pic d'incidence survenait en saison sèche, avec la charge la plus élevée chez les enfants de 6 à 24 mois [5]. Ces chiffres concernent des enfants hospitalisés dans une ville, et non l'ensemble des enfants du pays [5].
Après l'introduction de la vaccination. Le vaccin contre le rotavirus a été introduit au Congo en 2014 ; dix ans plus tard, la gastro-entérite restait une cause majeure de morbidité et de mortalité pédiatriques dans le pays [5]. En Afrique, une méta-analyse de 19 études n'a pas trouvé de baisse de la prévalence du norovirus après l'introduction des vaccins contre le rotavirus (15 % avant, 13 % après) [10].
Signes cliniques
La diarrhée aiguë se manifeste par des selles liquides ou molles plus fréquentes que d'habitude [1]. La gravité dépend surtout du degré de déshydratation, qui doit être évalué à chaque consultation à l'aide d'un score ou d'une grille établie [3].
Selon la grille de l'OMS, la déshydratation se classe en trois niveaux [1] :
- Pas de déshydratation : les signes ci-dessous sont insuffisants pour classer l'enfant en déshydratation modérée ou grave [1] ;
- Déshydratation modérée (« quelques signes », au moins deux signes) : agitation ou irritabilité, yeux enfoncés, enfant qui boit avidement et a soif [1] ;
- Déshydratation grave (au moins deux signes) : léthargie ou perte de connaissance, yeux enfoncés, incapacité à boire ou boit mal, pli cutané qui s'efface très lentement (2 secondes ou plus) [1].
Du sang dans les selles, des vomissements ou une diarrhée qui se prolonge doivent amener à consulter un professionnel de santé [1].
Signes de gravité
La diarrhée est une des principales causes de décès de l'enfant de moins de 5 ans ; la déshydratation reflète la gravité de l'épisode [3,4].
La malnutrition aggrave la diarrhée, et la diarrhée aggrave à son tour la malnutrition en réduisant l'absorption des nutriments : c'est un cercle vicieux, particulièrement net dans la diarrhée persistante [11,1]. Le retard de croissance est d'ailleurs un des facteurs de risque dominants de la diarrhée chez le nourrisson et le jeune enfant [4]. Voir la fiche Malnutrition aiguë.
Un enfant léthargique ou inconscient, qui ne peut pas boire ou boit très mal, aux yeux enfoncés et dont le pli cutané s'efface très lentement présente une déshydratation grave : il doit être pris en charge d'urgence dans une structure de santé [1].
Diagnostic
Diagnostic clinique
Le diagnostic de la diarrhée aiguë est clinique : il repose sur la description des selles et sur l'évaluation du degré de déshydratation [1,3].
Les points à rechercher sont la fréquence et l'aspect des selles, la présence de sang, la durée de la diarrhée, la capacité de l'enfant à boire et son état de conscience, ainsi que les signes de déshydratation de la grille de l'OMS [1].
La même grille permet de choisir le mode de réhydratation (la voie orale étant préférée à la voie intraveineuse quand elle est possible) [3].
Examens biologiques
Les examens complémentaires ne sont généralement pas nécessaires dans la gastro-entérite aiguë de l'enfant [3].
La recherche de l'agent en cause (PCR multiplex sur les selles, comme dans l'étude de Brazzaville) relève surtout de la surveillance et de la recherche ; dans cette étude, un quart des enfants n'avait aucun des quatre virus recherchés, ce qui conduit les auteurs à recommander d'ajouter des diagnostics bactériens [5].
Diagnostic différentiel
La diarrhée aiguë de l'enfant doit être distinguée de situations qui changent la conduite à tenir [1].
| Situation | Éléments à connaître |
|---|---|
| Diarrhée sanglante (dysenterie, par exemple à Shigella) | Du sang dans les selles impose de consulter ; c'est la seule situation où les antibiotiques sont indiqués [1,2]. Shigella est une cause majeure de diarrhée et de dysenterie chez l'enfant dans les milieux à ressources limitées [4]. |
| Diarrhée persistante (14 jours ou plus) | Elle expose davantage à la malnutrition qu'une diarrhée aiguë et nécessite une prise en charge spécifique [11,1]. |
| Diarrhée chez un enfant malnutri | Le risque de déshydratation grave et de complications est plus élevé ; la prise en charge de la malnutrition est à mener en parallèle (voir Malnutrition aiguë) [11,6]. |
Évolution, complications et pronostic
La plupart des diarrhées aiguës guérissent avec la réhydratation et la poursuite de l'alimentation ; les traitements actifs peuvent raccourcir la durée et réduire la sévérité [3].
Le zinc donné pendant l'épisode raccourcit la diarrhée et, d'après l'OMS et l'UNICEF, réduit aussi le nombre d'épisodes dans les 2 à 3 mois qui suivent [2]. L'OMS indique qu'il réduit la durée de l'épisode de 25 % et le volume des selles de 30 % [1].
Une diarrhée qui dure 14 jours ou plus devient persistante et aggrave la malnutrition par la lésion de la muqueuse intestinale et la malabsorption [11].
Traitement
Le traitement de la diarrhée aiguë de l'enfant repose sur quelques gestes simples : donner plus de liquide, donner du zinc, continuer à alimenter l'enfant, et reconnaître les signes qui imposent de revenir consulter [2,3].
- Réhydratation orale : les sels de réhydratation orale (SRO) — mélange d'eau propre, de sel et de sucre — remplacent l'eau et les électrolytes perdus dans les selles [1]. La solution à osmolarité réduite est la formule recommandée par l'OMS, en particulier pour la diarrhée aiguë non cholérique [2,3]. Les SRO à base de polymères (riz, par exemple) peuvent réduire le débit des selles et la durée de la diarrhée par rapport aux SRO à base de glucose de forte osmolarité, avec des preuves de qualité faible [7].
- Alimentation : l'allaitement ne doit pas être interrompu et l'alimentation habituelle est poursuivie sans changement de régime, y compris le lait [3,2].
- Zinc : l'OMS recommande une cure de 10 à 14 jours de comprimés dispersibles de zinc, qui raccourcit la diarrhée et améliore l'évolution [1,2]. Dans la revue Cochrane, le zinc raccourcit la diarrhée d'environ une demi-journée chez l'enfant de plus de 6 mois, d'environ une journée chez l'enfant présentant des signes de malnutrition, mais n'a pas d'effet démontré avant 6 mois ; il augmente le risque de vomissements [6].
- Déshydratation grave : la réhydratation par voie veineuse relève d'une structure de santé ; la voie orale reste préférable quand elle est possible, car la réhydratation entérale est supérieure à la voie intraveineuse [3,2].
- Antibiotiques : à n'utiliser qu'en cas de diarrhée sanglante ou de shigellose, pas dans les autres diarrhées aiguës ; les médicaments antidiarrhéiques ne sont pas recommandés [2]. Dans les recommandations européennes, les anti-infectieux ne se donnent que dans des cas exceptionnels [3].
- Traitements d'appoint : les recommandations européennes de 2014 (contexte européen) citent comme actifs sur la durée et la sévérité de la diarrhée certains probiotiques (Saccharomyces boulardii, Lactobacillus GG), la diosmectite et le racécadotril, et l'ondansétron contre les vomissements, dont l'usage systématique demande une évaluation de la sécurité en raison d'un avertissement sur des effets cardiaques graves [3].
Médicaments de la base Africa Medical Data : sels de réhydratation orale (SRO), sulfate de zinc, racécadotril, Saccharomyces boulardii et ondansétron [3].
Les posologies et les volumes de réhydratation ne figurent pas dans cette fiche : ils dépendent de l'âge, du poids, du degré de déshydratation et du protocole national. Ils sont donnés dans la fiche de chaque médicament et dans les directives nationales [1,2].
Médicaments de la base cités dans cette fiche
- Sels de réhydratation orale (SRO) (Traitement de base de la déshydratation et de la diarrhée aiguë)
- Sulfate de zinc (Supplément pendant l'épisode de diarrhée de l'enfant)
- Racécadotril (Traitement d'appoint cité par les recommandations européennes)
- Saccharomyces boulardii (Probiotique cité par les recommandations européennes)
- Ondansétron (Contre les vomissements, usage encadré)
Prévention
Rotavirus : vaccination. Les vaccins préqualifiés par l'OMS (Rotarix, RotaTeq, Rotasiil, Rotavac) préviennent la diarrhée à rotavirus ; leur efficacité relative est plus faible dans les pays à forte mortalité infantile, mais davantage d'épisodes y sont évités car le risque de base est plus élevé. Aucune augmentation des événements indésirables graves, y compris l'invagination intestinale, n'a été détectée [8]. Par exemple, dans les pays à forte mortalité, Rotarix a évité 58 % des diarrhées sévères à rotavirus la première année de vie, et 35 % sur deux ans [8].
Dans une analyse de 24 pays, au moins une dose de vaccin contre le rotavirus a eu une efficacité de 75,8 % contre la mortalité par gastro-entérite à rotavirus ; l'effet sur la mortalité toutes causes confondues n'était pas démontré [9].
Eau, assainissement et hygiène : accès à l'eau potable, assainissement amélioré, lavage des mains au savon, hygiène personnelle et alimentaire [1].
Allaitement : allaitement exclusif pendant les 6 premiers mois de vie [1].
Conduite à la maison : informer les mères de la nécessité d'augmenter les liquides et de continuer à alimenter l'enfant lors des épisodes futurs [2].
Quand consulter en urgence
Dès les premières selles liquides, donnez plus à boire que d'habitude (SRO si possible), continuez l'allaitement et l'alimentation, et demandez conseil à un professionnel de santé [1,2].
Consultez immédiatement un centre de santé si l'enfant est très abattu ou difficile à réveiller, boit mal ou refuse de boire, a les yeux enfoncés, ou si le pli de la peau met longtemps à s'effacer [1].
Consultez aussi en cas de sang dans les selles, de diarrhée qui se prolonge ou de vomissements répétés [1].
Maladies associées
Sources et mise à jour
- OMS · Organisation mondiale de la Santé. Diarrhoeal disease (aide-mémoire). 2024. Version du 7 mars 2024.
- OMS · OMS, UNICEF. Clinical management of acute diarrhoea: WHO/UNICEF joint statement. WHO/FCH/CAH/04.7. 2004. Recommandations sur les SRO à osmolarité réduite et le zinc.
- Référence professionnelle · Guarino A, et al. European Society for Pediatric Gastroenterology, Hepatology, and Nutrition/European Society for Pediatric Infectious Diseases evidence-based guidelines for the management of acute gastroenteritis in children in Europe: update 2014. J Pediatr Gastroenterol Nutr. 2014;59(1):132-152. 2014. Résumé ; recommandations établies pour l'Europe.
- Revue à comité de lecture · GBD 2021 (Global Burden of Disease Study 2021). Global, regional, and national age-sex-specific burden of diarrhoeal diseases, their risk factors, and aetiologies, 1990-2021, for 204 countries and territories: a systematic analysis for the Global Burden of Disease Study 2021. Lancet Infect Dis. 2025;25(5):519-536. 2025. Résumé.
- Revue à comité de lecture · Mboungou CLD, et al. Beyond Rotavirus: Persistence of Norovirus, Adenovirus, and Astrovirus in Paediatric Gastroenteritis in the Republic of Congo After Vaccine Introduction. J Med Virol. 2026;98(4):e70896. 2026. Résumé.
- Revue à comité de lecture · Lazzerini M, Wanzira H. Oral zinc for treating diarrhoea in children. Cochrane Database Syst Rev. 2016;12:CD005436. 2016. Résumé.
- Revue à comité de lecture · Gregorio GV, et al. Polymer-based oral rehydration solution for treating acute watery diarrhoea. Cochrane Database Syst Rev. 2016;12:CD006519. 2016. Résumé.
- Revue à comité de lecture · Bergman H, et al. Vaccines for preventing rotavirus diarrhoea: vaccines in use. Cochrane Database Syst Rev. 2021;11:CD008521. 2021. Résumé.
- Revue à comité de lecture · Moran MC, et al. Rotavirus vaccine effectiveness against rotavirus and acute gastroenteritis mortality: an analysis of pooled case-control studies from the MNSSTER-V dataset. Lancet Child Adolesc Health. 2026;10(10):699-709. 2026. Résumé.
- Revue à comité de lecture · Dakouo D, et al. Rotavirus vaccines in Africa and Norovirus genetic diversity in children aged 0 to 5 years old: a systematic review and meta-analysis. BMC Infect Dis. 2024;24(1):547. 2024. Résumé.
- Revue à comité de lecture · Khan S, et al. The interplay between malnutrition, persistent diarrhea, lactose intolerance, and food associated gut dysbiosis in children; a comprehensive review. BMC Pediatr. 2026;26(1):113. 2026. Résumé.
Fiche mise à jour le 6 octobre 2026. Prochaine révision au plus tard le 6 octobre 2028.