Fibrome utérin
Le fibrome utérin est une tumeur bénigne (non cancéreuse) qui se développe dans le muscle de l'utérus. C'est la plus fréquente des tumeurs bénignes de l'appareil génital féminin, et elle touche plus souvent et plus tôt les femmes d'origine africaine. Beaucoup de femmes n'ont aucun symptôme, mais certaines ont des règles très abondantes pouvant causer une anémie, des douleurs ou une pesanteur dans le bas-ventre, ou des difficultés à avoir un enfant. L'échographie permet le plus souvent de poser le diagnostic ; le traitement dépend des symptoms et du désir de grossesse.
Autres noms : Myome utérin, Léiomyome utérin, Fibromyome. En anglais : Uterine fibroids, Uterine leiomyoma. CIM-10 : D25. Système : Maladies des reins et de l'appareil génito-urinaire.
Définition
Les fibromes utérins (ou léiomyomes) sont des tumeurs bénignes de l'utérus ; ce sont les tumeurs bénignes les plus fréquentes de l'appareil génital de la femme [9,1].
Ils touchent surtout les femmes pendant leurs années de fertilité [1]. Le plus souvent, ils ne sont pas détectés ; environ 25 % des femmes présentent des symptômes [5].
Selon leur place dans la paroi de l'utérus, les fibromes peuvent bomber vers la cavité utérine (fibromes sous-muqueux), rester dans la paroi ou faire saillie à l'extérieur ; leur nombre, leur taille et leur localisation guident le choix du traitement [9,2].
Causes et mécanisme
La cause exacte des fibromes n'est pas connue avec certitude, mais plusieurs facteurs favorisent leur apparition ou leur aggravation [5]. Les facteurs liés à un risque accru sont [5] :
- l'âge [5] ;
- des antécédents familiaux de fibromes [5] ;
- le mode de vie [5] ;
- des facteurs d'environnement [5] ;
- une carence en vitamine D [5].
Ces facteurs de risque touchent plus souvent les femmes d'origine africaine [5]. Les fibromes et l'adénomyose (présence de tissu de la muqueuse de l'utérus dans son muscle) partagent plusieurs mécanismes hormonaux et moléculaires et sont souvent associés chez une même femme [8].
Transmission et facteurs de risque
Le fibrome utérin n'est pas une maladie contagieuse : il ne se transmet ni par les rapports sexuels ni par le contact [5]. Des antécédents familiaux de fibromes font partie des facteurs associés à un risque plus élevé [5].
Épidémiologie
Monde. Les fibromes sont diagnostiqués, au cours de la vie, chez jusqu'à 70 % des femmes blanches et chez plus de 80 % des femmes d'ascendance africaine [1]. Ils touchent plus de 60 % des femmes âgées de 30 à 44 ans [2]. Environ 30 % des femmes atteintes ont des symptômes sévères qui nécessitent un traitement [1].
Afrique. Les fibromes sont plus fréquents chez les femmes noires que chez les femmes d'autres origines : le risque cumulé estimé jusqu'à 50 ans dépasse 80 % chez les femmes noires, contre environ 70 % chez les femmes blanches [5]. L'Afrique subsaharienne compte la plus grande population de femmes noires, mais la majorité des études sur les fibromes n'y incluent pas de participantes, et la fréquence de la maladie sur le continent n'est pas bien connue [5].
Retard de consultation. Dans une étude menée à Ibadan (Nigeria), 62,3 % des 138 femmes ayant des fibromes avec symptômes avaient consulté plus de 6 mois après le début des symptômes ; le manque de connaissance de la maladie, la peur de la chirurgie, la négligence, des idées fausses et le manque d'argent étaient évoqués [7]. À l'hôpital universitaire Korle Bu (Ghana), 35 % des 163 femmes suivies avaient des symptômes modérés à sévères et 83,4 % rapportaient un retentissement modéré à sévère sur leur qualité de vie [6].
Signes cliniques
Beaucoup de femmes n'ont aucun symptôme : le fibrome est alors découvert par hasard, lors d'une échographie ou d'une IRM [2,4].
Lorsqu'il y a des symptômes, on observe [1] :
- des saignements anormaux de l'utérus, notamment des règles abondantes [1] ;
- une anémie, par perte de sang [1] ;
- des douleurs ou une pesanteur dans le bas-ventre [1] ;
- des douleurs dans le dos [1] ;
- un besoin d'uriner fréquent [1] ;
- de la constipation [1] ;
- une difficulté à avoir un enfant (infertilité) [1].
Les règles abondantes et l'anémie par manque de fer en sont les plaintes les plus courantes [2]. Dans l'étude de Korle Bu (Ghana), les règles abondantes étaient le symptôme le plus préoccupant pour les femmes [6].
Signes de gravité
Les fibromes sont associés à des complications de la grossesse et de l'accouchement [1].
Les saignements répétés peuvent conduire à une carence en fer puis à une anémie [2].
Des règles très abondantes, qui obligent à changer de protection très souvent, durent longtemps ou s'accompagnent de fatigue, d'essoufflement ou de vertiges, nécessitent une consultation sans attendre : elles peuvent être le signe d'une anémie liée à un fibrome [2,1].
Diagnostic
Diagnostic clinique
Le diagnostic est évoqué devant des saignements anormaux, une pesanteur pelvienne ou des troubles urinaires, et un utérus augmenté de volume à l'examen [1,4]. Les guides de pratique recommandent d'avoir un seuil bas pour explorer ces symptômes, car des traitements variés existent [4].
Les saignements de la femme en âge d'avoir des enfants sont classés par la Fédération internationale de gynécologie et d'obstétrique (FIGO) selon leurs causes ; la classification « PALM-COEIN » est connue de plus de 93 % des gynécologues-obstétriciens interrogés dans une enquête internationale [10].
Examens biologiques
Échographie par voie vaginale : c'est l'examen de première intention pour voir les fibromes [8].
IRM (imagerie par résonance magnétique) : elle est utile dans les cas complexes, pour caractériser les lésions et avant une intervention [8]. Avec injection de produit de contraste, elle précise le nombre, la taille, la localisation et la vascularisation des fibromes et permet d'écarter des diagnostics différentiels [9].
Bilan de l'anémie : lorsque les règles sont abondantes, la recherche d'une carence en fer et d'une anémie fait partie de la prise en charge [2].
Imagerie
L'imagerie permet de distinguer un fibrome isolé d'une association avec une adénomyose ; cette distinction aide à choisir le traitement [8].
Diagnostic différentiel
Plusieurs affections de l'utérus donnent des symptômes proches de ceux des fibromes [8] :
| Affection | Éléments à connaître |
|---|---|
| Adénomyose | Elle provoque aussi des règles abondantes, des règles douloureuses, des douleurs pelviennes chroniques et des troubles de la fertilité ; elle coexiste souvent avec les fibromes [8]. |
| Autres causes de saignements anormaux de l'utérus | Les saignements ont de multiples causes, classées par la FIGO selon le système PALM-COEIN ; le fibrome n'est qu'une d'entre elles [10]. |
| Polypes de l'endomètre | Ils sont fréquents chez les femmes qui ont des saignements anormaux (étude de biopsies de l'endomètre au Nigeria) [11]. |
L'IRM permet d'écarter d'autres diagnostics lorsque l'échographie ne suffit pas [9].
Évolution, complications et pronostic
La plupart des femmes qui ont des fibromes n'ont pas de symptôme et n'ont besoin d'aucun traitement [4].
Lorsque des symptômes existent, un traitement adapté permet de les soulager et d'améliorer la qualité de vie [3,9]. Sans soins, les fibromes avec symptômes ont un retentissement important sur la qualité de vie et un coût pour le système de santé et la société [4,6].
Traitement
Les options pour les fibromes avec symptômes sont l'abstention surveillée, les médicaments, la chirurgie et les procédures de radiologie interventionnelle [1]. Le choix dépend de la localisation et de la taille des fibromes, de leur nombre, de l'association à une adénomyose, ainsi que du souhait de grossesse ou de conserver l'utérus, dans le cadre d'une décision partagée avec la patiente [2,4].
Médicaments (principe, sans posologie) [3,2] :
- Peu de médicaments sont approuvés spécialement pour les fibromes ; certains antagonistes de la GnRH (hormone de contrôle des ovaires) le sont aux États-Unis et dans la zone de l'Agence européenne des médicaments [3].
- Les analogues de la GnRH sont surtout indiqués avant une opération, car leurs effets indésirables à long terme sont défavorables [3].
- L'ulipristal acétate, autrefois approuvé, a dû être très restreint pour des raisons de sécurité [3].
- Les pilules contraceptives combinées, les progestatifs oraux, le stérilet hormonal au lévonorgestrel et l'acide tranexamique ne sont pas approuvés spécifiquement pour les fibromes, mais ils réduisent l'abondance des règles et améliorent la qualité de vie [3].
- Les anti-inflammatoires non stéroïdiens et l'acide tranexamique sont les médicaments symptomatiques des saignements liés aux fibromes [2].
- Il faut aussi traiter la carence en fer et l'anémie par manque de fer causées par les saignements, pendant le traitement médical et avant et après une opération [2].
Chirurgie. La myomectomie (ablation des fibromes avec conservation de l'utérus) est l'option préservant la fertilité ; l'hystérectomie (ablation de l'utérus) est proposée surtout chez les femmes proches de la ménopause qui ne répondent à aucun traitement [2]. Chez les femmes qui veulent préserver leur fertilité, la myomectomie reste le traitement préféré selon les données actuelles [9].
Radiologie interventionnelle. L'embolisation des artères utérines (obstruction des artères qui nourrissent le fibrome) est une alternative établie à la chirurgie chez les femmes avec fibromes qui souhaitent garder leur utérus ; elle apporte un soulagement durable et une meilleure qualité de vie avec peu de complications, mais avec plus de nouvelles interventions que la myomectomie [9]. Les ultrasons focalisés et la radiofréquence sont d'autres options [2]. Les recommandations nationales divergent sur l'embolisation chez les femmes désirant une grossesse [12].
Médicaments de la base cités dans cette fiche
Prévention
Il n'existe pas de moyen démontré d'empêcher l'apparition des fibromes. Les facteurs liés à un risque accru (âge, antécédents familiaux, mode de vie, carence en vitamine D) ne sont pas tous modifiables [5].
Une consultation rapide dès l'apparition de symptômes et un suivi des règles abondantes permettent de limiter le retard de prise en charge, souvent observé en Afrique [7].
Quand consulter en urgence
Consultez une sage-femme ou un médecin si vous avez des règles abondantes ou prolongées, des saignements entre les règles, des douleurs ou une pesanteur dans le bas-ventre, un besoin fréquent d'uriner, de la constipation ou des difficultés à avoir un enfant [1].
Consultez aussi en cas de fatigue inhabituelle, de pâleur ou d'essoufflement, qui peuvent traduire une anémie due aux saignements [2].
Urgence : des saignements très abondants avec malaise, vertiges ou faiblesse intense justifient une consultation immédiate à l'hôpital, car ils peuvent provoquer une anémie sévère [2,1].
Maladies associées
Sources et mise à jour
- Revue à comité de lecture · Giuliani E, As-Sanie S, Marsh EE. Epidemiology and management of uterine fibroids. Int J Gynaecol Obstet. 2020;149(1):3-9. 2020.
- Revue à comité de lecture · Vannuccini S, Petraglia F, Carmona F, Calaf J, Chapron C. The modern management of uterine fibroids-related abnormal uterine bleeding. Fertil Steril. 2024;122(1):20-30. 2024.
- Référence professionnelle · Diaz I, Lumsden MA, Zeppernick M. Medical treatment of fibroids: FIGO best practice guidance. Int J Gynaecol Obstet. 2025;171(2):507-512. 2025. Recommandation de bonne pratique de la FIGO (résumé).
- Référence professionnelle · Chen I, Kives S, Randle E, Rattray D, Sanders A, Vilos G. Guideline No. 461: The Management of Uterine Fibroids. J Obstet Gynaecol Can. 2025;47(8):102970. 2025. Recommandation de la Société des obstétriciens et gynécologues du Canada (résumé).
- Revue à comité de lecture · Sefah N, Ndebele S, Prince L, et al. Uterine fibroids - Causes, impact, treatment, and lens to the African perspective. Front Pharmacol. 2023;13:1045783. 2023.
- Revue à comité de lecture · Sefogah PE, Agyapong EO, Swarray-Deen A, Thiyagarajan D, Mumuni K. Assessing Uterine Fibroid Symptoms and Health-related Quality of Life among women at Korle Bu Teaching Hospital, Ghana. BMC Womens Health. 2025;25(1):554. 2025.
- Revue à comité de lecture · Fakunmoju AJ, Fayehun OA, Bello OO. Risk factors for late presentation of symptomatic uterine fibroid in urban Nigeria: A mixed method study. Womens Health (Lond). 2025;21:17455057251367143. 2025.
- Revue à comité de lecture · Pecorella G, Morciano A, Medvediev M, et al. Adenomyosis and Uterine Fibroids: Two Distinct Yet Overlapping Clinical Entities. Diagnostics (Basel). 2026;16(18). 2026.
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Fiche mise à jour le 13 octobre 2026. Prochaine révision au plus tard le 13 octobre 2028.