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Tungiase

Maladie cutanée parasitaire due à la pénétration, dans la peau (le plus souvent des pieds), de la puce-chique femelle, Tunga penetrans. Elle provoque des nodules douloureux et des démangeaisons, et peut se compliquer d'infections et de handicap chez les enfants des communautés pauvres. Le diagnostic est clinique ; le traitement repose sur la destruction ou le retrait aseptique de la puce, et la prévention sur les chaussures fermées et l'assainissement du sol des habitations.

Autres noms : Tungose, Puce-chique (infestation par la puce-chique), Maladie de la puce de sable. En anglais : Tungiasis, Sand flea disease. CIM-10 : B88.1. Système : Maladies infectieuses et parasitaires, Maladies de la peau.

Définition

La tungiase est une maladie parasitaire de la peau provoquée par la pénétration de la puce-chique femelle (Tunga penetrans) dans l'épiderme. Elle est endémique en Amérique latine, dans les Caraïbes et en Afrique subsaharienne [9].

C'est une maladie tropicale négligée : elle touche surtout des communautés très pauvres, en particulier les enfants, et représente un fardeau de santé publique, social et économique [9,4].

L'Organisation panaméricaine de la santé (OPS/OMS) la classe parmi les maladies tropicales négligées, qui touchent de façon disproportionnée les populations vivant dans la pauvreté, avec un accès limité à l'eau sûre, à l'assainissement et aux services de santé [1].

Causes et mécanisme

La maladie est causée par la puce-chique Tunga penetrans ; la femelle fécondée pénètre dans la peau, y reste jusqu'à sa mort sur place après 4 à 6 semaines, et garde une ouverture de 250 à 500 µm avec l'extérieur pour respirer, déféquer, s'accoupler et expulser ses œufs [2].

Les œufs tombent au sol et donnent des larves, des nymphes puis des puces adultes ; l'adulte émerge environ 20 jours après la ponte [2]. Trois cycles se chevauchent : humain, animal domestique et sauvage [2].

Là où les sols des habitations ne sont pas solides, tout le cycle peut se dérouler à l'intérieur : les larves se nourrissent de matières organiques et les adultes qui en sortent pénètrent la peau des pieds ou d'autres parties du corps [2].

Transmission et facteurs de risque

On se contamine par contact de la peau avec un sol contaminé, notamment en marchant pieds nus [9,7].

Elle est favorisée par la pauvreté, l'habitat à sol en terre battue ou en terre non durcie, les murs en terre, l'absence de chaussures et la présence d'animaux domestiques (chiens, chats), qui sont des réservoirs possibles [2,6,7]. La puce peut aussi être transportée par des véhicules transportant des personnes infestées, et les sols fissurés des salles de classe peuvent entretenir la transmission [2].

En dehors des zones d'endémie, la maladie se voit surtout chez des voyageurs revenant de zones tropicales ; un cas secondaire dans l'entourage d'un voyageur a toutefois été décrit [9,10].

Épidémiologie

Afrique. La puce-chique a été introduite en Afrique subsaharienne au XIXe siècle ; tous les pays semblent aujourd'hui touchés [2]. Une revue systématique de 37 études (29 760 participants, dix pays africains) estime la prévalence globale à 36,2 % (IC 95 % : 30,4-42,1) [6]. Chez les enfants d'âge scolaire d'Afrique subsaharienne, une autre méta-analyse de 23 études (9 781 enfants) trouve 37,9 % (IC 95 % : 30,95-44,77) ; ces valeurs sont très hétérogènes d'une étude à l'autre (I² = 98,3 %) [7].

Variations. Pendant la saison de forte transmission, la prévalence peut atteindre 60 % dans des communautés défavorisées du Nigeria et de Madagascar ; elle est maximale chez les enfants de 5 à 14 ans et chez les personnes âgées, et la transmission culmine en saison sèche [2]. Dans les communautés d'endémie, la prévalence peut aller jusqu'à 30 % dans la population générale et 85 % chez les enfants [4].

Facteurs de risque (Afrique). Sexe masculin (rapport de cotes ajusté 1,53), sol de la maison en terre battue (4,92) et mauvaise connaissance de la maladie dans la famille (2,33) [6]. Chez l'écolier : ne jamais porter de chaussures (11,26), vivre avec un chat ou un chien (2,73), murs en terre (4,97) [7].

Signes cliniques

Les lésions typiques sont des papules ou des nodules blanc-jaune avec un point noir central, situés surtout sur les pieds (plante, région sous l'ongle), souvent accompagnés de rougeur, de démangeaisons et de douleur [9].

Au fil du temps, une pathologie chronique peut s'installer, avec épaississement de la peau (hyperkératose), œdème autour des ongles, fissures, ulcères, déformation et perte des ongles, puis gêne à la marche [4].

  • des papules ou nodules blanc-jaune à point noir central, surtout aux pieds [9] ;
  • des démangeaisons et de la douleur, avec rougeur autour de la lésion [9] ;
  • dans les infestations sévères, ulcérations, atteinte des ongles et infections bactériennes secondaires [9].

Signes de gravité

Les complications sont dominées par la surinfection bactérienne : suppuration, abcès, ulcères, lymphangite, nécrose des tissus et, dans les cas extrêmes, gangrène. À long terme : douleur chronique, mutilation des pieds, difficultés de marche, absentéisme scolaire, stigmatisation [2].

Un lien entre tungiase et tétanos est suggéré, dans les milieux pauvres où la couverture par la vaccination antitétanique est faible : la bactérie du tétanos vit dans le sol, et ses spores peuvent être introduites dans la peau par la puce ou par les doigts qui grattent la lésion. Il s'agit d'indices indirects, non d'une preuve établie [2].

L'extraction des puces avec des instruments non stérilisés (épingle, aiguille, épine, couteau) est une pratique traditionnelle dangereuse : elle favorise l'infection et peut transmettre des virus du sang (hépatites B et C, VIH) [2].

Ne retirez pas les puces avec une épingle, une aiguille ou un couteau : le retrait par un personnel non formé est déconseillé par les recommandations de l'OPS, car il expose à l'infection [1,2].

Diagnostic

Diagnostic clinique

Le diagnostic est avant tout clinique : il repose sur l'aspect caractéristique des lésions (nodule blanc-jaune à point noir central, surtout sur le pied), sur l'histoire d'exposition (marche pieds nus, séjour en zone d'endémie) et sur les symptômes de démangeaison et de douleur [9].

Chez les voyageurs revenant de zone tropicale, des lésions nodulaires douloureuses de la plante du pied ou sous l'ongle doivent faire penser à une tungiase [10,9].

Examens biologiques

Le diagnostic est principalement clinique [9].

La dermoscopie (examen de la peau à la loupe lumineuse) peut aider à confirmer la lésion en visualisant le parasite [10]. Dans une série de cas importés en Grèce, le diagnostic reposait sur les aspects cliniques et dermoscopiques et a été confirmé par amplification et séquençage d'un gène de la puce (COI) ; cette confirmation moléculaire relève de la recherche et du laboratoire spécialisé [10].

Diagnostic différentiel

Maladie à évoquerÉléments à connaître
PianAu Nigeria, les lésions plantaires du pian (« tubboes » dans le langage local) sont distinguées de celles de la tungiase (« chigoes ») par la démarche du malade [2].
Gale et autres parasitoses de l'épidermeLa tungiase fait partie du groupe des maladies parasitaires de l'épiderme, avec la gale, la pédiculose, la larva migrans cutanée et la myiase, dont les causes et les traitements sont différents [4].

Évolution, complications et pronostic

La puce enfoncée dans la peau meurt sur place après 4 à 6 semaines [2]. Sans prise en charge, les lésions multiples et les surinfections peuvent entraîner une pathologie chronique et un handicap [2,4].

Les facteurs de risque liés au logement (sol en terre battue) et à la connaissance de la maladie montrent que le milieu de vie joue un rôle majeur : la prévention ne se limite pas au traitement individuel [6].

Traitement

Traitement recommandé. En septembre 2025, l'OPS/OMS a publié les premières recommandations fondées sur des preuves pour le traitement de la tungiase : la diméticone de faible viscosité, appliquée sur les lésions, est le traitement de première intention, dans les formes légères comme sévères, pour tuer les puces enfoncées et réduire les complications [1].

Dans un essai randomisé au Kenya (47 écoliers), sept jours après l'application d'un mélange de deux diméticones (NYDA), 78 % des puces avaient perdu tous leurs signes de vie, contre 39 % avec le permanganate de potassium à 0,05 % [5]. Une revue de la littérature rapporte 97 % de puces non viables à sept jours dans un essai randomisé, sans effet indésirable dans les essais ayant inclus 106 participants [4].

Les diméticones agissent par un mode d'action physique sur la puce [4].

Si la diméticone n'est pas disponible, les recommandations de l'OPS retiennent l'association d'huile de coco et d'huile de neem pour les communautés aux ressources limitées [1]. Une solution de carbonate de sodium à 5 %, utilisée traditionnellement dans l'ouest du Kenya, s'est révélée moins efficace que la diméticone (puces mortes au onzième jour : 77 % contre 88 %) et n'a pas atteint le seuil de non-infériorité fixé ; elle ne peut être envisagée que comme solution de repli lorsque la diméticone est inaccessible [8].

À éviter. Les recommandations de l'OPS déconseillent le retrait manuel des puces par du personnel non formé, ainsi que l'eau oxygénée et le permanganate de potassium [1]. Quand un retrait est nécessaire, il se fait dans des conditions aseptiques [9].

Une revue systématique des essais randomisés (8 essais, 808 participants, souvent de faible qualité méthodologique) conclut que les diméticones pour le traitement et la lotion à base d'huile de coco pour la prévention sont les approches les plus prometteuses [3].

Soins associés. Une lésion surinfectée relève d'un avis médical [2]. Comme les spores du tétanos peuvent entrer par la lésion, la vérification de la vaccination antitétanique (anatoxine tétanique) est prudente chez les personnes touchées [2].

Médicaments de la base cités dans cette fiche

Prévention

Protéger la peau. Les chaussures fermées protègent partiellement, mais cette protection reste théorique en pratique : l'exposition se fait aussi à l'intérieur de la maison, les chaussures sont coûteuses et s'usent vite, et les puces passent par les trous [2,9]. Ne pas porter de chaussures multiplie fortement le risque chez l'écolier [7].

Lotion répulsive. L'application, deux fois par jour, sur les pieds d'une lotion à base d'huile de coco (Zanzarin) a réduit presque complètement le taux d'attaque dans des études au Brésil et à Madagascar [2] ; cette approche fait partie des plus prometteuses dans la revue des essais randomisés [3].

Habitat et sol. Durcir les sols en terre battue, éviter le contact direct avec un sol contaminé, éliminer les gîtes de ponte réduisent l'exposition [2,6,9].

Animaux et approche « Une seule santé ». Les chiens et chats sont des réservoirs : l'élimination des réservoirs animaux contribue à la prévention [2]. Les recommandations de l'OPS proposent aussi la recherche active de cas, la surveillance communautaire, l'accès à des traitements sûrs et efficaces, l'amélioration du logement et la collaboration entre santé humaine, animale et environnementale [1,7].

Éducation. Une mauvaise connaissance de la maladie dans la famille augmente le risque : l'information des familles, des écoles et des soignants fait partie de la lutte [6].

Quand consulter en urgence

Consultez un professionnel de santé si vous ou votre enfant avez un nodule douloureux ou qui démange sur le pied (surtout entre les orteils ou près des ongles) avec un petit point noir central, si vous avez marché pieds nus en zone d'endémie, ou si vous voulez faire retirer des puces sans risque [9,1].

Consultez rapidement en cas de rougeur qui s'étend, de pus, de fièvre, de plaie qui ne guérit pas ou de grande difficulté à marcher : une surinfection bactérienne est possible [2].

N'utilisez jamais d'instrument non stérile pour retirer les puces : la peau infectée et le risque de transmission de maladies sanguines justifient de recourir à un soignant [2,1].

Maladies associées

Sources et mise à jour

  1. OMS · Organisation panaméricaine de la santé (OPS/OMS). PAHO publishes first guidelines for the treatment of tungiasis, a neglected disease that affects millions. 2025. Communiqué du 3 septembre 2025 présentant les premières recommandations de traitement de la tungiase.
  2. Revue à comité de lecture · Feldmeier H, Heukelbach J, Ugbomoiko US, Sentongo E, Mbabazi P, von Samson-Himmelstjerna G, Krantz I; International Expert Group for Tungiasis. Tungiasis — a neglected disease with many challenges for global public health. PLoS Negl Trop Dis. 2014;8(10):e3133. 2014.
  3. Revue à comité de lecture · Abrha S, Heukelbach J, Peterson GM, et al. Clinical interventions for tungiasis (sand flea disease): a systematic review. Lancet Infect Dis. 2021;21(8):e234-e245. 2021.
  4. Revue à comité de lecture · Miller H, Trujillo-Trujillo J, Mutebi F, Feldmeier H. Efficacy and safety of dimeticones in the treatment of epidermal parasitic skin diseases with special emphasis on tungiasis: an evidence-based critical review. Braz J Infect Dis. 2020;24(2):170-177. 2020.
  5. Revue à comité de lecture · Thielecke M, Nordin P, Ngomi N, Feldmeier H. Treatment of tungiasis with dimeticone: a proof-of-principle study in rural Kenya. PLoS Negl Trop Dis. 2014;8(7):e3058. 2014.
  6. Revue à comité de lecture · Girma A, Abdu I, Genet A, Teshome K. Prevalence and risk factors for tungiasis in Africa: a systematic review and meta-analysis. BMC Infect Dis. 2025;25(1):1536. 2025.
  7. Revue à comité de lecture · Berihun G, Desye B, Berhanu L, et al. Prevalence and factors associated with tungiasis among school age children in Sub Saharan Africa: a systematic review and meta-analysis. PLoS One. 2025;20(5):e0321513. 2025.
  8. Revue à comité de lecture · Suzuki K, Kamiya Y, Smith C, et al. Effectiveness of dimeticone oils versus sodium carbonate solution in the treatment of tungiasis in Kenya: a non-inferiority randomised trial. Trop Med Health. 2026;54(1). 2026.
  9. Revue à comité de lecture · Vanegas Ramirez A. Tungiasis: from travel-associated dermatosis to a neglected tropical disease. Dermatologie (Heidelb). 2026. 2026. Revue en allemand ; résumé anglais lu.
  10. Revue à comité de lecture · Fotas T, Giantsis IA, Lefkaditis M, et al. Imported tungiasis in Greece: secondary household transmission and transient mixed liver enzyme elevation. Trop Med Infect Dis. 2026;11(6). 2026.

Fiche mise à jour le 13 octobre 2026. Prochaine révision au plus tard le 13 octobre 2028.