Cancer du col de l'utérus
Cancer qui se développe sur le col de l'utérus, la partie basse de l'utérus qui s'ouvre sur le vagin. Il est causé par une infection persistante par certains papillomavirus humains (HPV). Il met souvent des années à apparaître et peut être évité par la vaccination contre le HPV des filles de 9 à 14 ans et par le dépistage régulier des femmes. Dépisté tôt, il peut être guéri ; découvert tard, il devient très difficile à soigner.
Autres noms : Cancer du col, Cancer cervical, Carcinome du col de l'utérus. En anglais : Cervical cancer. CIM-10 : C53. Système : Tumeurs (cancers).
Définition
Le cancer du col de l'utérus est un cancer qui naît des cellules du col de l'utérus, la partie basse de l'utérus qui communique avec le vagin [1,3].
Il est causé par une infection persistante par des papillomavirus humains (HPV) dits « à haut risque » ; avant le cancer, l'infection peut provoquer des lésions précancéreuses, que l'on peut détecter et traiter avant qu'elles n'évoluent [1,2].
La maladie est largement évitable : elle peut être prévenue par la vaccination contre le HPV et le dépistage régulier, et elle peut être guérie si elle est découverte tôt et traitée rapidement [1,3].
Causes et mécanisme
La grande majorité des cancers du col sont dus à une infection persistante par des types de HPV à haut risque ; les types 16 et 18 causent environ 76 % des cancers du col [1,3].
Selon l'OMS, plusieurs éléments augmentent le risque que l'infection par le HPV évolue vers un cancer [1] :
- le type de HPV en cause (plus ou moins cancérigène) [1] ;
- un système immunitaire affaibli, en particulier l'infection par le VIH [1] ;
- la présence d'autres infections sexuellement transmissibles [1] ;
- un nombre élevé de naissances et une première grossesse à un âge jeune [1] ;
- l'utilisation d'une contraception hormonale [1] ;
- le tabagisme [1].
Les femmes vivant avec le VIH ont un risque environ 6 fois plus élevé de cancer du col que les autres femmes (méta-analyse de 24 études : risque relatif 6,07) [1,8].
Transmission et facteurs de risque
Le cancer du col n'est pas contagieux : c'est l'infection par le HPV, virus qui en est la cause, qu'il faut prévenir. Seule l'infection persistante par un HPV à haut risque peut conduire à des lésions précancéreuses puis à un cancer [1,2].
Selon l'OMS, la vaccination contre le HPV, l'usage du préservatif, la circoncision masculine volontaire et le fait de ne pas fumer font partie des moyens de réduire le risque [1].
Épidémiologie
Monde. Selon l'OMS (chiffres 2024), environ 604 000 nouveaux cas et 280 000 décès par cancer du col sont enregistrés chaque année ; les taux les plus élevés se trouvent dans les pays à revenu faible ou intermédiaire [1]. Environ 90 % des cancers du col surviennent dans des pays à revenu faible ou intermédiaire qui n'ont ni dépistage organisé ni programme de vaccination contre le HPV [3].
Le cancer du col est la première cause de décès par cancer chez la femme dans 26 pays, surtout en Afrique subsaharienne [1]. Dans les pays à revenu élevé, l'incidence et la mortalité ont diminué de plus de moitié en 30 ans grâce au dépistage organisé [3].
Afrique et VIH. En 2018, environ 4,9 % des nouveaux cas de cancer du col dans le monde étaient attribuables au VIH ; cette part atteignait 63,8 % des femmes atteintes d'un cancer du col en Afrique australe et 27,4 % en Afrique de l'Est [8].
Signes cliniques
Les signes apparaissent le plus souvent quand la maladie est déjà installée, d'où l'importance du dépistage chez les femmes sans symptôme [1]. Les principaux signes décrits par l'OMS sont [1] :
- des saignements anormaux entre les règles, après les rapports sexuels ou après la ménopause [1] ;
- des pertes vaginales plus abondantes ou malodorantes [1] ;
- une gêne vaginale [1] ;
- des douleurs persistantes du dos, des jambes ou du bassin [1] ;
- un gonflement des jambes [1] ;
- une perte de poids, une fatigue et une perte d'appétit [1].
Signes de gravité
Le pronostic dépend de l'étendue de la maladie au moment du diagnostic : le cancer peut être guéri s'il est découvert et traité à un stade précoce [1,3]. Pour les femmes dont la maladie est métastatique ou récidivante, le pronostic reste globalement mauvais [3].
La classification de la FIGO distingue le stade I (cancer limité au col), puis des stades plus avancés ; l'atteinte des ganglions lymphatiques est classée en stade IIIC (IIIC1 si seuls les ganglions du bassin sont atteints, IIIC2 si les ganglions para-aortiques le sont aussi) [6].
Des saignements vaginaux anormaux (après un rapport sexuel, entre les règles ou après la ménopause) justifient une consultation sans attendre : un cancer du col découvert tôt peut être guéri [1].
Diagnostic
Diagnostic clinique
Le diagnostic commence par l'interrogatoire (saignements anormaux, pertes, douleurs) et l'examen du col : après application d'acide acétique, le col est examiné à l'œil nu ou avec un instrument grossissant (colposcopie) pour repérer la lésion et décider du traitement [1].
Toute femme qui présente des symptômes ou dont le dépistage est anormal doit bénéficier d'un examen du col suivi, si besoin, d'un traitement adapté [1,2].
Examens biologiques
Le dépistage repose sur un test à haute performance, de préférence la recherche de HPV à haut risque, proposé tous les 5 à 10 ans à partir de 30 ans, et tous les 3 à 5 ans à partir de 25 ans chez les femmes vivant avec le VIH ; l'OMS vise au moins deux dépistages dans la vie, à 35 ans puis à 45 ans [1,2].
La confirmation repose sur l'analyse au microscope d'un prélèvement du col (histologie), parfois obtenu par une biopsie en cône qui retire un fragment de tissu en forme de cône [1].
Le bilan d'extension (staging) précise l'étendue du cancer ; la FIGO permet d'utiliser l'imagerie ou l'analyse des tissus pour classer la maladie [6]. L'échographie par voie vaginale ou rectale ou l'IRM du bassin détermine l'étendue locale de la tumeur ; elles n'écartent pas de façon certaine une atteinte des ganglions de petit volume [5].
Pour rechercher une extension hors du bassin, un scanner avec injection ou une TEP-scanner (18F-FDG) est recommandé, sauf dans certains cancers très précoces sans atteinte ganglionnaire à l'imagerie, où le stade est précisé par chirurgie et analyse des tissus [5].
Imagerie
Selon les recommandations européennes (ESGO/ESTRO/ESP, mise à jour 2023), les décisions de traitement doivent s'appuyer sur l'imagerie moderne : échographie transvaginale ou transrectale, ou IRM du bassin, pour l'extension locale ; scanner avec injection ou TEP-scanner pour l'extension à distance [5,4].
Diagnostic différentiel
Les saignements anormaux, les pertes et les douleurs pelviennes ne sont pas propres au cancer du col et peuvent avoir d'autres origines : seule l'analyse d'un prélèvement du col permet d'affirmer le diagnostic de cancer [1].
Il faut aussi distinguer, au sein de la maladie, une lésion précancéreuse, qui se traite localement (thermo-ablation, cryothérapie, résection à l'anse diathermique ou biopsie en cône), d'un cancer invasif, qui relève de la chirurgie, de la radiothérapie et de la chimiothérapie [1,2].
Évolution, complications et pronostic
L'infection persistante par un HPV à haut risque peut provoquer des lésions précancéreuses, puis un cancer invasif si elles ne sont ni détectées ni traitées [1,2].
Après traitement d'un cancer, un suivi est nécessaire : les recommandations européennes couvrent aussi le suivi, la qualité de vie à long terme et les soins palliatifs [4].
Pour les femmes dont la maladie est métastatique ou récidivante, le pronostic reste globalement mauvais, même si l'ajout du bévacizumab a permis de dépasser 12 mois de survie globale dans les essais [3].
Traitement
Lésions précancéreuses. Elles se traitent par thermo-ablation, cryothérapie, résection à l'anse diathermique de la zone de transformation (LEEP/LEETZ) ou biopsie en cône, selon les cas ; l'OMS recommande de dépister puis de traiter [1,2].
Cancer invasif. Le traitement dépend de l'étendue de la maladie au diagnostic et des ressources disponibles : il comprend la chirurgie (hystérectomie radicale), la radiothérapie avec chimiothérapie (chimioradiothérapie), ou une association des deux [3]. Pour les femmes ayant un cancer précoce à faible risque, des chirurgies conservatrices préservant la fertilité sont devenues la norme [3]. La radiothérapie moderne à intensité modulée réduit les effets secondaires chez les femmes ayant une maladie localement avancée [3].
Maladie métastatique ou récidivante. Le bévacizumab, un anticorps qui bloque la croissance des vaisseaux de la tumeur, a permis de dépasser 12 mois de survie globale ; les traitements d'immunothérapie donnent des résultats préliminaires prometteurs [3].
Les recommandations européennes détaillent la prise en charge selon le stade : traitement préservant la fertilité, cancers précoces et localement avancés, cancer découvert après hystérectomie simple, cancer pendant la grossesse, formes rares, rechutes et soins palliatifs [4].
L'OMS souligne qu'une équipe multidisciplinaire doit poser le diagnostic et le stade avant toute décision, que le traitement doit suivre les recommandations nationales et que les soins palliatifs (soulagement de la douleur et soutien) font partie de la prise en charge [1].
Médicaments de la base cités dans cette fiche
Prévention
Vaccination contre le HPV. L'OMS recommande de vacciner les filles de 9 à 14 ans, avant le début de la vie sexuelle, en 1 ou 2 doses (2 ou 3 doses de préférence chez les personnes dont l'immunité est affaiblie) ; en 2025, 8 vaccins étaient homologués, dont 5 préqualifiés par l'OMS [1].
Une étude de population suédoise (1,67 million de filles et de femmes de 10 à 30 ans) a montré que le cancer du col invasif était nettement moins fréquent chez les vaccinées, surtout si la vaccination avait eu lieu avant 17 ans (rapport des taux d'incidence 0,12 si la vaccination avait eu lieu avant 17 ans, contre 0,47 entre 17 et 30 ans) [7].
Dépistage et traitement des lésions précancéreuses. Un test à haute performance (de préférence la recherche de HPV) tous les 5 à 10 ans dès 30 ans (dès 25 ans chez les femmes vivant avec le VIH) permet de repérer et de traiter les lésions avant le cancer [1,2]. Le dépistage et la vaccination sont particulièrement importants pour les femmes vivant avec le VIH [8].
Autres mesures. Utiliser un préservatif, ne pas fumer ou arrêter de fumer, et la circoncision masculine volontaire contribuent à réduire le risque [1].
Objectifs mondiaux 90-70-90 d'ici 2030 : 90 % des filles complètement vaccinées avant 15 ans, 70 % des femmes dépistées avec un test à haute performance à 35 et à 45 ans, 90 % des femmes ayant une lésion précancéreuse ou un cancer correctement traitées ; le seuil d'élimination est de 4 nouveaux cas ou moins pour 100 000 femmes par an [1].
Quand consulter en urgence
Consultez un médecin ou une sage-femme pour un dépistage du col à partir de 30 ans (25 ans si vous vivez avec le VIH), même sans symptôme, et parlez de la vaccination contre le HPV pour les filles de 9 à 14 ans [1].
Consultez sans attendre en cas de saignements entre les règles, après un rapport sexuel ou après la ménopause, de pertes vaginales anormales ou malodorantes, ou de douleurs persistantes du bassin, du dos ou des jambes [1].
Si vous avez un résultat de dépistage anormal ou une lésion repérée sur le col, ne laissez pas passer le temps : les lésions précancéreuses se traitent simplement, et le cancer découvert tôt peut être guéri [1,2].
Maladies associées
Sources et mise à jour
- OMS · Organisation mondiale de la Santé. Cervical cancer (aide-mémoire). 2026. Version du 3 juillet 2026.
- OMS · Organisation mondiale de la Santé, HRP. WHO guideline for screening and treatment of cervical pre-cancer lesions for cervical cancer prevention. 2021. 23 recommandations et 7 énoncés de bonnes pratiques sur le dépistage et le traitement des lésions précancéreuses.
- Revue à comité de lecture · Cohen PA, Jhingran A, Oaknin A, Denny L. Cervical cancer. Lancet. 2019;393(10167):169-182. 2019. Résumé de l'article (Lancet Seminar).
- Référence professionnelle · Cibula D, Raspollini MR, Planchamp F, et al. ESGO/ESTRO/ESP Guidelines for the management of patients with cervical cancer - Update 2023. Radiother Oncol. 2023;184:109682. 2023. Résumé de l'article.
- Référence professionnelle · Fischerova D, Frühauf F, Burgetova A, Haldorsen IS, Gatti E, Cibula D. The Role of Imaging in Cervical Cancer Staging: ESGO/ESTRO/ESP Guidelines (Update 2023). Cancers (Basel). 2024;16(4):775. 2024. Résumé de l'article.
- Référence professionnelle · Bhatla N, Berek JS, Cuello Fredes M, et al. Revised FIGO staging for carcinoma of the cervix uteri. Int J Gynaecol Obstet. 2019;145(1):129-135. 2019. Résumé de l'article.
- Revue à comité de lecture · Lei J, Ploner A, Elfström KM, et al. HPV Vaccination and the Risk of Invasive Cervical Cancer. N Engl J Med. 2020;383(14):1340-1348. 2020. Résumé de l'article (registres suédois, filles et femmes de 10 à 30 ans).
- Revue à comité de lecture · Stelzle D, Tanaka LF, Lee KK, et al. Estimates of the global burden of cervical cancer associated with HIV. Lancet Glob Health. 2021;9(2):e161-e169. 2021. Résumé de l'article (revue systématique et méta-analyse de 24 études).
Fiche mise à jour le 13 octobre 2026. Prochaine révision au plus tard le 13 octobre 2028.