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Dracunculose (maladie du ver de Guinée)

Infection due à un ver, Dracunculus medinensis, contracté en buvant une eau contenant de minuscules puces d'eau infectées. Environ un an plus tard, la femelle adulte (60 à 100 cm) sort lentement de la peau, le plus souvent à la jambe, par une cloque très douloureuse. Il n'existe ni vaccin ni médicament curatif : la maladie est près d'être éradiquée grâce à l'eau saine, à la filtration et à l'isolement des cas.

Autres noms : Dracunculiase, Ver de Guinée, Infection à Dracunculus medinensis. En anglais : Dracunculiasis, Guinea worm disease. CIM-10 : B72. Système : Maladies infectieuses et parasitaires, Maladies de la peau.

Définition

La dracunculose, ou maladie du ver de Guinée, est une infection parasitaire due au ver rond (nématode) Dracunculus medinensis. Elle se contracte exclusivement en avalant le parasite, le plus souvent en buvant une eau stagnante contenant des puces d'eau (copépodes) infectées [1,6].

La femelle adulte émerge lentement et douloureusement de la peau, habituellement aux membres inférieurs ; la maladie provoque une incapacité temporaire à marcher et à travailler, d'où son poids social et économique [6].

Il n'existe ni vaccin ni traitement curatif. La maladie est proche de l'éradication, un objectif lancé dans les années 1980 : contrairement à la variole, elle a été conduite au bord de l'éradication sans vaccin, sans médicament curatif et sans test de diagnostic rapide [2,7].

Causes et mécanisme

L'agent est le nématode Dracunculus medinensis. La femelle adulte mesure de 60 à 100 cm ; un ou plusieurs vers peuvent sortir d'une même personne [1].

L'évolution naturelle de la maladie vient de l'invasion des tissus conjonctifs par les vers adultes, qui provoquent environ un an après l'infection des cloques et des ulcérations des extrémités [5].

Quand la femelle est sur le point d'émerger, elle libère des larves sous la peau par une déchirure de son extrémité avant ; la réaction de l'organisme produit une cloque brûlante et douloureuse, qui s'ouvre après quelques jours et laisse un ulcère plat [5].

Transmission et facteurs de risque

L'infection se produit surtout en buvant une eau stagnante contaminée par des puces d'eau infectées par les larves du ver. Les personnes comme certains animaux avalent ces puces d'eau en buvant l'eau, ou en mangeant crus ou mal cuits des animaux aquatiques qui hébergent les larves infectantes [1,2].

Selon une revue, des hôtes dits « paraténiques » ou de transport, comme les grenouilles et les poissons, peuvent aussi transmettre l'infection [5]. Selon la même synthèse, la maladie se contracte exclusivement en buvant de l'eau, le plus souvent de mare [6].

Le cycle est entretenu par les personnes dont la lésion entre en contact avec l'eau : il est donc essentiel d'empêcher ces personnes de contaminer les points d'eau quand le ver émerge [1].

Des infections animales (chiens, chats, babouins) existent : depuis 2012, elles posent un nouveau défi pour l'éradication, car la contamination de l'environnement par des animaux infectés entretient la transmission [2,4].

Épidémiologie

Évolution historique. En 1986, on estimait à 3,5 millions le nombre de cas dans 20 pays d'Afrique et d'Asie, quand l'Assemblée mondiale de la Santé a appelé à l'élimination de la maladie. Entre 1986 et 2023, le nombre de cas humains a baissé de plus de 99 %, jusqu'à 14 cas dans le monde [2] ; en 2023, 886 infections animales avaient aussi été notifiées, dont 407 chiens au Tchad et 248 au Cameroun [3]. La maladie, endémique dans toute la ceinture sahélienne de l'Afrique, de la Mauritanie à l'Éthiopie, a été éliminée d'Asie et de certains pays africains [6].

Situation récente. En 2024, 15 cas humains et 664 infections animales ont été notifiés, dont 299 chiens infectés au Cameroun et 234 au Tchad [2] (chiffre provisoire de l'OMS : 13 cas humains, au Tchad et au Soudan du Sud [1]). Entre janvier et juin 2025, un cas humain et 550 infections animales ont été notifiés [2]. Un total de 10 cas humains a été rapporté dans le monde en 2025, le plus bas jamais enregistré [7].

Pays concernés. En juin 2025, la transmission autochtone se poursuivait dans six pays : Angola, Cameroun, Tchad, Éthiopie, Mali et Soudan du Sud [2]. L'OMS certifie les pays comme exempts de transmission de la dracunculose : le Soudan est au stade de la précertification et le Cameroun, déjà certifié, connaît une transmission transfrontalière à l'extrême nord, à la frontière du Tchad [1].

Obstacles. Les infections animales, l'insécurité et les conflits civils (Mali, Soudan du Sud, Soudan) qui entravent l'accès du personnel de santé aux populations menacent à court terme l'éradication [2]. Un essai mené chez des chiens au Tchad a montré que le flubendazole réduisait de 59,3 % le nombre de vers femelles émergents dans les villages traités la seconde année, mais des questions de formulation restent à résoudre avant un déploiement à grande échelle [9].

Signes cliniques

Les signes apparaissent environ un an (10 à 14 mois) après l'infection, lorsque la femelle mûre se rapproche de la surface de la peau [1,5].

Une papule douloureuse apparaît et grossit en quelques heures à quelques jours pour former une cloque, qui laisse sortir une partie du ver. Chez environ 90 % des malades, la cloque siège à la jambe ou au pied, avec une sensation de brûlure [1,5].

  • une sensation de brûlure et une douleur au site de la cloque [1,5] ;
  • une rougeur locale, parfois une urticaire avec démangeaisons intenses [5] ;
  • parfois une légère fièvre, des nausées, des vomissements, une diarrhée ou des vertiges avant ou pendant l'émergence du ver [5] ;
  • après quelques jours, la cloque s'ouvre et forme un ulcère plat d'où sort le ver [5].

Signes de gravité

La maladie est rarement mortelle, mais elle est très invalidante. Les complications viennent surtout de la surinfection bactérienne de la plaie : infections de la peau, abcès locaux, arthrite purulente (infection d'une articulation) et septicémie [5].

Une femelle peut se rompre dans les tissus et provoquer un abcès très volumineux rempli de pus et une cellulite sévère [5]. Une série indienne citait une létalité de 0,1 %, jugée largement surestimée et principalement due à ces surinfections bactériennes [5].

Une plaie qui devient rouge, gonflée, chaude, très douloureuse ou purulente, ou une fièvre pendant que le ver sort, doit être vue sans délai par un soignant : le risque est la surinfection (abcès, arthrite, septicémie) [5].

Diagnostic

Diagnostic clinique

Le diagnostic repose sur la clinique, c'est-à-dire sur l'aspect de la cloque ou de l'ulcère et sur la vue du ver qui émerge, chez une personne vivant ou revenant d'une zone où la transmission persiste [5,6].

L'OMS insiste sur la recherche des communautés exposées, sur la détection et la notification rapides des infections humaines et animales, et sur leur confirmation en laboratoire [1].

Examens biologiques

La sérologie est de peu d'utilité pour le diagnostic, qui reste surtout clinique ; des réactions croisées avec les anticorps dirigés contre Onchocerca sont possibles [5].

Le ver de Guinée a été conduit au bord de l'éradication sans vaccin, sans médicament curatif et sans test de diagnostic rapide [7]. La confirmation de l'espèce se fait en laboratoire, dans le cadre de la surveillance de l'éradication [1].

Imagerie

Dans une région non endémique, un cas rapporté a montré à la radiographie et au scanner de denses calcifications en forme de serpentin dans un muscle de la hanche, évocatrices d'un ver de Guinée calcifié ; le diagnostic a été présumé, sans confirmation histologique [8]. Cet exemple rappelle qu'une parasitose ancienne doit être évoquée devant des calcifications intramusculaires, afin d'éviter des erreurs et des interventions inutiles [8].

Diagnostic différentiel

Au stade de cloque, devant la sortie visible d'un ver, le diagnostic est le plus souvent évident en zone d'endémie. Les situations suivantes sont à connaître [5,8].

Situation à évoquerÉléments à connaître
Abcès ou cellulite d'origine bactériennePeuvent être une complication de la dracunculose elle-même, notamment quand une femelle se rompt dans les tissus ; la plaie est alors infectée et douloureuse [5].
Autre filariose (onchocercose)La sérologie de la dracunculose peut donner des réactions croisées avec les anticorps anti-Onchocerca ; un résultat sérologique ne suffit donc pas pour trancher [5].
Calcifications intramusculaires d'autre causeUn ver calcifié peut simuler d'autres lésions calcifiées sur l'imagerie ; l'histoire du patient et la région d'origine orientent [8].

Évolution, complications et pronostic

Le ver sort lentement de la peau et son extraction complète peut prendre des heures, voire des jours, selon la technique ancienne d'extraction douce et progressive [5].

La maladie ne tue que rarement, mais l'ulcère et la douleur entraînent une incapacité temporaire importante, qui retentit sur le travail [6]. Le principal risque d'évolution défavorable est la surinfection bactérienne de la plaie [5].

Traitement

Il n'existe ni vaccin ni traitement curatif de la dracunculose : l'éradication repose sur la prévention et l'isolement des personnes et des animaux infectés [1,7].

  • Extraction du ver : le traitement actuel reste l'extraction douce et progressive de la femelle qui sort de la peau, ce qui peut durer des heures ou des jours [5].
  • Soins de la plaie : des soins de soutien servent à réduire l'œdème, la douleur et le risque de surinfection de la plaie [5].
  • Isolement : il faut empêcher immédiatement la personne ou l'animal infecté de contaminer l'eau (isolement du cas, attache préventive des chiens et des chats) [1].
  • Vaccin antitétanique : la vaccination contre le tétanos est recommandée aux personnes atteintes [5] (voir tétanos et le vaccin antitétanique).
  • Médicaments antiparasitaires : aucun antihelminthique oral n'a d'efficacité démontrée contre le ver chez l'homme ; deux études de terrain non publiées n'ont pas montré d'interruption efficace de la transmission avec l'ivermectine et la moxidectine en application locale [5].

Médicaments de la base cités dans cette fiche

Prévention

La prévention repose sur des mesures simples visant à rompre le cycle du parasite [1,6,7] :

  • Eau saine : forages ou puits protégés ; en l'absence d'eau sûre, filtres en tissu ou filtres tubulaires pour boire [1].
  • Éviter la contamination de l'eau : décourager tout contact avec les sources d'eau dès que le ver émerge, pour ne pas libérer les larves dans l'eau [1].
  • Lutte contre les puces d'eau : traitement régulier des eaux stagnantes avec un larvicide (téméphos, Abate®) [1].
  • Éducation de la communauté : expliquer le cycle du ver et les gestes de protection [1,6].
  • Confinement des cas : isoler les personnes et les animaux infectés, soigner la plaie ; attacher chiens et chats lorsque c'est nécessaire [1].
  • Animaux aquatiques : l'infection pouvant aussi venir d'animaux aquatiques insuffisamment cuits, il est prudent de bien les cuire dans les zones touchées [2,5].

Le programme d'éradication s'appuie aussi sur la notification rapide des cas et sur des récompenses pour inciter à les déclarer [1,7].

Déclaration obligatoire

Tout cas humain ou animal suspect doit être signalé sans délai aux autorités de santé : la détection et la notification rapides des infections humaines et animales, leur confirmation en laboratoire et le maintien de la surveillance sont des piliers de la dernière étape de l'éradication [1,7].

Quand consulter en urgence

Si vous vivez ou avez séjourné dans une zone où la maladie existe encore et qu'une cloque douloureuse, brûlante, apparaît sur la jambe ou le pied, ou qu'un ver sort d'une plaie, allez au centre de santé le plus proche [1,5].

Ne mettez jamais la plaie ou la jambe dans une eau que d'autres utilisent pour boire (mare, puits, bassine commune) : vous risqueriez de contaminer l'eau et de propager la maladie [1].

Consultez en urgence si la plaie devient rouge, chaude, gonflée, purulente ou très douloureuse, si une articulation gonfle ou si de la fièvre apparaît : ces signes peuvent annoncer une surinfection [5].

Faites aussi vérifier votre vaccination contre le tétanos [5]. Si un chien ou un chat de votre entourage a une plaie d'où sort un ver, signalez-le aux autorités sanitaires ou vétérinaires [1,2].

Maladies associées

Sources et mise à jour

  1. OMS · Organisation mondiale de la Santé. Dracunculiasis (Guinea-worm disease) (aide-mémoire). 2025. Version du 30 janvier 2025 ; chiffres 2024 provisoires.
  2. Revue à comité de lecture · Hopkins DR, Weiss AJ, Yerian S, Ortega YR, Zhao Y, Eneanya OA, Cama VA. Progress Toward Eradication of Dracunculiasis (Guinea Worm Disease) - Worldwide, January 2024-June 2025. MMWR Morb Mortal Wkly Rep. 2026;74(42):648-654. 2026.
  3. Revue à comité de lecture · Hopkins DR, Weiss AJ, Yerian S, Zhao Y, Sapp SGH, Cama VA. Progress Toward Global Dracunculiasis (Guinea Worm Disease) Eradication, January 2023-June 2024. MMWR Morb Mortal Wkly Rep. 2024;73(44):991-998. 2024.
  4. Revue à comité de lecture · Hopkins DR, Weiss AJ, Yerian S, Sapp SGH, Cama VA. Progress Toward Eradication of Dracunculiasis - Worldwide, January 2022-June 2023. MMWR Morb Mortal Wkly Rep. 2023;72(45):1230-1236. 2023.
  5. Revue à comité de lecture · Simonetti O, Zerbato V, Maurel C, et al. The current state of knowledge on dracunculiasis: a narrative review of a rare neglected disease. Infez Med. 2023;31(4):500-508. 2023.
  6. Revue à comité de lecture · Cairncross S, Muller R, Zagaria N. Dracunculiasis (Guinea worm disease) and the eradication initiative. Clin Microbiol Rev. 2002;15(2):223-246. 2002.
  7. Revue à comité de lecture · Davis BR, Dunn J, Alcantara LV, Maki DG, Dye TD, Hennekens CH. Guinea Worm Eradication: New Clinical and Public Health Challenges at the Last Mile. Trop Med Infect Dis. 2026;11(8). 2026.
  8. Revue à comité de lecture · Alsaleh B, Alanzi A, Alatefi D, et al. Radiologic identification of dracunculiasis in a nonendemic region: A case report. Radiol Case Rep. 2025;20(12):5785-5789. 2025.
  9. Revue à comité de lecture · Dupper AC, Mackenzie CD, Geary TG, et al. Flubendazole reduces emerging Dracunculus medinensis in dogs in Chad: Results from a two-year study. PLoS Negl Trop Dis. 2026;20(9):e0014763. 2026.

Fiche mise à jour le 11 octobre 2026. Prochaine révision au plus tard le 11 octobre 2028.