Africa Medical DataUne plateforme de santé pour tous

Fièvre à virus Oropouche

Infection fébrile aiguë due au virus Oropouche, transmis par la piqûre de moucherons et de moustiques, surtout en Amérique du Sud, en Amérique centrale et dans les Caraïbes. Elle provoque fièvre, céphalées et douleurs musculaires et articulaires, avec des rechutes fréquentes et, rarement, une atteinte neurologique. Il n'existe ni vaccin ni antiviral spécifique : le traitement est symptomatique.

Autres noms : Maladie à virus Oropouche, Fièvre Oropouche, Infection par le virus Oropouche (OROV). En anglais : Oropouche virus disease, Oropouche fever. CIM-10 : A93.0. Système : Maladies infectieuses et parasitaires.

Définition

La fièvre à virus Oropouche (maladie à virus Oropouche) est une infection fébrile aiguë due au virus Oropouche (OROV), transmis à l'être humain par des moucherons piqueurs et certains moustiques. Elle a été identifiée pour la première fois en 1955 à Vega de Oropouche, à Trinité-et-Tobago [1].

L'infection provoque le plus souvent une maladie fébrile spontanément résolutive, mais elle peut ressembler à la dengue, au chikungunya, au Zika ou à la fièvre jaune, et au paludisme : elle est donc souvent non diagnostiquée ou prise pour une autre maladie [5].

Depuis la fin de 2023, le virus a causé de grandes flambées dans des zones amazoniennes d'endémie connue et dans de nouvelles régions d'Amérique du Sud et des Caraïbes [10].

Causes et mécanisme

L'agent causal est le virus Oropouche (OROV), un Orthobunyavirus transmis par des arthropodes [5].

Le virus est zoonotique : dans le cycle sylvatique, les paresseux et les primates non humains sont décrits comme hôtes [7] ; des oiseaux sont aussi cités parmi les hôtes vertébrés [6]. Le cycle de transmission reste incomplètement compris [6].

La maladie circule selon deux cycles, sylvatique et urbain ; dans le cycle urbain, le principal vecteur est un moucheron piqueur qui se nourrit sur l'être humain [5].

Transmission et facteurs de risque

L'être humain est infecté par la piqûre de moucherons Culicoides paraensis ou de moustiques (Culex quinquefasciatus, Coquillettidia venezuelensis, Aedes serratus) [1]. Le moucheron Culicoides paraensis est le principal vecteur [6].

Une transmission directe d'une personne à une autre n'a pas été documentée à ce jour [5,9].

Du matériel génétique viral (ARN) a été détecté dans le sperme et les sécrétions vaginales, et du virus cultivable dans le sperme, ce qui fait craindre une transmission sexuelle ; aucun cas de transmission sexuelle n'a été rapporté [2].

Une transmission de la mère à l'enfant pendant la grossesse (transmission verticale) a été associée à des issues défavorables, dont des morts fœtales et des anomalies congénitales [2]. L'OMS signale cinq cas de transmission possible pendant la grossesse (quatre mortinaissances et une fausse couche) et quatre nouveau-nés avec microcéphalie [1]. Le risque pendant la grossesse reste à l'étude et n'est pas confirmé [9].

Le changement climatique, la déforestation et l'urbanisation non planifiée ont facilité l'extension de la maladie à des régions du Brésil hors Amazonie et à des pays qui n'avaient jamais rapporté de cas, comme la Bolivie et Cuba [4].

Épidémiologie

Amériques, jusqu'en 2023. En 60 ans, plus de 30 épidémies et plus d'un demi-million de cas cliniques ont été attribués au virus au Brésil, au Pérou, au Panama et à Trinité-et-Tobago ; c'est la deuxième maladie arbovirale fébrile la plus fréquente au Brésil après la dengue [5]. Ce chiffre est probablement sous-estimé, faute de tests disponibles [6].

Flambées de 2024. Fin juillet 2024, l'Organisation panaméricaine de la santé (OPS) comptait 8 078 cas confirmés dans cinq pays : Bolivie, Brésil, Colombie, Cuba et Pérou, dont deux décès au Brésil [4]. Plus de 11 000 cas confirmés ont été rapportés sur l'ensemble de l'année 2024, soit une multiplication par dix par rapport à l'année précédente [8].

Cas importés. En juin et juillet 2024, 19 cas importés ont été signalés pour la première fois dans l'Union européenne : Espagne (12), Italie (5) et Allemagne (2) ; dix-huit voyageurs revenaient de Cuba et un du Brésil [9]. Au 16 août 2024, 21 cas ont été identifiés chez des voyageurs américains revenant de Cuba [10].

Séroprévalence. Une méta-analyse d'études de 2000 à 2024 (71 articles, neuf pays) estime la séroprévalence à 12,6 % (IC95 % 5,3-26,9) chez les personnes fébriles ou suspectes d'infection et à 1,1 % (IC95 % 0,5-2,3) dans les groupes sans symptômes. La plupart des études reposaient sur des échantillons de convenance : les estimations restent limitées par une surveillance clairsemée et des méthodes variables [8].

Extension possible. Les auteurs d'une revue de 2018 jugent que le virus pourrait s'étendre à d'autres continents si le climat lui est favorable [5].

Signes cliniques

L'incubation est de 1 à 10 jours selon le CDC [2] ; l'OMS indique le plus souvent 3 à 10 jours [1].

Le début est brutal : fièvre (38 à 40 °C), céphalées souvent intenses, frissons, douleurs musculaires et articulaires, avec parfois photophobie, étourdissements, douleur derrière les yeux, nausées, vomissements ou éruption cutanée débutant sur le tronc puis gagnant les membres [2].

Fréquences observées dans une méta-analyse de 15 études (806 patients), à interpréter avec prudence car les études sont hétérogènes et sélectionnent surtout des malades fébriles [7] :

  • fièvre 100 % et céphalées 95 % [7] ;
  • douleurs musculaires 72 %, douleurs articulaires 58 %, étourdissements 69 %, faiblesse ou fatigue 45 %, frissons 26 % [7] ;
  • douleur rétro-orbitaire 56 %, photophobie 31 %, yeux rouges 27 % [7] ;
  • perte d'appétit 59 %, nausées ou vomissements 44 %, diarrhée 17 % [7] ;
  • éruption cutanée 11 % [7].

Les symptômes peuvent réapparaître quelques jours, voire quelques semaines après la guérison apparente : jusqu'à 60 % des patients selon le CDC [2,6]. Parmi 21 voyageurs américains, au moins trois ont eu des symptômes récidivants [10].

Des signes hémorragiques (saignement de nez ou des gencives, méléna, règles abondantes, pétéchies), une diarrhée ou des douleurs abdominales sévères sont moins fréquents [2].

Une atteinte neurologique est possible chez jusqu'à 4 % des patients après la phase fébrile initiale ; les formes neuro-invasives s'accompagnent de douleur occipitale intense, confusion, léthargie, raideur de nuque ou nystagmus [2]. Une méningite aseptique est signalée par l'OMS [1].

Signes de gravité

La maladie est généralement spontanément résolutive. Deux décès chez des adultes jeunes auparavant en bonne santé ont été rapportés en 2024, et des décès fœtaux ou des anomalies congénitales ont été associés à une transmission pendant la grossesse [1,4].

Consultez en urgence en cas de raideur de nuque, confusion, somnolence anormale, saignement, aggravation rapide, ou si vous êtes enceinte [2].

Diagnostic

Diagnostic clinique

Les symptômes seuls ne permettent pas de distinguer la fièvre Oropouche de la dengue, du chikungunya, du Zika, de la fièvre jaune ou du paludisme [5].

Il faut préciser la date de début, le séjour ou le voyage dans une zone de transmission dans les 14 jours précédant les symptômes, une grossesse éventuelle, et rechercher des signes neurologiques ou hémorragiques [2,3].

La définition de cas du CDC (2025) sert à la surveillance de santé publique : elle n'est pas destinée à poser le diagnostic chez un patient [3]. Elle retient pour un cas non congénital une fièvre ou des frissons d'apparition aiguë, ou au moins deux signes parmi céphalée, myalgie, arthralgie, douleur rétro-orbitaire ou éruption généralisée, ou une atteinte neurologique aiguë, ou une perte fœtale à partir de 20 semaines, avec un lien épidémiologique [3].

Examens biologiques

RT-PCR : elle détecte l'ARN viral dans le sérum et le liquide céphalorachidien en phase aiguë. Le virus est détectable dans le sérum pendant la première semaine ; il est facilement cultivé les premiers jours et en général plus après le 5e jour, mais l'ARN reste détectable quelques jours de plus [2]. L'OMS cite la RT-PCR (dont en temps réel) comme méthode de diagnostic ; la sérologie peut aider [1].

Sérologie et test de neutralisation : les anticorps IgM apparaissent vers la fin de la première semaine, suivis des IgG. Pour confirmer une infection récente par sérologie, il faut un prélèvement en phase aiguë et un autre en convalescence montrant une variation d'au moins quatre fois des titres [2].

Selon la définition de surveillance du CDC, la confirmation repose sur la détection du virus, de son antigène ou de son ARN, ou sur une variation d'au moins quatre fois des anticorps neutralisants sur deux prélèvements espacés d'au moins deux semaines, ou sur des IgM avec anticorps neutralisants positifs [3].

Autres examens : on peut observer une leucopénie, une lymphopénie, une CRP élevée, des enzymes hépatiques modérément augmentées, et plus rarement une thrombopénie. En cas d'atteinte neuro-invasive, le liquide céphalorachidien montre une pléiocytose et une protéine élevée [2]. Ces anomalies ne sont pas spécifiques.

L'OPS rappelle que la confirmation repose sur un diagnostic moléculaire [4].

Diagnostic différentiel

Le tableau clinique est proche de plusieurs maladies fébriles de la même région [5] :

Maladie à évoquerÉléments à connaître
DengueElle peut coexister avec la fièvre Oropouche ; tout patient cliniquement suspect de dengue doit être pris en charge sans attendre les résultats des tests [2,5].
Chikungunya, ZikaFièvre, douleurs articulaires et éruption possibles : seul un test de laboratoire permet de les distinguer [5].
Fièvre jauneAutre arbovirose fébrile à ne pas méconnaître [5].
PaludismeFièvre aiguë : il doit être recherché selon le contexte [5].
Méningite ou encéphalite d'autre causeRaideur de nuque, confusion ou déficit neurologique : un bilan étiologique urgent est nécessaire [2].

Évolution, complications et pronostic

La fièvre Oropouche est considérée comme une maladie aux manifestations bénignes et spontanément résolutives [5]. Jusqu'en 2022, aucun décès n'avait été rapporté [6] ; deux décès chez des adultes auparavant en bonne santé ont été signalés en 2024 [1,4]. Les décès restent très rares [2].

Une rechute après amélioration apparente est fréquente (jusqu'à 60 % des cas) [2,6].

Une méningite ou une méningo-encéphalite peut survenir [2]. Un rapport publié décrit trois patients ayant développé un syndrome de Guillain-Barré 10 à 11 jours après le début des symptômes [2].

Chez la femme enceinte, l'infection a été associée à des morts fœtales et à des anomalies congénitales, sans que la causalité soit établie pour chaque cas [1,2,9].

Traitement

Il n'existe ni traitement antiviral spécifique ni vaccin ; la prise en charge est symptomatique [1,4]. Plusieurs antiviraux candidats évalués in vitro n'ont montré aucune activité contre le virus [6].

Le traitement des symptômes comprend le repos, l'hydratation, et des analgésiques et antipyrétiques ; les patients qui présentent des signes plus graves doivent être hospitalisés pour surveillance et traitement de soutien [2,4].

Comme la dengue peut coexister, il est conseillé d'éviter l'aspirine et les autres anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) afin de réduire le risque de saignement [2].

Prévention

Il n'existe pas de vaccin ; la prévention repose sur la protection contre les piqûres et la lutte contre les vecteurs [1,4].

Mesures individuelles : vêtements couvrant bras et jambes, répulsifs contenant du DEET, de l'IR3535 ou de l'icaridine, moustiquaires à mailles fines [1]. L'ECDC ajoute les moustiquaires imprégnées d'insecticide, les moustiquaires aux portes et fenêtres, et l'utilisation du répulsif selon l'étiquette du produit [9].

Mesures collectives : pulvérisation résiduelle d'insecticide sur les murs intérieurs et extérieurs [1], renforcement de la surveillance entomologique et des actions de lutte contre les populations de moucherons et de moustiques [4].

Les femmes enceintes sont invitées à reconsidérer les voyages non essentiels vers les zones de transmission [2,10].

Quand consulter en urgence

Une fièvre brutale avec céphalées intenses et douleurs musculaires ou articulaires, surtout au retour d'une zone de transmission, justifie une consultation pour écarter la dengue et le paludisme [2,5].

Urgence : raideur de nuque, confusion, convulsions, somnolence, saignement, aggravation rapide, ou grossesse avec fièvre. Rendez-vous immédiatement à l'hôpital [2].

Si la fièvre ou les maux de tête reviennent après une amélioration, consultez à nouveau : les rechutes sont fréquentes [2].

Maladies associées

Sources et mise à jour

  1. OMS · Organisation mondiale de la Santé. Oropouche virus disease (aide-mémoire). 2024. Version du 22 octobre 2024.
  2. OMS · Centers for Disease Control and Prevention. Clinical Overview of Oropouche Virus Disease. 2025. Mise à jour du 19 novembre 2025.
  3. OMS · CSTE / CDC National Notifiable Diseases Surveillance System. Oropouche virus disease 2025 Interim Case Definition. 2025. Approuvée le 7 mars 2025 ; définition de surveillance.
  4. OMS · Organisation panaméricaine de la santé. PAHO urges countries to strengthen prevention, surveillance and diagnosis of the Oropouche virus following its geographic spread and recent clinical findings. 2024. Communiqué du 2 août 2024.
  5. Revue à comité de lecture · Sakkas H, Bozidis P, Franks A, Papadopoulou C. Oropouche Fever: A Review. Viruses. 2018;10(4):175. 2018. DOI 10.3390/v10040175.
  6. Revue à comité de lecture · Files MA, et al. Baseline mapping of Oropouche virology, epidemiology, therapeutics, and vaccine research and development. npj Vaccines. 2022;7:38. 2022. DOI 10.1038/s41541-022-00456-2.
  7. Revue à comité de lecture · Wang Z, et al. Clinical presentation of Oropouche virus infection: a systematic review and meta-analysis. PLoS Negl Trop Dis. 2025;19(4):e0012962. 2025. DOI 10.1371/journal.pntd.0012962.
  8. Revue à comité de lecture · Toews E, et al. Serological and viral prevalence of Oropouche virus (OROV): a systematic review and meta-analysis from 2000-2024 including human, animal, and vector surveillance studies. PLoS Negl Trop Dis. 2025;19(12):e0013340. 2025. DOI 10.1371/journal.pntd.0013340.
  9. OMS · European Centre for Disease Prevention and Control. Threat assessment brief: Oropouche virus disease cases imported to the European Union. 2024. Publié le 9 août 2024.
  10. Revue à comité de lecture · Morrison A, et al. Oropouche Virus Disease Among U.S. Travelers - United States, 2024. MMWR Morb Mortal Wkly Rep. 2024;73(35):769-773. 2024. DOI 10.15585/mmwr.mm7335e1.

Fiche mise à jour le 11 octobre 2026. Prochaine révision au plus tard le 11 octobre 2028.