Fièvre jaune
Maladie virale transmise par des moustiques qui piquent surtout le jour. Elle commence comme une fièvre banale ; environ 15 % des malades font une forme grave avec jaunisse et saignements, mortelle dans environ la moitié des cas. Il n'existe pas de traitement antiviral spécifique, mais une seule dose de vaccin protège à vie.
En anglais : Yellow fever. CIM-10 : A95. Système : Maladies infectieuses et parasitaires.
Définition
La fièvre jaune est une maladie virale à tendance épidémique, transmise par des moustiques, qui peut être prévenue par la vaccination [1]. En raison de ses graves conséquences et du risque de propagation internationale, elle constitue une menace importante pour la sécurité sanitaire mondiale [1].
Son nom vient de la jaunisse (ictère) qui marque la forme grave, due à l'atteinte du foie [2].
Causes et mécanisme
La maladie est causée par le virus de la fièvre jaune (virus amaril), un flavivirus, de la même famille que les virus de la dengue, du Zika et du Nil occidental [8,3].
Beaucoup d'infections ne donnent aucun symptôme ou une forme bénigne : on estime qu'il y a en moyenne une infection symptomatique pour 7 à 12 infections asymptomatiques [2,8].
Transmission et facteurs de risque
Le virus est transmis à l'être humain par la piqûre de moustiques infectés des genres Aedes, Haemagogus et Sabethes, qui se reproduisent en milieu domestique, forestier (sylvatique) et semi-domestique [1]. Les moustiques qui transmettent la fièvre jaune piquent le jour [1].
On distingue trois cycles de transmission : sylvatique (ou enzootique, qui fait intervenir des primates non humains [8]), intermédiaire (de savane) et urbain, où l'être humain est l'hôte et Aedes aegypti le vecteur ; le cycle urbain reste important dans certaines régions d'Afrique [2]. Un moustique s'infecte en piquant une personne ou un animal pendant la période où le virus circule dans le sang (virémie) [2].
En ville, la surveillance des moustiques Aedes aegypti permet d'évaluer le risque de flambée [1]. L'exode rural vers des villes densément peuplées, où vivent beaucoup de moustiques, favorise les épidémies urbaines [6].
Épidémiologie
Monde et Afrique. On estime que 67 000 à 173 000 infections graves et 31 000 à 82 000 décès dus à la fièvre jaune surviennent chaque année en Afrique et dans les Amériques, l'Afrique étant la Région la plus touchée (estimations publiées en 2014 et 2021) [1]. Vingt-sept pays d'Afrique et 13 pays d'Amérique latine sont classés à haut risque de flambées [1]. Plus de 15 pays africains ont connu des flambées entre 2020 et 2021 [2].
En cas de flambée, le nombre réel de cas peut être de 10 à 250 fois plus élevé que le nombre notifié [1].
Afrique centrale. En 2015-2016, des épidémies urbaines ont touché l'Angola puis la République démocratique du Congo (RDC) [3,1]. En RDC, entre janvier et août 2016, 2 269 cas suspects ont été signalés ; parmi les cas confirmés analysés, 73 % venaient d'Angola et 19 % avaient été infectés localement, en ville [4].
République du Congo. En 2016, des cas sporadiques de fièvre jaune ont aussi été détectés en République du Congo [3]. En Afrique, les cas notifiés sous-estiment fortement le nombre réel [3,1].
Signes cliniques
La période d'incubation est de 3 à 6 jours [1].
La maladie se manifeste d'abord par de la fièvre, des maux de tête, des courbatures généralisées, des nausées, des vomissements et une grande fatigue ; ces symptômes disparaissent généralement en 3 à 4 jours [1]. Ces premiers signes ne sont pas spécifiques et ressemblent à ceux de nombreuses infections virales, ce qui rend le diagnostic difficile [1,2].
L'évolution se fait classiquement en trois phases : infection, rémission (amélioration de quelques heures à deux jours au plus), puis, chez une partie des malades, phase toxique [2].
Signes de gravité
Environ 15 % des personnes atteintes présentent une forme grave [1] (d'autres sources donnent 15 à 25 % [4]). Elle se manifeste par [1] :
- le retour d'une forte fièvre [1] ;
- un ictère (jaunissement de la peau et des yeux) [1] ;
- des vomissements [1] ;
- des saignements (bouche, nez, yeux, estomac) [1] ;
- une insuffisance d'organe (foie, reins) et un état de choc [1,4].
Pendant la phase toxique peuvent aussi apparaître une diminution des urines, une baisse de la tension, des pétéchies et ecchymoses, et une dissociation entre le pouls et la température (signe de Faget) [2].
L'ictère signe une forme grave et justifie une hospitalisation, souvent en soins intensifs. Environ 50 % des malades atteints d'une forme grave meurent dans les 7 à 10 jours [1].
Diagnostic
Diagnostic clinique
Définition de cas suspect (recommandée par l'OMS et utilisée en RDC lors de l'épidémie de 2016) : fièvre d'apparition brutale suivie d'un ictère dans les 14 jours qui suivent le début des premiers symptômes [4].
Cas confirmé : chez une personne non vaccinée contre la fièvre jaune, détection d'IgM spécifiques ou de l'ARN du virus dans le sérum ; un cas suspect est écarté lorsque ni les IgM spécifiques ni l'ARN viral ne sont détectés [4]. La présence d'IgM spécifiques en l'absence de vaccination récente, avec des tests négatifs pour les autres flavivirus, est considérée comme une confirmation [3].
Limite de cette définition : en RDC (2016), l'ictère apparaissait tardivement, en moyenne 8 jours après le début des symptômes, si bien que la plupart des cas étaient diagnostiqués trop tard. Une définition associant fièvre ou ictère à des douleurs musculaires ou à un test de paludisme négatif détectait tous les cas confirmés (sensibilité de 100 %, spécificité de 57 %) [4]. Les auteurs proposent, dans les zones de transmission connue, de ne plus exiger l'ictère pour suspecter la maladie [4].
Les éléments à rechercher à l'interrogatoire sont la date de début des symptômes, un séjour en zone à risque, le statut vaccinal contre la fièvre jaune et l'automédication [7].
Examens biologiques
Au stade précoce : recherche du virus dans le sang par RT-PCR en temps réel [1]. La RT-PCR est indiquée pendant la phase où le virus circule dans le sang, en général jusqu'au cinquième jour après le début des symptômes [2]. Un test moléculaire positif confirme la fièvre jaune [5].
Au stade ultérieur : détection des anticorps par ELISA (IgM) ou par test de séroneutralisation (PRNT) [1]. Les IgM apparaissent quelques jours après le début de la maladie et restent généralement détectables jusqu'à 3 mois [3].
Réactions croisées : les anticorps produits contre les différents flavivirus (dengue, Zika, Nil occidental) réagissent entre eux, ce qui rend difficile le diagnostic sérologique [3,8]. L'ELISA peut donner des réactions croisées ; le PRNT, plus spécifique, est utilisé en cas de doute [2]. Les tests sérologiques actuels ne distinguent pas l'immunité due au vaccin de celle due à une infection naturelle, et des IgM peuvent persister longtemps chez quelques vaccinés [3].
En Afrique, les laboratoires nationaux s'appuient surtout sur la sérologie, qui doit être confirmée par des laboratoires régionaux de référence, ce qui retarde les résultats [5].
Examens de surveillance : diminution des globules blancs, des plaquettes, allongement du temps de prothrombine, puis élévation de la bilirubine et des transaminases (ASAT plus que ALAT dans les formes de mauvais pronostic) [2]. Chez un malade fébrile, on surveille la coagulation, le foie et les reins (transaminases, créatinine, numération, INR) chaque jour [2].
Tests de diagnostic rapide
Des tests rapides de détection d'anticorps font partie des méthodes sérologiques utilisables pour les flavivirus [8], mais le diagnostic sérologique de la fièvre jaune souffre d'un manque de tests commerciaux largement validés et de réactions croisées : la confirmation repose sur les laboratoires [3,5]. Par ailleurs, un test rapide du paludisme négatif chez un malade fébrile en zone de transmission doit faire penser à la fièvre jaune ; associé à la fièvre ou à l'ictère et aux douleurs musculaires, il améliorait la détection précoce des cas en RDC [4].
Diagnostic différentiel
Dans les formes graves, les symptômes peuvent ressembler à ceux de plusieurs autres maladies [1] :
| Maladie à évoquer | Éléments à connaître |
|---|---|
| Paludisme | Peut donner des symptômes semblables ; un test de paludisme négatif fait partie des éléments qui orientent vers la fièvre jaune [1,4]. |
| Leptospirose | Symptômes pouvant ressembler à ceux d'une forme grave de fièvre jaune [1]. |
| Hépatites virales (dont l'hépatite B) | Peuvent être confondues avec une forme grave de fièvre jaune [1]. |
| Dengue et autres fièvres hémorragiques virales | Des cas ou flambées de dengue ont été signalés en Afrique centrale, dont le Congo [8] ; ses anticorps donnent des réactions croisées avec ceux de la fièvre jaune [1,3]. |
| Chikungunya | Transmis par les mêmes moustiques ; signalé en République du Congo ; ses tests sérologiques ne réagissent pas avec ceux des flavivirus [8]. |
| Intoxication | Citée par l'OMS parmi les diagnostics à écarter dans les formes graves [1]. |
Évolution, complications et pronostic
La plupart des malades guérissent spontanément après la phase initiale [1,2]. Dans la forme grave, environ la moitié des malades meurent dans les 7 à 10 jours [1], le plus souvent d'une insuffisance hépatique fulminante [2].
La létalité des formes graves est estimée à environ 20 % en Afrique et 40 à 60 % en Amérique du Sud [2].
Chez les convalescents, l'ARN du virus peut encore être détecté dans les urines (jusqu'à 25 jours) et le sperme (jusqu'à 20 jours) [2].
Traitement
Il n'existe aucun traitement antiviral spécifique contre la fièvre jaune. La prise en charge repose sur les soins de soutien, selon les lignes directrices de l'OMS de 2025 [1].
Soins de soutien : repos et hydratation ; prise en charge de l'insuffisance hépatique, de l'insuffisance rénale et de la fièvre ; antibiotiques en cas de surinfection bactérienne. Selon la gravité, prise en charge à domicile, hospitalisation ou soins d'urgence [1].
Forme grave : prise en charge en soins intensifs, avec surveillance étroite de la température, des urines, de l'équilibre hydrique et acido-basique et des signes vitaux, et recherche des surinfections et des saignements [2].
Médicaments à éviter : les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) doivent être évités, car ils diminuent l'agrégation des plaquettes et augmentent le risque de saignement et d'acidose ; ils doivent être arrêtés même en cas d'usage chronique [2].
Fièvre : le paracétamol peut être utilisé dans les formes légères et modérées, mais il n'est pas recommandé dans la forme grave [2].
Antiviraux en recherche : le sofosbuvir et l'anticorps monoclonal TY014 ne sont recommandés par l'OMS que dans le cadre de travaux de recherche [1]. Le sofosbuvir ne figure pas dans la base Africa Medical Data [1].
Les posologies ne figurent pas dans cette fiche. Elles sont données dans la fiche de chaque médicament ; la prise en charge suit les lignes directrices de l'OMS et le protocole national [1].
Médicaments de la base cités dans cette fiche
Prévention
Vaccination : c'est la mesure de prévention la plus efficace. Une seule dose du vaccin contre la fièvre jaune confère une immunité à vie, sans rappel. L'immunité apparaît chez 80 à 100 % des personnes en 10 jours et chez plus de 99 % en 30 jours [1]. Les effets secondaires sont rares [1].
La vaccination n'est pas recommandée chez [1] :
- les nourrissons de moins de 9 mois [1] ;
- les femmes enceintes, sauf en cas de flambée [1] ;
- les personnes souffrant d'allergie grave aux œufs [1] ;
- les personnes atteintes d'immunodéficience sévère ou de maladie du thymus [1].
Chez les personnes de plus de 60 ans, le rapport bénéfice-risque doit être évalué avec attention [1]. La transmission du virus vaccinal à des bébés allaités par des mères vaccinées a été décrite [3].
Voyageurs : en vertu du Règlement sanitaire international, les pays peuvent exiger une preuve de vaccination ; les exemptions médicales doivent être justifiées par un certificat [1].
Lutte contre les moustiques : supprimer les gîtes larvaires (eau stagnante), traiter les récipients d'eau par des larvicides, porter des vêtements couvrants et utiliser des répulsifs. Les moustiquaires imprégnées sont moins efficaces, car ces moustiques piquent le jour [1].
Stratégie EYE : la Stratégie mondiale pour l'élimination des épidémies de fièvre jaune, pilotée par Gavi, l'UNICEF et l'OMS, vise à mettre fin aux épidémies d'ici fin 2026. Elle repose sur la vaccination de masse et systématique des enfants dans les pays à haut risque, la préparation des villes et la protection des travailleurs à haut risque, et la détection et le traitement précoces des cas [1]. Lors de pénuries, des campagnes africaines récentes ont utilisé un cinquième de la dose habituelle [3].
Déclaration obligatoire
La détection rapide, la confirmation en laboratoire et la vaccination d'urgence sont essentielles pour maîtriser les flambées. Tout cas confirmé doit faire l'objet d'une enquête et déclencher des mesures de vaccination d'urgence et à long terme ; les pays à haut risque doivent disposer d'au moins un laboratoire national de dépistage [1].
En RDC, lors de l'épidémie de 2016, tout patient répondant à la définition de cas suspect était notifié au ministère de la Santé et prélevé pour confirmation [4].
Quand consulter en urgence
Consultez rapidement un centre de santé en cas de fièvre avec maux de tête, courbatures ou vomissements, surtout si le test de paludisme est négatif ou si vous n'êtes pas vacciné contre la fièvre jaune [1,4].
Urgence : yeux ou peau jaunes, saignements (bouche, nez, yeux, vomissements de sang), retour de la fièvre après une amélioration, urines rares, malaise ou état de choc. Rendez-vous immédiatement à l'hôpital [1,2].
Ne prenez pas d'anti-inflammatoires (AINS) en cas de suspicion de fièvre jaune [2].
Vérifiez votre carnet de vaccination : une seule dose suffit pour la vie [1].
Maladies associées
Sources et mise à jour
- OMS · Organisation mondiale de la Santé. Fièvre jaune (aide-mémoire). 2025. Version du 20 octobre 2025.
- Revue à comité de lecture · Araújo LS, Meurer IR. Yellow Fever, an Arboviral Disease with Public Health Impacts: General Aspects and the Use of the One Health Approach in the Context of This Zoonosis. Infect Drug Resist. 2026;19. 2026. Sections sur la transmission, la clinique, le diagnostic et la prise en charge.
- Revue à comité de lecture · Domingo C, et al. Yellow fever in the diagnostics laboratory. Emerg Microbes Infect. 2018;7(1):129. 2018. Sections sur l'épidémiologie récente et la sérologie.
- Revue à comité de lecture · Ingelbeen B, et al. Urban yellow fever outbreak-Democratic Republic of the Congo, 2016: Towards more rapid case detection. PLoS Negl Trop Dis. 2018;12(12):e0007029. 2018. Données de la RDC : résumé, méthodes (définitions de cas) et résultats.
- Revue à comité de lecture · Basile AJ, et al. Laboratory evaluation of RealStar Yellow Fever Virus RT-PCR kit 1.0 for potential use in the global yellow fever laboratory network. PLoS Negl Trop Dis. 2022;16(9):e0010770. 2022. Résumé (diagnostic dans les laboratoires africains, groupe technique EYE).
- Revue à comité de lecture · Ahmed QA, Memish ZA. Yellow fever from Angola and Congo: a storm gathers. Trop Doct. 2017;47(2):92-96. 2017. Résumé.
- Revue à comité de lecture · Hernández-Ramírez DA, et al. Colombian protocol for the hospital management of non-critically ill patients with suspected or confirmed yellow fever. New Microbes New Infect. 2026;73:101829. 2026. Section sur l'évaluation initiale.
- Revue à comité de lecture · Adam A, Jassoy C. Epidemiology and Laboratory Diagnostics of Dengue, Yellow Fever, Zika, and Chikungunya Virus Infections in Africa. Pathogens. 2021;10(10):1324. 2021. Sections sur la dengue, le chikungunya et le diagnostic.
Fiche mise à jour le 5 octobre 2026. Prochaine révision au plus tard le 5 octobre 2028.