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Infertilité du couple

Incapacité d'un couple à obtenir une grossesse après 12 mois ou plus de rapports sexuels réguliers sans contraception. Selon l'OMS, environ une personne sur six en âge de procréer est concernée au cours de sa vie. La cause peut venir de la femme (trompes bouchées, ovaires, utérus, hormones), de l'homme (qualité ou passage des spermatozoïdes), des deux, ou rester inexpliquée. Le bilan se fait à deux et des traitements existent selon la cause, mais l'accès aux soins reste difficile dans de nombreux pays.

Autres noms : Infertilité, Stérilité du couple, Hypofertilité. En anglais : Infertility, Couple infertility. CIM-10 : N97. Système : Maladies des reins et de l'appareil génito-urinaire.

Définition

L'infertilité est une maladie de l'appareil reproducteur de l'homme ou de la femme, définie par l'absence de grossesse après 12 mois ou plus de rapports sexuels réguliers non protégés [1]. Elle est primaire lorsqu'aucune grossesse n'a jamais été obtenue, et secondaire lorsqu'au moins une grossesse a déjà eu lieu [1].

On parle d'infertilité du couple parce que la cause peut venir de la femme, de l'homme, des deux, ou rester inexpliquée [1]. L'infertilité dite « inexpliquée » est un diagnostic d'exclusion : elle est posée quand aucune anomalie de l'appareil reproducteur de la femme ou de l'homme n'est retrouvée après les examens de base [3].

Causes et mécanisme

Chez la femme, l'OMS distingue quatre grands groupes de causes [1] :

  • les atteintes des trompes (trompes bouchées), dues à des infections sexuellement transmissibles non traitées, aux complications d'un avortement non sécurisé, à une infection du post-partum ou à une chirurgie [1] ;
  • les atteintes de l'utérus : inflammatoires comme l'endométriose, congénitales comme une cloison utérine, ou bénignes comme les fibromes [1] ;
  • les atteintes des ovaires, dont le syndrome des ovaires polykystiques (SOPK) [1] ;
  • les troubles hormonaux touchant l'hypothalamus et l'hypophyse [1].

Le SOPK est une cause fréquente d'infertilité féminine et touche 7 à 15 % des femmes en âge de procréer [6].

Chez l'homme, les causes sont [1] :

  • une obstruction des voies génitales gênant l'éjaculation du sperme, par blessure ou infection [1] ;
  • des troubles hormonaux (hypophyse, hypothalamus, testicules) [1] ;
  • une incapacité des testicules à produire des spermatozoïdes, par exemple en cas de varicocèle ou après certains traitements comme la chimiothérapie [1] ;
  • des spermatozoïdes de qualité ou de fonction anormale [1].

Les facteurs de risque cités par l'OMS sont le tabac, l'excès d'alcool, l'obésité, l'exposition à des polluants et toxiques de l'environnement, les infections sexuellement transmissibles non traitées, les complications d'un avortement non sécurisé, l'infection du post-partum, la chirurgie abdominale ou pelvienne et l'usage de stéroïdes anabolisants [1]. Dans certains couples, aucune cause n'est trouvée [1,3].

Transmission et facteurs de risque

L'infertilité ne se transmet pas d'une personne à l'autre. En revanche, certaines infections sexuellement transmissibles non traitées, comme la chlamydiose génitale ou la gonococcie, peuvent boucher les trompes et provoquer une infertilité féminine [1].

Épidémiologie

Monde. Selon l'OMS, environ une personne sur six en âge de procréer est touchée par l'infertilité au cours de sa vie [1]. Une revue systématique soutenue par l'OMS (133 études, 1990-2021) estime la prévalence à vie à 17,5 % et la prévalence sur 12 mois à 12,6 % ; les estimations des études varient beaucoup (3,3 à 39,7 % pour la prévalence à vie) selon la population et la méthode [2]. Une autre revue indique que l'infertilité concerne 15 % des couples [6].

Afrique. Les données régionales sont limitées : la revue de l'OMS n'a trouvé que deux études sur la prévalence à vie en Afrique [2]. Dans une étude de 230 femmes infertiles passant une hystérosalpingographie dans l'État d'Ogun (Nigeria), l'infertilité était secondaire dans 77,8 % des cas et les anomalies des trompes étaient les plus fréquentes (36,1 %) [8]. Chez 100 femmes infertiles soudanaises, 52 % avaient une anomalie des trompes et une chirurgie pelvienne antérieure était le facteur de risque le plus fréquent (24 %) [9].

Accès aux soins. Dans la plupart des pays, surtout à revenu faible ou intermédiaire, l'accès équitable aux soins de l'infertilité reste un défi : les techniques de procréation médicalement assistée y sont souvent indisponibles, inaccessibles ou trop chères, et le diagnostic comme le traitement sont rarement pris en charge par le financement public [1].

Signes cliniques

Le signe principal est l'absence de grossesse après 12 mois ou plus de rapports réguliers non protégés [1]. Elle est souvent la seule manifestation, car la cause n'est connue qu'après les examens [3,5].

Selon la cause, la maladie sous-jacente peut avoir ses propres signes (par exemple une endométriose ou un SOPK pour la femme), mais ceux-ci ne sont pas toujours présents et ne remplacent pas le bilan [1,6].

Diagnostic

Diagnostic clinique

Le bilan d'un couple infertile se fait à deux : les recommandations européennes insistent sur l'examen urologique de tous les hommes qui consultent pour un problème de fertilité, et sur l'exploration parallèle de la partenaire [5].

Chez la femme, la prise en charge commence par un interrogatoire complet suivi d'un examen physique, gynécologique et endocrinien [6]. Chez l'homme, l'évaluation est urologique [5].

Il faut aussi rechercher les facteurs de risque modifiables : tabac, alcool, poids, infections sexuellement transmissibles, antécédents de chirurgie pelvienne [1,9].

Examens biologiques

Les examens de base explorent chaque partenaire [3,6] :

ExamenCe qu'il recherche
Spermogramme (analyse du sperme)C'est la pierre angulaire de l'évaluation de la fertilité masculine ; la 6e édition (2021) du manuel de l'OMS en standardise la méthode [7].
Évaluation de la fonction et de la réserve ovariennesVérifie que la femme ovule et estime le stock d'ovules restant [6].
Recherche d'anomalies de l'utérusCherche une malformation ou une lésion de la cavité utérine [6].
Évaluation de la perméabilité des trompes, par exemple par hystérosalpingographie (radiographie après injection d'un produit de contraste)Recherche des trompes bouchées ou dilatées (hydrosalpinx) ; cet examen est pratiqué dans des services africains [6,8,9].

Dans le SOPK, le dosage de l'hormone antimüllérienne (AMH) peut remplacer l'échographie pour poser le diagnostic chez l'adulte [4].

Chez l'homme, la 6e édition du manuel de l'OMS ne propose plus de seuils de référence mais des « limites de décision », sans en fixer pour les paramètres de base du sperme [7]. Les examens complémentaires non indispensables ne sont pas recommandés d'emblée : pour l'infertilité inexpliquée, l'hystéroscopie systématique n'est pas recommandée [3].

Diagnostic différentiel

Devant une absence de grossesse, il faut distinguer plusieurs situations [1,3] :

SituationÉléments à connaître
Infertilité féminine (trompes, utérus, ovaires, hormones)Causes tubaires, utérines, ovariennes ou endocriniennes décrites par l'OMS [1].
Infertilité masculine (sperme, voies génitales, hormones)Obstruction, troubles hormonaux, défaut de production ou de qualité des spermatozoïdes [1].
Les deux partenaires atteintsPossible : d'où l'importance d'explorer le couple entier [5].
Infertilité inexpliquéeDiagnostic d'exclusion, posé quand le bilan de base est normal chez les deux partenaires [3].

Évolution, complications et pronostic

L'évolution dépend de la cause, de l'âge et de la durée de l'infertilité : la décision de commencer un traitement actif repose sur le pronostic du couple, et le recours à la fécondation in vitro (FIV) est décidé selon les caractéristiques de chacun (âge, durée de l'infertilité, traitements et grossesses antérieurs) [3].

L'excès de poids réduit les chances de grossesse, augmente le risque de fausse couche et diminue les chances de naissance vivante après traitement de l'infertilité chez les femmes avec SOPK [4].

L'infertilité a aussi un retentissement psychologique : un soutien psychologique est recommandé lorsque c'est nécessaire, et la qualité de vie est plus basse lorsque la cause de l'infertilité est le SOPK [3].

Traitement

Le traitement dépend de la cause ; il est toujours proposé au couple et choisi avec lui (décision partagée) [5].

Mode de vie. Une alimentation saine et une activité physique régulière, avec un accompagnement comportemental si besoin, sont recommandées [3]. Chez l'homme, une méta-analyse de 6 essais randomisés (1 637 participants) associe l'activité physique à une amélioration des paramètres du sperme, du taux de grossesse et du taux de naissance vivante [10].

Femme avec SOPK et absence d'ovulation (sans autre cause d'infertilité) [4] :

  • le létrozole est le médicament de première intention pour déclencher l'ovulation, et il doit être utilisé de préférence au clomifène [4] ;
  • le clomifène peut être utilisé de préférence à la metformine seule ; la metformine peut aussi être utilisée seule, en informant la femme qu'il existe des médicaments plus efficaces [4] ;
  • les gonadotrophines (par exemple la follitropine alfa) ou la chirurgie ovarienne par cœlioscopie sont des options de deuxième intention après échec des médicaments oraux ; les gonadotrophines exposent davantage aux grossesses multiples [4] ;
  • la fécondation in vitro peut être proposée si les traitements de première et deuxième intention ont échoué [4].

Infertilité inexpliquée. L'insémination intra-utérine (IIU) avec stimulation ovarienne est le traitement de première intention ; pour éviter les grossesses multiples et l'hyperstimulation ovarienne, les gonadotrophines doivent être utilisées à faible dose avec une surveillance adaptée [3]. La FIV n'est probablement pas recommandée de préférence à l'IIU avec stimulation, et l'ICSI (injection d'un spermatozoïde dans l'ovule) n'est pas recommandée de préférence à la FIV classique [3]. Le grattage de l'endomètre ne doit pas être proposé [3].

Infertilité masculine. Les recommandations européennes 2025 demandent d'informer tous les hommes infertiles, ou dont le sperme est anormal, sur les risques pour leur santé associés [5].

Accès à la procréation médicalement assistée. La FIV et les autres techniques sont souvent indisponibles ou inabordables dans les pays à revenu faible ou intermédiaire [1].

Médicaments de la base cités dans cette fiche

Prévention

L'OMS recommande [1] :

  • d'intégrer la connaissance de la fertilité dans l'éducation complète à la sexualité [1] ;
  • de promouvoir un mode de vie sain pour réduire les risques liés aux comportements (tabac, alcool, obésité) [1] ;
  • de prévenir, diagnostiquer et traiter tôt les infections sexuellement transmissibles (syphilis, gonococcie, chlamydiose) [1] ;
  • de prévenir les complications des avortements non sécurisés, des infections du post-partum et des chirurgies abdominales ou pelviennes [1] ;
  • d'agir sur les toxiques de l'environnement liés à l'infertilité [1].

Pour les femmes qui planifient une grossesse, les soins de préconception recommandent de prendre en compte le poids, la tension artérielle, le tabac, l'alcool, l'alimentation, l'exercice et la supplémentation en folates (acide folique, à dose plus élevée si l'IMC dépasse 30 kg/m²) [4].

Quand consulter en urgence

Consultez à deux (femme et homme) après 12 mois ou plus de rapports réguliers sans contraception sans grossesse, période à partir de laquelle l'OMS parle d'infertilité [1,5].

Parlez à un professionnel de santé si vous avez eu une infection sexuellement transmissible non traitée, un avortement non sécurisé, une infection après un accouchement ou une chirurgie du ventre ou du bassin, car ces antécédents peuvent avoir abîmé les trompes [1].

Ne tardez pas à faire traiter une infection sexuellement transmissible : non traitée, elle peut boucher les trompes et rendre une grossesse difficile [1].

Maladies associées

Sources et mise à jour

  1. OMS · Organisation mondiale de la Santé. Infertility (aide-mémoire). 2025. Publié le 28 novembre 2025.
  2. Revue à comité de lecture · Cox CM, Thoma ME, Tchangalova N, Mburu G, Bornstein MJ, Johnson CL, Kiarie J. Infertility prevalence and the methods of estimation from 1990 to 2021: a systematic review and meta-analysis. Hum Reprod Open. 2022;2022(4):hoac051. 2022. Étude réalisée avec le soutien de l'OMS.
  3. Référence professionnelle · ESHRE Guideline Group on Unexplained Infertility (Romualdi D, Ata B, Bhattacharya S, et al.). Evidence-based guideline: unexplained infertility. Hum Reprod. 2023;38(10):1881-1890. 2023. Résumé et liste des recommandations (52 recommandations).
  4. Référence professionnelle · Teede HJ, Tay CT, Laven J, et al. Recommendations from the 2023 International Evidence-based Guideline for the Assessment and Management of Polycystic Ovary Syndrome. Hum Reprod. 2023;38(9):1655-1679. 2023. Résumé et section « fertilité » (recommandations 5.1 à 5.7).
  5. Référence professionnelle · Minhas S, Boeri L, Capogrosso P, et al. European Association of Urology Guidelines on Male Sexual and Reproductive Health: 2025 Update on Male Infertility. Eur Urol. 2025;87(5):601-616. 2025. Résumé de la mise à jour 2025.
  6. Revue à comité de lecture · Collée J, Mawet M, Tebache L, Nisolle M, Brichant G. Polycystic ovarian syndrome and infertility: overview and insights of the putative treatments. Gynecol Endocrinol. 2021;37(10):869-874. 2021. Résumé.
  7. Revue à comité de lecture · Boitrelle F, Shah R, Saleh R, et al. The Sixth Edition of the WHO Manual for Human Semen Analysis: A Critical Review and SWOT Analysis. Life (Basel). 2021;11(12):1368. 2021. Résumé.
  8. Revue à comité de lecture · Adekoya AO, Akiseku AK, Osisanwo DA, et al. Hysterosalpingography and Endocervical Microbial Assessment of Infertile Women in Ogun State, Nigeria. Ethiop J Health Sci. 2024;34(4):271-280. 2024. Étude transversale de 230 femmes ; résumé.
  9. Revue à comité de lecture · Kamal E, Elzaki M. Hysterosalpingography findings in infertile Sudanese women: a cross-sectional study on tube blockage. Pan Afr Med J. 2024;48:62. 2024. Étude transversale de 100 femmes ; résumé.
  10. Revue à comité de lecture · Lo Giudice A, Asmundo MG, Cimino S, et al. Effects of Physical Activity on Fertility Parameters: A Meta-Analysis of Randomized Controlled Trials. World J Mens Health. 2024;42(3):555-562. 2024. Résumé ; 6 essais, 1 637 participants.

Fiche mise à jour le 13 octobre 2026. Prochaine révision au plus tard le 13 octobre 2028.