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Rougeole

Maladie virale très contagieuse qui touche surtout les enfants : forte fièvre, toux, écoulement nasal, yeux rouges puis éruption sur tout le corps. Ses complications (pneumonie, diarrhée sévère, encéphalite, cécité) peuvent être mortelles, surtout chez l'enfant malnutri. Deux doses de vaccin protègent ; au Congo, des épidémies surviennent régulièrement.

En anglais : Measles. CIM-10 : B05. Système : Maladies infectieuses et parasitaires, Maladies de la peau.

Définition

La rougeole est une maladie virale très contagieuse et grave, qui se transmet par voie aérienne et peut entraîner des complications sévères, voire la mort. Elle peut toucher n'importe qui, mais elle est plus fréquente chez les enfants [1].

La vaccination est le meilleur moyen d'éviter de contracter la maladie ou de la transmettre ; le vaccin est sûr, efficace et peu coûteux [1].

Causes et mécanisme

La maladie est due au virus de la rougeole, qui infecte d'abord l'appareil respiratoire puis se propage dans tout l'organisme [1].

Toute personne non immunisée, c'est-à-dire non vaccinée ou vaccinée sans avoir acquis d'immunité, peut être infectée [1]. Tous les enfants n'acquièrent pas une immunité dès la première dose, d'où la recommandation de deux doses [1].

La rougeole affaiblit le système immunitaire et peut faire « oublier » à l'organisme comment se protéger contre les infections, ce qui rend les enfants extrêmement vulnérables [1] ; cette « amnésie immunitaire » après la rougeole contribuerait de façon importante à la morbidité et à la mortalité dans le monde [6].

Transmission et facteurs de risque

La rougeole est l'une des maladies les plus contagieuses au monde. Elle se transmet par contact avec les sécrétions du nez ou de la gorge (toux, éternuements) ou en respirant l'air expiré par une personne malade [1].

Le virus reste actif et contagieux dans l'air ou sur les surfaces contaminées jusqu'à deux heures ; une personne atteinte peut infecter jusqu'à 18 personnes [1].

Une personne infectée est contagieuse de quatre jours avant à quatre jours après l'apparition de l'éruption [1].

Le risque est plus élevé dans les pays touchés par une catastrophe ou un conflit (interruption de la vaccination, surpopulation dans les campements) et dans les populations réfugiées [1].

Épidémiologie

Monde. On estime que 95 000 personnes, essentiellement des enfants de moins de cinq ans, sont mortes de la rougeole en 2024, contre 780 000 en 2000 ; la vaccination a permis d'éviter environ 59 millions de décès entre 2000 et 2024 [1]. En 2025, 84 % des enfants avaient reçu une première dose de vaccin avant leur premier anniversaire et 77 % les deux doses ; environ 29 millions de nourrissons restaient sous-protégés [1].

Afrique. La rougeole est encore courante dans certaines régions d'Afrique, du Moyen-Orient et d'Asie ; l'écrasante majorité des décès survient dans les pays à faible revenu [1]. En 2019, la couverture vaccinale moyenne de nombreux pays d'Afrique subsaharienne ne dépassait pas 80 %, alors que l'OMS recommande au moins 95 % pour éliminer la maladie ; entre avril 2021 et avril 2022, 21 flambées ont été signalées en Afrique et en Méditerranée orientale [2].

République du Congo. La rougeole y circule depuis longtemps sur un mode endémo-épidémique [2]. De janvier 2019 à octobre 2022, sur 1 330 prélèvements de cas suspects analysés par le Laboratoire national de santé publique, 537 (40,3 %) ont été confirmés ; la proportion de cas confirmés est passée de 16,8 % en 2019 à 65,9 % en 2022, au cours d'une épidémie dont le département de Pointe-Noire était l'épicentre [2]. Le taux de positivité le plus élevé a été observé à Pointe-Noire ; la Likouala et le Pool étaient aussi des zones à haut risque [2].

Dans cette étude congolaise, seuls 44,8 % des enfants étaient vaccinés [2]. En 2021, la couverture vaccinale nationale rapportée était de 80 % pour la première dose et de moins de 50 % pour la seconde [2].

Signes cliniques

Les symptômes apparaissent habituellement 7 à 14 jours après l'exposition au virus [1].

Premiers symptômes, qui durent généralement 4 à 7 jours [1] :

  • fièvre [1] ;
  • écoulement nasal [1] ;
  • toux [1] ;
  • yeux rouges et larmoyants [1] ;
  • petites taches blanches à l'intérieur des joues [1] (signe de Koplik, considéré comme caractéristique de la maladie [4]).

L'éruption apparaît environ 3 à 5 jours après les premiers symptômes, habituellement sur le visage et le haut du cou, puis descend en trois jours environ vers le tronc, les bras, les jambes et les pieds ; elle persiste 4 à 8 jours avant de s'estomper [1]. Il s'agit d'une éruption rouge, faite de taches et de petites élevures (maculopapuleuse), qui devient plus confluente en s'étendant de la tête vers les pieds [4].

Signes de gravité

La plupart des décès dus à la rougeole sont provoqués par ses complications [1] :

  • problèmes respiratoires graves, dont la pneumonie [1] ;
  • diarrhée sévère entraînant une déshydratation [1] ;
  • encéphalite (infection du cerveau avec œdème et parfois lésions cérébrales) [1] ;
  • cécité [1] ;
  • otite [1].

Les complications surviennent chez 10 à 40 % des malades [4]. Elles sont plus fréquentes avant cinq ans et après 30 ans, et plus probables chez les enfants souffrant de malnutrition, en particulier de carence en vitamine A, ou dont l'immunité est affaiblie, par exemple par le VIH [1].

Pendant la grossesse, la rougeole peut être dangereuse pour la mère et entraîner une fausse couche ou une naissance prématurée avec faible poids de naissance [1].

Les jeunes enfants et les femmes enceintes non vaccinés sont les plus exposés aux complications graves ; les enfants malnutris sont les plus exposés au risque de décès [1].

Diagnostic

Diagnostic clinique

Définition de cas suspect utilisée par la surveillance au Congo : toute personne présentant une éruption maculopapuleuse généralisée et de la fièvre, avec au moins l'un des signes suivants : toux, rhume (coryza) ou conjonctivite (yeux rouges) [2]. La surveillance cas par cas de la rougeole dans la Région africaine de l'OMS repose sur la même base : fièvre et éruption [8].

Cas confirmé : cas suspect chez qui le laboratoire met en évidence des anticorps IgM contre la rougeole ou isole le virus [2].

Épidémie : au Congo, une épidémie de rougeole est déclarée lorsque trois cas ont été confirmés dans une même zone de santé sur une période donnée [2].

Lorsque la rougeole devient moins fréquente, une part croissante des cas qui répondent à la définition clinique sont dus à d'autres maladies éruptives : la confirmation biologique est donc nécessaire [8,10].

Examens biologiques

La confirmation biologique repose sur l'un des éléments suivants : IgM spécifiques de la rougeole dans le sang, augmentation d'au moins 4 fois des IgG entre deux prélèvements (phase aiguë puis convalescence), isolement du virus en culture, ou détection de l'ARN viral par RT-PCR [4].

Au Congo, les prélèvements des cas suspects de tout le pays sont envoyés au Laboratoire national de santé publique (Brazzaville), qui recherche les IgM par technique ELISA [2].

Moment du prélèvement : la recherche d'IgM est la plus sensible sur un sérum prélevé au moins 5 jours après le début de l'éruption ; la RT-PCR sur sérum donne ses meilleurs résultats sur des prélèvements faits dans les 3 premiers jours de l'éruption [5]. Un test IgM négatif trop précoce n'écarte donc pas la rougeole [5].

Chez les personnes déjà vaccinées, la confirmation est plus difficile : les tests IgM peuvent donner des résultats non concluants, et une RT-PCR négative n'écarte pas toujours un cas très suspect [11].

Au Congo, parmi 191 malades confirmés (IgM positives) en 2020-2022 qui avaient été vaccinés, seuls 38,7 % avaient des IgG ; les auteurs évoquent notamment des problèmes de chaîne du froid ou d'exposition du vaccin à la lumière [3].

Imagerie

L'imagerie n'est pas nécessaire au diagnostic de la rougeole. En cas d'encéphalite rougeoleuse, le bilan peut comprendre un scanner ou une IRM cérébrale et l'analyse du liquide céphalorachidien, en plus de la recherche d'anticorps dans le sang [7].

Diagnostic différentiel

Beaucoup de malades qui répondent à la définition de cas suspect n'ont pas la rougeole : au Kenya, 50 à 60 % des cas suspects restaient sans diagnostic une fois la rougeole et la rubéole écartées [10].

Maladie à évoquerÉléments à connaître
RubéolePrincipale cause de fièvre éruptive chez les cas suspects de rougeole négatifs : au Cameroun (2008-2014), 9,3 % des échantillons négatifs pour la rougeole avaient des IgM antirubéole ; chez l'enfant, le risque augmentait avec l'âge [8].
Varicelle et autres infections à herpèsvirus (virus d'Epstein-Barr, cytomégalovirus, herpèsvirus humain 6)Au Sénégal (2014-2017), sur 3 358 cas suspects de rougeole, 6,7 % étaient des rougeoles confirmées ; des herpèsvirus ont été détectés chez 52,5 %, le virus de la varicelle étant le plus fréquent [9].
Chikungunya, o'nyong-nyong et autres arbovirosesLa fièvre avec éruption est une présentation fréquente des arboviroses ; elles ont été retrouvées chez des cas suspects de rougeole négatifs au Kenya [10].

Évolution, complications et pronostic

L'éruption s'estompe généralement en 4 à 8 jours [1]. La gravité tient aux complications, à l'origine de la plupart des décès [1].

Selon une revue récente, la rougeole aiguë tue 1 à 3 malades sur 1 000, et le risque d'encéphalite est d'environ 1 sur 1 000 [6].

Complications tardives : la panencéphalite sclérosante subaiguë (PESS), atteinte cérébrale lentement progressive qui survient des années après une rougeole, serait plus fréquente qu'on ne le pensait ; l'« amnésie immunitaire » expose aux autres infections après la guérison apparente [6].

Traitement

Il n'existe pas de traitement spécifique de la rougeole. La prise en charge consiste à soulager les symptômes, à préserver le confort du malade et à prévenir les complications [1].

Hydratation et alimentation : boire suffisamment et traiter la déshydratation (pertes dues aux vomissements et à la diarrhée), notamment par les sels de réhydratation orale ; garder une alimentation saine [1,7].

Vitamine A : l'OMS recommande deux doses de vitamine A pour tous les enfants de moins de cinq ans chez qui une rougeole est suspectée, la première dès le diagnostic et la seconde le lendemain, et une troisième dose 4 à 6 semaines plus tard en cas de signes de carence en vitamine A avec atteinte des yeux. Elle aide à prévenir les lésions oculaires et la cécité et réduit le nombre de décès [1].

Antibiotiques : ils servent à traiter les complications bactériennes (pneumonie, otites, infections des yeux), pas la rougeole elle-même [1,4].

Fièvre : le paracétamol peut être utilisé contre la fièvre ; un traitement antiépileptique est utilisé en cas de convulsions [7].

Médicaments de la base Africa Medical Data : rétinol (vitamine A) et paracétamol. Les sels de réhydratation orale et les antibiotiques dépendent de la situation et ne sont pas détaillés ici ; le vaccin antirougeoleux n'a pas encore de fiche sourcée dans la base [1,7].

Les posologies ne figurent pas dans cette fiche : la dose de vitamine A dépend de l'âge de l'enfant et est fixée par le soignant [1]. Elles sont données dans la fiche de chaque médicament et par le protocole national [1].

Médicaments de la base cités dans cette fiche

Prévention

Vaccination : c'est le moyen le plus efficace de prévenir la rougeole ; tous les enfants devraient être vaccinés [1]. Deux doses sont recommandées : la première généralement à 9 mois dans les pays où la rougeole est courante, la seconde plus tard, généralement entre 15 et 18 mois [1].

Au Congo, selon des auteurs du Laboratoire national de santé publique (données du ministère de la Santé non publiées), le vaccin combiné rougeole-oreillons-rubéole est administré en deux doses, à 9 mois et à 15 mois [3].

Le vaccin antirougeoleux est donné seul ou associé aux vaccins contre les oreillons, la rubéole et/ou la varicelle ; l'association protège aussi contre la rubéole, dangereuse pour le fœtus [1].

Campagnes et riposte : la vaccination systématique et les campagnes de vaccination de masse sont essentielles ; le vaccin est aussi utilisé en urgence pour arrêter les flambées, et les populations réfugiées doivent être vaccinées dès que possible [1].

Qualité de la vaccination au Congo : la faible proportion de malades vaccinés ayant des IgG pose la question de l'efficacité de la stratégie vaccinale ; les auteurs recommandent d'améliorer l'administration des vaccins, y compris la chaîne du froid [3,2].

Déclaration obligatoire

La rougeole est une maladie à déclaration obligatoire au Congo : tout cas répondant à la définition de cas suspect doit être notifié et prélevé, et l'échantillon envoyé au Laboratoire national de santé publique [2].

Quand consulter en urgence

Consultez un centre de santé en cas de fièvre avec éruption sur le corps, surtout si elle s'accompagne de toux, d'écoulement nasal ou d'yeux rouges : l'enfant doit être examiné, recevoir de la vitamine A s'il a moins de cinq ans et la maladie doit être signalée [1,2].

Urgence : difficulté à respirer, diarrhée importante avec signes de déshydratation, convulsions, somnolence ou troubles de la conscience, atteinte des yeux, chez un enfant atteint de rougeole, surtout s'il est malnutri. Rendez-vous immédiatement dans un centre de santé ou un hôpital [1,7].

Vérifiez le carnet de vaccination de vos enfants : deux doses de vaccin sont nécessaires [1].

Maladies associées

Sources et mise à jour

  1. OMS · Organisation mondiale de la Santé. Rougeole (aide-mémoire). 2026. Version du 15 juillet 2026.
  2. Revue à comité de lecture · Mavoungou YVT, et al. Measles Outbreaks in the Republic of Congo: Epidemiology of Laboratory-Confirmed Cases Between 2019 and 2022. Adv Virol. 2024;2024:8501027. 2024. Résumé, introduction, méthodes (définitions de cas) et résultats.
  3. Revue à comité de lecture · Mavoungou YVT, et al. Low IgG Seroconversion among Persons Vaccinated against Measles, Republic of Congo. Emerg Infect Dis. 2025;31(1):197-199. 2025. Texte intégral (calendrier vaccinal, résultats, discussion).
  4. Revue à comité de lecture · Leung AKC, et al. Measles: a disease often forgotten but not gone. Hong Kong Med J. 2018;24(5):512-520. 2018. Résumé (signes, confirmation biologique, complications, traitement).
  5. Revue à comité de lecture · Woo GKS, et al. Comparison of laboratory diagnostic methods for measles infection and identification of measles virus genotypes in Hong Kong. J Med Virol. 2010;82(10):1773-1781. 2010. Résumé (moment optimal des prélèvements).
  6. Revue à comité de lecture · Cherry JD. Ongoing Measles in the Developed and Developing World. J Pediatric Infect Dis Soc. 2024;13(4):233-236. 2024. Résumé (complications, mortalité, PESS, amnésie immunitaire).
  7. Revue à comité de lecture · Diwan MN, et al. Measles Induced Encephalitis: Recent Interventions to Overcome the Obstacles Encountered in the Management Amidst the COVID-19 Pandemic. Diseases. 2022;10(4):104. 2022. Résumé (examens de l'encéphalite, soins de soutien).
  8. Revue à comité de lecture · Nimpa Mengouo M, et al. Epidemiology of rubella infection in Cameroon: a 7-year experience of measles and rubella case-based surveillance, 2008-2014. BMJ Open. 2017;7(4):e012959. 2017. Résumé (définition de cas OMS/AFRO, résultats).
  9. Revue à comité de lecture · Jallow MM, et al. Molecular Detection of Human Herpes Viruses in Suspected Measles Serum Samples from Senegal, 2014 to 2017. Am J Trop Med Hyg. 2021;104(6):2224-2228. 2021. Résumé.
  10. Revue à comité de lecture · Kimata Y, et al. Serological Evidence of Chikungunya Virus Infection Among Suspected Measles Cases in Selected Regions of Kenya: 2008-2014. Vector Borne Zoonotic Dis. 2020;20(12):903-909. 2020. Résumé.
  11. Revue à comité de lecture · Sowers SB, et al. High Concentrations of Measles Neutralizing Antibodies and High-Avidity Measles IgG Accurately Identify Measles Reinfection Cases. Clin Vaccine Immunol. 2016;23(8):707-716. 2016. Résumé (difficultés de confirmation chez les vaccinés).

Fiche mise à jour le 5 octobre 2026. Prochaine révision au plus tard le 5 octobre 2028.