Déficit en glucose-6-phosphate déshydrogénase (G6PD)
Anomalie héréditaire très fréquente d'une enzyme des globules rouges, transmise par le chromosome X. La plupart des personnes concernées n'ont jamais de symptômes, mais certains médicaments (comme la primaquine ou la dapsone), les fèves ou une infection peuvent détruire brutalement leurs globules rouges. Chez le nouveau-né, elle expose à une jaunisse grave. À Brazzaville, environ 13 % des enfants étudiés étaient déficitaires.
Autres noms : Déficit en G6PD. En anglais : G6PD deficiency. CIM-10 : D55.0. Système : Maladies du sang et du système immunitaire.
Définition
Le déficit en glucose-6-phosphate déshydrogénase (G6PD) est l'anomalie enzymatique héréditaire la plus fréquente chez l'être humain ; il touche plus de 400 millions de personnes dans le monde [1].
Il rend les globules rouges très vulnérables aux agressions oxydantes et donc susceptibles d'être détruits (hémolyse) [2]. Cette destruction aiguë peut notamment être déclenchée par la consommation de fèves [2,3].
Causes et mécanisme
Le déficit est dû à des mutations du gène G6PD, situé sur le chromosome X ; plus de 200 mutations sont connues, dont environ la moitié sont fréquentes dans certaines populations [2]. Presque toutes diminuent l'activité de l'enzyme, en rendant la protéine moins stable, moins active, ou les deux [2].
Facteurs déclenchants d'une destruction aiguë des globules rouges chez une personne déficitaire [2,3] :
- les fèves (Vicia faba) [2,3] ;
- certains médicaments : primaquine et tafénoquine (antipaludiques), dapsone, rasburicase [2,3] ; d'autres médicaments sont cités comme hémolysants, comme le cotrimoxazole et la nitrofurantoïne [4] ;
- certaines infections, comme la fièvre typhoïde [3], plus rarement en cause que les fèves et les médicaments [2].
Transmission et facteurs de risque
Le déficit en G6PD est un défaut génétique héréditaire lié au chromosome X [1].
Garçons : ils n'ont qu'un seul chromosome X ; leur activité G6PD est donc soit normale, soit déficitaire [3,4].
Filles : elles ont deux copies du gène. Elles peuvent être normales, déficitaires (deux copies anormales) ou hétérozygotes (une copie anormale) ; les hétérozygotes ont une activité très variable, le plus souvent intermédiaire (20 à 80 % de la normale) [3].
Par exemple, dans une population où 10 % des gènes sont anormaux, environ 10 % des hommes sont déficitaires, environ 1 % des femmes ont deux copies anormales et 20 % des femmes sont hétérozygotes, dont environ 60 % ont une activité intermédiaire [4].
Épidémiologie
Monde. Plus de 400 millions de personnes sont concernées [1,3] ; une autre estimation parle d'environ 500 millions de porteurs de mutations [2]. La répartition géographique du déficit est remarquablement semblable à celle du paludisme [1].
Afrique. Selon une carte modélisée publiée en 2012, les prévalences les plus élevées (jusqu'à 32,5 %) sont observées en Afrique subsaharienne et dans la péninsule arabique [5]. L'Afrique et le Moyen-Orient ont la plus forte prévalence mais la plus faible couverture du dépistage néonatal du déficit en G6PD [3].
République du Congo. Chez 212 enfants fébriles de Brazzaville (étude publiée en 2019), 13 % étaient déficitaires et 25 % des filles étaient hétérozygotes [6]. Une étude plus ancienne à Brazzaville (publiée en 1998) trouvait une fréquence de l'allèle déficitaire G6PD A- de 22,5 % chez des témoins [7].
Afrique centrale. Dans un essai mené chez des enfants de RDC et d'Ouganda atteints de paludisme (publié en 2023), 284 des 1 137 enfants étaient déficitaires et 119 filles étaient hétérozygotes [8].
Signes cliniques
La plupart des personnes déficitaires n'ont aucun symptôme au cours de leur vie [2].
Chez le nouveau-né : risque de jaunisse (ictère) grave. Un taux élevé de bilirubine peut atteindre le cerveau et provoquer une encéphalopathie, un ictère nucléaire (atteinte neurologique chronique), voire la mort [3]. La jaunisse grave apparaît habituellement dans la première semaine de vie, mais peut survenir plus tard [3].
Crise aiguë : une destruction aiguë et parfois très grave des globules rouges (anémie hémolytique aiguë) survient après exposition à un facteur déclenchant (fèves, médicaments, infections) [1,2].
Forme chronique : de rares mutations sporadiques entraînent une destruction chronique des globules rouges (anémie hémolytique chronique non sphérocytaire) [1,2].
À Brazzaville, les garçons déficitaires (G6PD A-) avaient des taux moyens de globules rouges et de plaquettes plus bas que les garçons normaux [6].
Signes de gravité
La destruction aiguë des globules rouges peut être très grave [2] ; dans les régions d'endémie palustre, le risque est préoccupant car l'accès aux structures capables de mesurer l'hémoglobine et de transfuser est limité [4].
Les filles hétérozygotes à activité intermédiaire sont souvent classées à tort comme normales par les tests qualitatifs, et donc exposées sans le savoir aux médicaments oxydants [4]. Dans une étude, 2 femmes sur 16 traitées par dihydroartémisinine-pipéraquine et primaquine pendant 7 jours ont dû être transfusées [4].
Chez le nouveau-né déficitaire, une jaunisse doit faire consulter rapidement : un taux élevé de bilirubine peut entraîner une atteinte neurologique chronique (ictère nucléaire), voire la mort, alors qu'il se traite par photothérapie [3].
Diagnostic
Diagnostic clinique
Le statut G6PD se détermine par le phénotype (mesure de l'activité de l'enzyme) ou par le génotype (recherche des mutations) [3].
Situations qui doivent faire rechercher un déficit [3,4] :
- nouveau-né avec une jaunisse, surtout en cas d'antécédents familiaux ou si la jaunisse répond mal à la photothérapie [3,4] ;
- destruction aiguë des globules rouges après la prise de fèves, d'un médicament oxydant ou au cours d'une infection [1,2] ;
- avant un traitement par primaquine ou tafénoquine [3,4] ;
- membres de la famille d'une personne déficitaire, en particulier les femmes et leurs nouveau-nés [4].
Examens biologiques
Classification selon l'activité de l'enzyme (définie par l'OMS) : chez l'homme, une activité inférieure à 30 % de la normale signe un déficit ; chez la femme, moins de 30 % = déficitaire, 30 à 80 % = intermédiaire, plus de 80 % = normale [3].
Tests quantitatifs : ils mesurent l'activité de l'enzyme ; un test quantitatif sert de référence [3]. Dans certains programmes, les résultats anormaux sont confirmés par spectrophotométrie [3].
Tests qualitatifs : le plus utilisé est le test de fluorescence (fluorescent spot test), qui observe la production de NADPH sous lumière ultraviolette ; il détecte bien les garçons déficitaires et les filles à deux copies anormales, mais classe souvent comme normales les filles hétérozygotes à activité faible ou intermédiaire [3,4].
Génotypage : chez le garçon, il suffit à déterminer le statut ; chez la fille hétérozygote, il ne permet pas de prévoir l'activité de l'enzyme [3].
Chez le nouveau-né, le dépistage se fait souvent sur une goutte de sang prélevée au talon et séchée sur papier buvard [3]. Le nombre élevé de jeunes globules rouges (réticulocytes) peut faire classer à tort comme normales des filles à faible activité [3].
Tests de diagnostic rapide
Tests rapides au point de soins [3] :
- CareStart G6PD : test rapide qualitatif adapté aux structures de soins de base, avec les limites des tests qualitatifs [3].
- SD Biosensor STANDARD G6PD : test quantitatif sur petit appareil, qui mesure l'activité rapportée à l'hémoglobine dans des structures de niveau inférieur [3]. Les appareils quantitatifs corrigent l'effet de la température, contrairement aux tests qualitatifs [3].
Les tests quantitatifs au point de soins permettent un accès équitable des hommes et des femmes à la primaquine à forte dose et à la tafénoquine [3] ; la tafénoquine est contre-indiquée aussi chez les femmes à activité intermédiaire [4]. Les tests de terrain n'ont pas été validés sur les gouttes de sang séché utilisées pour le dépistage néonatal [3].
Diagnostic différentiel
Situations à distinguer ou à associer [6,7,8] :
| Maladie à évoquer | Éléments à connaître |
|---|---|
| Paludisme | Chez les enfants africains atteints de paludisme, l'hémoglobine de départ était plus basse chez les déficitaires et les filles hétérozygotes [8]. Certains antipaludiques (primaquine, tafénoquine) peuvent déclencher la destruction des globules rouges [2]. |
| Drépanocytose | Peut être associée au déficit : à Brazzaville, la fréquence du déficit était la même chez les drépanocytaires SS et chez les témoins, mais l'hémoglobine était plus basse chez les SS porteurs de G6PD A- [7]. |
| Autres causes de jaunisse du nouveau-né | Rechercher un déficit en G6PD si la famille est concernée ou si la jaunisse répond mal à la photothérapie [3,4]. |
| Anémie hémolytique chronique d'autre origine | Certaines mutations rares du G6PD donnent elles-mêmes une destruction chronique des globules rouges (anémie hémolytique non sphérocytaire) [1,2]. |
Évolution, complications et pronostic
La plupart des personnes déficitaires restent sans symptômes toute leur vie [2]. L'anémie hémolytique aiguë peut être traitée efficacement si elle est diagnostiquée rapidement [2].
Chez le nouveau-né, l'ictère grave peut laisser des séquelles neurologiques ou être mortel [3]. À Singapour, le dépistage néonatal du déficit, débuté en 1965, a permis d'éliminer l'ictère nucléaire dû au déficit en G6PD [3].
Dans l'essai mené en RDC et en Ouganda, la faible dose unique de primaquine n'a pas modifié l'évolution de l'hémoglobine après traitement du paludisme, et les enfants déficitaires récupéraient plus souvent leur taux d'hémoglobine [8].
Traitement
Il n'existe pas de traitement du déficit lui-même : la prise en charge la plus efficace consiste à prévenir la destruction des globules rouges en évitant les agressions oxydantes [1].
Crise aiguë : elle peut être prise en charge efficacement si elle est diagnostiquée rapidement [2] ; la surveillance repose sur la mesure de l'hémoglobine et, si nécessaire, la transfusion sanguine [4].
Ictère du nouveau-né : photothérapie (lumière bleue) et, dans les cas les plus graves, exsanguino-transfusion, selon les seuils de bilirubine adaptés à l'âge [3]. Il faut aussi éviter les facteurs déclenchants (médicaments, aliments, autres substances), à l'hôpital comme à la maison [3].
Paludisme chez une personne déficitaire : pour le paludisme à P. vivax, l'OMS recommande chez les patients déficitaires un schéma hebdomadaire de primaquine sur 8 semaines ; en l'absence de test, toutes les femmes doivent être considérées comme pouvant avoir une activité intermédiaire et recevoir le schéma de primaquine de 14 jours, avec des conseils pour reconnaître les signes d'anémie hémolytique [4]. Pour le paludisme à P. falciparum, un essai en RDC et en Ouganda soutient l'usage de la faible dose unique de primaquine sans dépistage du G6PD en Afrique [8].
La primaquine, la tafénoquine, la dapsone et la rasburicase ne figurent pas dans la base Africa Medical Data [2,3].
Les posologies ne figurent pas dans cette fiche. Elles sont données dans la fiche de chaque médicament ; la prise en charge suit le protocole national et les recommandations de l'OMS [4].
Médicaments de la base cités dans cette fiche
Prévention
Connaître son statut G6PD et éviter les facteurs déclenchants (fèves, médicaments oxydants) : c'est la mesure la plus efficace [1,2,3].
Dépistage néonatal : dès 1989, un groupe de travail de l'OMS recommandait, chaque fois que possible, un dépistage néonatal dans les populations où le déficit touche plus de 3 à 5 % des hommes [3] ; le dépistage à la naissance est recommandé par l'OMS dans les populations où la prévalence dépasse 5 % [3].
Avant certains médicaments : l'OMS recommande de rechercher un déficit avant d'administrer la primaquine, et un test sera nécessaire avant la tafénoquine [3]. Un test quantitatif pourrait aussi être utilisé avant d'autres médicaments hémolysants comme le cotrimoxazole ou la nitrofurantoïne [4]. À Brazzaville, les auteurs recommandent de mieux connaître la répartition du déficit avant d'introduire la primaquine dans le programme de lutte contre le paludisme [6].
Conseil génétique et information des familles : un conseil adapté aide à comprendre les résultats, à limiter la stigmatisation et à encourager le dépistage des autres membres de la famille, notamment des nouveau-nés de mères à activité intermédiaire [4].
Quand consulter en urgence
Certains médicaments (antipaludiques comme la primaquine, dapsone, antibiotiques comme le cotrimoxazole ou la nitrofurantoïne) peuvent déclencher une crise : signalez votre déficit en G6PD (ou celui de votre enfant) avant tout traitement [2,3,4].
Urgence : jaunisse chez un nouveau-né, ou jaunisse et signes d'anémie après la prise de fèves, d'un médicament ou au cours d'une infection. Consultez immédiatement : la crise se traite bien si elle est reconnue tôt [2,3,4].
Si un membre de la famille est déficitaire, demandez un test pour les autres membres, en particulier les femmes et les nouveau-nés [4].
Maladies associées
Sources et mise à jour
- Revue à comité de lecture · Cappellini MD, Fiorelli G. Glucose-6-phosphate dehydrogenase deficiency. Lancet. 2008;371(9606):64-74. 2008. Séminaire du Lancet : résumé.
- Revue à comité de lecture · Luzzatto L, Ally M, Notaro R. Glucose-6-phosphate dehydrogenase deficiency. Blood. 2020;136(11):1225-1240. 2020. Résumé.
- Revue à comité de lecture · Anderle A, Bancone G, Domingo GJ, et al. Point-of-Care Testing for G6PD Deficiency: Opportunities for Screening. Int J Neonatal Screen. 2018;4(4):34. 2018. Texte intégral : nouveau-né, classification OMS, tests.
- Revue à comité de lecture · Chu CS, Bancone G, Kelley M, et al. Optimizing G6PD testing for Plasmodium vivax case management and beyond: why sex, counseling, and community engagement matter. Wellcome Open Res. 2020;5:21. 2020. Texte intégral : femmes hétérozygotes, recommandations de l'OMS, conseil.
- Revue à comité de lecture · Howes RE, Piel FB, Patil AP, et al. G6PD deficiency prevalence and estimates of affected populations in malaria endemic countries: a geostatistical model-based map. PLoS Med. 2012;9(11):e1001339. 2012. Résumé.
- Revue à comité de lecture · Gampio Gueye NS, Peko SM, Nderu D, et al. An update on glucose-6-phosphate dehydrogenase deficiency in children from Brazzaville, Republic of Congo. Malar J. 2019;18(1):57. 2019. Étude à Brazzaville : résumé.
- Revue à comité de lecture · Bouanga JC, Mouélé R, Préhu C, et al. Glucose-6-phosphate dehydrogenase deficiency and homozygous sickle cell disease in Congo. Hum Hered. 1998;48(4):192-197. 1998. Étude à Brazzaville : résumé.
- Revue à comité de lecture · Onyamboko MA, Olupot-Olupot P, Were W, et al. Factors affecting haemoglobin dynamics in African children with acute uncomplicated Plasmodium falciparum malaria treated with single low-dose primaquine or placebo. BMC Med. 2023;21(1):397. 2023. Essai en RDC et en Ouganda : résumé.
Fiche mise à jour le 5 octobre 2026. Prochaine révision au plus tard le 5 octobre 2028.