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Cancer du sein

Maladie dans laquelle des cellules du sein anormales se multiplient sans contrôle et forment une tumeur maligne. C'est le cancer le plus souvent diagnostiqué chez la femme dans le monde. Il se révèle le plus souvent par une boule ou un épaississement dans le sein, souvent sans douleur. Plus il est découvert tôt, mieux il se soigne : le traitement associe chirurgie, radiothérapie et médicaments adaptés au type de tumeur. Dans les pays à faibles ressources, il est souvent diagnostiqué à un stade avancé.

Autres noms : Carcinome mammaire, Cancer mammaire, Tumeur maligne du sein. En anglais : Breast cancer. CIM-10 : C50. Système : Tumeurs (cancers).

Définition

Le cancer du sein est une maladie caractérisée par la croissance incontrôlée de cellules mammaires anormales qui forment des tumeurs ; sans traitement, les tumeurs peuvent se propager dans l'organisme et avoir une issue fatale [1].

Les tumeurs les plus fréquentes sont le carcinome canalaire infiltrant (le plus courant) et le carcinome lobulaire infiltrant (environ 10 à 15 % des cancers invasifs) [4]. Le carcinome canalaire in situ reste confiné aux canaux du sein, sans franchir leur paroi, mais peut devenir invasif s'il n'est pas traité [4].

On distingue quatre grands types biologiques selon les récepteurs hormonaux (œstrogènes, progestérone) et la protéine HER2 : luminal A, luminal B, HER2 positif et triple négatif [4]. Cette classification guide le traitement [4].

Causes et mécanisme

Le sexe féminin est le facteur de risque le plus important [1]. Les autres facteurs sont [1] :

  • l'âge [1] ;
  • l'obésité [1] ;
  • l'usage nocif de l'alcool [1] ;
  • les antécédents familiaux de cancer du sein [1] ;
  • une exposition aux radiations [1] ;
  • les antécédents gynécologiques, comme l'âge aux premières règles et à la première grossesse [1] ;
  • le tabagisme [1] ;
  • un traitement hormonal après la ménopause [1] ;
  • certaines mutations génétiques héréditaires de haute pénétrance, notamment dans les gènes BRCA1, BRCA2 et PALB2 [1].

Une exposition prolongée aux œstrogènes (règles avant 12 ans, ménopause après 55 ans, absence de grossesse menée à terme) augmente aussi le risque [4]. Dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, la hausse du nombre de cas est surtout liée à l'évolution démographique, à l'urbanisation et à la modification des comportements de reproduction, plus qu'à des mutations héréditaires [4].

Transmission et facteurs de risque

Le cancer du sein n'est pas contagieux : il ne se transmet pas d'une personne à une autre [1]. Il résulte de l'association de facteurs de risque (âge, hormones, mode de vie) et, dans une minorité de cas, d'une mutation héréditaire qui peut se transmettre dans une famille (par exemple BRCA1 ou BRCA2) [1,4].

Épidémiologie

Monde. En 2024, on estimait à 2,4 millions le nombre de femmes chez qui un cancer du sein a été diagnostiqué et à 694 000 le nombre de décès dus à cette maladie [1]. Pour 2022, une autre estimation donne 2,3 millions de nouveaux cas et 670 000 décès chez la femme ; d'ici 2050, les nouveaux cas devraient augmenter de 38 % et les décès de 68 %, avec un effet plus marqué dans les pays où l'indice de développement humain est faible [2].

Les hommes représentent environ 0,5 à 1 % des personnes touchées [1].

Inégalités. Dans les pays où l'indice de développement humain est très élevé, le cancer du sein est diagnostiqué chez 1 femme sur 12 et 1 femme sur 71 en meurt ; dans les pays où il est faible, il est diagnostiqué chez 1 femme sur 27 et 1 femme sur 48 en meurt [1]. Dans les pays à revenu élevé, la mortalité standardisée selon l'âge a baissé de 40 % entre les années 1980 et 2020 [1].

Afrique subsaharienne. Une revue de 85 études (33 053 patientes) montre un âge moyen au diagnostic de 48,7 ans, plus jeune que dans les pays à revenu élevé ; la moitié des patientes sont diagnostiquées au stade III et seulement 4 % au stade I ; la survie à 5 ans est de 44 % en moyenne, la plus faible en Afrique de l'Ouest [3]. Les sous-types les plus fréquents sont le luminal A (30 %) et le triple négatif (29 %) [3]. Dans une série de 607 patients au Nigeria (2010-2018), 80,2 % avaient une maladie au stade III ou plus [6].

Signes cliniques

Au début, le cancer du sein peut ne causer aucun symptôme ; il est alors découvert par la mammographie de dépistage [1,4]. Les signes qui doivent alerter sont [1] :

  • une masse ou un épaississement dans le sein, souvent indolore [1] ;
  • un changement de la taille, de la forme ou de l'apparence du sein [1] ;
  • des fossettes, des rougeurs, une peau d'orange ou d'autres changements de la peau [1] ;
  • une modification de l'apparence du mamelon ou de la peau qui l'entoure (aréole) [1] ;
  • un écoulement anormal ou sanglant du mamelon [1].

À un stade avancé ou lorsque la maladie s'est propagée, on peut observer des douleurs osseuses, des maux de tête ou des plaies ouvertes (ulcères) [1]. Dans une série nigériane, 97 % des patients consultaient pour une masse palpable [6].

Signes de gravité

Le pronostic dépend surtout du stade au diagnostic : en Afrique subsaharienne, la survie à 5 ans est en moyenne de 44 %, alors que dans les pays à revenu élevé, la mortalité a nettement baissé grâce au dépistage et à l'accès à des traitements complets [3,1]. Dans la série nigériane, la survie était meilleure pour les stades I et II que pour les stades III et IV (78,6 % contre 33,3 %) [6].

Le type de tumeur compte aussi : le cancer triple négatif (environ 10 à 15 % des cancers du sein) évolue plus vite, récidive plus tôt et a un moins bon pronostic que les cancers à récepteurs hormonaux ou HER2 positifs [4]. À l'inverse, le luminal A est le type le plus lent, avec le moins de récidives [4].

Les métastases touchent surtout les os, le foie, les poumons et le cerveau [4].

Une boule dans le sein qui grossit, une peau du sein rouge, épaissie ou en « peau d'orange », ou des douleurs osseuses persistantes doivent conduire à consulter sans attendre : le retard au diagnostic réduit les chances de guérison [1,7].

Diagnostic

Diagnostic clinique

Le diagnostic repose sur la triple évaluation internationalement admise : examen clinique des seins et des aisselles, imagerie du sein, et confirmation par un prélèvement de tissu (biopsie) [4].

Le diagnostic précoce consiste à connaître les signes et à consulter rapidement ; le dépistage par mammographie s'adresse en général aux femmes de 50 à 69 ans [1].

Examens biologiques

Biopsie à l'aiguille (microbiopsie) : c'est l'examen de référence ; il confirme le cancer et précise le type de cellules, le grade, les récepteurs hormonaux et le statut HER2, indispensables pour choisir le traitement [4].

Récepteurs hormonaux et HER2 : le type biologique de la tumeur (luminal, HER2 positif, triple négatif) est déterminé par l'analyse du prélèvement ; dans le cancer métastatique, ces marqueurs, en particulier les récepteurs aux œstrogènes et HER2, sont à nouveau recherchés au moins une fois [4,5].

Les classes 4 et 5 de l'imagerie (système BI-RADS : anomalie suspecte ou très évocatrice d'un cancer) nécessitent en général une biopsie [4].

Accès aux examens en Afrique. Dans une série nigériane de 607 patients, l'étude des récepteurs (immunohistochimie) n'a été faite que sur 21,6 % des prélèvements [6]. Les retards viennent notamment de capacités diagnostiques insuffisantes et de plusieurs consultations avant le diagnostic, avec des délais de 28 jours à plus de 12 mois dans une revue sud-africaine [7].

Imagerie

La mammographie et l'échographie mammaire sont les principaux examens d'imagerie du sein [4]. Pour chercher une extension à distance, la tomographie par émission de positons au FDG (TEP-TDM) est préférée dans une recommandation européenne et nord-américaine d'imagerie nucléaire pour les stades IIB ou plus ; d'autres recommandations (NCCN, ESMO, ABC) la réservent aux cas où les examens habituels ne permettent pas de conclure, sauf maladie à haut risque ou métastatique [9].

Diagnostic différentiel

Seule la biopsie permet d'affirmer qu'une anomalie du sein est un cancer et d'en préciser le type [4] ; une anomalie suspecte à l'examen ou à l'imagerie ne doit donc pas rester sans prélèvement [4].

Chez une femme déjà traitée, une nouvelle lésion (récidive locale, métastase) demande une biopsie pour vérifier qu'il s'agit bien d'un cancer du sein et pour en refaire le profil biologique, car celui-ci peut changer [5].

Évolution, complications et pronostic

Le cancer du sein est classé en stades : stade I (petite tumeur sans extension), stades II (atteinte limitée des ganglions de l'aisselle ou tumeur plus grosse), stade III (cancer localement avancé, avec atteinte étendue des ganglions ou de la paroi du thorax ou de la peau, dont le cancer inflammatoire, particulièrement agressif) et stade IV (métastases) [4].

Le pronostic est d'autant meilleur que le stade est précoce [4,6]. Au stade métastatique, l'objectif du traitement est de contrôler la maladie sur le long terme, de garder la qualité de vie et de soulager les symptômes ; les cancers HER2 positifs sont ceux qui ont le plus de chances de rémission durable, alors que, dans le triple négatif, très peu de patientes (une minorité) ont un contrôle de la maladie de plus de 12 à 18 mois [5].

Une récidive est possible après le traitement ; dans une série nigériane, 18,8 % des patients opérés ont eu une récidive [6].

Traitement

Le traitement est décidé par une équipe de spécialistes (chirurgien, oncologue, radiothérapeute, pathologiste) et dépend du stade et du type biologique de la tumeur ; il peut associer plusieurs méthodes [1,4].

Chirurgie : tumorectomie (conservation du sein) ou mastectomie (ablation du sein), avec exploration des ganglions de l'aisselle (ganglion sentinelle ou curage) selon l'atteinte [1,4]. Après une chimiothérapie préopératoire, en cas de petite atteinte résiduelle du ganglion sentinelle, un curage n'a pas toujours été nécessaire lorsque les ganglions sont irradiés, mais la biologie de la tumeur compte : en cas de cancer triple négatif, le risque de récidive dans l'aisselle était plus élevé sans curage [8].

Radiothérapie : elle réduit le risque de récidive dans le sein, les tissus voisins ou la paroi du thorax ; elle est habituelle après une tumorectomie et chez certaines patientes après mastectomie [1,4].

Traitements par médicaments (principes, sans posologie) [1,4] :

  • hormonothérapie pour les tumeurs à récepteurs hormonaux : tamoxifène ou inhibiteurs de l'aromatase (comme anastrozole, létrozole ou exémestane) [1] ;
  • chimiothérapie, en préopératoire ou après l'opération, souvent avec des anthracyclines (comme la doxorubicine) et des taxanes (comme le paclitaxel ou le docétaxel) ; elle est surtout utile dans les formes agressives (triple négatif, HER2 positif) et dans les formes avancées [4] ;
  • thérapies ciblées anti-HER2 pour les tumeurs HER2 positives, comme le trastuzumab [1,4] ;
  • dans les formes avancées : inhibiteurs de CDK4/6, immunothérapie (par exemple le pembrolizumab associé à une chimiothérapie pour certains cancers triple négatifs, selon un test PD-L1), inhibiteurs de PARP en cas de mutation BRCA et conjugués anticorps-médicament [4,5].

Cancer avancé ou métastatique : le traitement choisi selon le type biologique de la tumeur vise à contrôler la maladie et à soulager les symptômes ; les soins de soutien et palliatifs sont intégrés dès le début [5]. Les recommandations internationales supposent l'accès à tous les traitements et doivent être adaptées là où l'accès aux soins est limité [5].

Accès aux soins. Dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, le manque de chirurgiens, de radiothérapie, de laboratoires et de médicaments limite les soins complets [4]. Dans la série nigériane, 49,9 % des patients ont été opérés et 7,9 % ont reçu une radiothérapie ; la radiothérapie après chimiothérapie était associée à une meilleure survie dans les formes localement avancées [6]. Des cliniques « tout en un » (guichet unique) sont associées à des délais de diagnostic plus courts [7].

Médicaments de la base cités dans cette fiche

Prévention

Il n'est pas possible d'éviter tous les cancers du sein, mais on peut réduire le risque et surtout gagner du temps [1].

  • Diagnostic précoce : connaître les signes d'alerte et consulter rapidement devant une anomalie du sein [1] ;
  • Dépistage par mammographie, généralement chez les femmes de 50 à 69 ans, là où il est organisé [1] ;
  • Réduire les facteurs modifiables : éviter l'obésité, limiter l'alcool et ne pas fumer [1] ;
  • En parler au médecin si plusieurs cas de cancer du sein existent dans la famille, car des mutations héréditaires (BRCA1, BRCA2, PALB2) augmentent le risque [1].

L'Initiative mondiale de l'OMS contre le cancer du sein vise à réduire la mortalité de 2,5 % par an, ce qui éviterait 2,5 millions de décès d'ici 2040. Elle repose sur trois piliers : la promotion de la santé pour une détection précoce, le diagnostic en temps utile et une prise en charge complète [1]. Parmi les 46 pays étudiés pour l'évolution de la mortalité, sept atteignaient cet objectif de baisse annuelle d'au moins 2,5 % [2].

Quand consulter en urgence

Consultez un médecin sans attendre devant une boule ou un épaississement du sein, une modification de la taille, de la forme ou de la peau du sein (fossettes, rougeur, peau d'orange), une modification du mamelon ou un écoulement anormal ou sanglant [1].

Si vous avez déjà été traitée pour un cancer du sein, consultez en cas de nouvelle masse, de douleurs osseuses persistantes ou de maux de tête inhabituels [1,4].

Ne laissez pas passer les mois : les retards de consultation et de diagnostic sont fréquents et sont associés à un stade plus avancé et à une moins bonne survie [7,3].

Maladies associées

Sources et mise à jour

  1. OMS · Organisation mondiale de la Santé. Cancer du sein (aide-mémoire). 2026. Version du 3 juillet 2026.
  2. Revue à comité de lecture · Kim J, Harper A, McCormack V, Sung H, Houssami N, Morgan E, Mutebi M, Garvey G, Soerjomataram I, Fidler-Benaoudia MM. Global patterns and trends in breast cancer incidence and mortality across 185 countries. Nat Med. 2025;31(4):1154-1162. 2025.
  3. Revue à comité de lecture · Parenté A, Gnangnon FHR, Kinsou D, et al. Prognostic factors of breast cancer and survival in Sub-Saharan Africa: a systematic review and meta-analysis. Bull Cancer. 2025;112(9):1024-1034. 2025.
  4. Revue à comité de lecture · Unuofin JO, Adefisan-Adeoye AO, Paimo OK, Maphetu N, Lebelo SL. Breast Cancer: Epidemiology, Molecular Classification, Diagnostics and Evolving Treatment Paradigms. Molecules. 2026;31(14). 2026. Revue ; sections sur le diagnostic, les sous-types et les traitements conventionnels.
  5. Référence professionnelle · Cardoso F, Paluch-Shimon S, Schumacher-Wulf E, et al. 6th and 7th International consensus guidelines for the management of advanced breast cancer (ABC guidelines 6 and 7). Breast. 2024;76:103756. 2024. Recommandations de consensus de l'ABC Global Alliance.
  6. Revue à comité de lecture · Olasehinde O, Alatise O, Omisore A, et al. Contemporary management of breast cancer in Nigeria: insights from an institutional database. Int J Cancer. 2021;148(12):2906-2914. 2021. Série de 607 patients, 2010-2018.
  7. Revue à comité de lecture · Reissis Y, Miller B, Friebel R, Hargest R. Where do delays occur? A systematic review of the barriers to early breast cancer diagnosis across South Africa's health system. BMJ Open. 2026;16(9):e122056. 2026.
  8. Revue à comité de lecture · Montagna G, Alvarado M, Myers S, et al. Oncological outcomes with and without axillary lymph node dissection in patients with residual micrometastases after neoadjuvant chemotherapy (OPBC-07/microNAC): an international, retrospective cohort study. Lancet Oncol. 2026;27(1):57-67. 2026.
  9. Revue à comité de lecture · Groheux D, Vaz SC, Poortmans P, et al. Role of [18F]FDG PET/CT in patients with invasive breast carcinoma of no special type: literature review and comparison between guidelines. Breast. 2024;78:103806. 2024.

Fiche mise à jour le 13 octobre 2026. Prochaine révision au plus tard le 13 octobre 2028.