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Trichomonase

Infection sexuellement transmissible due au protozoaire Trichomonas vaginalis, qui touche les voies génitales et urinaires basses de la femme et de l'homme. Souvent silencieuse, elle peut provoquer pertes vaginales, démangeaisons, brûlures en urinant ou écoulement urétral. Elle se guérit avec un antibiotique de la famille des nitro-imidazolés (métronidazole en premier choix), à condition de traiter aussi les partenaires.

Autres noms : Trichomonose, Infection à Trichomonas vaginalis, Vaginite à Trichomonas. En anglais : Trichomoniasis. CIM-10 : A59. Système : Maladies infectieuses et parasitaires, Maladies des reins et de l'appareil génito-urinaire.

Définition

La trichomonase est une infection sexuellement transmissible (IST) causée par Trichomonas vaginalis, un protozoaire (parasite microscopique à une seule cellule) qui infecte le tractus urogénital. C'est une maladie évitable et curable [1].

Elle est considérée comme la première cause d'IST non virale dans le monde [6]. La plupart des infections ne donnent aucun symptôme, mais plus de 50 % des femmes infectées ont des pertes vaginales et environ 10 % des hommes infectés ont une urétrite (inflammation du canal de l'urètre) [1].

Causes et mécanisme

L'agent responsable est le parasite Trichomonas vaginalis, qui se transmet d'une personne à l'autre par voie sexuelle [1,6].

Dans une méta-analyse mondiale, plusieurs facteurs étaient associés à un risque plus élevé d'infection : la consommation de drogues (OR 2,11), la présence d'une autre IST comme une infection à Chlamydia (OR 1,57), au VIH (OR 1,61) ou à l'herpès (OR 3,32), le tabagisme (OR 1,64) et la non-utilisation du préservatif (OR 1,35) [9]. Ces associations ne prouvent pas que chaque facteur est une cause directe.

Transmission et facteurs de risque

La transmission est essentiellement sexuelle [1]. Le parasite peut aussi passer de la mère à l'enfant pendant l'accouchement (transmission périnatale), ce qui peut entraîner chez le nouveau-né des infections vaginales et respiratoires [1].

Comme l'infection est souvent silencieuse, une personne peut transmettre le parasite sans le savoir [3,10]. Jusqu'à 70 % des partenaires masculins de femmes infectées peuvent eux-mêmes être infectés, d'où l'importance de traiter les partenaires [4].

Les personnes à risque plus élevé sont notamment celles qui ont déjà une autre IST ou qui n'utilisent pas de préservatif [9].

Épidémiologie

Monde. L'OMS estimait à environ 156 millions les nouvelles infections en 2020 chez les 15-49 ans (73,7 millions chez les femmes et 82,6 millions chez les hommes), dont environ un tiers dans la Région africaine [1]. Une méta-analyse de 2025 estime la prévalence mondiale à 8 % (intervalle de confiance à 95 % : 7-10 %) [9].

Afrique. Dans la même méta-analyse, la prévalence en Afrique était de 12 % (IC 95 % : 10-14 %) [9]. En Afrique subsaharienne, la prévalence en population générale était estimée en 2020 à 7,6 % chez les femmes (IC 95 % : 5,1-10,2 %) et 1,7 % chez les hommes (IC 95 % : 1,1-2,4 %) ; entre 2010 et 2020, la tendance de la trichomonase n'était pas statistiquement significative [8].

Infections silencieuses. Chez les femmes des pays à revenu faible ou intermédiaire, 56,9 % (IC 95 % : 44,6-68,9 %) des infections à T. vaginalis étaient asymptomatiques ; cette proportion était la plus élevée en Afrique [10]. La prévalence des infections asymptomatiques à T. vaginalis était de 5,98 pour 100 femmes [10].

Signes cliniques

La plupart des infections sont asymptomatiques [1]. Lorsque des signes existent, ils sont peu spécifiques et ressemblent à ceux d'autres infections génitales [3].

Chez la femme [1] :

  • des pertes vaginales, parfois d'aspect purulent [1] ;
  • un vagin rouge et douloureux, des démangeaisons [1] ;
  • des douleurs en urinant et pendant les rapports sexuels [1] ;
  • les pertes peuvent être abondantes, malodorantes ou jaune-vert, avec ou sans irritation de la vulve ; un col « en fraise » est parfois visible, plus souvent à la colposcopie qu'à l'examen simple [3].

Chez l'homme, la plupart des infections sont asymptomatiques ; certains ont un écoulement par le pénis (urétrite), une irritation du pénis ou des douleurs en urinant [1]. Une inflammation de l'épididyme ou de la prostate est également possible [3].

Entre 70 % et 85 % des personnes infectées n'ont aucun symptôme ou très peu de symptômes génitaux [3].

Signes de gravité

La trichomonase est rarement grave en elle-même, mais elle a des conséquences importantes chez certaines personnes [1].

  • Grossesse : l'infection est associée à des issues défavorables de la grossesse, notamment un faible poids de naissance, un accouchement prématuré et une rupture prématurée des membranes [1].
  • VIH : l'infection par T. vaginalis multiplie par 1,5 le risque de contracter le VIH [1]. Une méta-analyse trouve un risque relatif de 1,54 (IC 95 % : 1,31-1,82) d'acquisition du VIH chez les femmes infectées, avec des incertitudes liées à la qualité des études [11].

Chez une femme enceinte, des pertes vaginales anormales justifient un test et un traitement, quel que soit le stade de la grossesse [3].

Diagnostic

Diagnostic clinique

Le diagnostic repose d'abord sur l'histoire médicale et sexuelle et sur l'examen génital (examen au spéculum et palpation) [1]. Comme les signes sont peu spécifiques, l'examen clinique seul ne permet pas d'affirmer la trichomonase [3].

Dans les structures sans laboratoire, l'OMS recommande l'approche syndromique : devant des pertes vaginales, on traite à la fois la vaginose bactérienne, la candidose et la trichomonase [1].

Examens biologiques

Le choix de l'examen dépend de ce qui est disponible. Les échantillons vaginaux ou endocervicaux sont privilégiés [1].

ExamenPerformances et limites
Tests d'amplification des acides nucléiques (TAAN, PCR)Très sensibles : selon les tests commerciaux, sensibilité de 90,7 % à 100 % et spécificité de 95,2 % à 100 % [3]. Une méta-analyse de 27 études donne une sensibilité de 99 % et une spécificité de 100 % pour la PCR en temps réel, comparée à la culture [7]. Les techniques moléculaires sont à privilégier quand elles sont disponibles [6].
Examen microscopique à l'état fraisPeu sensible (44 % à 68 %) ; la sensibilité tombe à environ 20 % une heure après le prélèvement, car le parasite perd sa mobilité. Un examen négatif n'exclut donc pas l'infection [3].
CultureSensibilité de 44 % à 75 % [3] ; résultat en 3 à 7 jours [7].
Test antigénique rapideSensibilité de 82 % à 95 % et spécificité de 97 % à 100 % pour le test OSOM [3].

Chez l'homme, on peut utiliser un écouvillon urétral, le sédiment urinaire ou le sperme pour la culture ; la recherche dans le rectum ou la bouche n'est pas recommandée [3].

La recherche d'autres IST est recommandée pour la personne infectée et ses partenaires [2].

Tests de diagnostic rapide

Un test antigénique rapide (OSOM) permet de détecter le parasite directement sur le prélèvement vaginal ; sa sensibilité (82 % à 95 %) est inférieure à celle des tests moléculaires [3].

Diagnostic différentiel

Les signes de la trichomonase sont communs à d'autres infections génitales ; seule la recherche du parasite permet de les distinguer, ce qui explique la prise en charge syndromique quand il n'y a pas de laboratoire [1,3].

Maladie à évoquerÉléments à connaître
Vaginose bactérienneAutre cause fréquente de pertes vaginales ; en l'absence de test, l'OMS recommande de traiter ensemble vaginose, candidose et trichomonase devant des pertes vaginales [1].
Candidose vulvo-vaginaleCause fréquente de démangeaisons et de pertes ; elle est incluse dans le traitement syndromique des pertes vaginales [1].
Infections à Chlamydia trachomatis et à gonocoqueCes IST sont, comme la trichomonase, asymptomatiques dans plus de la moitié des cas chez la femme (60,7 % pour Chlamydia et 53,3 % pour le gonocoque) ; c'est pourquoi la recherche des autres IST est recommandée [10,2].
Urétrite de l'homme d'une autre causeL'écoulement urétral et les brûlures en urinant ne sont pas propres à la trichomonase ; la plupart des hommes infectés par T. vaginalis n'ont aucun signe [1].

Évolution, complications et pronostic

Sans traitement, l'infection peut persister et exposer à des complications : issues défavorables de la grossesse et sensibilité accrue au VIH [1,4].

Après un traitement, le parasite peut rester présent ou revenir. Dans un essai mené chez des femmes aux États-Unis, 11 % des femmes traitées pendant 7 jours étaient encore positives à 4 semaines, contre 19 % avec un traitement en prise unique [5]. Les taux de nouvelle infection sont élevés ; un nouveau test environ 3 mois après le traitement est recommandé chez toute femme sexuellement active [3,4].

Une résistance au métronidazole existe dans 4 % à 10 % des cas de trichomonase vaginale ; elle peut nécessiter des cures répétées, une dose plus élevée de tinidazole ou d'autres traitements locaux [3]. Une hypersensibilité aux nitro-imidazoles est aussi possible, qui impose une prise en charge spécialisée [4].

Traitement

La trichomonase se guérit par un antibiotique de la famille des nitro-imidazolés : le métronidazole ou le tinidazole [1,3]. Les doses et la durée précises figurent dans la fiche du médicament et dans le protocole national.

  • Premier choix de l'OMS (2024) : métronidazole par voie orale pendant 7 jours chez l'adulte et l'adolescent, y compris la femme enceinte [2]. Ce schéma de 7 jours est plus efficace que la prise unique chez la femme [4,5].
  • Si l'observance d'un traitement de plusieurs jours est très incertaine : métronidazole ou tinidazole en prise unique ; le tinidazole est à éviter pendant la grossesse [2,3].
  • Si le métronidazole et le tinidazole ne sont pas disponibles : secnidazole ou ornidazole en prise unique, à éviter pendant la grossesse [2].
  • Partenaires : les partenaires sexuels doivent être traités, soit après test et dépistage des autres IST, soit par un traitement présomptif, pour éviter la réinfection [2,3]. Il est conseillé de s'abstenir de rapports sexuels jusqu'à la fin du traitement des deux partenaires et la disparition des symptômes [3].
  • Grossesse : le métronidazole comporte un risque faible pour le fœtus, contrairement au tinidazole qu'il faut éviter [3].
  • Échec du traitement : voir la section évolution ; les options (cures répétées, tinidazole à dose plus élevée, paromomycine ou acide borique par voie vaginale) relèvent d'un avis spécialisé [3].

Les effets indésirables les plus fréquents du métronidazole sont les nausées (23 %), les maux de tête (7 %) et les vomissements (4 %) [5].

Médicaments de la base cités dans cette fiche

Prévention

Préservatif : l'utilisation systématique et correcte du préservatif réduit le risque d'infection [1].

Informer et traiter les partenaires : les partenaires sexuels doivent être informés et traités pour éviter qu'une personne guérie ne soit réinfectée [1,3].

Dépistage : un dépistage annuel peut être envisagé dans les milieux où la prévalence est élevée et chez les femmes asymptomatiques à haut risque ; chez les femmes vivant avec le VIH, il est recommandé à l'entrée dans les soins puis au moins chaque année [3].

Nouveau test : un nouveau test environ 3 mois après le traitement est recommandé chez les femmes [3].

Quand consulter en urgence

Consultez un médecin, une sage-femme ou un centre de santé si vous avez des pertes vaginales inhabituelles, des démangeaisons, des brûlures en urinant, des douleurs pendant les rapports sexuels ou un écoulement par le pénis [1].

Même sans symptôme, consultez si votre partenaire a une IST : l'infection est souvent silencieuse et se transmet quand même [1,3].

Si vous êtes enceinte et que vous avez des pertes anormales, consultez sans attendre : l'infection est associée à un risque d'accouchement prématuré et de faible poids de naissance, et elle se traite [1,3].

Si vous êtes traité(e), faites traiter votre ou vos partenaires en même temps et attendez la fin du traitement avant de reprendre des rapports sexuels ; sinon l'infection risque de revenir [3]. Informez le soignant si vous vivez avec le VIH : un contrôle régulier est alors recommandé [3].

Maladies associées

Sources et mise à jour

  1. OMS · Organisation mondiale de la Santé. Trichomonase (aide-mémoire). 2025. Version du 21 novembre 2025.
  2. OMS · Organisation mondiale de la Santé. Recommendations for the treatment of Trichomonas vaginalis, Mycoplasma genitalium, Candida albicans, bacterial vaginosis and human papillomavirus (anogenital warts). 2024.
  3. Référence professionnelle · Centers for Disease Control and Prevention (CDC). Trichomoniasis. In: Sexually Transmitted Infections Treatment Guidelines. 2022. Page révisée le 21 septembre 2022.
  4. Revue à comité de lecture · Muzny CA, Van Gerwen OT, Kissinger P. Updates in trichomonas treatment including persistent infection and 5-nitroimidazole hypersensitivity. Curr Opin Infect Dis. 2020;33(1):73-77. 2020. Résumé.
  5. Revue à comité de lecture · Kissinger P, Muzny CA, Mena LA, et al. Single-dose versus 7-day-dose metronidazole for the treatment of trichomoniasis in women: an open-label, randomised controlled trial. Lancet Infect Dis. 2018;18(11):1251-1259. 2018. Résumé.
  6. Revue à comité de lecture · Mohamadi S, Faraji R, Khoshnood S, et al. Molecular Diagnosis of Trichomonas vaginalis in Women and Men: A Systematic Review. J Trop Med. 2026;2026:7920568. 2026. Résumé.
  7. Revue à comité de lecture · Babafemi EO, Cherian BP, Rahman K, Mogoko GM, Abiola OO. Diagnostic accuracy of real-time polymerase chain reaction assay for the detection of Trichomonas vaginalis in clinical samples: A systematic review and meta-analysis. Afr J Lab Med. 2025;14(1):2522. 2025. Résumé.
  8. Revue à comité de lecture · Michalow J, Hall L, Rowley J, et al. Prevalence of chlamydia, gonorrhoea, and trichomoniasis among male and female general populations in sub-Saharan Africa from 2000 to 2024: a systematic review and meta-regression analysis. eClinicalMedicine. 2025;83:103210. 2025.
  9. Revue à comité de lecture · Tian W, Li Y, Zhang Y, et al. Systematic review and meta-analysis of the global prevalence and infection risk factors of Trichomonas vaginalis. Parasite. 2025;32:56. 2025.
  10. Revue à comité de lecture · Fortas C, Delarocque-Astagneau E, Randremanana RV, Crucitti T, Huynh BT. Asymptomatic infections with Chlamydia trachomatis, Neisseria gonorrhoeae, and Trichomonas vaginalis among women in low- and middle-income countries: A systematic review and meta-analysis. PLOS Glob Public Health. 2024;4(5):e0003226. 2024. Résumé.
  11. Revue à comité de lecture · Barker EK, Malekinejad M, Merai R, et al. Risk of Human Immunodeficiency Virus Acquisition Among High-Risk Heterosexuals With Nonviral Sexually Transmitted Infections: A Systematic Review and Meta-Analysis. Sex Transm Dis. 2022;49(6):383-397. 2022. Résumé.

Fiche mise à jour le 10 octobre 2026. Prochaine révision au plus tard le 10 octobre 2028.