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Méningite bactérienne

Inflammation des membranes qui entourent le cerveau et la moelle épinière, due surtout au méningocoque, au pneumocoque et à Haemophilus influenzae. C'est une urgence : environ un malade sur six en meurt et un sur cinq garde des séquelles. Le diagnostic repose sur la ponction lombaire, mais les antibiotiques doivent être commencés sans attendre. Les vaccins sont le meilleur moyen de prévention.

Autres noms : Méningite purulente. En anglais : Bacterial meningitis. CIM-10 : G00. Système : Maladies infectieuses et parasitaires, Maladies du système nerveux.

Définition

La méningite est une inflammation des tissus qui entourent le cerveau et la moelle épinière (les méninges). Elle peut être d'origine infectieuse ou non infectieuse et nécessite des soins médicaux en urgence [1].

La méningite bactérienne est la forme la plus dangereuse : c'est une affection grave, potentiellement mortelle, qui laisse souvent des séquelles durables [1].

Causes et mécanisme

Quatre bactéries sont les principales causes de méningite aiguë [1] :

  • Neisseria meningitidis (méningocoque), responsable des épidémies [1] ;
  • Streptococcus pneumoniae (pneumocoque) [1] ;
  • Haemophilus influenzae, notamment le type b (Hib) [1] ;
  • Streptococcus agalactiae (streptocoque du groupe B), surtout chez le nouveau-né [1].

Ces bactéries causent plus de la moitié des décès dus à la méningite dans le monde et peuvent aussi provoquer un état septique et une pneumonie [1]. Le pneumocoque et le méningocoque sont les causes les plus fréquentes de méningite bactérienne communautaire [3].

Les germes varient selon l'âge : les nouveau-nés sont surtout exposés au streptocoque du groupe B ; les enfants et les adolescents au méningocoque, au pneumocoque et à Haemophilus influenzae ; chez l'adulte, le pneumocoque et le méningocoque causent la plupart des cas [1]. Les personnes immunodéprimées ou vivant avec le VIH courent un risque accru de différents types de méningite [1].

D'autres bactéries (Mycobacterium tuberculosis, salmonelles non typhiques, Listeria monocytogenes), des virus, des champignons et des parasites peuvent aussi causer une méningite [1].

Transmission et facteurs de risque

Le méningocoque, le pneumocoque et Haemophilus influenzae vivent dans le nez et la gorge. Ils se transmettent d'une personne à l'autre par des gouttelettes de sécrétions respiratoires ou de la gorge [1]. Le streptocoque du groupe B, présent dans l'intestin ou le vagin, peut se transmettre de la mère à l'enfant lors de l'accouchement [1].

Le portage de ces bactéries est le plus souvent sans danger, mais elles envahissent parfois l'organisme et provoquent une méningite ou un état septique [1].

Les épidémies de méningite à méningocoque sont favorisées par la promiscuité : lieux surpeuplés, zones minières, rassemblements de masse, camps de réfugiés ou de déplacés, camps militaires, zones frontalières et marchés très fréquentés [1].

Épidémiologie

Monde. Environ une personne sur six atteintes de méningite bactérienne en meurt et une sur cinq présente des complications graves [1]. En 2019, environ 2,5 millions de cas et 236 000 décès dus à la méningite (toutes causes) ont été estimés dans le monde [5].

Afrique : la ceinture de la méningite. La charge la plus élevée est observée dans la « ceinture africaine de la méningite », qui s'étend du Sénégal à l'Éthiopie, où le risque d'épidémies récurrentes de méningite à méningocoque est élevé [1]. Les épidémies y surviennent surtout de janvier à juin [5]. Avant 2010, le méningocoque A causait 80 à 85 % des épidémies [1] ; depuis l'introduction du vaccin conjugué contre le méningocoque A, les germes ont changé, avec une prédominance des méningocoques C, W et X [5]. Au Burkina Faso et au Niger (2015-2023), aucun cas de méningocoque A n'a été notifié après 2015 ; le pneumocoque dominait au Burkina Faso (64 % des prélèvements positifs) et le méningocoque C au Niger (69 %) [4].

Enfants de moins de 5 ans (Région africaine de l'OMS, 2011-2016). Sur 49 844 cas suspects notifiés par des hôpitaux sentinelles de 26 pays, 1 670 (3,3 %) ont été confirmés au laboratoire ; le pneumocoque était le germe le plus fréquent (60,3 %). En Afrique de l'Ouest et du Centre (dont le Cameroun, la République centrafricaine, l'Angola et la RDC), la létalité de la méningite à pneumocoque confirmée atteignait 30,9 % [6].

Afrique centrale. La RDC fait partie de la ceinture de la méningite, qui y concerne six provinces (Bas-Uele, Haut-Uele, Ituri, Nord-Kivu, Sud-Kivu, Tshopo). En 2021, une épidémie à méningocoque W à Banalia (province de la Tshopo) a compté 2 662 cas suspects et 205 décès [5].

Signes cliniques

Les symptômes courants sont : fièvre, raideur de la nuque, confusion ou altération de la conscience, maux de tête, gêne à la lumière (photophobie), nausées et vomissements. Plus rarement : convulsions, coma, faiblesse d'un membre [1].

La triade classique (raideur de la nuque, fièvre, troubles de la conscience) peut être absente : son absence n'élimine pas le diagnostic [2].

Chez le nourrisson, les signes sont souvent différents de ceux de l'adulte [1] :

  • comportement inhabituel : activité réduite, difficulté à se réveiller [1] ;
  • irritabilité, gémissements continus [1] ;
  • difficultés à s'alimenter [1] ;
  • bombement de la fontanelle (zone molle du crâne) [1].

Signes de gravité

Lorsque les bactéries passent dans le sang, un état septique peut s'installer rapidement : mains et pieds froids, respiration rapide, tension artérielle basse [1].

Une éruption cutanée qui ne s'efface pas à la pression (purpura) peut apparaître en cas de septicémie à méningocoque : c'est une urgence absolue [1].

En Afrique, la létalité des méningites confirmées chez l'enfant de moins de 5 ans était de 12,2 % pour Haemophilus influenzae, 12,8 % pour le méningocoque et 20,9 % pour le pneumocoque (2011-2016) [6].

Diagnostic

Diagnostic clinique

Définitions de cas de l'OMS (utilisées pour la surveillance) [4] :

  • Cas suspect : fièvre d'apparition brutale (≥ 38,5 °C) et raideur de la nuque ou autre signe méningé, y compris le bombement de la fontanelle chez le nourrisson [4].
  • Cas probable : cas suspect avec un liquide céphalo-rachidien (LCR) trouble, louche ou purulent ; ou plus de 10 globules blancs/µL dans le LCR ; ou des bactéries à l'examen direct après coloration de Gram ; ou une détection d'antigène positive. Chez le nourrisson : plus de 100 globules blancs/µL, ou 10 à 100/µL avec des protéines élevées (> 100 mg/dL) ou un glucose bas (< 40 mg/dL) [4].
  • Cas confirmé : identification au laboratoire (PCR ou culture) du méningocoque, du pneumocoque ou d'Haemophilus influenzae chez un cas suspect ou probable [4,6].

Chez le jeune enfant, l'absence de fièvre notée était la principale raison pour laquelle des malades ne répondaient pas à la définition de cas suspect [6].

Lors d'une épidémie, la définition de cas suspect recommandée par l'OMS permet d'identifier correctement les malades à traiter [5].

Examens biologiques

Ponction lombaire : elle est nécessaire pour examiner le LCR. Elle devrait être faite avant le début des antibiotiques, mais ne doit jamais retarder le traitement antibiotique lorsqu'une méningite bactérienne est suspectée [1].

Analyse du LCR : biochimie, examen microscopique (coloration de Gram), culture et PCR pour rechercher l'ADN bactérien [2,4]. Les tests sur le LCR ou le sang identifient le germe, sa sensibilité aux antibiotiques et sa souche (sérogroupe ou sérotype), ce qui oriente aussi la riposte de santé publique [1].

Organisation en Afrique : les laboratoires de district réalisent la cytologie, la coloration de Gram et/ou l'agglutination au latex ; les laboratoires de référence confirment par PCR en temps réel ou culture et déterminent le sérogroupe [4]. Lors d'une épidémie, l'OMS recommande de prélever le LCR d'au moins 50 % des cas suspects ; à Banalia (RDC, 2021), seuls 8 % l'ont été, faute de kits de ponction et de personnel formé [5].

Tests de diagnostic rapide

Des tests rapides sur le LCR sont utilisés : agglutination au latex (méningocoque, pneumocoque, Haemophilus influenzae) et test immunochromatographique pour le pneumocoque [6]. Les panels de PCR multiplex au lit du malade sont prometteurs, mais les études justifiant leur usage en routine sont rares [2].

Diagnostic différentiel

D'autres causes, infectieuses ou non, peuvent donner un tableau semblable [1] :

Maladie à évoquerÉléments à connaître
Méningite tuberculeuse (tuberculose)Mycobacterium tuberculosis fait partie des causes importantes de méningite dans le monde [1].
Méningites viralesDues notamment aux entérovirus, aux herpèsvirus et aux arbovirus [1].
Méningite à cryptocoque (champignon)Cryptococcus est une cause importante de méningite ; les personnes vivant avec le VIH ou immunodéprimées sont plus exposées [1].
PaludismeÀ Banalia (RDC, 2021), un test rapide du paludisme a été réalisé chez 800 cas suspects de méningite et était positif chez 9,6 % d'entre eux [5].
Maladie à virus Ebola et intoxicationsLors de l'épidémie de Banalia, la maladie à virus Ebola et les intoxications aux métaux lourds ont été écartées par des examens biologiques [5].
Causes non infectieusesDe rares méningites sont dues à une blessure, un cancer ou un médicament [1].

Évolution, complications et pronostic

Sans traitement rapide, la méningite bactérienne peut être mortelle [1]. Un traitement antibiotique précoce améliore le pronostic [3].

Séquelles : une personne sur cinq ayant survécu peut garder des séquelles durables : perte d'audition, crises convulsives, faiblesse des membres, troubles de la vision, de la parole, du langage, de la mémoire et de la communication, cicatrices et amputations après un état septique [1].

Une méta-analyse a estimé à 19,9 % le risque d'au moins une séquelle après la sortie de l'hôpital ; la perte d'audition était la séquelle majeure la plus fréquente (33,9 %) [7]. Le risque de séquelle majeure était de 24,7 % après une méningite à pneumocoque, 9,5 % à Hib et 7,2 % à méningocoque, et deux fois plus élevé dans la Région africaine (25,1 %) qu'en Europe (9,4 %) [7].

Les survivants peuvent avoir besoin d'un suivi et de soins à long terme (surdité, troubles d'apprentissage ou du comportement) ; l'accès à ces services est souvent insuffisant dans les pays à revenu faible ou intermédiaire [1].

Traitement

La méningite bactérienne est une urgence médicale qui nécessite une prise en charge dans un établissement de santé approprié [1].

Antibiotiques sans délai : le traitement doit être commencé dès que la maladie est suspectée, sans attendre les résultats de la ponction lombaire [1] ; une administration dans l'heure qui suit l'arrivée améliore l'évolution [2]. Le choix de l'antibiotique tient compte de l'âge, d'une éventuelle immunodépression et des résistances locales [1].

En situation d'épidémie (méningite à méningocoque), l'OMS recommande la ceftriaxone [5]. Au Niger (2003), une dose unique de ceftriaxone s'est révélée aussi efficace que le chloramphénicol huileux à action prolongée, alors traitement recommandé par l'OMS [8]. À Banalia (RDC, 2021), la létalité est passée de 70,4 % sous ampicilline-gentamicine, association non recommandée par l'OMS dans ce contexte, à 7,7 % après l'introduction de la ceftriaxone [5].

Corticoïdes : hors épidémie, un corticoïde intraveineux comme la dexaméthasone est commencé en même temps que la première injection d'antibiotique pour réduire l'inflammation, le risque de séquelles neurologiques et de décès [1]. Son efficacité a été démontrée au-delà de la période néonatale, mais seulement dans des pays à revenu élevé [2].

En 2025, l'OMS a publié ses premières lignes directrices mondiales sur le diagnostic, le traitement et les soins de la méningite, qui couvrent aussi le suivi à long terme [1,9].

Les posologies ne figurent pas dans cette fiche. Elles sont données dans la fiche de chaque médicament ; la prise en charge suit les lignes directrices de l'OMS et le protocole national [1].

Médicaments de la base cités dans cette fiche

Prévention

La vaccination est le meilleur moyen de se protéger des méningites bactériennes les plus courantes : il existe des vaccins contre le méningocoque, le pneumocoque et Haemophilus influenzae type b (Hib). Il n'existe pas de vaccin universel [1].

  • Hib : vaccin utilisé dans la plupart des programmes nationaux de vaccination des enfants [1].
  • Pneumocoque : l'OMS recommande l'utilisation universelle des vaccins antipneumococciques conjugués [1].
  • Méningocoque : vaccins conjugués couvrant 4 à 5 sérogroupes (A, C, W, Y, X), comme le vaccin méningococcique A, C, W135, Y, et vaccins contre le sérogroupe B [1]. Le vaccin conjugué pentavalent Men5CV (A, C, W, Y, X), préqualifié en 2023, est recommandé dans les pays de la ceinture de la méningite [1], en une dose dans la vaccination de routine entre 9 et 18 mois, avec des campagnes de masse dans les pays à haut risque [4].

Vaccination réactive : en cas d'épidémie, l'OMS recommande de vacciner dans les 4 semaines suivant la détection ; à Banalia, la vaccination par un vaccin conjugué ACWY a été suivie d'une baisse de 82 % des cas suspects [5].

Antibiotiques préventifs (chimioprophylaxie) : ils sont donnés aux contacts proches d'une personne atteinte d'infection à méningocoque, pour éliminer le portage et réduire la transmission [1]. Les femmes à risque de transmettre le streptocoque du groupe B à leur bébé peuvent recevoir de la pénicilline intraveineuse pendant le travail [1].

Entourage d'un malade : demander à un soignant si un antibiotique préventif est nécessaire, se laver souvent les mains et éviter de partager verres, couverts ou brosses à dents [1].

Déclaration obligatoire

La surveillance des cas (détection, enquête et confirmation au laboratoire) est essentielle pour détecter les flambées, suivre les sérogroupes et les résistances, et mesurer l'effet des vaccins [1].

Selon les recommandations de l'OMS appliquées en RDC en 2021, une zone franchit le seuil d'alerte à 3 cas suspects pour 100 000 habitants par semaine et le seuil épidémique à 10 cas pour 100 000 habitants par semaine [5].

La feuille de route mondiale « Vaincre la méningite d'ici 2030 » vise à éliminer les épidémies de méningite bactérienne, à réduire de 50 % les cas et de 70 % les décès dus aux méningites évitables par la vaccination, et à réduire le handicap [1].

Quand consulter en urgence

Consultez immédiatement en cas de fièvre avec maux de tête intenses, raideur de la nuque, vomissements, gêne à la lumière ou confusion [1].

Chez le nourrisson, consultez sans attendre s'il est inhabituellement endormi, difficile à réveiller, irritable, gémit sans arrêt, refuse de s'alimenter ou si sa fontanelle est bombée [1].

Urgence : taches rouges ou violacées sur la peau qui ne s'effacent pas à la pression, convulsions, mains et pieds froids, respiration rapide ou perte de conscience. Rendez-vous immédiatement à l'hôpital [1].

Si un proche est atteint, demandez à un soignant si vous devez recevoir un antibiotique préventif [1].

Maladies associées

Sources et mise à jour

  1. OMS · Organisation mondiale de la Santé. Méningite (aide-mémoire). 2026. Version du 29 septembre 2026.
  2. Revue à comité de lecture · van de Beek D, Brouwer MC, Koedel U, Wall EC. Community-acquired bacterial meningitis. Lancet. 2021;398(10306):1171-1183. 2021. Résumé.
  3. Revue à comité de lecture · van de Beek D, Brouwer M, Hasbun R, et al. Community-acquired bacterial meningitis. Nat Rev Dis Primers. 2016;2:16074. 2016. Résumé.
  4. Revue à comité de lecture · Pinell-McNamara VA, Ouédraogo HS, Kafando L, et al. Bacterial Meningitis Epidemiology in Burkina Faso and Niger-High-Risk Countries in the Meningitis Belt of Sub-Saharan Africa, 2015-2023. J Infect Dis. 2026;234(2):e402-e413. 2026. Cosigné par l'OMS : introduction, méthodes (définitions de cas OMS, laboratoire) et résultats.
  5. Revue à comité de lecture · Bita Fouda AA, Latt A, Sinayoko A, et al. The Bacterial Meningitis Epidemic in Banalia in the Democratic Republic of Congo in 2021. Vaccines (Basel). 2024;12(5):461. 2024. Données de la RDC (Bureau régional de l'OMS pour l'Afrique) : introduction, méthodes, résultats et discussion.
  6. Revue à comité de lecture · Mwenda JM, Soda E, Weldegebriel G, et al. Pediatric Bacterial Meningitis Surveillance in the World Health Organization African Region Using the Invasive Bacterial Vaccine-Preventable Disease Surveillance Network, 2011-2016. Clin Infect Dis. 2019;69(Suppl 2):S49-S57. 2019. Bureau régional de l'OMS pour l'Afrique : méthodes, résultats (tableaux 1 à 3).
  7. Revue à comité de lecture · Edmond K, Clark A, Korczak VS, et al. Global and regional risk of disabling sequelae from bacterial meningitis: a systematic review and meta-analysis. Lancet Infect Dis. 2010;10(5):317-328. 2010. Résumé.
  8. Revue à comité de lecture · Nathan N, Borel T, Djibo A, et al. Ceftriaxone as effective as long-acting chloramphenicol in short-course treatment of meningococcal meningitis during epidemics: a randomised non-inferiority study. Lancet. 2005;366(9482):308-313. 2005. Résumé.
  9. Revue à comité de lecture · Alviz LF, Hasbun R, Thakur KT. Global bacterial meningitis guidelines: from policy to action. Curr Opin Infect Dis. 2026;39(3):272-279. 2026. Résumé (lignes directrices OMS 2025).

Fiche mise à jour le 5 octobre 2026. Prochaine révision au plus tard le 5 octobre 2028.