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Syphilis

Infection sexuellement transmissible due à la bactérie Treponema pallidum, qui peut aussi passer de la mère à l'enfant pendant la grossesse. Elle est souvent silencieuse, évolue par stades pendant des années si elle n'est pas traitée, mais se guérit par un traitement antibiotique, dont la pénicilline reste la référence.

Autres noms : Infection à Treponema pallidum, Vérole (terme ancien). CIM-10 : A50-A53. Système : Maladies infectieuses et parasitaires.

Définition

La syphilis est une infection sexuellement transmissible (IST) d'origine bactérienne, évitable et curable. En l'absence de traitement, elle peut entraîner de graves problèmes de santé [1].

De nombreuses personnes atteintes ne présentent pas de symptômes ou ne les remarquent pas ; les prestataires de soins eux-mêmes peuvent ne pas les remarquer [1]. Ses manifestations cliniques, dues à la réaction inflammatoire locale autour des bactéries, imitent souvent celles d'autres maladies [4].

Causes et mécanisme

L'agent causal est la bactérie Treponema pallidum (sous-espèce pallidum), un spirochète [1,3,4].

Cette bactérie est connue pour sa capacité d'invasion et d'échappement au système immunitaire ; elle a une longue période de latence pendant laquelle la personne n'a aucun signe mais peut rester contagieuse [4].

Transmission et facteurs de risque

La syphilis se transmet par contact avec des lésions infectieuses lors de relations sexuelles orales, anales ou vaginales, ainsi que par le placenta pendant la grossesse ; l'OMS cite aussi la transfusion sanguine [1].

La transmission survient généralement aux premiers stades de la maladie, jusqu'à deux ans après l'infection [1]. Le chancre peut transmettre la bactérie s'il n'est pas correctement couvert par un préservatif [1].

Le préservatif ne protège pas les parties du corps qu'il ne recouvre pas : la syphilis peut aussi se transmettre par contact avec les organes génitaux, l'anus et la bouche non couverts [1].

Les personnes les plus exposées sont les personnes vivant avec le VIH, celles ayant des rapports sans préservatif avec plusieurs partenaires et les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes [3].

Épidémiologie

Monde. L'OMS estime que 8 millions d'adultes de 15 à 49 ans ont contracté la syphilis en 2022 [1]. Les populations clés, dont les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes, sont touchées de façon disproportionnée [1].

La prévalence est élevée dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, où la syphilis est une cause majeure d'issues défavorables de grossesse ; son incidence a augmenté depuis quelques décennies dans les pays à revenu élevé chez les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes [2]. Elle cause chaque année plusieurs centaines de milliers de mortinaissances et de décès néonatals dans les pays en développement [4].

États-Unis (exemple de recrudescence). De 2019 à 2023, les cas ont augmenté de 61 % au total, dont 112 % chez les femmes et 106 % pour la syphilis congénitale [3].

Congo. Dans une étude transversale menée de novembre 2011 à mai 2012 auprès de 805 travailleuses du sexe de cinq villes (Brazzaville, Pointe-Noire, Dolisie, Nkayi, Pokola), la prévalence de la syphilis était de 2,2 % ; Pointe-Noire était la ville la plus touchée (5,15 %) et les plus de 40 ans le groupe d'âge le plus infecté (6,25 %) [7]. Ces chiffres concernent un groupe à risque précis et ne représentent pas toute la population.

Signes cliniques

L'OMS distingue plusieurs stades. Beaucoup de personnes n'en ressentent aucun symptôme [1].

  • Syphilis primaire (environ 21 jours en général) : une plaie ronde, indolore, habituellement dure (chancre), sur les organes génitaux, l'anus ou ailleurs ; elle peut passer inaperçue et disparaît en 3 à 10 jours [1] ;
  • Syphilis secondaire : une éruption cutanée non prurigineuse, habituellement sur les paumes et la plante des pieds, et des lésions blanches ou grises dans les zones chaudes et humides (lèvres, anus) ; les symptômes disparaissent sans traitement [1] ; la revue du JAMA ajoute une atteinte diffuse de la peau et des muqueuses et des ganglions augmentés de volume [3] ;
  • Syphilis latente : souvent sans aucun signe ; en l'absence de traitement, elle peut évoluer au bout de plusieurs années vers le stade tertiaire [1] ;
  • Syphilis tertiaire : atteinte possible du cerveau, des nerfs, des yeux, du foie, du cœur, des vaisseaux, des os et des articulations, des décennies après l'infection [1].

On parle de syphilis précoce dans la première année après l'infection (stades primaire, secondaire et latent précoce) et de syphilis tardive au-delà (latent tardif et tertiaire) [3].

Syphilis congénitale. Les enfants infectés à la naissance peuvent présenter une éruption cutanée, une inflammation des organes, une anémie, des problèmes osseux et articulaires, des atteintes neurologiques (cécité, surdité, méningite), un retard de développement ou des convulsions ; certains signes ne sont remarqués que plus tard dans la vie [1].

Signes de gravité

La neurosyphilis, la syphilis oculaire et l'otosyphilis peuvent survenir à n'importe quel stade [1]. La neurosyphilis peut provoquer de fortes céphalées, de graves problèmes musculaires et des troubles mentaux, notamment une démence ; la syphilis oculaire, des douleurs oculaires, une vision floue, une photosensibilité ou la cécité ; l'otosyphilis, des troubles de l'audition ou de l'équilibre [1].

La neurosyphilis peut aussi se manifester par une méningite, une uvéite, une perte d'audition ou un accident vasculaire cérébral [3]. La méningovascularite, autrefois décrite comme tardive, survient aujourd'hui souvent dès l'infection précoce ; les formes tardives (tabès, paralysie générale) sont moins fréquentes depuis l'usage large de la pénicilline [6].

Grossesse. Chez la femme enceinte, une syphilis non traitée, traitée tardivement ou traitée avec un mauvais antibiotique entraîne une issue défavorable de la grossesse dans 50 à 80 % des cas [1]. Jusqu'à 40 % des fœtus exposés meurent in utero ou meurent de l'infection pendant la petite enfance [3].

Lien avec le VIH. La syphilis multiplie environ par deux le risque de contracter le VIH, ainsi que d'autres IST [1].

Une femme enceinte chez qui une syphilis est découverte doit être traitée immédiatement : seule la pénicilline donnée à la mère permet de prévenir la syphilis congénitale [1].

Diagnostic

Diagnostic clinique

Le diagnostic repose sur les antécédents médicaux et sexuels, l'examen clinique, les analyses de laboratoire et parfois la radiologie, car les symptômes sont peu fréquents ou peu évidents [1].

Comme les signes imitent souvent ceux d'autres maladies, la clinique seule est insuffisante : le diagnostic repose sur la sérologie associée à une histoire et à un tableau cliniques compatibles [3,4].

Syphilis congénitale. Il n'existe actuellement aucun test de diagnostic de la syphilis congénitale : tous les nourrissons nés vivants ou mort-nés de mères atteintes doivent être examinés à la recherche de signes. Chez le nouveau-né vivant, l'examen clinique, la radiologie (si disponible), les analyses à la naissance et les tests de suivi orientent le traitement [1].

Examens biologiques

Détection directe de la bactérie. Quand des lésions sont présentes, T. pallidum peut être vu au microscope à fond noir ; la culture est complexe et non pratiquée en routine, et aucun test de PCR du commerce n'est bien validé [5]. Les techniques directes (fond noir, coloration argentique, immunofluorescence) s'appliquent au chancre de la syphilis primaire [9].

Sérologie. Elle reste la méthode la plus courante et sert au dépistage, au diagnostic et au suivi du traitement ; elle comprend deux familles de tests, non tréponémiques et tréponémiques [5,9].

Famille de testsCe qu'il faut savoir
Tests tréponémiquesIls deviennent positifs quelques semaines après l'infection et le restent même après un traitement réussi [5].
Tests non tréponémiques (quantitatifs)Ils servent à évaluer l'activité de la maladie et la réponse au traitement [5].

On les combine selon un algorithme : l'algorithme classique commence par un test non tréponémique confirmé par un test tréponémique ; l'algorithme inversé commence par un test tréponémique confirmé par un test non tréponémique quantitatif [5].

La sérologie a des limites : faux positifs, faux négatifs selon le stade de la maladie, et difficulté d'interpréter la réponse au traitement [5]. Avec l'algorithme inversé, un test tréponémique positif avec un test non tréponémique négatif (résultats discordants) pose un problème d'interprétation [6].

Neurosyphilis. Le test VDRL dans le liquide cérébro-spinal reste un pilier du diagnostic ; la décision repose aussi sur le jugement clinique, car la sérologie a des limites dans cette forme [6].

Tests de diagnostic rapide

Des tests rapides, surtout tréponémiques, ont été conçus pour les populations à forte prévalence et les contextes à ressources limitées [5]. Ils donnent un résultat en quelques minutes, ce qui permet de traiter dès la consultation [1].

L'OMS recommande notamment le double test rapide VIH-syphilis, abordable, efficace et d'un bon rapport coût-efficacité dans certains contextes [1].

Diagnostic différentiel

Les manifestations de la syphilis imitent souvent celles d'autres maladies, ce qui impose la confirmation biologique [4,3].

Situation à distinguerÉléments à connaître
Autres ISTElles sont fréquemment associées à la syphilis, qui augmente le risque de gonococcie, de chlamydiose, d'herpès génital et de VIH [1].
Pian et autres tréponématoses non vénériennesLe pian est une infection tréponémique non vénérienne, encore endémique dans certaines régions du monde [10].
Résultat sérologique faussement positif ou négatifLes tests ont des faux positifs et des faux négatifs selon le stade ; la sérologie doit être interprétée avec le tableau clinique [5,3].
Autres causes d'atteinte neurologique, oculaire ou auditiveLa neurosyphilis peut se manifester par une méningite, une uvéite, une perte d'audition ou un accident vasculaire cérébral [3,6].

Évolution, complications et pronostic

En l'absence de traitement, la syphilis dure de nombreuses années ; le chancre disparaît spontanément, puis les signes secondaires s'effacent sans traitement [1].

Après une longue période de latence, on estime, d'après la littérature historique, que 15 à 40 % des personnes non traitées développent une syphilis tertiaire [4].

Avec un traitement adapté, la syphilis est curable [1]. Le suivi de la réponse au traitement repose sur les tests non tréponémiques quantitatifs [5] ; l'interprétation de la réponse au traitement reste parfois difficile [5,4].

Le dépistage des infections sans symptômes et leur traitement adéquat préviennent la transmission, les complications et les issues défavorables de la grossesse, y compris la syphilis congénitale [1].

Traitement

Au premier stade, le traitement de première intention est une injection de benzathine benzylpénicilline ; c'est aussi le seul traitement recommandé par l'OMS chez la femme enceinte atteinte de syphilis [1].

En deuxième intention, les médecins peuvent utiliser d'autres antibiotiques : la doxycycline, la ceftriaxone ou l'azithromycine [1].

Aux stades plus avancés, la benzathine benzylpénicilline reste utilisée, mais à plus haute dose et en plusieurs injections espacées d'une semaine, y compris lorsque le stade de l'infection ne peut pas être défini [1,3].

Neurosyphilis. La pénicilline G est le traitement de choix ; la ceftriaxone peut être une alternative raisonnable [6].

Syphilis congénitale. Les enfants atteints à la naissance, ou nés de mères dont la syphilis n'a pas été traitée, doivent être traités immédiatement pour éviter de graves problèmes de santé [1].

La benzathine benzylpénicilline est le seul médicament qui empêche la transmission de la syphilis de la mère à l'enfant [1]. L'OMS s'emploie à prévenir les pénuries mondiales de pénicilline [1].

Les partenaires sexuels des personnes chez qui la syphilis est diagnostiquée doivent être informés, pour prévenir de nouvelles infections [1].

Médicaments de la base cités dans cette fiche

Prévention

L'utilisation systématique et correcte du préservatif est la méthode la plus efficace pour prévenir la syphilis et plusieurs autres IST [1].

Les personnes à risque élevé doivent être testées au moins une fois par an [1]. Les États-Unis recommandent de dépister au moins une fois les personnes sexuellement actives de 15 à 44 ans, et chaque année en cas de risque accru [3].

Femme enceinte. Le dépistage doit avoir lieu dès la première consultation prénatale, avec un traitement immédiat si le résultat est positif [1]. Le groupe d'experts américain (USPSTF) recommande un dépistage précoce et universel pendant la grossesse, ou à la première occasion si elle n'a pas été dépistée plus tôt [8] ; la revue du JAMA mentionne un dépistage à trois moments : première consultation, troisième trimestre et accouchement [3].

Une prophylaxie post-exposition par doxycycline après un rapport sexuel peut être proposée aux hommes ayant des rapports avec des hommes et aux femmes transgenres ayant eu une IST dans l'année écoulée [3].

Il n'existe pas de vaccin ; la mise au point d'un vaccin, la prophylaxie antibiotique et les messages numériques de prévention sont en cours d'étude [2].

L'OMS a lancé une initiative mondiale pour l'élimination de la syphilis congénitale [1].

Quand consulter en urgence

Consultez en cas de plaie génitale, anale ou buccale, même indolore ou disparue seule, d'éruption sur les paumes et les plantes des pieds, ou après un rapport sans préservatif avec un partenaire pouvant avoir une IST : la syphilis est souvent silencieuse, seul un test la détecte [1].

Une femme enceinte, ou qui souhaite l'être, doit faire un test de syphilis dès la première consultation prénatale [1].

Maux de tête intenses, troubles de la vision ou de l'audition, troubles de l'équilibre ou de la pensée chez une personne ayant eu une syphilis possible : consultez rapidement, car ces signes peuvent traduire une atteinte du système nerveux, de l'œil ou de l'oreille [1].

Maladies associées

Sources et mise à jour

  1. OMS · Organisation mondiale de la Santé. Syphilis (aide-mémoire). 2025. Version du 29 mai 2025.
  2. Revue à comité de lecture · Peeling RW, Mabey D, Chen XS, Garcia PJ. Syphilis. Lancet. 2023;402(10398):336-346. 2023.
  3. Revue à comité de lecture · Chevalier FJ, Bacon O, Johnson KA, Cohen SE. Syphilis: A Review. JAMA. 2025;334(21):1927-1940. 2025.
  4. Revue à comité de lecture · Peeling RW, Mabey D, Kamb ML, et al. Syphilis. Nat Rev Dis Primers. 2017;3:17073. 2017.
  5. Revue à comité de lecture · Zarakolu P. Recent Advances in Laboratory Diagnosis of Syphilis [Syphilis tanısında güncel gelişmeler]. Mikrobiyol Bul. 2023;57(1):141-155. 2023.
  6. Revue à comité de lecture · Chow F. Neurosyphilis. Continuum (Minneap Minn). 2021;27(4):1018-1039. 2021.
  7. Revue à comité de lecture · Niama FR, Loukabou Bongolo NC, Mayengue PI, et al. A study on HIV, Syphilis, and Hepatitis B and C virus infections among female sex workers in the Republic of Congo. Arch Public Health. 2017;75:21. 2017.
  8. Référence professionnelle · US Preventive Services Task Force. Screening for Syphilis Infection During Pregnancy: US Preventive Services Task Force Reaffirmation Recommendation Statement. JAMA. 2025;333(22):2006-2012. 2025.
  9. Revue à comité de lecture · Luo Y, Xie Y, Xiao Y. Laboratory Diagnostic Tools for Syphilis: Current Status and Future Prospects. Front Cell Infect Microbiol. 2021;10:574806. 2021.
  10. Référence professionnelle · Prescrire. Yaws, a non-venereal treponemal infection. Still endemic in some parts of the world. Prescrire Int. 2012;21(130):217-219. 2012.

Fiche mise à jour le 13 octobre 2026. Prochaine révision au plus tard le 13 octobre 2028.