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Infections du nouveau-né

Les infections du nouveau-né (septicémie, pneumonie, méningite) comptent parmi les principales causes de décès pendant le premier mois de vie, surtout en Afrique subsaharienne. Les signes sont souvent peu spécifiques : le bébé s'alimente mal, bouge peu, a de la fièvre ou, au contraire, une température trop basse. À Brazzaville, les bacilles à Gram négatif, en particulier Klebsiella, dominent parmi les infections confirmées au laboratoire. Un nouveau-né qui présente un signe de danger doit être vu sans attendre dans un établissement de santé.

Autres noms : Infections néonatales, Sepsis néonatal, Septicémie du nouveau-né. En anglais : Neonatal infections, Neonatal sepsis. CIM-10 : P36. Système : Affections du nouveau-né (période périnatale), Maladies infectieuses et parasitaires.

Définition

Les infections du nouveau-né sont des infections, le plus souvent bactériennes, qui touchent un enfant dans ses premières semaines de vie. Les formes graves sont la septicémie (bactéries dans le sang), la pneumonie et la méningite : l'OMS les regroupe sous le nom d'infections bactériennes graves du jeune nourrisson de 0 à 59 jours [2].

L'OMS range les infections néonatales, avec la prématurité, les complications de la naissance et les anomalies congénitales, parmi les principales causes de décès néonatals [1]. La période néonatale correspond aux 28 premiers jours de vie, comme dans la définition OMS du tétanos néonatal [10].

Selon le moment de survenue, on distingue les infections précoces (dans les tout premiers jours, souvent contractées pendant la grossesse ou l'accouchement) et les infections tardives. Dans l'étude de Brazzaville citée plus bas, le seuil retenu était de 4 jours de vie [4].

Causes et mécanisme

Ce sont surtout des bactéries qui sont en cause. À Brazzaville, parmi 79 nouveau-nés dont l'infection a été confirmée au laboratoire (CHU, 2023), les bacilles à Gram négatif représentaient 83,5 % des germes isolés, avec Klebsiella (31,6 %) et Enterobacter (17,7 %) en tête [4].

Une étude plus ancienne menée à Brazzaville sur l'infection néonatale précoce (130 nouveau-nés) a trouvé des hémocultures positives chez 29 d'entre eux : Klebsiella pneumoniae (7 cas), Klebsiella terrigena (4 cas), Staphylococcus aureus (3 cas) et Staphylococcus haemolyticus (3 cas) étaient les germes les plus fréquents [5].

Le streptocoque du groupe B est une cause de méningite surtout chez le nouveau-né [11].

Le tétanos néonatal, dû à une bactérie qui pénètre par le cordon ombilical, est une autre infection grave du nouveau-né [10].

Les facteurs favorisants sont la rupture prolongée des membranes (OR 4,11), une infection urinaire ou sexuellement transmissible chez la mère (OR 3,28), le faible poids de naissance (OR 6,95), la prématurité (OR 5,38), un score d'Apgar inférieur à 7 à la première minute (OR 7,56) et la réanimation à la naissance (OR 3,26) [6].

Transmission et facteurs de risque

Le streptocoque du groupe B, présent dans l'intestin ou le vagin de la mère, peut se transmettre à l'enfant au moment de l'accouchement [11].

Le tétanos néonatal survient lorsque le cordon est coupé avec un instrument non stérile, que le moignon ombilical est recouvert d'un produit contaminé, ou que l'accouchement a lieu avec des mains sales ou sur une surface contaminée [10].

Les programmes de prévention en milieu hospitalier visent aussi les infections associées aux soins et la résistance aux antibiotiques [7]. Les auteurs de l'étude de Brazzaville (2023) concluent à la nécessité de renforcer les mesures de contrôle des infections [4].

Épidémiologie

Monde. En 2022, 2,3 millions de nouveau-nés sont morts dans le monde (47 % de tous les décès d'enfants de moins de 5 ans), soit environ 6 500 décès par jour ; 75 % de ces décès surviennent pendant la première semaine de vie (75 % des décès néonatals) [1]. Chaque année, environ 3,5 millions d'enfants meurent avant l'âge de 59 jours, dont 98 % dans les pays à revenu faible ou intermédiaire ; les infections bactériennes graves (septicémie, pneumonie, méningite) causeraient plus de 556 000 de ces décès [3].

Afrique subsaharienne. Elle a le taux de mortalité néonatale le plus élevé du monde (27 décès pour 1 000 naissances vivantes en 2022) [1]. Une méta-analyse de 49 études africaines (87 548 nouveau-nés) a estimé la fréquence globale du sepsis néonatal à 40,98 % (intervalle de confiance à 95 % : 30,50 à 51,46 %) parmi les nouveau-nés étudiés [6].

Congo-Brazzaville. Dans le service de néonatologie du CHU de Brazzaville, 118 nouveau-nés suspects d'infection ont été inclus entre avril et septembre 2023 : l'infection a été confirmée au laboratoire chez 79 (66,9 %) et les formes précoces dominaient (59,5 %). Le faible poids de naissance (moins de 2 500 g) était le seul facteur de risque significatif de forme précoce (83,0 % contre 59,4 % ; OR 3,34) [4]. Dans une étude plus ancienne (130 nouveau-nés suspects d'infection précoce), l'infection a été confirmée chez 29 (22,3 %) et jugée probable chez 28 (21,5 %) ; un autre diagnostic a été retenu pour 73 (56,2 %) [5].

Résistance aux antibiotiques. Dans un service de néonatologie de Johannesburg (Afrique du Sud, 2021-2023), 43 % des nouveau-nés ayant une infection à bacille à Gram négatif avaient un germe résistant aux carbapénèmes ; la mortalité à 28 jours était de 23 % [8].

Signes cliniques

Chez le nouveau-né, les signes sont souvent discrets et peu spécifiques. L'OMS retient comme signes d'infection bactérienne grave possible chez le nourrisson de moins de 2 mois [3] :

  • alimentation difficile ou impossible [3] ;
  • mouvements seulement lorsque l'enfant est stimulé, ou absence de mouvement [3] ;
  • fièvre (38 °C ou plus) ou, au contraire, température basse (moins de 35,5 °C) [3] ;
  • tirage thoracique sévère (la cage thoracique se creuse à chaque respiration) [3] ;
  • respiration rapide (60 respirations par minute ou plus) chez le nouveau-né de moins de 7 jours [3] ;
  • convulsions [3].

Les signes de danger donnés aux familles par l'OMS sont : problème d'alimentation, activité réduite, difficulté à respirer, fièvre, convulsions, bébé froid au toucher [1]. D'autres signes sont cités pour les formes graves : somnolence ou perte de connaissance, geignement, couleur bleutée des lèvres et de la langue (cyanose), jaunisse sévère, ventre très gonflé [3].

En cas de méningite, le bébé peut aussi être peu actif, difficile à réveiller, irritable, gémissant, avoir du mal à s'alimenter et présenter un bombement de la fontanelle [11].

Signes de gravité

Un nouveau-né qui ne peut plus s'alimenter, qui ne bouge plus même quand on le stimule ou qui a des convulsions est en état critique : il doit être pris en charge à l'hôpital sans délai [3].

L'OMS cite le sepsis comme une cause importante de mortalité néonatale et range les nouveau-nés parmi les personnes les plus vulnérables ; chez l'enfant, il peut se manifester par une respiration rapide, des convulsions, une pâleur, une léthargie, une difficulté à se réveiller ou un corps froid au toucher [9].

Les infections bactériennes graves du jeune nourrisson peuvent laisser des handicaps durables chez les survivants [3].

Dans le service de Johannesburg, la mortalité à 28 jours des nouveau-nés ayant une septicémie ou une méningite à bacille à Gram négatif était de 23 % ; les facteurs associés au décès étaient le besoin de médicaments pour soutenir la tension artérielle, l'acidose métabolique, la léthargie et l'instabilité de la glycémie [8].

Diagnostic

Diagnostic clinique

Le diagnostic est d'abord clinique : il repose sur la recherche des signes d'infection bactérienne grave possible, listés plus haut, chez tout nouveau-né ou nourrisson de moins de 2 mois [3]. L'OMS recommande que l'enfant présentant un de ces signes soit adressé à l'hôpital [2].

Le contexte est important : naissance prématurée, faible poids, rupture prolongée des membranes, infection de la mère ou réanimation à la naissance augmentent la probabilité d'une infection [6].

Le diagnostic est difficile car les signes ressemblent à ceux d'autres maladies du nouveau-né : dans l'étude de Brazzaville de 2015, un autre diagnostic a été retenu chez plus de la moitié des enfants suspects d'infection [5].

Examens biologiques

Hémoculture : elle permet d'identifier le germe et sa sensibilité aux antibiotiques ; à Brazzaville, les germes ont été identifiés ainsi dans les études locales [5,4]. L'infection a pu être confirmée au laboratoire chez environ deux nouveau-nés suspects sur trois dans l'étude de 2023 [4].

Ponction lombaire en cas de suspicion de méningite : elle ne doit jamais retarder le début des antibiotiques [11].

Les lignes directrices de l'OMS de 2024 contiennent des recommandations sur le diagnostic des infections bactériennes graves du nourrisson de 0 à 59 jours ; leur détail est à consulter dans le document de l'OMS [2].

Diagnostic différentiel

D'autres affections du nouveau-né peuvent donner un tableau voisin [1] :

Maladie à évoquerÉléments à connaître
Méningite bactérienne (méningite bactérienne)Peut compliquer une septicémie ; le bébé est peu actif, irritable, la fontanelle peut être bombée [11].
Pneumonie (pneumonie)Fait partie, avec la septicémie et la méningite, des infections bactériennes graves du nourrisson de 0 à 59 jours [2].
Tétanos néonatalUn nouveau-né qui tétait et pleurait normalement les 2 premiers jours perd cette capacité entre le 3e et le 28e jour et devient raide ou a des spasmes [10].
Prématurité et asphyxie à la naissance (prématurité, asphyxie)Autres grandes causes de décès néonatals, qui peuvent coexister avec l'infection [1].

Évolution, complications et pronostic

Les décès néonatals surviennent surtout pendant la première semaine de vie (75 % des décès néonatals) [1]. Le faible poids de naissance est un facteur de risque d'infection [6].

Les survivants peuvent garder des séquelles à long terme [3]. À Johannesburg, la mortalité à 28 jours des infections à bacille à Gram négatif était de 23 % [8].

Traitement

L'infection bactérienne grave du nouveau-né est une urgence : le nourrisson de moins de 2 mois qui présente un signe de danger doit être adressé à l'hôpital [2].

Les lignes directrices de l'OMS de 2024 couvrent la septicémie, la méningite et la pneumonie du nourrisson de 0 à 59 jours, à l'hôpital et, si le transfert est impossible, en dehors de l'hôpital. Elles précisent le traitement antibiotique de première intention des enfants les plus gravement malades [2].

Les essais que l'OMS a analysés comparaient notamment l'association pénicilline ou ampicilline avec la gentamicine à une céphalosporine de 3e génération, comme le céfotaxime : le taux de succès du traitement était voisin (84,2 % et 87,4 %) [2]. Pour les formes cliniques sévères, des schémas associant la gentamicine injectable à de l'amoxicilline par voie orale ont aussi été évalués [2].

Lorsque l'hospitalisation est impossible ou refusée par la famille, la délivrance d'antibiotiques à domicile selon un schéma simplifié a réduit la mortalité néonatale par rapport à la seule orientation vers l'hôpital [7].

Résistance : à Brazzaville, les bacilles à Gram négatif dominent et les auteurs appellent à actualiser les recommandations d'antibiothérapie probabiliste [4] ; en Afrique du Sud, les infections néonatales à germes résistants aux carbapénèmes sont fréquentes [8]. Les programmes de bon usage des antibiotiques sont la stratégie la mieux étayée en milieu hospitalier [7].

Les posologies ne figurent pas dans cette fiche. Elles sont données dans la fiche de chaque médicament ; la prise en charge suit les lignes directrices de l'OMS et le protocole national [2].

Médicaments de la base cités dans cette fiche

Prévention

Soins essentiels du nouveau-né recommandés par l'OMS : protection contre le froid (contact peau à peau), soins hygiéniques du cordon et de la peau, allaitement précoce et exclusif, lavage des mains, vaccination (BCG, hépatite B), vitamine K et prophylaxie oculaire [1]. Les nouveau-nés de petit poids ou prématurés nécessitent des soins renforcés [1].

Cordon ombilical : dans les milieux où l'on applique couramment des produits non hygiéniques sur le cordon, le nettoyage à la chlorhexidine réduit le risque d'omphalite (infection du cordon) par rapport aux soins secs [7].

Autres mesures étudiées dans les pays à revenu faible ou intermédiaire : kits d'accouchement propre (baisse de la mortalité néonatale), émollients chez le prématuré (baisse du risque d'infection invasive), probiotiques chez le prématuré (baisse de la mortalité néonatale, des infections invasives et de l'entérocolite nécrosante), mesures d'hygiène à l'hôpital contre les infections associées aux soins [7].

Tétanos néonatal : il se prévient par la vaccination des femmes en âge de procréer (pendant ou hors grossesse) avec un vaccin contenant l'anatoxine tétanique (vaccin antitétanique), et par l'accouchement propre avec des soins du cordon hygiéniques [10].

Streptocoque du groupe B : les femmes à risque de le transmettre à leur bébé peuvent recevoir de la pénicilline par voie intraveineuse pendant le travail [11].

Mère vivant avec le VIH : un traitement antirétroviral préventif pour la mère et le nouveau-né, le dépistage et le suivi de l'enfant exposé sont recommandés (VIH) [1].

Suivi après la naissance : l'OMS recommande quatre contacts de soins postnatals, en établissement ou à domicile [1].

Quand consulter en urgence

Consultez immédiatement si le nouveau-né s'alimente mal ou refuse de téter, bouge peu, a de la fièvre ou est froid au toucher, respire difficilement [1].

Urgence : convulsions, bébé impossible à réveiller ou qui ne bouge plus quand on le stimule, incapacité de s'alimenter, respiration très difficile, lèvres bleutées. Rendez-vous immédiatement à l'hôpital [3].

Une naissance prématurée ou de faible poids, une rupture prolongée des membranes ou une infection de la mère pendant la grossesse justifient une surveillance attentive du bébé par un soignant [6].

Faites vacciner l'enfant à temps selon le calendrier national et présentez-le aux consultations postnatales [1].

Maladies associées

Sources et mise à jour

  1. OMS · Organisation mondiale de la Santé. Newborn mortality (aide-mémoire). 2024. Version du 14 mars 2024.
  2. OMS · Organisation mondiale de la Santé. WHO recommendations for management of serious bacterial infections in infants aged 0–59 days. 2024. Page de présentation et tableaux GRADE en annexe ; le texte complet des recommandations n'a pas été lu.
  3. Revue à comité de lecture · Edmond KM. Introduction to Evidence for Global Management of Serious Bacterial Infections in Young Infants Aged 0–59 Days. Pediatrics. 2024;154(Suppl 1). 2024.
  4. Revue à comité de lecture · Kibah Gambomi J, Moyen N, Ngakengni NY, et al. Neonatal Infections at Brazzaville University Hospital (Congo): Risk Factors and Microbiological Profile – A Cross-Sectional Study of 118 Newborns. Health Research in Africa. 2026;4(10):173-179. 2026.
  5. Revue à comité de lecture · Ekouya Bowassa G, Ontsira-Ngoyi EN, Okoko AR, et al. Bactériologie de l'infection néonatale précoce à Brazzaville (Congo). Arch Pédiatr. 2015;22(10):1099-1101. 2015.
  6. Revue à comité de lecture · Wondifraw EB, Wudu MA, Tefera BD, Wondie KY. The burden of neonatal sepsis and its risk factors in Africa: a systematic review and meta-analysis. BMC Public Health. 2025;25(1):847. 2025.
  7. Revue à comité de lecture · Lee Him R, Rehman S, Sihota D, et al. Prevention and Treatment of Neonatal Infections in Facility and Community Settings of Low- and Middle-Income Countries: A Descriptive Review. Neonatology. 2024;122(Suppl 1):173-208. 2024.
  8. Revue à comité de lecture · Thomas R, Sharland M, Clements M, Velaphi SC. Clinical features, risk factors and 28-day mortality in neonates with carbapenem-resistant sepsis or meningitis in a South African tertiary neonatal unit: a prospective cohort study. BMJ Public Health. 2026;4(3):e005113. 2026.
  9. OMS · Organisation mondiale de la Santé. Sepsis (aide-mémoire). 2024. Version du 3 mai 2024.
  10. OMS · Organisation mondiale de la Santé. Tetanus (aide-mémoire). 2026. Version du 15 juillet 2026.
  11. OMS · Organisation mondiale de la Santé. Méningite (aide-mémoire). 2026. Version du 29 septembre 2026.

Fiche mise à jour le 6 octobre 2026. Prochaine révision au plus tard le 6 octobre 2028.