Diphyllobothriase
Infection de l'intestin par un ver plat de la famille des Diphyllobothriidae, acquise en mangeant du poisson cru ou insuffisamment cuit contenant des larves. Elle passe souvent inaperçue ou provoque des troubles digestifs légers ; elle peut entraîner une carence en vitamine B12. Elle se soigne avec un antiparasitaire en prise unique.
Autres noms : Infection par le ténia du poisson, Ver plat des poissons. En anglais : Diphyllobothriasis, Fish tapeworm infection. CIM-10 : B70.0. Système : Maladies infectieuses et parasitaires, Maladies de l'appareil digestif.
Définition
La diphyllobothriase est une infection de l'intestin grêle par un ver plat (cestode) de la famille des Diphyllobothriidae, le « ténia du poisson » ou « ver plat des poissons ». Elle s'attrape en mangeant du poisson cru ou insuffisamment cuit [3].
La plupart des infections sont sans symptôme ou provoquent de légers troubles digestifs ; le ver est souvent découvert quand il est rejeté dans les selles [1,4]. Le ver adulte porte à son extrémité (scolex) deux sillons d'attache, les bothries, à la place de ventouses [1].
Les espèces humaines les plus courantes sont Dibothriocephalus latus (anciennement Diphyllobothrium latum), D. nihonkaiensis et D. dendriticus ; la classification a été révisée à partir de données moléculaires [5,1].
Causes et mécanisme
L'agent est un cestode adulte de la famille des Diphyllobothriidae ; les principales espèces en cause chez l'être humain sont D. latus, D. nihonkaiensis, D. dendriticus et Adenocephalus pacificus [1,5].
La révision taxonomique de 2017 a séparé le genre Dibothriocephalus (espèces d'eau douce, dont D. latus, D. dendriticus et D. nihonkaiensis) du genre Diphyllobothrium (parasites de cétacés) [5]. Beaucoup de cas anciens attribués à D. latum n'ont jamais été confirmés par analyse moléculaire [6].
Transmission et facteurs de risque
L'être humain s'infecte en mangeant du poisson cru ou peu cuit qui contient des larves (plérocercoïdes) [1,3]. Les œufs rejetés dans les selles ne sont pas immédiatement infectants : ils doivent d'abord se développer dans l'eau [1].
Cycle. Les œufs sont éliminés non embryonnés dans les selles et mûrissent dans l'eau. La larve est avalée par un petit crustacé, puis par un petit poisson ; un poisson plus gros qui mange ce dernier peut à son tour concentrer la larve dans ses muscles [1]. Les hôtes définitifs sont l'être humain et d'autres mammifères carnivores, certains oiseaux et des mammifères marins selon l'espèce [1].
Facteurs de risque. Consommer du poisson cru ou insuffisamment cuit, en particulier de saumon sauvage pour D. nihonkaiensis [3,8]. Des cas apparaissent hors des zones d'endémie après consommation de poisson importé, comme à Taïwan avec du saumon du Pacifique [6,7].
Épidémiologie
Monde. On a estimé à environ 20 millions le nombre de personnes infectées dans le monde, avec des réapparitions en Europe liées à la mode du poisson cru ou peu cuit [5]. Il n'existe pas de déclaration obligatoire dans la plupart des pays et la maladie est probablement sous-diagnostiquée [4].
Répartition. D. latus est surtout présent dans les régions circumpolaires ; D. nihonkaiensis est endémique du Pacifique Nord et fréquent en Asie de l'Est ; A. pacificus touche surtout la côte pacifique de l'Amérique du Sud [1]. Une revue clinique indique que des infections par des espèces endémiques ont été rapportées sur tous les continents sauf l'Afrique et l'Australie, la plupart des cas venant du Japon [4].
Japon. Entre 2001 et 2016, 958 cestodoses ont été identifiées au laboratoire, dont 825 (86,1 %) dues à D. nihonkaiense, soit environ 52 cas par an ; les cas étaient plus nombreux de mars à juillet, saison de pêche de certains saumons, mais survenaient toute l'année [8].
Signes cliniques
Environ un quart des personnes infectées ont des symptômes, généralement légers [4].
- Troubles digestifs : douleur ou gêne abdominale, ballonnement, vomissements, diarrhée ou constipation [4,3].
- Signes généraux : fatigue, amaigrissement, vertiges, douleurs musculaires, maux de tête [4,3].
- Émission de segments : le ver ou des fragments sont parfois découverts dans les selles ou à l'anus, parfois seul signe de l'infection [4,7].
- Carence en vitamine B12 : le ver capte la vitamine B12 de l'alimentation, d'où fatigue et pâleur si une anémie par carence (anémie mégaloblastique) s'installe [3,4].
Chez l'enfant, l'infection peut passer inaperçue : une fillette de 8 ans a été diagnostiquée uniquement parce qu'un ver de 260 cm pendait de son anus [7].
Diagnostic
Diagnostic clinique
Le diagnostic est évoqué devant des troubles digestifs légers ou une émission de segments de ver chez une personne qui mange du poisson cru ou peu cuit, ou qui a voyagé ou consommé du poisson importé [4].
Le bilan des selles est demandé de façon systématique quand l'histoire (voyage, viande ou poisson cru) évoque une parasitose [4].
Examens biologiques
Examen des selles. L'identification d'œufs operculés caractéristiques ou de proglottis larges dans les selles confirme l'infection [3]. Les œufs sont ovales, avec un opercule à un pôle parfois discret, rejetés non embryonnés, et mesurent 55 à 75 µm sur 40 à 50 µm [1]. Cet examen permet d'identifier la famille du parasite, mais le genre est difficile à préciser [1].
Identification de l'espèce. Elle repose généralement sur la PCR à partir d'œufs concentrés ou de proglottis [1] ; le marqueur mitochondrial cox1 est utilisé pour confirmer l'espèce [6,7].
Numération sanguine. Elle recherche une anémie mégaloblastique liée à la carence en vitamine B12 [3]. Une carence en B12 est trouvée chez environ 40 % des personnes infectées par D. latus au moment du diagnostic, mais moins de 2 % développent une anémie [4].
Diagnostic différentiel
Les troubles digestifs légers ont de nombreuses autres causes ; devant eux, un examen parasitologique des selles est utile [4].
| Maladie à évoquer | Éléments à connaître |
|---|---|
| Téniases (genre Taenia) | La distinction au microscope est simple, grâce à la position des pores génitaux dans les proglottis [4]. |
| Autres causes d'anémie macrocytaire (anémie de Biermer, carences alimentaires, médicaments comme certains anticonvulsivants, malabsorption intestinale) | À envisager quand une anémie est présente [4]. |
| Cholécystite, appendicite, occlusion intestinale | Complications rares du ver, à envisager devant un tableau abdominal aigu [4]. |
Évolution, complications et pronostic
Sans traitement, un ver peut vivre jusqu'à 25 ans ; il peut dépasser 10 mètres de long et pondre jusqu'à 1 million d'œufs par jour [1].
Les complications viennent de la fixation anormale du ver ou d'une charge parasitaire élevée : occlusion intestinale, appendicite subaiguë, cholécystite, cholangite, qui peuvent nécessiter une chirurgie [4]. La carence prolongée et sévère en vitamine B12 peut entraîner une insuffisance cardiaque et des signes neurologiques (fourmillements, troubles visuels, ataxie) [4].
Une infection non compliquée se traite en consultation, sans hospitalisation [4].
Traitement
Le traitement de choix est le praziquantel, en une prise unique [2,4]. Le niclosamide est une alternative, utilisée surtout hors des États-Unis [2,3].
Un contrôle des selles est recommandé un mois après la fin du traitement pour vérifier la guérison [3].
Une carence en vitamine B12 ou une anémie associée est recherchée et prise en charge séparément [3,4]. Les complications (occlusion, atteinte de la vésicule ou des voies biliaires) nécessitent une évaluation spécialisée et parfois une chirurgie [4].
Chez la fillette taïwanaise de 8 ans citée plus haut, une dose unique de praziquantel a suffi : aucun œuf ni segment n'a été retrouvé dans les selles pendant les 3 mois suivants [7].
Médicaments de la base cités dans cette fiche
Prévention
Cuire complètement le poisson d'eau douce, jusqu'à une température interne d'au moins 63 °C, ou le congeler selon les paramètres recommandés [3].
Pour le poisson destiné à être mangé cru, la FDA décrit trois options de congélation [9] :
- −20 °C ou moins pendant 7 jours au total [9].
- −35 °C ou moins jusqu'à solidification, puis −35 °C ou moins pendant 15 heures [9].
- −35 °C ou moins jusqu'à solidification, puis −20 °C ou moins pendant 24 heures [9].
Le saumurage et la marinade peuvent réduire le risque parasitaire, mais ne l'éliminent pas [9].
La prévention repose sur la préparation adéquate du poisson et sur l'information des consommateurs, notamment sur les risques du poisson cru [8].
Quand consulter en urgence
Consultez si vous avez mangé du poisson cru ou peu cuit et que vous remarquez un ver ou des fragments dans vos selles, ou des troubles digestifs persistants [4].
Urgence : douleur abdominale aiguë intense, vomissements avec arrêt des selles et des gaz, ou douleur sous les côtes à droite avec fièvre. Ces signes ne sont pas spécifiques, mais peuvent traduire une occlusion intestinale ou une atteinte de la vésicule ou des voies biliaires, rares complications de l'infection [4].
Une fatigue marquée avec pâleur, surtout après la découverte d'un ver, justifie une prise de sang pour rechercher une anémie [3,4].
Maladies associées
Sources et mise à jour
- Référence professionnelle · Centers for Disease Control and Prevention. DPDx – Diphyllobothriasis. Laboratory Identification of Parasites of Public Health Concern (DPDx). 2019. Dernière révision de la page : 14 mai 2019.
- Référence professionnelle · Centers for Disease Control and Prevention. Clinical Care of Diphyllobothriid Tapeworm Infection. 2024. Dernière révision : 20 février 2024.
- Revue à comité de lecture · Marie C. Diphyllobothriasis (Fish Tapeworm Infection). Manuel Merck, édition professionnelle. 2026. Page consultée le 11 octobre 2026.
- Revue à comité de lecture · Tobin EH, Swinkels HM, Blazar E. Diphyllobothriasis (Fish Tapeworm Infection). StatPearls, NCBI Bookshelf. 2026. Version du 31 juillet 2026 (PMID 31082015).
- Revue à comité de lecture · Waeschenbach A, Brabec J, Scholz T, Littlewood DTJ, Kuchta R. The catholic taste of broad tapeworms – multiple routes to human infection. International Journal for Parasitology. 2017. 2017;47(13):831-843. doi:10.1016/j.ijpara.2017.06.004.
- Revue à comité de lecture · Fan CK, Barčák D, Scholz T, et al. Human diphyllobothriosis in Taiwan: a review of cases and molecular evidence of Dibothriocephalus nihonkaiensis. Food and Waterborne Parasitology. 2023. 2023;33:e00213. doi:10.1016/j.fawpar.2023.e00213.
- Revue à comité de lecture · An YC, Sung CC, Wang CC, et al. Molecular identification of Diphyllobothrium latum from a pediatric case in Taiwan. Korean Journal of Parasitology. 2017. 2017;55(4):425-428. doi:10.3347/kjp.2017.55.4.425.
- Revue à comité de lecture · Ikuno H, Akao S, Yamasaki H. Epidemiology of Diphyllobothrium nihonkaiense diphyllobothriasis, Japan, 2001-2016. Emerging Infectious Diseases. 2018. 2018;24(8):1428-1434. doi:10.3201/eid2408.171454.
- Référence professionnelle · U.S. Food and Drug Administration. Fish and Fishery Products Hazards and Controls Guidance, Chapitre 5 : parasites. 2022. Guide officiel sur la congélation et le contrôle des parasites dans les produits de la pêche.
Fiche mise à jour le 11 octobre 2026. Prochaine révision au plus tard le 11 octobre 2028.