Prématurité et asphyxie à la naissance
La prématurité (naissance avant 37 semaines) et l'asphyxie à la naissance (manque d'oxygène du bébé autour de l'accouchement) sont avec les infections les principales causes de décès des nouveau-nés. En 2020, 13,4 millions de bébés sont nés prématurément dans le monde, surtout en Asie du Sud et en Afrique subsaharienne. Au Congo, l'encéphalopathie anoxo-ischémique et la prématurité expliquent 27 % et 23 % des décès précoces en néonatologie. La réanimation à la naissance, les soins mère kangourou et le suivi de la grossesse sauvent des vies.
Autres noms : Naissance prématurée, Prématurité, Asphyxie périnatale, Asphyxie néonatale, Encéphalopathie anoxo-ischémique du nouveau-né. En anglais : Preterm birth, Birth asphyxia, Perinatal asphyxia. CIM-10 : P07. Système : Affections du nouveau-né (période périnatale).
Définition
Une naissance est dite prématurée lorsqu'elle survient avant 37 semaines de grossesse. L'OMS distingue la très grande prématurité (moins de 28 semaines), la grande prématurité (de 28 à 32 semaines) et la prématurité moyenne à tardive (de 32 à 37 semaines) [1].
L'asphyxie à la naissance (asphyxie périnatale) désigne le manque d'oxygène du nouveau-né autour de l'accouchement : le bébé ne commence pas à respirer de lui-même et doit être réanimé [3]. Lorsqu'elle atteint le cerveau, elle provoque une encéphalopathie néonatale liée à l'accouchement, l'une des principales causes de décès et de handicap chez l'enfant [11].
Prématurité et asphyxie figurent, avec les infections et les malformations, parmi les principales causes de décès des nouveau-nés [2].
Causes et mécanisme
Prématurité. Elle résulte d'un accouchement spontané avant terme, ou d'un accouchement provoqué ou d'une césarienne décidés pour un problème de santé de la mère ou du bébé. Les facteurs cités par l'OMS sont les infections, les grossesses multiples et les maladies chroniques comme le diabète (diabète) et l'hypertension (hypertension artérielle) ; une influence génétique est possible et, souvent, la cause n'est pas retrouvée [1].
La part des accouchements avant terme déclenchés par les soignants, y compris les césariennes sans indication médicale, est un levier de prévention reconnu [4].
Asphyxie. Elle est due aux complications survenant à la naissance (asphyxie et traumatismes de l'accouchement) [2]. Dans un grand registre de naissances (dont un site de Kinshasa), les complications du travail, le lieu de l'accouchement, le niveau d'instruction de la mère et la prématurité étaient associés au besoin de ventiler le nouveau-né au ballon [10].
Au Congo, parmi les nouveau-nés hospitalisés décédés dans les 36 heures, la rupture prématurée des membranes était signalée dans 48,9 % des cas et le liquide amniotique teinté dans 76,9 % des cas [5].
Transmission et facteurs de risque
La prématurité et l'asphyxie à la naissance ne sont pas des maladies contagieuses : elles dépendent de la grossesse, de l'accouchement et de la santé de la mère [1].
Une naissance prématurée peut survenir lors de n'importe quelle grossesse, mais le risque est plus élevé en cas de grossesse multiple, d'infection ou de maladie chronique de la mère [1]. Un risque d'infection associé existe aussi pour le nouveau-né (voir infections du nouveau-né) [5].
Épidémiologie
Monde. On estime à 13,4 millions le nombre de bébés nés prématurément en 2020, soit 9,9 % des naissances ; le taux n'a pas changé de façon mesurable en dix ans, dans aucune région [4]. Les complications de la prématurité restaient en 2022 la première cause de décès avant 5 ans, avec environ 1 million de décès néonatals [4]. La majorité des naissances prématurées surviennent en Asie du Sud et en Afrique subsaharienne [1]. Environ 74 % des mort-nés le sont avant terme [4].
Inégalités. Dans les pays à revenu faible, la moitié des bébés nés à 32 semaines ou moins meurent ; dans les pays à revenu élevé, presque tous survivent [1].
Mortalité néonatale. En 2022, 2,3 millions de nouveau-nés sont morts dans le monde, soit 47 % des décès avant 5 ans [2]. L'Afrique subsaharienne avait le taux de mortalité néonatale le plus élevé (27 décès pour 1 000 naissances vivantes) [2]. Les premières causes sont la naissance prématurée, les complications à la naissance (asphyxie et traumatismes), les infections néonatales et les anomalies congénitales [2].
République du Congo. Dans une étude menée dans tous les services de néonatologie du pays (octobre 2017 - août 2018), la mortalité néonatale hospitalière était de 11,9 % ; 307 décès (5,8 % des nouveau-nés hospitalisés, 37,1 % des décès) sont survenus dans les 36 heures suivant l'admission [5]. Les causes de ces décès précoces étaient l'infection (42 %), l'encéphalopathie anoxo-ischémique (27 %) et la prématurité (23,1 %) [5]. 40,1 % de ces nouveau-nés étaient prématurés et leur poids moyen était de 2 434 g [5]. Le petit poids de naissance, la prématurité, la provenance du domicile et le bas niveau socio-économique étaient associés au décès précoce [5].
Signes cliniques
Bébé prématuré. Selon l'âge gestationnel, il peut présenter des difficultés respiratoires, des infections et des atteintes neurologiques [1]. Beaucoup de survivants gardent un handicap durable : troubles de l'apprentissage, de la vue ou de l'audition [1].
Asphyxie à la naissance. À la naissance, le bébé ne respire pas ou respire mal après séchage et stimulation, avec une fréquence cardiaque et des mouvements du thorax à vérifier [3]. Les critères d'inclusion d'une grande étude citent un besoin de réanimation prolongé à 5 minutes, un score d'Apgar inférieur à 6 à 5 minutes ou l'absence de cri à 5 minutes [8].
Encéphalopathie néonatale. Dans une cohorte ougandaise de 51 nouveau-nés, des crises convulsives électriques étaient enregistrées chez 52 % d'entre eux, et la moitié de ceux-ci avaient un état de mal convulsif [11].
Signes de gravité
La gravité dépend de l'âge gestationnel : plus de 90 % des très grands prématurés (moins de 28 semaines) nés dans les pays à revenu faible meurent dans les premiers jours de vie [1].
Un nouveau-né qui ne respire pas à la naissance est une urgence absolue : séchage, stimulation, puis ventilation au ballon et au masque dans la minute qui suit la naissance [3].
Chez les bébés ayant eu besoin d'une ventilation au ballon à la naissance, le risque de décès néonatal était très nettement augmenté dans le registre de 7 sites [10].
Diagnostic
Diagnostic clinique
Le diagnostic de prématurité repose sur l'âge gestationnel, d'où l'intérêt d'une datation précoce de la grossesse (mesures du fœtus par échographie précoce) [1] et de l'enregistrement correct de l'âge gestationnel et du poids de naissance [4].
Le diagnostic d'asphyxie à la naissance est clinique, immédiat : respiration absente ou insuffisante, fréquence cardiaque, mouvements du thorax [3] ; le score d'Apgar à 5 minutes et la poursuite des besoins de réanimation sont utilisés pour repérer les nouveau-nés à risque d'encéphalopathie [8].
L'évolution neurologique se suit par la classification de Sarnat et par un score quotidien (score de Thompson) ; un score de 7 ou plus était le meilleur indicateur d'une atteinte importante à l'électroencéphalogramme (EEG) dans la cohorte ougandaise [11].
Examens biologiques
Pour le nouveau-né qui ne respire pas, le geste de réanimation est immédiat et n'attend pas d'examen [3].
L'EEG a pu être réalisé en continu chez 50 des 51 nouveau-nés d'une cohorte ougandaise ; son tracé de fond est lié à l'évolution neurologique ultérieure [11]. Dans l'essai HELIX, les sites disposaient d'IRM pour évaluer les lésions cérébrales [8]. Ces examens ne sont pas accessibles partout.
Diagnostic différentiel
Un nouveau-né en détresse peut avoir une autre cause que l'asphyxie : infection néonatale, prématurité, anomalies congénitales [2]. Au Congo, l'infection est la première cause des décès précoces en néonatologie, devant l'encéphalopathie anoxo-ischémique et la prématurité [5] (voir infections du nouveau-né).
Plusieurs causes peuvent coexister chez le même bébé : 40,1 % des décès précoces concernaient des prématurés, alors que les causes principales étaient classées séparément [5].
Évolution, complications et pronostic
Prématurité. Le pronostic dépend de l'âge gestationnel et des soins disponibles : les écarts de survie entre pays riches et pays pauvres sont considérables pour les bébés nés avant 32 semaines [1]. Les survivants peuvent garder un handicap à vie [1].
Asphyxie. Dans une petite cohorte ougandaise de nouveau-nés avec encéphalopathie non refroidis, 13 des 39 suivis jusqu'à 18-24 mois sont décédés et 7 avaient des séquelles neurologiques [11]. Dans l'essai HELIX (Asie du Sud), 47 % des bébés du groupe sans refroidissement sont décédés ou ont gardé un handicap modéré ou grave à 18-22 mois [8].
Les soins essentiels (chaleur, allaitement, soins du cordon) et des soins spécifiques pour les prématurés et les bébés de petit poids réduisent la mortalité [2].
Traitement
À la naissance : réanimation de base. [3]
| Situation | Conduite recommandée par l'OMS (2012) |
|---|---|
| Bébé qui ne respire pas | Essuyer entièrement, stimuler (frotter le dos), puis ventilation en pression positive au ballon et au masque dans la minute qui suit la naissance [3] |
| Liquide amniotique clair, bébé qui respire | Pas d'aspiration de la bouche et du nez [3] |
| Bébé à terme ou prématuré de plus de 32 semaines à ventiler | Commencer la ventilation à l'air ambiant [3] |
| Bébé qui n'a pas besoin de ventilation | Clamper le cordon au plus tôt une minute après la naissance [3] |
| Cœur non perçu après 10 minutes de ventilation efficace | Arrêt de la réanimation [3] |
Prématurité : prise en charge. [1]
- avant la naissance : corticoïdes anténatals (bétaméthasone, dexaméthasone), traitements pour retarder l'accouchement et antibiotiques en cas de rupture prématurée des membranes [1] ;
- après la naissance : soins mère kangourou immédiatement après la naissance, mise au sein précoce, ventilation en pression positive continue (PPC) et caféine contre les problèmes respiratoires [1] ;
- chez des bébés de 1,0 à 1,8 kg dans cinq hôpitaux d'Afrique et d'Inde, le kangourou immédiat réduisait la mortalité à 28 jours (12,0 % contre 15,7 % ; risque relatif 0,75) [6] ;
- une revue de 29 études (17 513 bébés de petit poids) montre moins de décès, de sepsis et d'hypothermie avec les soins kangourou débutés à l'hôpital [7].
Corticoïdes et prématurité tardive. Leur bénéfice avant 34 semaines est établi ; il est moins clair entre 34 et 37 semaines, ce que teste l'essai WHO ACTION-III dans cinq pays dont l'Inde, le Kenya et le Nigeria [9].
Refroidissement du cerveau (hypothermie thérapeutique). Dans l'essai HELIX (Inde, Sri Lanka, Bangladesh), il n'a pas réduit le décès ou le handicap et la mortalité était plus élevée avec le refroidissement (42 % contre 31 %) ; les auteurs concluent qu'il ne doit pas être proposé dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, même avec des soins intensifs [8].
Les doses et schémas se trouvent dans les fiches des médicaments et dans le protocole national [1].
Médicaments de la base cités dans cette fiche
Prévention
Avant l'accouchement. Des soins prénatals de qualité (alimentation, tabac et substances psychoactives, échographie précoce de datation) et au minimum huit contacts avec un professionnel de santé, dont un dès avant 12 semaines, permettent de repérer les facteurs de risque [1].
Une continuité des soins assurée par des sages-femmes réduit les naissances prématurées de 24 % et le risque de perdre l'enfant de 16 % [2].
À l'accouchement. Augmenter les naissances en établissement de santé avec un personnel formé à la réanimation du nouveau-né, et des soins obstétricaux et néonatals d'urgence [2,3].
Après la naissance. Soins essentiels (peau à peau, soins du cordon, allaitement précoce et exclusif), soins spécifiques pour les bébés prématurés ou de petit poids et quatre visites postnatales [2].
Au Congo. Les auteurs de l'étude nationale recommandent de renforcer le plateau technique et les capacités du personnel, un système de référence et de contre-référence efficace et un meilleur suivi de la grossesse et de l'accouchement [5].
Quand consulter en urgence
Faites-vous suivre dès le début de la grossesse, surtout en cas de grossesse multiple, d'infection, de diabète ou d'hypertension, qui augmentent le risque d'accouchement avant terme [1].
Accouchez dans un établissement de santé où une équipe peut réanimer un nouveau-né et prendre en charge un bébé prématuré ou de petit poids [2].
Urgence : un bébé qui ne respire pas ou ne crie pas à la naissance, ou un bébé prématuré en difficulté respiratoire, doit être pris en charge immédiatement par une équipe formée [3,8].
Un bébé prématuré ou de petit poids bénéficie du contact peau à peau avec sa mère (soins mère kangourou) et d'une mise au sein précoce [1,6].
Respectez les visites postnatales, l'OMS en recommande quatre à l'établissement de santé ou à domicile [2].
Maladies associées
Sources et mise à jour
- OMS · Organisation mondiale de la Santé. Naissances prématurées (aide-mémoire). Aide-mémoire OMS, 10 mai 2023. 2023. Page lue en français.
- OMS · Organisation mondiale de la Santé. Mortalité néonatale (aide-mémoire). Aide-mémoire OMS, 14 mars 2024. 2024. Page lue en français.
- OMS · Organisation mondiale de la Santé. Guidelines on basic newborn resuscitation. OMS, Genève, 2012. 2012. Recommandations lues dans le texte du guide (PDF de la bibliothèque OMS).
- Revue à comité de lecture · Bradley E, Blencowe H, Moller AB, et al. Born too soon: global epidemiology of preterm birth and drivers for change. Reprod Health. 2025;22(Suppl 2):105. 2025. Résumé.
- Revue à comité de lecture · Ollandzobo Ikobo LC, Missambou Mandilou SV, Mananga Kenguema RC, et al. Décès précoces des nouveau-nés dans les services de néonatologie au Congo. J Afr Neonatol. 2025;3(2):28-34. 2025. Résumé de l'étude (tous les services de néonatologie du Congo, octobre 2017 - août 2018).
- Revue à comité de lecture · Arya S, Naburi H, et al. Immediate "Kangaroo Mother Care" and Survival of Infants with Low Birth Weight. N Engl J Med. 2021;384(21):2028-2038. 2021. Essai randomisé dans 5 hôpitaux (Ghana, Inde, Malawi, Nigeria, Tanzanie) : résumé.
- Revue à comité de lecture · Minotti C, Jost K, Aghlmandi S, et al. All-cause mortality and infection-related outcomes of hospital-initiated kangaroo care versus conventional neonatal care for low-birthweight infants: a systematic review and meta-analysis. Lancet Child Adolesc Health. 2025;9(7):470-483. 2025. Résumé.
- Revue à comité de lecture · Thayyil S, Pant S, Montaldo P, et al. Hypothermia for moderate or severe neonatal encephalopathy in low-income and middle-income countries (HELIX): a randomised controlled trial in India, Sri Lanka, and Bangladesh. Lancet Glob Health. 2021;9(9):e1273-e1285. 2021. Résumé.
- Revue à comité de lecture · Équipe de l'essai WHO ACTION-III. The World Health Organization Antenatal CorTicosteroids for Improving Outcomes in preterm Newborns (ACTION-III) Trial: study protocol for a multi-country, multi-centre, double-blind, three-arm, placebo-controlled, individually randomized trial of antenatal corticosteroids for women at high probability of late preterm birth in hospitals in low-resource countries. Trials. 2024;25(1):258. 2024. Protocole d'essai : résumé.
- Revue à comité de lecture · Aghai ZH, Kavi A, Thorsten VR, et al. Risk factors and mortality in infants who received bag and mask ventilation at birth: a secondary analysis from the global network maternal newborn health registry. J Perinatol. 2026;46(8):1540-1549. 2026. Résumé (registre de 7 sites, dont Kinshasa, RDC, 2017-2023).
- Revue à comité de lecture · Mathieson SR, Nanyunja C, Sadoo S, et al. EEG background activity, seizure burden and early childhood outcomes in neonatal encephalopathy in Uganda: a prospective feasibility cohort study. EClinicalMedicine. 2024;78:102937. 2024. Résumé (petite cohorte ougandaise).
Fiche mise à jour le 6 octobre 2026. Prochaine révision au plus tard le 6 octobre 2028.