Fistule obstétricale
La fistule obstétricale est une complication grave de l'accouchement, le plus souvent après un travail prolongé et obstrué sans accès à une césarienne. Elle provoque une fuite permanente d'urine et/ou de selles et entraîne isolement et stigmatisation. Elle est évitable par des soins obstétricaux de qualité et peut être réparée par chirurgie, avec un taux de succès de 84 à 94 % à la première tentative.
Autres noms : Fistule génitale féminine, Fistule vésico-vaginale obstétricale. En anglais : Obstetric fistula. CIM-10 : N82. Système : Grossesse et accouchement.
Définition
La fistule obstétricale est une complication grave de l'accouchement, due le plus souvent à un travail prolongé et obstrué : elle se traduit par une incontinence chronique d'urine et/ou de selles, souvent accompagnée d'isolement social, de stigmatisation et de détresse psychologique [8,9].
Selon l'organe atteint, on distingue notamment les fistules vésico-vaginales (entre la vessie et le vagin), urétro-vaginales et recto-vaginales (entre le rectum et le vagin) [5].
C'est une lésion évitable : un accès à des soins obstétricaux de qualité est la clé de sa prévention [1,2].
Causes et mécanisme
La cause principale est le travail prolongé et obstrué, qui provoque une lésion grave des tissus du bassin [9]. À la base, le problème est l'accès aux soins [1].
Les fistules ne sont pas toutes d'origine obstétricale : dans une série de 1 185 réparations dans 12 pays, les traumatismes obstétricaux (59 %) et les lésions iatrogènes, c'est-à-dire causées par un geste médical ou chirurgical (34 %), étaient les deux causes principales [5]. À Kinshasa (2021-2025), 67,0 % des 336 femmes opérées avaient une fistule d'origine obstétricale et 32,7 % une fistule iatrogène [6].
Pour les fistules recto-vaginales, le traumatisme obstétrical est la cause la plus fréquente [7].
Transmission et facteurs de risque
Ce n'est pas une maladie transmissible : la fistule résulte d'une blessure liée à l'accouchement ou, plus rarement, à un geste chirurgical [2,5].
Épidémiologie
Monde. Une méta-analyse de 62 jeux de données issus de 38 pays (2 547 755 femmes, 15 976 cas) estime la prévalence globale à 0,76 % (intervalle de confiance à 95 % : 0,47 à 1,05) ; elle est la plus élevée dans la Région africaine (0,96 %), dans les pays à faible indice de développement humain (1,00 %) et dans les populations à haut risque (1,35 %). Les données sont très hétérogènes et les auteurs rappellent que ces estimations restent incertaines [2].
Un manque de données fiables sur la fréquence (prévalence et incidence) de la fistule obstétricale demeure l'une des grandes lacunes de la recherche [1].
Afrique centrale. À Kinshasa, les femmes opérées avaient en moyenne 42 ans et vivaient avec la fistule depuis en moyenne 9 ans ; 92,6 % n'avaient jamais été opérées auparavant, ce qui traduit une prise en charge tardive et un accès insuffisant au traitement [6]. Dans la province du Nord-Kivu (RDC), seules 22,7 % des femmes en âge de procréer interrogées avaient une bonne connaissance de la fistule obstétricale [8].
Parmi 4 396 femmes traitées pour fistule en Afrique de l'Est et du Centre, 84,1 % avaient accouché d'un enfant mort-né [3].
Signes cliniques
Le signe central est l'incontinence chronique d'urine et/ou de selles après un accouchement difficile [8].
Elle s'accompagne souvent d'une stigmatisation, d'un isolement social et d'une détresse psychologique [8] ; des femmes atteintes se décrivent comme des « mortes vivantes » [9].
Un cas rapporté en RDC illustre une forme particulière, la fistule vésico-utérine, qui s'est manifestée par des saignements urinaires cycliques et de rares règles, cinq ans après des césariennes multiples et une rupture utérine [11].
Signes de gravité
La fistule entraîne des souffrances physiques, psychologiques et sociales profondes [9].
Une fuite d'urine ou de selles par le vagin après un accouchement, une césarienne ou une opération du bassin doit conduire à consulter rapidement : la fistule peut être réparée, même après des années [6].
Diagnostic
Diagnostic clinique
Le diagnostic est d'abord clinique : il repose sur le récit de la fuite après l'accouchement ou une opération et sur l'examen gynécologique [8,11].
Pour la réparation, plusieurs caractéristiques de la lésion sont notées parce qu'elles prédisent l'échec de la chirurgie : taille de plus de 3 cm, destruction complète de l'urètre, cicatrices importantes du vagin, type 4 de la classification de Goh, réparation antérieure [4]. Pour les fistules recto-vaginales, la fibrose, la taille de plus de 3 cm et l'association à une autre fistule comptent parmi les facteurs prédictifs d'échec [7].
Examens biologiques
Test au bleu de méthylène : lorsque l'imagerie et la cystoscopie ne sont pas disponibles, ce test réalisé au lit de la malade (« test des trois tampons ») a permis de confirmer une fistule vésico-utérine en RDC [11].
Bilan avant chirurgie : le type de fistule, sa taille, l'atteinte de l'urètre et les cicatrices vaginales déterminent la difficulté de la réparation et le risque d'échec [4,12].
Diagnostic différentiel
Toute fuite d'urine ou de selles après un accouchement n'est pas obligatoirement une fistule obstétricale simple ; il faut préciser la cause et le siège [5,11] :
| Situation à distinguer | Éléments à connaître |
|---|---|
| Fistule d'origine iatrogène (geste chirurgical) | Elle représente un tiers des fistules génitales dans les séries étudiées (34 % dans 12 pays ; 32,7 % à Kinshasa) [5,6]. |
| Fistule vésico-utérine | Rare ; saignements urinaires cycliques et troubles des règles après césariennes et rupture utérine, confirmée par le test au bleu de méthylène [11]. |
| Fistule recto-vaginale | Fuite de selles par le vagin ; le traumatisme obstétrical en est la cause la plus fréquente [7]. |
| Incontinence persistante après réparation réussie | Une incontinence résiduelle persiste chez 12 % des femmes après fermeture de la fistule [5]. |
Évolution, complications et pronostic
Sans réparation, la femme garde sa fuite pendant des années : à Kinshasa, la fistule évoluait depuis 9 ans en moyenne [6].
Après la chirurgie, la fistule se ferme chez la plupart des femmes, mais la fermeture n'est pas toujours définitive : l'échec de réparation (fermeture non obtenue ou incontinence persistante) atteint 26,89 % dans les pays d'Afrique de l'Est [4]. Dans une série multinationale, 18 % des fistules ont récidivé et 12 % des femmes gardaient une incontinence résiduelle [5].
Les facteurs associés à l'échec sont un travail de plus de 48 heures, une fistule de plus de 3 cm, une réparation antérieure, une destruction complète de l'urètre et des cicatrices vaginales sévères [4]. Pour les fistules recto-vaginales en RDC, la fermeture a échoué dans 12,31 % des cas [7].
Les femmes qui restent « sèches » se réinsèrent le plus souvent dans la société, alors que celles qui fuient encore ont besoin d'un soutien supplémentaire [1].
Une nouvelle grossesse expose à un nouveau risque de fistule : une surveillance prénatale et une césarienne programmée sont recommandées pour l'éviter [1].
Traitement
Le traitement est chirurgical : la réparation de la fistule, réalisée dans un centre spécialisé [1,6].
La première tentative est déterminante : sa réussite se situe entre 84 % et 94 % [1]. L'OMS fixe comme objectif une fermeture dans au moins 85 % des premières réparations, avec une continence chez 90 % des femmes dont la fistule est fermée [12]. Dans la série multinationale, la fermeture atteignait 91 % pour les fistules simples et 82 % toutes fistules confondues [5]. À Kinshasa, 92,9 % des femmes avaient une fistule fermée et étaient continentes à 14 jours [6].
Sonde urinaire après l'opération : pour une fistule simple, 10 jours de sonde suffisent [1] ; l'OMS a publié une recommandation sur la durée du sondage après réparation d'une fistule urinaire obstétricale simple [10].
Fistules complexes ou récidivantes : des techniques complémentaires (plasma riche en plaquettes, colle biologique, greffes, lambeaux) ont été utilisées dans 71 % des réparations complexes ou récidivantes, avec une fermeture de 72 % [5]. L'incontinence résiduelle a été améliorée par des injections d'agents de comblement ou une bandelette sous-urétrale [5].
Soutien psychosocial : il aide toutes les femmes, mais surtout celles qui fuient encore [1,9].
Les gestes opératoires et le choix des techniques relèvent de l'équipe chirurgicale ; aucune posologie ni traitement médicamenteux ne remplace la chirurgie dans cette fiche [1,5].
Prévention
La prévention repose sur un accès à des soins obstétricaux de qualité : l'accès aux soins est la cause profonde de la fistule obstétricale [1].
- Consultations prénatales et césarienne programmée pour les femmes ayant déjà eu une fistule, afin d'éviter une nouvelle fistule [1].
- Éviter les césariennes inutiles : en cas de travail obstrué avec mort fœtale in utero, la césarienne est à éviter sauf suspicion de rupture utérine, afin de ne pas ajouter les complications des cicatrices utérines aux grossesses suivantes ; or elle est pratiquée de plus en plus souvent (de 45 % en 1990-1994 à 64 % en 2010-2014 parmi les femmes aux nouveau-nés mort-nés) au détriment de l'accouchement assisté par voie basse [3].
- Information des femmes : la connaissance de la fistule reste faible dans les communautés (22,7 % de bonne connaissance au Nord-Kivu) [8].
- Prévention des lésions iatrogènes : un tiers des fistules étant liées à des gestes médicaux, la sécurité des gestes chirurgicaux fait partie de la prévention [5,6].
Quand consulter en urgence
Consultez si vous avez une fuite continue d'urine ou de selles par le vagin après un accouchement, une césarienne ou une opération du bassin [8,11].
Ne restez pas isolée et n'attendez pas : la fistule se répare, y compris après de nombreuses années, et la prise en charge tardive est fréquente [6].
En cas de travail prolongé sans progression, rendez-vous sans attendre dans une maternité capable de pratiquer une césarienne ou un accouchement assisté [1,3].
Le soutien psychologique et social fait partie des soins, car la stigmatisation et la dépression sont fréquentes [8,9].
Maladies associées
Sources et mise à jour
- Revue à comité de lecture · Pope R. Research in Obstetric Fistula: Addressing Gaps and Unmet Needs. Obstet Gynecol. 2018;131(5):863-870. 2018. Résumé.
- Revue à comité de lecture · Shu, Xu, Li, Cao et al. Prevalence of obstetric fistula: a systematic review and meta-analysis of available evidence from 38 countries. Ir J Med Sci. 2026. 2026. Résumé.
- Revue à comité de lecture · Ngongo CJ, Raassen TJ, Lombard L, et al. Delivery mode for prolonged, obstructed labour resulting in obstetric fistula: a retrospective review of 4396 women in East and Central Africa. BJOG. 2020;127(6):702-707. 2020. Résumé.
- Revue à comité de lecture · Ejigu, Seyoum, Kene, Gomora et al. Prevalence and associated risk factors for failed obstetric fistula repair in East African countries: A systematic review and meta-analysis. SAGE Open Med. 2023;11:20503121231187742. 2023. Résumé.
- Revue à comité de lecture · Mourad, Malallah, Mahfouz, Saafan et al. Sixteen Years of Multinational Experience in Female Genital Fistula Repair: Integrating Traditional and Innovative Surgical Approaches Across 12 Countries. Neurourol Urodyn. 2026;45(3):583-590. 2026. Résumé.
- Revue à comité de lecture · Kasereka, Mavuzi, Kibendelwa, Muhini et al. Epidemiological profile, clinical characteristics, and surgical outcomes of genital fistula repair in Kinshasa, Democratic Republic of Congo: FisPro DRC Experience. Pan Afr Med J. 2026;53:178. 2026. Résumé.
- Revue à comité de lecture · Paluku, Sikakulya, Furaha et al. LUSSY score predictive of failure of surgical closure of obstetric rectovaginal fistula in the Democratic Republic of the Congo. Reprod Health. 2025;22(1):37. 2025. Résumé.
- Revue à comité de lecture · Paluku, Aksanti, Furaha et al. Knowledge of obstetric fistula and its associated factors among reproductive age women in North Kivu Province (Democratic Republic of the Congo): A community-based cross-sectional study. Womens Health (Lond). 2025;21:17455057251396257. 2025. Résumé.
- Revue à comité de lecture · Abebe, Bekele, Demissie et al. The lived experiences and coping mechanisms of women with obstetric fistula in Ethiopia: A systematic review and meta-synthesis of qualitative evidence. Womens Health (Lond). 2026;22:17455057251411072. 2026. Résumé.
- OMS · Widmer M, Tunçalp Ö, Torloni MR, et al. Improving care for women with obstetric fistula: new WHO recommendation on duration of bladder catheterisation after the surgical repair of a simple obstetric urinary fistula. BJOG. 2018;125(12):1502-1503. 2018. Titre et notice PubMed (pas de résumé).
- Revue à comité de lecture · Munyanderu, Kasereka, Kaseso, Mulisya et al. Iatrogenic vesicouterine fistula manifesting as youssef syndrome: A rare case following uterine rupture. Urol Case Rep. 2026;67:103431. 2026. Résumé d'un cas clinique (RDC).
- Revue à comité de lecture · Tebeu, Fomulu, Mbassi, et al. Quality care in vesico-vaginal obstetric fistula: case series report from the regional hospital of Maroua-Cameroon. Pan Afr Med J. 2010;5:6. 2010. Résumé.
Fiche mise à jour le 13 octobre 2026. Prochaine révision au plus tard le 13 octobre 2028.