Balantidiose
Infection du gros intestin par Balantioides coli (anciennement Balantidium coli), un protozoaire cilié de grande taille transmis par l'eau ou les aliments contaminés par des selles, surtout de porc. Elle reste le plus souvent sans symptôme, mais peut provoquer une diarrhée sanglante (dysenterie) parfois grave, surtout chez les personnes fragilisées. Elle guérit sous traitement antibiotique adapté ; l'eau propre et l'hygiène sont la meilleure prévention.
Autres noms : Balantidiase, Infection à Balantioides coli, Infection à Balantidium coli. En anglais : Balantidiasis, Balantidiosis. CIM-10 : A07.0. Système : Maladies infectieuses et parasitaires, Maladies de l'appareil digestif.
Définition
La balantidiose (ou balantidiase) est une infection du gros intestin par Balantioides coli, un grand protozoaire cilié, seul représentant de ce groupe à infecter l'être humain [1,5]. Selon les publications, le parasite est aussi nommé Balantidium coli ou Neobalantidium coli : ce sont des noms du même agent [1].
L'infection reste le plus souvent sans symptôme ; quand elle se manifeste, elle peut être aiguë ou chronique, avec des douleurs abdominales, une diarrhée ou une dysenterie [1]. C'est une zoonose : le porc en est le réservoir principal [1,2].
Causes et mécanisme
L'agent est Balantioides coli. Les trophozoïtes, forme active du parasite (40 à 200 µm, couverts de cils), vivent dans le gros intestin ; les kystes (50 à 70 µm) sont la forme qui transmet l'infection [1].
Après l'ingestion de kystes, l'exkystation a lieu dans l'intestin grêle puis les trophozoïtes colonisent le gros intestin, où ils se multiplient. Certains envahissent la paroi du côlon et y provoquent des ulcérations ; d'autres retournent dans la lumière de l'intestin, s'enkystent et sont éliminés dans les selles sous forme de kystes [1].
Cette invasion de la paroi explique un tableau de colite avec ulcérations, douleurs abdominales et diarrhée sanglante, proche de celui de l'amibiase [4]. Dans les formes fulminantes, elle peut aboutir à une perforation du côlon [2].
Transmission et facteurs de risque
L'infection s'acquiert le plus souvent en avalant des kystes présents dans l'eau ou les aliments contaminés [1,5]. Les porcs sont les hôtes réservoirs principaux ; les rongeurs et les primates non humains peuvent aussi héberger le parasite [1]. Une transmission d'une personne à l'autre est possible, mais bien moins fréquente [4].
Le risque est plus élevé là où les selles de porc et les selles humaines contaminent l'eau de boisson, notamment en milieu rural et dans les pays en développement [2,4]. La proximité des porcs est un facteur associé : dans une revue de 103 articles, plus de 16 % des personnes infectées vivaient près de porcs ou de leurs déjections [3].
Dans deux communautés d'éleveurs de porcs du Ghana, l'infection était associée à l'élevage en liberté, à l'élimination incorrecte des déjections de porcs, à l'absence de vêtements de protection et à l'absence de vêtements dédiés à l'élevage [6].
Des personnes sans contact avec les porcs peuvent aussi être touchées : des personnes immunodéprimées ont développé la maladie sans contact direct avec des porcs, la contamination par des rats ou par des produits frais étant évoquée comme source possible [2]. Dans une série indienne, un nourrisson sans contact avec des animaux a pu être infecté par de l'eau de puits mélangée à son lait [5].
Les kystes éliminés dans les selles peuvent rester viables jusqu'à 2 semaines dans l'environnement [5].
Épidémiologie
Monde. Le parasite est présent dans le monde entier, mais l'infection humaine est rare et inégalement répartie [2,5]. Une revue systématique de 103 articles publiés entre 1910 et 2020 rapporte 997 personnes potentiellement infectées (fréquence de 3,98 %) ; la plupart des publications viennent d'Amérique du Sud et d'Asie, surtout du Brésil et de l'Inde [3]. Les auteurs signalent une forte hétérogénéité entre les études, qui gêne la comparaison des résultats [3].
La prévalence est citée entre 0,02 % et 1 % selon la région [5].
Afrique. Dans la revue systématique, l'Éthiopie regroupait la plus grande part des personnes infectées recensées en Afrique (47,5 %) [3]. Au Ghana, dans deux communautés d'éleveurs de porcs de la municipalité de Ga West, la prévalence était de 10,4 % ; elle atteignait 21,7 % chez les éleveurs contre 5,8 % chez les membres de leur foyer exposés [6]. Parmi les 43 personnes infectées, 20,9 % avaient aussi une infection par Entamoeba histolytica, Giardia lamblia ou Schistosoma mansoni [6].
Voyageurs. Cette infection est à envisager devant une diarrhée persistante chez une personne qui revient d'Asie du Sud-Est, des îles du Pacifique occidental ou d'Amérique du Sud rurale, ou qui vit au contact étroit de porcs [2].
Signes cliniques
La plupart des personnes infectées n'ont aucun symptôme [1,2].
Quand la maladie se manifeste, elle peut être aiguë ou chronique, avec des symptômes abdominaux [1]. Dans la revue systématique, l'infection était surtout intestinale et le symptôme dominant était la dysenterie [3].
- des douleurs abdominales [1,4] ;
- une diarrhée, parfois sanglante et glaireuse (dysenterie) [2,4] ;
- chez un nourrisson d'une série indienne : fièvre, vomissements, six à huit selles liquides par jour avec du sang visible dans les selles [5] ;
- des infections prolongées pouvant se compliquer de diarrhée ou de dysenterie persistantes [1].
Signes de gravité
Les formes graves sont plus probables chez les personnes affaiblies ou immunodéprimées [1,5]. Dans les formes fulminantes, avec diarrhée sanglante et glaireuse, la paroi du côlon peut se perforer [2].
Sans traitement à temps, l'infection peut entraîner une perforation de l'intestin, une péritonite et une atteinte de l'appendice [5].
Une atteinte en dehors de l'intestin est rare : péritonite et abcès du foie après une perforation ou la rupture d'ulcères du côlon, atteinte des voies urinaires et génitales par contamination de la région anale ou par des fistules [1]. La revue systématique en décrit 27 cas, avec une colonisation fréquente de l'appareil génito-urinaire [3].
Une forte douleur abdominale avec une diarrhée sanglante est une urgence : une perforation du côlon avec péritonite est possible [2,5].
Diagnostic
Diagnostic clinique
Les signes sont peu spécifiques : la balantidiose ressemble à d'autres colites infectieuses, en particulier à l'amibiase, avec douleurs abdominales, diarrhée sanglante et ulcérations du côlon [4,5]. Le diagnostic repose donc sur la mise en évidence du parasite [1].
On y pense devant une diarrhée ou une dysenterie associée à un contact avec des porcs ou leurs déjections, à un séjour en milieu rural, ou à une diarrhée persistante chez un voyageur [2,6].
Au Ghana, une diarrhée fréquente (rapport de cotes de 12,3) et la présence de sang occulte dans les selles (rapport de cotes de 25,9) étaient associées à l'infection ; les auteurs recommandent de dépister les personnes vivant près d'élevages de porcs qui présentent ces signes [6].
Les cas observés chez de jeunes enfants sans contact avec des porcs rappellent qu'il faut aussi y penser devant une dysenterie de l'enfant en l'absence d'exposition animale [5].
Examens biologiques
Examen parasitologique des selles : c'est l'examen de référence. Il recherche des trophozoïtes dans les selles diarrhéiques fraîches (grande taille de 40 à 200 µm, cils, bouche appelée cytostome, grand noyau en forme de haricot) et des kystes, plus souvent retrouvés dans les selles moulées [1,4]. La microscopie reste au cœur du diagnostic des protozoaires intestinaux, mais demande du temps et un personnel formé [8].
Prélèvement : le parasite est éliminé de façon intermittente et se détruit vite hors du côlon ; il faut donc répéter les prélèvements et examiner ou conserver les selles tout de suite [1]. Dans la série indienne, le parasite n'a pu être retrouvé que grâce au transport rapide et au traitement précoce des selles [5].
Concentration : la sédimentation ou la flottaison peut augmenter les chances de retrouver le parasite [1]. Dans une étude sur des selles de porcs et de primates, les kystes étaient les mieux retrouvés par l'examen direct et par la sédimentation spontanée, alors que les techniques de flottaison (Faust, Sheather modifiée) récupéraient mal les kystes [7]. Dans la revue systématique chez l'être humain, la méthode la plus souvent utilisée était l'association de l'examen direct et de la sédimentation (45,7 % des cas) [3].
Coloration : le Lugol est parfois utilisé, mais il peut masquer les détails internes du parasite [1].
Biopsie : lors d'une endoscopie, des biopsies du côlon permettent de retrouver le parasite dans les tissus et d'évaluer l'inflammation et les lésions de la paroi [1,4].
Autres examens : dans la série du Ghana, les personnes infectées avaient une anémie légère à modérée, une baisse des plaquettes, de l'albumine et des ions sodium, chlorure et bicarbonate, et une élévation des globules blancs [6]. Devant une atteinte urinaire, une contamination des urines par des selles doit d'abord être écartée avant de conclure [5].
Diagnostic différentiel
Les symptômes de la balantidiose se retrouvent dans de nombreuses diarrhées infectieuses : seul l'examen des selles permet de trancher [1,4].
| Maladie à évoquer | Éléments à connaître |
|---|---|
| Amibiase intestinale (dysenterie amibienne) | Tableau très proche, avec douleurs abdominales, diarrhée sanglante et ulcérations du côlon [4,5]. Au microscope, le parasite de la balantidiose se distingue par sa grande taille et ses cils [1]. |
| Autres parasitoses intestinales (giardiase, cryptosporidiose) | Elles sont aussi recherchées dans les selles, et des infections associées sont possibles : 20,9 % des personnes infectées au Ghana avaient aussi E. histolytica, Giardia ou S. mansoni [6,8]. |
| Autres diarrhées aiguës infectieuses | Dans la série indienne, la recherche de bactéries pathogènes dans les selles était négative et la présence de trophozoïtes a fait le diagnostic [5]. |
| Autre maladie digestive associée | Retrouver le parasite n'exclut pas une autre maladie : chez un enfant de la série indienne, une maladie cœliaque suspectée coexistait avec la balantidiose [5]. |
Évolution, complications et pronostic
Chez la plupart des personnes, l'infection reste sans symptôme [1,2]. Quand elle se déclare, elle répond au traitement : la tétracycline ou le métronidazole la guérissent habituellement chez l'adulte [4], et aucune résistance aux médicaments de choix n'avait été rapportée en 2008 [2]. Dans la série indienne, deux jeunes enfants traités par métronidazole se sont améliorés progressivement [5].
Non traitée à temps, la maladie peut se compliquer d'une perforation du côlon, d'une péritonite et d'une atteinte de l'appendice [5] ; elle est plus souvent grave, voire mortelle, chez les personnes immunodéprimées [1,5]. Les auteurs de la revue systématique notent que l'infection peut aboutir au décès [3].
La chirurgie est réservée aux complications sérieuses, comme l'hémorragie et la perforation [4].
Traitement
Le traitement est médical : la balantidiose répond à la tétracycline ou au métronidazole [2,4]. Dans la revue systématique des cas publiés, l'association d'une tétracycline et d'un dérivé nitro-imidazolé était le schéma le plus souvent rapporté (11,8 % des personnes) [3].
- Antiparasitaire : le métronidazole, un nitro-imidazolé, a suffi à améliorer deux jeunes enfants de la série indienne [5] ; la tétracycline est l'autre médicament de choix [2,4]. La dose et la durée sont fixées par le médecin selon l'âge et la gravité (voir la fiche du médicament et le protocole national).
- Réhydratation : comme pour toute diarrhée, il faut remplacer l'eau et les sels perdus ; les sels de réhydratation orale (SRO) sont le traitement de base de la déshydratation [9].
- Complications : l'hémorragie et la perforation du côlon relèvent d'une prise en charge hospitalière et chirurgicale [4].
Médicaments de la base cités dans cette fiche
Prévention
Eau saine et assainissement : une eau non contaminée et un système de santé publique qui surveille l'eau de boisson sont les moyens les plus efficaces ; avec un accès à l'eau propre, la maladie pourrait ne plus exister [2]. Les auteurs de la série indienne concluent de même qu'une eau propre et des conditions sanitaires hygiéniques sont les stratégies les plus efficaces [5].
Hygiène : les mesures sanitaires et l'hygiène personnelle limitent la propagation [2] ; le lavage des mains à l'eau et au savon et l'hygiène des aliments et de l'eau de boisson sont les gestes de base contre les diarrhées infectieuses [9].
Autour des porcs : chez les éleveurs du Ghana, l'infection était associée à l'élevage en liberté, à l'élimination incorrecte des déjections de porcs et à l'absence de vêtements de protection réservés à l'élevage ; ce sont les pratiques à éviter [6].
Tant qu'il y aura des porcs, le parasite continuera de circuler : la prévention repose donc surtout sur l'eau et l'hygiène [2].
Quand consulter en urgence
Consultez un médecin ou un centre de santé en cas de diarrhée avec du sang ou des glaires, de douleurs au ventre ou de diarrhée qui dure, surtout si vous élevez des porcs, si vous vivez près d'un élevage ou si vous revenez d'une région rurale [2,6].
Si le médecin demande un examen des selles, apportez rapidement un échantillon frais au laboratoire : le parasite se détruit vite et n'apparaît pas toujours dans le premier prélèvement, d'où l'intérêt de répéter l'examen [1,5].
Buvez régulièrement pour compenser les pertes, de préférence avec une solution de réhydratation orale (SRO) [9].
Urgence : forte douleur au ventre, diarrhée sanglante abondante, impossibilité de boire ou signes de déshydratation. Allez immédiatement à l'hôpital : une complication grave, comme une perforation du côlon, est possible [2,5,9].
Les jeunes enfants et les personnes dont les défenses sont affaiblies doivent consulter dès les premiers signes, car les formes sévères sont plus probables chez les personnes fragiles [1,5].
Maladies associées
Sources et mise à jour
- Référence professionnelle · Centers for Disease Control and Prevention (CDC), DPDx. Balantidiasis. 2019. Dernière révision de la page : 6 juin 2019.
- Revue à comité de lecture · Schuster FL, Ramirez-Avila L. Current world status of Balantidium coli. Clin Microbiol Rev. 2008;21(4):626-638. 2008. Résumé.
- Revue à comité de lecture · da Silva RKM, Dib LV, Amendoeira MR, et al. Balantidiasis in humans: a systematic review and meta-analysis. Acta Trop. 2021;223:106069. 2021. Résumé.
- Revue à comité de lecture · Hechenbleikner EM, McQuade JA. Parasitic colitis. Clin Colon Rectal Surg. 2015;28(2):79-86. 2015. Section sur la balantidiase.
- Revue à comité de lecture · Kataria S, Singla A, Sharma C. Unveiling Balantidium coli: a rare protozoan causing a series of cases of dysentery in Rajasthan and review of literature. J Postgrad Med. 2024;70(4):242-244. 2024. Série de deux cas pédiatriques et revue de la littérature indienne.
- Revue à comité de lecture · Aninagyei E, Nanga S, Acheampong DO, et al. Prevalence and risk factors of human Balantidium coli infection and its association with haematological and biochemical parameters in Ga West Municipality, Ghana. BMC Infect Dis. 2021;21(1):1047. 2021. Résumé.
- Revue à comité de lecture · Barbosa AS, Bastos OM, Uchôa CM, et al. Comparison of five parasitological techniques for laboratory diagnosis of Balantidium coli cysts. Rev Bras Parasitol Vet. 2016;25(3):286-292. 2016. Étude sur des selles de porcs et de primates non humains en captivité ; résumé.
- Revue à comité de lecture · McHardy IH, Wu M, Shimizu-Cohen R, Couturier MR, Humphries RM. Detection of intestinal protozoa in the clinical laboratory. J Clin Microbiol. 2014;52(3):712-720. 2014. Minirevue générale sur les protozoaires intestinaux ; résumé.
- OMS · Organisation mondiale de la Santé. Diarrhoeal disease (aide-mémoire). 2024. Version du 7 mars 2024.
Fiche mise à jour le 11 octobre 2026. Prochaine révision au plus tard le 11 octobre 2028.