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Amibiase

Infection due au parasite Entamoeba histolytica, transmise par l'eau, les aliments ou les mains souillés par des selles. Elle passe le plus souvent inaperçue, mais peut provoquer une colite avec diarrhée sanglante (dysenterie amibienne) et, plus rarement, un abcès amibien du foie. Elle se soigne par des médicaments antiparasitaires, à condition d'y penser.

Autres noms : Amœbiase, Infection à Entamoeba histolytica, Dysenterie amibienne, Colite amibienne, Abcès amibien du foie. En anglais : Amebiasis, Amoebiasis, Amebic dysentery, Amebic liver abscess. CIM-10 : A06. Système : Maladies infectieuses et parasitaires, Maladies de l'appareil digestif.

Définition

L'amibiase est l'infection par le parasite microscopique Entamoeba histolytica. Dans la grande majorité des cas, le parasite reste dans la lumière de l'intestin sans provoquer de symptômes ; il peut aussi envahir la paroi du côlon (colite amibienne, ou dysenterie amibienne) puis, par les vaisseaux sanguins, gagner d'autres organes, surtout le foie [2].

L'abcès amibien du foie est la manifestation extra-intestinale la plus fréquente de l'amibiase invasive [2,5]. Cette fiche couvre à la fois la forme intestinale et la forme hépatique.

Causes et mécanisme

L'amibiase est causée par le protozoaire Entamoeba histolytica [1,2]. Ce parasite existe sous deux formes : le kyste, forme résistante rejetée dans les selles et qui infecte, et le trophozoïte, forme active qui vit dans le gros intestin et peut envahir ses parois [2].

Deux autres amibes, Entamoeba dispar et Entamoeba moshkovskii, ressemblent à E. histolytica au microscope mais ne sont pas distinguables par leur aspect : la microscopie seule ne permet donc pas d'affirmer qu'il s'agit de l'espèce qui provoque la maladie [2,8,9].

La plupart des infections restent « luminales » (le parasite reste dans l'intestin sans envahir la paroi) et sans symptôme ; l'invasion de la paroi du côlon est responsable de la colite, et la dissémination par les vaisseaux sanguins des atteintes du foie, du poumon ou du cerveau [2].

Transmission et facteurs de risque

L'infection se contracte en avalant des kystes mûrs présents dans de l'eau ou des aliments contaminés par des selles, ou transportés par des mains ou des surfaces souillées [1,2]. Après ingestion, les kystes libèrent dans l'intestin grêle des trophozoïtes qui migrent vers le gros intestin [2].

Les symptômes apparaissent le plus souvent 2 à 4 semaines après la contamination, parfois plus tard [1].

La transmission est favorisée par un assainissement insuffisant et par un accès limité à l'eau potable [4,5]. La transmission par contact sexuel avec exposition aux selles (notamment rapports anaux) est aussi décrite [1,4].

L'abcès du foie fait suite à la propagation du parasite hors de l'intestin : il apparaît chez une personne qui a d'abord été infectée par voie digestive [2,6].

Épidémiologie

Monde. L'amibiase est présente dans le monde entier, mais la grande majorité des cas survient dans les pays en développement [2]. Elle est surtout une infection des communautés défavorisées des régions tropicales et subtropicales où l'hygiène et l'assainissement sont insuffisants, y compris en Afrique, en Amérique centrale et du Sud et en Asie [4]. Elle touche aussi des voyageurs, des migrants et, dans les pays riches, des hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes [4,5].

On estime que 10 à 20 % des personnes infectées développent des symptômes, soit 80 à 90 % d'infections sans symptôme [1,5]. La mortalité mondiale est évaluée à plus de 55 000 décès par an dans les revues récentes [4,5] ; une revue plus ancienne avançait jusqu'à 100 000 décès par an [9,7]. Ces chiffres restent des estimations, car la maladie est difficile à distinguer des autres diarrhées sans test spécifique [8].

Afrique. Dans une étude multicentrique sur la diarrhée de l'enfant de moins de 5 ans en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud (étude GEMS), E. histolytica figurait parmi les dix principales causes de diarrhée modérée à sévère sur deux des sept sites [5]. Une étude scolaire à Dilla (Éthiopie) a trouvé 13,2 % d'enfants positifs par détection d'antigène, et une étude par PCR dans le bidonville de Mukuru à Nairobi (Kenya) 7,5 % de positifs parmi 895 patients ayant une diarrhée ou une gêne abdominale [5].

Abcès du foie. Environ 1 % des malades symptomatiques présenteraient une atteinte du foie selon une revue [9] ; une autre revue avance 9 % des amibiases [6]. La surveillance nationale au Mexique a mesuré une incidence stable de 0,47 cas d'abcès amibien du foie pour 100 000 habitants par an sur sept ans [5]. L'abcès est environ dix fois plus fréquent chez l'homme que chez la femme, le plus souvent entre 20 et 40 ans [4].

Signes cliniques

Forme intestinale (colite amibienne). Chez la minorité de personnes qui développent des symptômes, on observe une diarrhée liquide ou sanglante, des crampes et douleurs abdominales, et une perte de poids [1,4]. Le début peut être brutal ou progressif, et le tableau peut ressembler à une maladie inflammatoire de l'intestin ou, parfois, à une appendicite aiguë [4]. La forme sévère, appelée dysenterie amibienne, s'accompagne de douleurs du ventre, de sang dans les selles et de fièvre [1,2].

Forme hépatique (abcès amibien du foie). La majorité des malades ont de la fièvre et une douleur sous les côtes à droite, en général sans diarrhée ni dysenterie associée [4]. On peut aussi observer un foie augmenté de volume et douloureux à la pression, une toux, une douleur thoracique à droite à la respiration ou une douleur qui irradie vers l'épaule [4]. L'abcès est le plus souvent unique et situé dans le lobe droit du foie [4,5].

Dans le sang, le bilan montre souvent une élévation des globules blancs (sans éosinophiles) et de la phosphatase alcaline [4].

D'autres organes peuvent être atteints, plus rarement : poumon et plèvre, cerveau, ainsi que la peau autour de l'anus et des organes génitaux [2].

Signes de gravité

Colite fulminante. C'est la forme la plus grave : atteinte étendue du côlon avec perforation, péritonite, nécrose de l'intestin ou dilatation toxique du côlon ; le malade est fiévreux, en état de choc, avec une diarrhée sanglante abondante et un ventre distendu [4]. La mortalité dépasse 20 % selon une revue récente [5] et atteint 40 à 89 % dans des séries citées par une autre revue [4].

Les facteurs qui favorisent les formes graves sont la prise de corticoïdes, le diabète, l'alcoolisme, un cancer ou une chimiothérapie, la grossesse et la prise de lopéramide (médicament contre la diarrhée) [4,5].

Amœbome. Plus rarement, l'infection chronique forme une masse inflammatoire dans le côlon (amœbome ou granulome amibien), qui peut ressembler à un cancer du côlon [2,4].

Complications de l'abcès du foie. L'abcès peut se rompre dans la cavité abdominale, autour du cœur, dans la plèvre ou dans les voies biliaires [6].

Une diarrhée avec du sang, une forte fièvre, un ventre douloureux et gonflé, ou une douleur à droite sous les côtes avec fièvre, nécessitent une consultation urgente. Ne prenez pas de médicament contre la diarrhée (lopéramide) ni de corticoïdes sans avis médical [4].

Diagnostic

Diagnostic clinique

L'amibiase n'est pas reconnaissable avec certitude sur les seuls signes : la diarrhée sanglante et les douleurs abdominales ont de nombreuses causes, et l'abcès amibien du foie est difficile à distinguer par la clinique d'un abcès dû à des bactéries [4,6]. Le diagnostic repose donc sur des examens biologiques et d'imagerie.

Il faut y penser devant une diarrhée sanglante ou persistante, surtout après un séjour en zone à assainissement insuffisant, et devant une fièvre avec douleur de l'hypocondre droit [1,4]. L'OMS recommande de consulter un professionnel de santé en cas de diarrhée persistante ou de sang dans les selles [3].

Avant de débuter un traitement par corticoïdes, il faut rechercher une amibiase chez les personnes à risque (voyage ou séjour en zone d'endémie, maladie inflammatoire de l'intestin à explorer), car ce traitement peut déclencher une forme grave [4].

Examens biologiques

Examen microscopique des selles. Il est très accessible mais peu sensible (moins de 60 %) et ne distingue pas E. histolytica des amibes non pathogènes ; un seul prélèvement est insuffisant et il faut un observateur entraîné [2,4]. Il ne devrait plus être utilisé seul quand d'autres techniques sont disponibles [4].

Détection d'antigène dans les selles. Test simple et rapide, qui peut distinguer l'espèce pathogène des espèces non pathogènes ; sa sensibilité est très variable (de 0 à environ 90 % selon les tests) et il faut des selles fraîches [2,4,5,8]. Il est peu sensible pour l'abcès du foie [4].

PCR dans les selles. C'est la méthode de référence : sensibilité et spécificité de 90 à 100 % pour la colite comme pour l'abcès du foie, mais son coût limite son usage dans de nombreux pays d'endémie [4,5,8].

Sérologie (anticorps). Elle est surtout utile pour l'amibiase extra-intestinale, lorsque les selles sont négatives (sensibilité de 65 à 92 %, spécificité supérieure à 90 %) [2,4]. Les anticorps peuvent rester positifs des années après la guérison : une sérologie positive ne prouve donc pas une infection en cours, surtout en zone d'endémie [4,6].

Liquide de l'abcès. Le liquide d'un abcès du foie peut aussi être analysé pour rechercher le parasite [1].

Imagerie

Pour l'abcès du foie, l'échographie est l'examen de référence : elle montre une lésion arrondie à contenu liquide (hypoéchogène). Le scanner montre une cavité au centre non rehaussé entouré d'un halo inflammatoire, et l'IRM un anneau périphérique rehaussé autour d'un centre nécrotique [4,5,6].

L'imagerie confirme la présence d'un abcès mais ne permet pas, à elle seule, de dire s'il est amibien ou bactérien [6]. Si une ponction est faite, un liquide épais couleur « chocolat » (« pâte d'anchois »), fait de cellules du foie détruites, est caractéristique [4].

Diagnostic différentiel

Plusieurs maladies donnent un tableau proche ; seuls les examens ciblés permettent de les distinguer [4,2].

Maladie à évoquerÉléments à connaître
Autres causes de diarrhée sanglante (dysenterie)L'OMS définit la dysenterie comme une diarrhée aiguë sanglante ; elle peut avoir plusieurs causes infectieuses, dont des parasites comme Entamoeba [3]. Voir Diarrhée aiguë [3].
Maladie inflammatoire de l'intestinLa colite amibienne peut en imiter le tableau, d'où l'importance de rechercher l'amibe avant d'instaurer des corticoïdes [4].
Appendicite aiguëLa colite amibienne peut se présenter comme une appendicite [4].
Cancer du côlonL'amœbome, masse inflammatoire du côlon, peut ressembler à un cancer [4].
Portage de E. dispar ou E. moshkovskiiAmibes non pathogènes identiques au microscope : une amibe vue dans les selles ne prouve pas l'amibiase invasive [2,9].
Abcès du foie à bactéries (pyogène)Difficile à distinguer de l'abcès amibien par la clinique, la biologie et l'imagerie seules ; la sérologie et la PCR aident à les séparer [4,6].

Évolution, complications et pronostic

La plupart des infections n'entraînent aucun symptôme [1,5]. Quand la maladie est reconnue et traitée, elle guérit : l'abcès amibien du foie traité par antiparasitaire a un pronostic favorable, avec une guérison presque constante [6], et la mortalité hospitalière de l'abcès semble diminuer [9].

Les formes graves surviennent surtout lorsque le diagnostic est tardif ou chez les personnes exposées aux corticoïdes ou à une immunodépression : la colite fulminante, avec perforation ou hémorragie, a une mortalité élevée [4,5].

Après traitement d'un abcès du foie, une récidive est possible : jusqu'à 9 % dans les deux ans selon une revue récente [5].

Un traitement adéquat de la colite est nécessaire pour réduire la maladie, prévenir les complications et la propagation du parasite hors de l'intestin, et diminuer la transmission [7].

Traitement

L'amibiase est une maladie qui se soigne. Le traitement associe en général deux types de médicaments antiparasitaires [1,4,5,6] :

  • un médicament actif sur les parasites qui ont envahi les tissus (côlon, foie) : un nitro-imidazolé, métronidazole ou tinidazole ; le métronidazole peut être administré par voie intraveineuse dans les formes sévères ou en cas d'intolérance digestive [4,5] ;
  • puis un médicament actif sur les kystes qui restent dans l'intestin (agent « de lumière »), pour éviter la rechute et la transmission : paromomycine (traitement privilégié dans une revue récente), iodoquinol ou furoate de diloxanide [4,5].

Les personnes infectées sans symptôme (portage) n'ont besoin que du médicament actif dans l'intestin [4]. Chez la personne malade, le deuxième médicament est pris après la fin du premier [1].

Les nitro-imidazolés sont la seule classe de médicaments disponible pour les formes invasives symptomatiques ; en cas d'intolérance ou de résistance, il existe peu d'alternatives [5]. Une revue Cochrane de 41 essais cliniques (4 999 participants) suggère que le tinidazole pourrait être plus efficace que le métronidazole pour éviter l'échec clinique, avec moins d'effets indésirables, et qu'une association de médicaments pourrait réduire les échecs parasitologiques ; ces conclusions reposent sur des essais anciens et de petite taille (certitude faible à modérée) [7].

Abcès amibien du foie. Le traitement médicamenteux suffit dans la grande majorité des cas ; le drainage par ponction ou par cathéter n'est nécessaire que dans environ 15 % des cas [6]. Il est réservé aux malades qui ne s'améliorent pas rapidement (environ 72 heures) sous traitement, à ceux qui risquent une rupture (grande cavité de plus de 5 à 10 cm ou abcès du lobe gauche) [4], et il est indiqué en première intention pour les abcès du lobe caudé et les abcès rompus [6].

Dans la colite, il faut éviter le lopéramide, qui est associé aux formes graves [4]. La colite fulminante (perforation, péritonite) relève d'une prise en charge hospitalière spécialisée, souvent chirurgicale [4].

Médicaments de la base cités dans cette fiche

Prévention

Eau, assainissement et hygiène. Il n'existe pas de vaccin contre l'amibiase ; la prévention repose sur l'accès à l'eau potable, l'assainissement et l'hygiène [4,5]. L'OMS rappelle qu'une part importante des maladies diarrhéiques peut être évitée par l'eau potable, l'assainissement adéquat et l'hygiène, avec les mesures suivantes : eau potable, installations sanitaires améliorées, lavage des mains au savon, bonne hygiène personnelle et alimentaire, éducation sanitaire [3].

Gestes du quotidien. Se laver soigneusement les mains protège d'une contamination et évite de transmettre l'amibe aux autres [1]. Dans les régions où l'assainissement est insuffisant, il faut faire attention à ce que l'on boit et mange, et utiliser de l'eau sûre ou bouillie [1].

Dépistage ciblé. Avant un traitement par corticoïdes, un dépistage est utile chez les voyageurs, migrants, membres du foyer d'un malade et personnes ayant une maladie inflammatoire de l'intestin et un antécédent de séjour en zone d'endémie [4].

Rapports sexuels. Éviter les pratiques exposant aux selles réduit le risque de transmission entre partenaires [4].

Quand consulter en urgence

Consultez un professionnel de santé si vous avez une diarrhée qui dure, ou une diarrhée avec du sang dans les selles ; l'OMS recommande aussi de consulter en cas de signes de déshydratation [3].

Consultez aussi en cas de fièvre avec une douleur sous les côtes à droite, surtout si vous avez eu récemment de la diarrhée ou si vous avez séjourné dans une région où l'eau n'est pas sûre : il peut s'agir d'un abcès du foie, qui se soigne mais doit être reconnu [4].

Urgence : diarrhée avec beaucoup de sang, forte fièvre, ventre très douloureux ou gonflé, grande faiblesse, ou douleur à droite du ventre avec fièvre. Rendez-vous immédiatement dans un centre de santé ou un hôpital [4].

N'avalez pas de médicament contre la diarrhée (lopéramide) et ne prenez pas de corticoïdes sans avis médical en cas de diarrhée sanglante ; dites au médecin si vous avez voyagé ou vécu dans une zone où l'assainissement est insuffisant [4].

Un traitement complet, avec les deux médicaments prescrits, est important pour guérir et éviter de contaminer l'entourage ; lavez-vous les mains avec du savon après les selles et avant de manger [1,4].

Maladies associées

Sources et mise à jour

  1. Référence professionnelle · Centers for Disease Control and Prevention (CDC). Amebiasis. 2025. Page mise à jour le 20 juin 2025.
  2. Référence professionnelle · Centers for Disease Control and Prevention (CDC), DPDx. DPDx - Amebiasis. 2019. Page revue le 15 octobre 2019.
  3. OMS · Organisation mondiale de la Santé. Diarrhoeal disease (aide-mémoire). 2024. Version du 7 mars 2024.
  4. Revue à comité de lecture · Shirley DT, Farr L, Watanabe K, Moonah S. A Review of the Global Burden, New Diagnostics, and Current Therapeutics for Amebiasis. Open Forum Infect Dis. 2018;5(7):ofy161. 2018.
  5. Revue à comité de lecture · Shirley DA, Jayarathne S, Warren CA, Moonah S. Amebiasis as a neglected tropical disease: Current knowledge gaps and future directions. PLoS Negl Trop Dis. 2026;20(6):e0014423. 2026.
  6. Revue à comité de lecture · Usuda D, Tsuge S, Sakurai R, et al. Amebic liver abscess by Entamoeba histolytica. World J Clin Cases. 2022;10(36):13157-13166. 2022.
  7. Revue à comité de lecture · Gonzales MLM, Dans LF, Sio-Aguilar J. Antiamoebic drugs for treating amoebic colitis. Cochrane Database Syst Rev. 2019;1(1):CD006085. 2019.
  8. Revue à comité de lecture · Saidin S, Othman N, Noordin R. Update on laboratory diagnosis of amoebiasis. Eur J Clin Microbiol Infect Dis. 2019;38(1):15-38. 2019. Publié en ligne le 25 septembre 2018.
  9. Revue à comité de lecture · Choudhuri G, Rangan M. Amebic infection in humans. Indian J Gastroenterol. 2012;31(4):153-162. 2012.

Fiche mise à jour le 10 octobre 2026. Prochaine révision au plus tard le 10 octobre 2028.