Schistosomiase (bilharziose)
Maladie due à de petits vers qui pénètrent dans la peau lors d'un contact avec de l'eau douce infestée (baignade, pêche, lessive). Elle donne du sang dans les urines ou dans les selles et, à la longue, des lésions de la vessie, des reins, du foie et des organes génitaux. Elle est présente dans plusieurs départements du Congo. Un médicament efficace et peu coûteux, le praziquantel, la traite et est distribué lors de campagnes de masse.
Autres noms : Bilharziose. En anglais : Schistosomiasis, Bilharzia. CIM-10 : B65. Système : Maladies infectieuses et parasitaires, Maladies des reins et de l'appareil génito-urinaire.
Définition
La schistosomiase (ou bilharziose) est une parasitose aiguë et chronique provoquée par des vers plats (trématodes) du genre Schistosoma [1].
Il en existe deux formes principales : la schistosomiase intestinale et la schistosomiase urogénitale [1]. C'est une maladie qui handicape plus qu'elle ne tue [1].
Causes et mécanisme
Cinq espèces principales infectent l'être humain [1] :
| Forme | Espèce | Répartition |
|---|---|---|
| Urogénitale | Schistosoma haematobium | Afrique, Moyen-Orient, Corse (France) [1] |
| Intestinale | Schistosoma mansoni | Afrique, Moyen-Orient, Caraïbes, Brésil, Venezuela, Suriname [1] |
| Intestinale | S. guineensis et S. intercalatum | Zones de forêts tropicales humides d'Afrique centrale [1] |
| Intestinale | S. japonicum, S. mekongi | Asie (Chine, Indonésie, Philippines, Cambodge, Laos) [1] |
Les vers adultes vivent dans les vaisseaux sanguins, en moyenne 3 à 10 ans et parfois jusqu'à 40 ans [3]. Les femelles pondent des œufs : une partie est évacuée dans les selles ou les urines, l'autre reste piégée dans les tissus, où elle provoque des réactions immunitaires (granulomes) et des lésions progressives des organes [1,3]. Les symptômes sont principalement dus à cette réaction de l'organisme aux œufs [1].
Des hybrides entre schistosomes humains et animaux (S. haematobium–S. bovis, S. haematobium–S. mattheei) ont été retrouvés chez l'être humain dans de nombreux pays d'Afrique subsaharienne [1].
Transmission et facteurs de risque
L'infection se produit quand les larves du parasite (cercaires), libérées par des escargots d'eau douce, traversent la peau lors d'un contact avec de l'eau infestée [1].
Le cycle se poursuit quand des personnes infectées contaminent les eaux douces avec leurs selles ou leurs urines contenant des œufs, qui y éclosent [1].
Les personnes s'infectent lors de leurs activités habituelles : agriculture, pêche, tâches domestiques comme la lessive, travail ou loisirs [1]. Les enfants d'âge scolaire sont particulièrement vulnérables (baignade, pêche, manque d'hygiène) ; dans les zones de forte transmission, la première infection survient souvent dès l'âge de 2 ans [1,3].
Épidémiologie
Monde. La transmission est avérée dans 79 pays ; en 2024, au moins 253,7 millions de personnes avaient besoin d'un traitement préventif, et 100,5 millions ont été traitées [1]. On estime que la maladie cause 14 353 décès par an, chiffre probablement sous-estimé [1].
Afrique. Au moins 93,6 % des personnes ayant besoin d'un traitement vivent en Afrique [1]. Les campagnes de traitement menées en Afrique subsaharienne ont réduit de près de 60 % la prévalence chez les enfants d'âge scolaire [1]. En 2024, seules 39,6 % des personnes ayant besoin d'un traitement en ont bénéficié dans le monde (61,7 % des enfants d'âge scolaire) [1].
République du Congo. La schistosomiase y est connue depuis plusieurs décennies ; un programme national de lutte a été créé en 1986 [4]. Lors de la cartographie nationale de 2011 chez les enfants d'âge scolaire, la prévalence dépassait 20 % dans la plupart des districts du Kouilou (58,8 % à Madingo-Kayes) ainsi que dans les districts de Mouyondzi et Nkayi (Bouenza) [4].
Des enquêtes plus anciennes ont trouvé une schistosomiase urinaire chez 8,2 % des 5 733 écoliers examinés dans un quartier de Brazzaville en 1987, et chez 38,1 % des personnes examinées à Nkayi en 1992 [4]. La situation a peu changé entre 1987 et 2011, le programme de lutte étant longtemps resté sans gestion effective [4].
Des campagnes annuelles de praziquantel destinées aux enfants de 5 à 14 ans ont commencé en 2014 dans les districts d'endémie : 144 804 traitements ont été administrés entre 2014 et 2018 ; aucune campagne n'a eu lieu en 2019 faute de financement, et 62 350 traitements ont été donnés en 2020 (couverture moyenne de 69,1 %) [4].
Signes cliniques
Schistosomiase urogénitale (S. haematobium) : le signe classique est l'hématurie (sang dans les urines) [1], souvent avec envies fréquentes d'uriner, brûlures en urinant et gêne au bas-ventre [3]. Dans les zones d'endémie, l'hématurie est si répandue qu'elle est prise pour un signe de puberté chez les garçons et confondue avec les règles chez les filles [3].
Schistosomiase intestinale : douleurs abdominales, diarrhée et sang dans les selles ; à un stade avancé, augmentation du volume du foie, souvent avec accumulation de liquide dans l'abdomen (ascite), hypertension dans les vaisseaux de l'abdomen et parfois augmentation du volume de la rate [1].
Chez l'enfant : anémie, retard de croissance et diminution des capacités d'apprentissage, en général réversibles avec le traitement [1].
Schistosomiase aiguë (syndrome de Katayama) : surtout chez des voyageurs ou des personnes arrivant en zone d'endémie ; début brutal de fièvre, malaise, douleurs musculaires, maux de tête, fatigue, douleurs abdominales et hyperéosinophilie, pendant 2 à 10 semaines [3].
Signes de gravité
Complications urinaires : lésions rénales, fibrose de la vessie et des uretères, et cancer de la vessie à un stade tardif [1]. La fibrose peut entraîner une obstruction des voies urinaires avec dilatation des reins, infections et insuffisance rénale, pouvant être mortelles [3].
Complications du foie : l'hypertension portale peut provoquer une ascite et des vomissements de sang dus à des varices de l'œsophage, pouvant entraîner rapidement la mort [3]. Le délai entre l'infection et une fibrose avancée est habituellement de 5 à 15 ans, mais une fibrose du foie peut apparaître dès l'âge de 6 ans [3].
Schistosomiase génitale féminine : lésions génitales, saignements vaginaux, douleurs pendant les rapports et nodules de la vulve [1]. Elle est associée à des douleurs, à l'incontinence urinaire d'effort, à l'infertilité et à un risque accru d'avortement [3], ainsi qu'à des grossesses extra-utérines [1]. Les femmes qui font la lessive dans une eau infestée sont particulièrement exposées [1].
Schistosomiase génitale masculine : douleurs à l'éjaculation, sang dans le sperme et atteinte des vésicules séminales et de la prostate [1]. La maladie peut entraîner une stérilité [1].
Atteinte neurologique : l'atteinte de la moelle épinière, plus fréquente dans la forme aiguë, peut provoquer une paralysie [3]. Une atteinte du cerveau par S. haematobium, simulant une tumeur, a été décrite chez un voyageur revenant de la République du Congo [8].
La schistosomiase urogénitale est considérée comme un facteur de risque d'infection par le VIH, en particulier chez la femme [1].
Diagnostic
Diagnostic clinique
Les sources consultées ne donnent pas de définition de cas clinique standardisée [1,3]. Le diagnostic est évoqué devant un contact avec de l'eau douce en zone d'endémie et du sang dans les urines ou les selles [1], et chez la femme devant des symptômes génitaux [1,5].
Pour décider des traitements de masse, une prévalence de 10 % ou plus d'hématurie visible permet d'identifier les communautés de forte prévalence de S. haematobium [3].
Les lésions de la schistosomiase génitale féminine ressemblent à celles des infections sexuellement transmissibles et du cancer du col de l'utérus, ce qui entraîne souvent des erreurs de diagnostic et des retards de traitement [5]. Le manque de formation des soignants conduit aussi à des traitements inadaptés, comme un usage excessif d'antibiotiques [6].
Examens biologiques
Le diagnostic repose sur la détection des œufs du parasite dans les selles ou les urines ; la présence d'anticorps ou d'antigènes dans le sang ou les urines signe également l'infection [1]. La référence pour une infection active est la présence d'œufs viables dans les urines, les selles ou une biopsie [3].
Forme urogénitale : recherche des œufs dans les urines par filtration (filtres en nylon, en papier ou en polycarbonate) [1].
Forme intestinale : recherche des œufs dans les selles par la technique de Kato-Katz [1].
Limites : ces examens sont peu sensibles, surtout pour les infections légères ; un résultat négatif n'exclut pas l'infection [3,7]. La sérologie est utile chez les voyageurs symptomatiques et dans les zones non endémiques ou de faible transmission, mais, chez les habitants des zones d'endémie, elle ne distingue pas une infection active d'une exposition ancienne [3,1].
Schistosomiase génitale féminine : des progrès récents incluent la colposcopie portable, l'analyse d'images numériques et des tests moléculaires, encore peu accessibles là où les ressources sont limitées [5].
Tests de diagnostic rapide
Bandelettes urinaires : les enfants porteurs de S. haematobium ont presque toujours une hématurie microscopique, détectable par bandelette réactive [1].
Test urinaire CCA (antigène cathodique circulant) : utilisable dans les zones de transmission de S. mansoni [1]. Ce test rapide sur cassette, réalisé sur l'urine, semble plus sensible que le Kato-Katz pour la cartographie [3]. Dans une étude en RDC, le test CCA et la PCR sur les selles convenaient au dépistage en l'absence de microscope, mais sous-estimaient encore le nombre réel d'infections [7].
Diagnostic différentiel
| Situation ou maladie à évoquer | Éléments à connaître |
|---|---|
| Hématurie « normale » (puberté, règles) | En zone d'endémie, le sang dans les urines est souvent banalisé, pris pour un signe de puberté chez le garçon ou confondu avec les règles chez la fille [3]. |
| Infections sexuellement transmissibles | Les lésions génitales de la schistosomiase féminine les imitent, d'où des erreurs de diagnostic [5]. |
| Cancer du col de l'utérus | Les lésions de la schistosomiase génitale féminine peuvent simuler une néoplasie du col [5]. |
| Cancer de la vessie | Complication tardive possible de la schistosomiase urogénitale [1]. |
| Tumeur cérébrale | Une atteinte cérébrale par S. haematobium a d'abord été prise pour un glioblastome chez un voyageur revenant du Congo [8]. |
Évolution, complications et pronostic
Chez l'enfant, l'anémie, le retard de croissance et les troubles de l'apprentissage sont en général réversibles avec le traitement [1]. Les réinfections sont possibles, mais le risque de forme grave diminue, voire disparaît, lorsque le traitement est commencé et répété dans l'enfance [1].
Dans sa forme chronique, la maladie peut réduire la capacité de travail des adultes et, dans certains cas, entraîner la mort, notamment par insuffisance hépatique ou rénale, cancer de la vessie ou grossesse extra-utérine [1].
Le traitement peut ne pas faire régresser les lésions génitales avancées [3] : une dose unique de praziquantel fait mal régresser les lésions établies de la schistosomiase génitale féminine, d'où l'importance d'un traitement préventif précoce, tout au long de la vie [5].
Traitement
Le praziquantel est le médicament recommandé contre toutes les formes de schistosomiase. Il est efficace, sûr et peu coûteux [1]. Il se présente en comprimés [3].
Il agit sur les vers adultes mais peu sur les formes immatures ; dans les zones de réinfection constante, un nouveau traitement 3 à 6 semaines plus tard améliore son efficacité [3].
Selon une revue de référence, il peut être utilisé sans danger pendant la grossesse après le premier trimestre [3]. Une formulation pédiatrique existe pour les enfants d'âge préscolaire [1].
Les posologies ne figurent pas dans cette fiche. Elles sont données dans la fiche du médicament ; la prise en charge suit les lignes directrices de l'OMS et le protocole du programme national [1,2].
Médicaments de la base cités dans cette fiche
Prévention
Traitement préventif de masse : la stratégie de l'OMS repose sur des traitements réguliers et ciblés par le praziquantel des populations à risque [1]. Groupes ciblés [1] :
- les enfants d'âge préscolaire (après décision diagnostique et clinique, avec la formulation pédiatrique) [1] ;
- les enfants d'âge scolaire [1] ;
- les adultes exposés : pêcheurs, agriculteurs, travailleurs de l'irrigation, femmes en contact avec l'eau pour les tâches domestiques [1] ;
- toute la population des communautés de forte endémie [1].
La fréquence des traitements dépend de la prévalence chez les enfants d'âge scolaire ; dans les zones de forte transmission, ils doivent être annuels pendant plusieurs années [1]. Les lignes directrices de l'OMS de 2022 ont étendu le traitement préventif à tous les âges à partir de 2 ans, abaissé le seuil de prévalence pour un traitement annuel et augmenté la fréquence des traitements [2]. Le manque de praziquantel, surtout pour les adultes, reste un obstacle majeur [1,6].
Autres mesures : accès à l'eau potable, assainissement, éducation à l'hygiène, changement de comportements et approche « Une seule santé » contre les escargots hôtes intermédiaires et la transmission par les animaux [1]. Fournir une eau sans danger pour la lessive, la toilette et les loisirs est efficace mais coûteux [3].
Objectif : la feuille de route de l'OMS 2021-2030 vise l'élimination de la schistosomiase en tant que problème de santé publique dans tous les pays d'endémie, et l'interruption de la transmission dans certains pays [1].
Déclaration obligatoire
Au Congo, la cartographie nationale et les campagnes de traitement de masse ont été organisées par le programme national ; l'endémicité est définie au niveau du district à partir de la prévalence chez les enfants d'âge scolaire [4].
Quand consulter en urgence
Consultez un centre de santé en cas de sang dans les urines ou dans les selles, de douleurs en urinant ou de douleurs abdominales persistantes, surtout si vous vous baignez, pêchez ou lavez le linge dans une rivière, un lac ou une mare [1,3]. Chez un enfant, le sang dans les urines ne doit pas être pris pour un signe normal de la puberté ou pour des règles [3].
Femmes : consultez en cas de saignements vaginaux inhabituels, de douleurs pendant les rapports ou de lésions génitales ; il peut s'agir d'une schistosomiase génitale [1,5].
Urgence : vomissements de sang, ventre qui gonfle rapidement, faiblesse ou paralysie des jambes. Rendez-vous immédiatement à l'hôpital [3].
Faites participer vos enfants aux campagnes de traitement par le praziquantel organisées à l'école ou dans votre communauté [1,4].
Maladies associées
Sources et mise à jour
- OMS · Organisation mondiale de la Santé. Schistosomiase (aide-mémoire). 2026. Version du 23 février 2026.
- Revue à comité de lecture · Lo NC, Bezerra FSM, Colley DG, Fleming FM, Homeida M, et al. Review of 2022 WHO guidelines on the control and elimination of schistosomiasis. Lancet Infect Dis. 2022;22(11):e327-e335. 2022. Résumé (synthèse rédigée par le groupe d'élaboration des lignes directrices de l'OMS).
- Revue à comité de lecture · Colley DG, Bustinduy AL, Secor WE, King CH. Human schistosomiasis. Lancet. 2014;383(9936):2253-64. 2014. Sections sur le cycle, la clinique, le diagnostic et le traitement.
- Revue à comité de lecture · Ngatse JA, Ndziessi G, Missamou F, et al. Historical overview and geographical distribution of neglected tropical diseases amenable to preventive chemotherapy in the Republic of the Congo: A systematic review. PLoS Negl Trop Dis. 2022;16(7):e0010560. 2022. Revue sur la République du Congo : section schistosomiase et programmes nationaux.
- Revue à comité de lecture · Fleming FM, Preston A, Bettee AK, et al. Now, more than ever, it's time to address the neglect of female genital schistosomiasis. Parasitology. 2025;152(14):1570-1577. 2025. Résumé.
- Revue à comité de lecture · Oluwole AS, Osinoiki O, Ekpo UF, Stothard JR, et al. Towards elimination of genital schistosomiasis in Africa: Outlining strategic public health objectives and measures to protect future generations. Parasitology. 2025;152(14):1554-1560. 2025. Résumé.
- Revue à comité de lecture · Hoekstra PT, Madinga J, Lutumba P, et al. Diagnosis of Schistosomiasis without a Microscope: Evaluating Circulating Antigen (CCA, CAA) and DNA Detection Methods on Banked Samples of a Community-Based Survey from DR Congo. Trop Med Infect Dis. 2022;7(10):315. 2022. Données de la RDC : résumé.
- Revue à comité de lecture · Loridant S, Mouahid G, Cornu M, et al. Case Report: Hemianopia: From Suspected Glioblastoma to the Diagnosis of Ectopic Schistosomiasis Haematobium Infection in a Traveler Returning from the Republic of the Congo. Am J Trop Med Hyg. 2018;99(1):94-96. 2018. Résumé (cas clinique).
Fiche mise à jour le 5 octobre 2026. Prochaine révision au plus tard le 5 octobre 2028.