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Gonococcie

Infection sexuellement transmissible très fréquente due à la bactérie Neisseria gonorrhoeae (gonocoque), qui touche surtout les organes génitaux, mais aussi l'anus, la gorge et les yeux. Beaucoup de femmes n'ont aucun symptôme, alors que l'infection non traitée peut entraîner une infertilité et d'autres complications. Elle se guérit par des antibiotiques, mais la résistance du gonocoque aux antibiotiques devient un problème majeur.

Autres noms : Gonorrhée, Infection à Neisseria gonorrhoeae, Infection à gonocoque, Blennorragie, Chaude-pisse. En anglais : Gonorrhoea, Gonorrhea. CIM-10 : A54. Système : Maladies infectieuses et parasitaires, Maladies des reins et de l'appareil génito-urinaire.

Définition

La gonococcie (gonorrhée) est une infection sexuellement transmissible que l'on peut prévenir et guérir. Elle est causée par la bactérie Neisseria gonorrhoeae (le gonocoque), qui se transmet principalement lors de rapports sexuels vaginaux, oraux ou anaux [1].

Elle peut provoquer des symptômes aux organes génitaux, à l'anus ou dans la gorge [1].

Causes et mécanisme

L'agent de la maladie est la bactérie Neisseria gonorrhoeae [1].

Les infections à gonocoque augmentent le risque de contracter et de propager le VIH [1]. Chez des hommes consultant pour un écoulement urétral au Zimbabwe, 28,5 % de ceux qui ont accepté le test étaient infectés par le VIH, sans différence selon le germe retrouvé [5].

Transmission et facteurs de risque

La gonococcie se transmet habituellement lors de rapports sexuels vaginaux, oraux ou anaux [1].

Elle peut aussi se transmettre d'une mère enceinte à son bébé [1].

Les symptômes apparaissent généralement 1 à 14 jours après le contact sexuel avec une personne infectée [1]. Comme la plupart des femmes n'ont pas de symptômes, l'infection peut se transmettre sans que la personne le sache [1].

Épidémiologie

Monde. En 2020, l'OMS a estimé à 82,4 millions le nombre de nouvelles infections à N. gonorrhoeae chez les adultes de 15 à 49 ans. La prévalence est la plus élevée chez les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes, les travailleuses et travailleurs du sexe, les femmes et adolescents transgenres et les jeunes des pays à forte charge de morbidité [1]. En 2020, la plupart des cas ont été signalés dans la Région africaine et dans la Région du Pacifique occidental de l'OMS [2].

Afrique subsaharienne, population générale. En 2020, la prévalence estimée chez les 15-49 ans était de 1,8 % chez les femmes et de 1,5 % chez les hommes ; elle était la plus élevée en Afrique australe et en Afrique de l'Est, et la tendance entre 2010 et 2020 n'était pas statistiquement significative [4]. Une autre synthèse (1964-2025) retrouve une prévalence urogénitale groupée de 3,2 % dans la population générale, en baisse d'environ 1 % par an [3].

Populations les plus exposées. Dans cette même synthèse, la prévalence urogénitale atteignait 11,5 % chez les travailleuses du sexe ; chez les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes, elle était de 8,3 % pour l'infection anorectale et de 5,7 % pour l'infection de la gorge [3]. Elle était de 8,6 % chez les femmes ayant eu une issue défavorable de grossesse ou de naissance [3].

Personnes symptomatiques. La prévalence urogénitale était de 51,5 % chez les hommes symptomatiques et de 9,0 % chez les femmes symptomatiques [3]. Au Zimbabwe, parmi 200 hommes consultant pour un écoulement urétral, le gonocoque était retrouvé chez 73,5 % d'entre eux [5].

Kenya (pays d'Afrique de l'Est). Une méta-analyse de 11 études (5 170 participants, 2019-2024) rapporte une prévalence groupée de 22,5 %, avec comme facteurs de risque le travail du sexe, un faible niveau d'instruction et des partenaires sexuels multiples ; les données étaient fragmentaires et sous-représentaient les populations à haut risque [10].

Signes cliniques

Chez l'homme, les signes habituels sont [1] :

  • un écoulement blanc, jaune ou verdâtre du pénis [1] ;
  • une miction douloureuse ou une sensation de brûlure en urinant [1] ;
  • des testicules douloureux ou enflés [1].

Chez la femme, la plupart des infections ne donnent pas de symptômes, ou ils passent inaperçus. Quand il y en a, il peut s'agir de pertes vaginales, d'une miction douloureuse ou d'une sensation de brûlure en urinant, de saignements vaginaux entre les règles ou pendant les rapports sexuels [1].

Anus et gorge. L'infection anale, chez la femme comme chez l'homme, peut causer des écoulements, des saignements, des démangeaisons, une sensibilité et des douleurs à la défécation. Les infections de la gorge sont souvent sans symptôme ; sinon, rougeur, douleur et mal de gorge [1].

Nouveau-né. Un nourrisson né d'une mère infectée peut développer une infection de l'œil avec rougeur, douleur, sensibilité, ulcères et larmoiement [1].

Signes de gravité

Non traitée, l'infection peut entraîner chez la femme une inflammation pelvienne, une grossesse extra-utérine et une infertilité ; chez l'homme, un gonflement du scrotum, un rétrécissement de l'urètre et une infertilité [1].

Dans de rares cas, une gonococcie disséminée survient : fièvre et infection touchant plusieurs organes (peau, cœur, articulations, méninges) [1]. Dans une série de 35 cas d'Alaska (2023-2024), 60 % des malades avaient une arthrite septique et 9 % une endocardite, et 80 % n'avaient aucun symptôme au niveau des muqueuses [8].

Chez le nouveau-né, la conjonctivite non traitée peut provoquer la cécité [1].

Fièvre avec articulation douloureuse ou gonflée, lésions de la peau ou autre signe général chez une personne exposée aux IST : il peut s'agir d'une gonococcie disséminée, même sans symptôme génital ; consulter sans attendre [1,8].

Diagnostic

Diagnostic clinique

L'interrogatoire sur les antécédents sexuels et l'évaluation des risques sont cruciaux avant tout diagnostic ; l'examen clinique, l'examen au spéculum chez la femme et la palpation fournissent des indices importants [1].

Comme la majorité des cas sont asymptomatiques, l'OMS recommande des stratégies de dépistage pour les populations à risque accru, généralement associées à la recherche d'autres IST (VIH, syphilis, chlamydiose) [1]. Aux États-Unis, le dépistage de la chlamydiose et de la gonococcie est recommandé chez les personnes sexuellement actives sans symptôme de moins de 25 ans, et chez les plus âgées en présence de facteurs de risque [9].

Dans les établissements de soins primaires qui n'ont pas les moyens de faire des tests moléculaires, l'OMS recommande la prise en charge dite syndromique, c'est-à-dire fondée sur les signes présentés par le patient [1].

Examens biologiques

Tests moléculaires : ils sont la référence pour diagnostiquer l'infection, au laboratoire ou au lieu de soins [1]. Devant des pertes vaginales et une douleur en urinant, ils sont indiqués pour rechercher à la fois la gonococcie et la chlamydiose [9].

Prélèvements : l'urine est à privilégier chez l'homme ; chez la femme, le prélèvement par écouvillon génital est à privilégier. On peut aussi prélever l'anus, la gorge ou la conjonctive selon le siège des symptômes, les pratiques sexuelles et les antécédents [1].

Examen microscopique avec coloration de Gram : utilisé dans certains laboratoires, il est moins sensible chez les femmes ayant des pertes vaginales ou cervicales, et pour les infections de la gorge et de l'anus [1].

Tests de sensibilité aux antibiotiques : ils sont réalisés en cas d'échec du traitement, pour vérifier si le germe est résistant [1]. La culture reste la méthode la plus fiable ; la dilution en gélose est la méthode de référence, mais lourde. Les méthodes moléculaires prédisent de façon fiable la sensibilité à la ciprofloxacine, mais beaucoup moins bien celle des autres antibiotiques [6].

Des tests de diagnostic rapide sont en cours de développement [1].

Diagnostic différentiel

Plusieurs infections donnent des signes semblables ou coexistent avec la gonococcie [1,5].

Infection à évoquerÉléments à connaître
Chlamydiose génitale (Chlamydia trachomatis)Cause fréquente d'écoulement urétral, souvent associée : au Zimbabwe, 80 % des hommes ayant une infection à chlamydia avaient aussi le gonocoque [5]. Voir la fiche chlamydiose génitale.
Trichomonase et infection à Mycoplasma genitaliumRetrouvées plus rarement chez les hommes ayant un écoulement urétral (4,0 % et 3,5 % dans la même étude) [5]. Voir la fiche trichomonase.
Infections vaginales (pertes vaginales d'une autre cause)Les pertes vaginales sont un signe possible de gonococcie chez la femme [1] ; la recherche du gonocoque et du chlamydia par test moléculaire permet de les distinguer d'autres causes [9]. Voir la fiche infections vaginales.
Autre infection non traitée aux symptômes similairesElle figure parmi les raisons d'un échec apparent du traitement [1].

Évolution, complications et pronostic

Traitée à temps, l'infection guérit. Les causes d'échec du traitement sont le non-respect des instructions, une réinfection, la résistance de la bactérie au médicament ou une autre infection non traitée aux symptômes similaires [1].

Sans traitement, les complications génitales (inflammation pelvienne, grossesse extra-utérine, infertilité chez la femme ; gonflement du scrotum, rétrécissement de l'urètre, infertilité chez l'homme) peuvent s'installer [1]. Voir grossesse extra-utérine et infertilité.

Résistance aux antibiotiques. Elle rend le traitement de plus en plus difficile, avec le risque que la maladie ne puisse plus être traitée [1]. La résistance à la ceftriaxone, dernière option restante pour le traitement de première intention, est un problème majeur de santé publique ; la résistance à l'azithromycine augmente et celle à la ciprofloxacine est extrêmement élevée dans de nombreux pays [2]. Au Kenya, les taux de résistance les plus élevés concernaient la tétracycline (98,0 %), la ciprofloxacine (96,7 %) et la pénicilline (94,7 %), les plus bas l'azithromycine (2,0 %), le céfixime (2,6 %) et la ceftriaxone (1,3 %) [10].

Des souches très résistantes ont été détectées par le programme élargi de surveillance de la résistance des gonocoques (EGASP) de l'OMS, surtout à cause de la propagation de souches particulières [2].

Traitement

Les personnes atteintes de gonococcie doivent être traitées dès que possible, avec des antibiotiques de la famille des céphalosporines [1].

  • Ceftriaxone : habituellement administrée par injection, c'est le traitement privilégié [1]. Elle est aussi le traitement recommandé dans les références de médecine générale [9]. Voir ceftriaxone.
  • Céfixime : généralement par voie orale, uniquement lorsque le traitement à la ceftriaxone n'est pas réalisable, avec un test de guérison ou en association avec une forte dose d'azithromycine [1]. Voir céfixime et azithromycine.

Il faut attendre 7 jours après la prise du médicament avant d'avoir des rapports sexuels, et les personnes traitées doivent informer leurs partenaires sexuels pour qu'ils se fassent tester ou traiter [1].

En cas de suspicion d'échec du traitement, les cliniciens doivent travailler avec les services de santé publique [9]. Le choix de l'antibiotique doit tenir compte de la résistance observée localement : l'OMS recommande aux pays de suivre l'évolution de la résistance pour orienter leurs recommandations [1].

Médicaments de la base Africa Medical Data : ceftriaxone, céfixime et azithromycine [1].

Médicaments de la base cités dans cette fiche

Prévention

Préservatif : la plupart des cas peuvent être évités par une utilisation systématique et correcte du préservatif lors de chaque rapport sexuel [1].

Partenaires : les personnes atteintes doivent informer leurs partenaires sexuels actuels et récents pour limiter la propagation [1].

Dépistage : il est recommandé pour les populations à risque accru, souvent avec la recherche du VIH, de la syphilis et de la chlamydiose [1]. Voir VIH et syphilis.

Nouveau-né : une pommade antibiotique pour les yeux est recommandée pour prévenir la conjonctivite à gonocoque [1]. Voir infections néonatales.

Vaccin : il n'existe pas de vaccin spécifique contre la gonococcie. Le vaccin contre le méningocoque de sérogroupe B (4CMenB) semble offrir une protection croisée, et l'OMS surveille les résultats des essais [1]. Une méta-analyse de 9 études, presque toutes observationnelles, estime son efficacité à 30 % (intervalle de confiance à 95 % : 19-39 %) ; des essais randomisés restent nécessaires [7].

Objectif mondial : les stratégies mondiales du secteur de la santé 2022-2030 visent une réduction de 90 % de l'incidence de l'infection à N. gonorrhoeae d'ici 2030 par rapport à 2020 [1].

Quand consulter en urgence

Consultez rapidement en cas d'écoulement du pénis, de brûlure en urinant, de pertes vaginales inhabituelles, de saignements entre les règles ou pendant les rapports, ou de douleurs des testicules [1].

Une personne dont un partenaire a la gonococcie doit se faire tester même sans symptôme, car la plupart des femmes n'en ont pas [1].

Les femmes enceintes exposées à une IST doivent consulter, car l'infection peut se transmettre au bébé [1].

Fièvre avec douleur ou gonflement d'une articulation, lésions de la peau, ou nouveau-né aux yeux rouges et larmoyants : consultez sans attendre [1,8].

Si les signes persistent après le traitement, il faut le dire au soignant : l'échec peut venir d'une réinfection, d'une résistance ou d'une autre infection [1].

Maladies associées

Sources et mise à jour

  1. OMS · Organisation mondiale de la Santé. Gonorrhée (infection à Neisseria gonorrhoeae) (aide-mémoire). 2025. Version du 22 octobre 2025.
  2. OMS · Organisation mondiale de la Santé. Gonorrhée multirésistante (aide-mémoire). 2025. Version du 22 octobre 2025.
  3. Revue à comité de lecture · Osman A, Akram H, Alemrayat B, Al-Maraghi S, Harfouche M, Abu-Raddad LJ. Prevalence and epidemiological patterns of Neisseria gonorrhoeae infection in sub-Saharan Africa, 1964-2025: Systematic review, meta-analyses, and meta-regressions. PLoS Med. 2026;23(6):e1004936. 2026.
  4. Revue à comité de lecture · Michalow J, Hall L, Rowley J, et al. Prevalence of chlamydia, gonorrhoea, and trichomoniasis among male and female general populations in sub-Saharan Africa from 2000 to 2024: a systematic review and meta-regression analysis. eClinicalMedicine. 2025;83:103210. 2025.
  5. Revue à comité de lecture · Rietmeijer CA, Mungati M, Machiha A, et al. The Etiology of Male Urethral Discharge in Zimbabwe: Results from the Zimbabwe STI Etiology Study. Sex Transm Dis. 2018;45(1):56-60. 2018.
  6. Revue à comité de lecture · Mitchell KK, Smith AC, Ayala JC, Schmerer MW, Pandori M. Review of Methods for Detecting Antimicrobial Resistance of Neisseria gonorrhoeae. Clin Infect Dis. 2026;82(Suppl 1):S36-S42. 2026.
  7. Revue à comité de lecture · Georgiadis N, Katsimpris A, Tzanakaki G, et al. Cross-protection of meningococcal B vaccines against gonorrhea: A systematic review and Meta-analysis. Vaccine. 2025;56:127180. 2025.
  8. Revue à comité de lecture · Rogers JH, Ohlsen E, Stump JC, et al. Increase in Disseminated Gonococcal Infections - Alaska, 2023-2024. MMWR Morb Mortal Wkly Rep. 2026;75(27):349-353. 2026.
  9. Revue à comité de lecture · Dalby J. Female Pelvic Conditions: Sexually Transmitted Infections. FP Essent. 2024;547:16-25. 2024.
  10. Revue à comité de lecture · Ndegwa SK, Mutai IJ, Lusimba L, et al. Neisseria gonorrhoeae in Kenya: A Systematic Review and Meta-Analysis of Prevalence, Resistance and Mitigation Strategies. Trop Med Int Health. 2026;31(5):623-633. 2026.

Fiche mise à jour le 13 octobre 2026. Prochaine révision au plus tard le 13 octobre 2028.