Infections vaginales : vaginose et candidose
Les pertes vaginales ont le plus souvent pour cause la vaginose bactérienne, un déséquilibre de la flore du vagin, ou la candidose vulvo-vaginale, une infection par des levures. Ces deux infections ne se traitent que si elles donnent des symptômes, sans traitement du partenaire, mais il faut les distinguer d'infections sexuellement transmissibles et d'une atteinte du haut appareil génital.
Autres noms : Vaginite, Vaginose bactérienne, Candidose vulvo-vaginale, Mycose vaginale. En anglais : Bacterial vaginosis, Vulvovaginal candidiasis. CIM-10 : N76. Système : Maladies des reins et de l'appareil génito-urinaire.
Définition
Les infections vaginales fréquentes (vaginites) sont surtout dues à la vaginose bactérienne, à la candidose vulvo-vaginale et à la trichomonase [2].
Vaginose bactérienne. Elle résulte d'un déséquilibre de la flore du vagin : les lactobacilles, normalement dominants, sont brusquement remplacés par des bactéries anaérobies, dont Gardnerella vaginalis [3].
Candidose vulvo-vaginale. C'est une infection fongique superficielle (due à des levures du genre Candida), l'une des plus fréquentes chez la femme [6].
Causes et mécanisme
La cause exacte de la vaginose bactérienne reste inconnue ; la flore du vagin varie sous l'influence de facteurs endogènes et exogènes [3]. Chez des femmes d'Afrique subsaharienne, le nettoyage du vagin au savon était associé à l'apparition d'une flore intermédiaire ou d'une vaginose (odds ratio ajusté de 1,24), sans que le lien de cause à effet soit démontré [9].
La candidose est due, dans la grande majorité des cas, à Candida albicans ; d'autres espèces sont de plus en plus souvent en cause, en partie à cause de l'usage répandu des antifongiques azolés et de la résistance qui en découle [6].
Les facteurs favorisants de la candidose sont des perturbations de la flore vaginale, des variations hormonales, le diabète, ainsi que l'hygiène et les comportements sexuels [6].
Transmission et facteurs de risque
La vaginose bactérienne et la candidose vulvo-vaginale ne nécessitent un traitement que si elles donnent des symptômes, et le traitement du partenaire n'est pas recommandé, contrairement aux infections sexuellement transmissibles comme la trichomonase, la chlamydiose et la gonococcie [2].
La vaginose bactérienne augmente néanmoins le risque d'infections sexuellement transmissibles et d'infections urogénitales [3].
Épidémiologie
Vaginose bactérienne. Elle est la cause la plus fréquente de pertes vaginales chez la femme en âge de procréer : environ 30 % de l'ensemble des causes [3].
Candidose. La candidose récidivante, définie par au moins 4 épisodes en 12 mois, touche 5 à 8 % des femmes atteintes de candidose vulvo-vaginale [6].
Afrique. Dans une revue systématique couvrant l'Afrique du Nord, la vaginose bactérienne (31 %) et les Candida (15 %) figuraient parmi les infections génitales les plus souvent détectées ; ces données proviennent surtout de personnes symptomatiques et concernent l'Afrique du Nord, pas l'Afrique centrale [8].
Signes cliniques
Les pertes vaginales (leucorrhées) sont l'un des motifs de consultation les plus fréquents chez la femme et peuvent altérer sa qualité de vie [2].
Une partie des vaginoses et des candidoses ne donne pas de symptômes ; le traitement n'est alors pas systématique [2].
Les pertes ne sont pas toujours dues à une infection : elles peuvent aussi être physiologiques ou venir d'une cervicite ou d'une infection de l'appareil génital haut [2].
Signes de gravité
Les vaginites sont inconfortables mais entraînent rarement des conséquences graves à long terme ; ce n'est pas le cas de l'infection du haut appareil génital (maladie inflammatoire pelvienne), qui peut laisser des séquelles : grossesse extra-utérine, infertilité, douleurs pelviennes chroniques [2].
Grossesse. La vaginose bactérienne augmente le risque d'accouchement prématuré [5]. Chez des femmes enceintes sans symptôme, le traitement antibiotique n'a pas réduit l'accouchement prématuré ni prolongé la grossesse dans l'analyse la plus complète des essais [5].
VIH. Dans des cohortes de femmes d'Afrique subsaharienne, la vaginose bactérienne était associée à un risque plus élevé d'acquérir le VIH (rapport de risque ajusté de 1,69) ; le lien de cause à effet n'est pas démontré [9].
Des pertes vaginales accompagnées de douleurs du bas-ventre, de fièvre, ou survenant pendant la grossesse, justifient une consultation sans attendre : il faut écarter une infection du haut appareil génital [2,5].
Diagnostic
Diagnostic clinique
Toute femme qui consulte pour des pertes vaginales doit avoir un examen gynécologique, afin de confirmer le diagnostic et d'écarter une infection du haut appareil génital [2].
Pour la vaginose bactérienne, le diagnostic repose sur les critères cliniques d'Amsel et/ou sur la coloration de Gram avec le score de Nugent [3]. Pour la candidose, l'évaluation associe l'examen clinique, le pH vaginal et la microscopie [7].
Examens biologiques
Score de Nugent : examen au microscope après coloration de Gram, encore considéré comme la référence pour la vaginose bactérienne ; des méthodes de biologie moléculaire existent comme alternatives, car les méthodes classiques ont des limites [3].
Candidose : la culture fongique avec identification de l'espèce, complétée si besoin par un test de sensibilité aux antifongiques, est utile dans les formes récidivantes ou qui ne répondent pas au traitement ; la simple détection d'une levure peut refléter une colonisation sans qu'elle soit la cause des symptômes [7].
Une identification précise de l'espèce et un test de sensibilité évitent les erreurs de traitement et la résistance [6].
Diagnostic différentiel
Les pertes vaginales peuvent avoir plusieurs causes, qu'il faut distinguer avant de traiter [2] :
| Cause à évoquer | Éléments à connaître |
|---|---|
| Pertes physiologiques | Les pertes vaginales ne signent pas toujours une infection [2]. |
| Trichomonase | Troisième cause fréquente de vaginite ; contrairement à la vaginose et à la candidose, elle se traite avec le partenaire [2]. |
| Cervicite (chlamydia, gonocoque) | Inflammation du col de l'utérus, qui relève d'un traitement du partenaire [2]. Voir chlamydiose génitale et gonococcie. |
| Maladie inflammatoire pelvienne | Infection du haut appareil génital, due surtout à la chlamydia, au gonocoque et aux bactéries associées à la vaginose ; elle peut laisser des séquelles [2]. |
| Vaginite mixte ou levures autres que C. albicans | Une levure retrouvée peut n'être qu'une colonisation ou s'associer à une autre cause de vaginite [7]. |
Évolution, complications et pronostic
La vaginose bactérienne récidive souvent, ce qui rend la prise en charge difficile [3]. La candidose peut aussi devenir récidivante (au moins 4 épisodes en 12 mois) [6].
Les candidoses récidivantes ou rebelles à répétition doivent faire réévaluer le diagnostic pendant un épisode actif, car l'espèce en cause peut être une levure autre que C. albicans [7].
Traitement
La vaginose bactérienne et la candidose ne sont traitées que si elles sont symptomatiques, et sans traitement du partenaire [2].
- Vaginose bactérienne : le traitement repose sur des antibiotiques, la métronidazole ou la clindamycine, avec l'objectif de rétablir l'équilibre de la flore vaginale [3]. Les recommandations américaines de 2021 ont ajouté des options alternatives [1].
- Vaginose pendant la grossesse : chez la femme enceinte sans symptôme, traiter par antibiotique n'a pas montré de bénéfice sur la prématurité [5].
- Candidose : le traitement fait appel aux antifongiques azolés ; de nouveaux antifongiques (oteseconazole, ibrexafungerp) arrivent en pratique et agissent sur des souches résistantes [6]. En cas de candidose récidivante ou rebelle, le traitement doit tenir compte de l'espèce et de la sensibilité [7].
- Probiotiques : leur place est celle d'un traitement d'appoint ou d'une alternative à l'étude dans la vaginose, avec des preuves limitées [4] ; pour la candidose, ils ne figurent pas dans les recommandations en raison de preuves incohérentes [6].
Médicaments de la base cités dans cette fiche
Prévention
Le nettoyage intravaginal au savon est associé à la perte de la flore normale ; éviter de se laver l'intérieur du vagin est donc une mesure raisonnable, même si le lien causal n'est pas démontré [9].
Pour la candidose, la prise en charge des facteurs favorisants, notamment le diabète, fait partie de la prévention des récidives [6].
Quand consulter en urgence
Consultez en cas de pertes vaginales inhabituelles, car plusieurs causes, dont des infections sexuellement transmissibles, peuvent se ressembler et nécessitent un examen [2].
Consultez rapidement si les pertes s'accompagnent de douleurs du bas-ventre ou de fièvre, si vous êtes enceinte, ou si les symptômes reviennent souvent [2,5,6].
Maladies associées
Sources et mise à jour
- Référence professionnelle · Workowski KA, Bachmann LH, Chan PA, et al. Sexually Transmitted Infections Treatment Guidelines, 2021. MMWR Recomm Rep. 2021;70(4):1-187. 2021. Résumé.
- Revue à comité de lecture · Shroff S. Infectious Vaginitis, Cervicitis, and Pelvic Inflammatory Disease. Med Clin North Am. 2022;107(2):299-315. 2022. Résumé.
- Revue à comité de lecture · Abou Chacra L, Fenollar F, Diop K. Bacterial Vaginosis: What Do We Currently Know?. Front Cell Infect Microbiol. 2022;11:672429. 2022. Résumé.
- Revue à comité de lecture · Udjianto U, Sirat NA, Rahardjo B, Zuhriyah L. Effective probiotic regimens for bacterial vaginosis treatment and recurrence prevention: A systematic review. Narra J. 2025;5(1):e1671. 2025. Résumé.
- Revue à comité de lecture · Klebanoff MA, Schuit E, Lamont RF, et al. Antibiotic treatment of bacterial vaginosis to prevent preterm delivery: Systematic review and individual participant data meta-analysis. Paediatr Perinat Epidemiol. 2023;37(3):239-251. 2023. Résumé.
- Revue à comité de lecture · Frej-Mądrzak M, Jama-Kmiecik A, Górzyńska A, Wahdan N, Nawrot U. Epidemiology, Diagnostics and Therapy of Vulvovaginal Fungal Infections. Pathogens. 2026;15(9). 2026. Résumé.
- Revue à comité de lecture · Yan Z, Cui Y, Li Y, et al. Non-and rare yeasts in vulvovaginal candidiasis: pathogen attribution, antifungal resistance, persistence, and species-informed management. Front Microbiol. 2026;17:1944046. 2026. Résumé.
- Revue à comité de lecture · Obeid D, Alsuwairi F, Alnemari R, et al. Sexually transmitted infections in the Middle East and North Africa: comprehensive systematic review and meta-analysis. BMC Infect Dis. 2024;24(1):1229. 2024. Résumé. Données d'Afrique du Nord, pas d'Afrique centrale.
- Revue à comité de lecture · Low N, Chersich MF, Schmidlin K, et al. Intravaginal practices, bacterial vaginosis, and HIV infection in women: individual participant data meta-analysis. PLoS Med. 2011;8(2):e1000416. 2011. Résumé. Cohortes d'Afrique subsaharienne.
Fiche mise à jour le 13 octobre 2026. Prochaine révision au plus tard le 13 octobre 2028.